GUIMPEL Boris dit Mailly

Par Roger Faligot, Rémi Kauffer

Né le 19 février 1911 à Paris (VIe arr.), mort le 10 avril 1979 à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis) ; architecte ; communiste ; officier ; commandant dans les Brigades internationales puis « Commissaire aux opérations » des FTP de zone sud en même temps que responsable du Service B, le service de renseignement FTP.

Boris Guimpel en 1946
Boris Guimpel en 1946
@Faligot-Kauffer

Boris Guimpel est le fils de deux révolutionnaires russes en exil à Paris depuis 1905, Grégoire Guimpel-Levitzky et Anastasie Esther Kirjner (Kerjner sur l’acte de naissance, couturière). Son père, relieur d’art renommé, lui assura une enfance et une adolescence aisée. Ses familiers l’appelaient « Bob ». Il fit des études à l’École alsacienne, où la personnalité de son professeur René Maublanc* le marqua profondément, joua au tennis, sortit beaucoup. Plus tard, il roulera en voiture de sport. Petit, un mètre soixante-huit, actif, « Bob » était mince, presque gracile.

L’influence de sa famille, celle de René Maublanc, le poussèrent à s’engager politiquement. En 1929, « Bob » entra à l’Union fédérale des étudiants, puis aux Étudiants communistes. Militant peu, il n’y était guère remarqué. En 1932, il entama des études d’architecture, sembla s’orienter vers un « retour à la normale » et il épousa, le 16 août 1934 à Paris (XVIIe arr.), une jeune fille de la bourgeoisie parisienne, Manon [Jacqueline, Josèphe, Georgette, Manon Desplaces], entrée à l’école militaire de Saint-Cyr à la fin de la même année. Diplômé d’architecture, lieutenant de réserve, « Bob » semblait parti pour une vie sans histoire.

En 1936, pourtant, ce fut le choc ! Dès novembre, Guimpel sauta le pas et s’engagea dans les Brigades internationales. En Espagne républicaine, on manquait cruellement de cadres militaires. « Bob » fut nommé à la tête d’une compagnie de mitrailleuses. Le 28 décembre, il prit le commandement du 10e bataillon (14e Brigade). Blessé au maxillaire lors de l’offensive républicaine sur Ségovie, le 30 mai 1937, il devint chef d’état-major de la 14e Brigade puis, à compter de novembre 1937, de la 35e division (général Walter).

Guimpel ne quitta l’Espagne qu’en juin 1938. Outre-Pyrénées, il avait tissé des liens d’amitié profonds avec le légendaire général Walter, ses compatriotes polonais Taddeuscz Oppmann, Josef Kutin (qui épousa Maia, la sœur de « Bob », volontaire dans les Brigades internationales tout comme Manon Guimpel) ou le Français Marcel Sagnier.

De retour en France, Guimpel effectua une période dans l’armée française et devint capitaine de réserve. Il travailla à l’hebdomadaire Regards. En 1939, on l’envoya à Bourges où il commanda une compagnie du Génie. Lors de la débâcle de mai-juin 1940, il parvint à faire replier ses hommes en bon ordre. Après un séjour dans les Landes, à Saint-Girons, il regagna son appartement de la rue des Grands Augustins, à Paris. Dans la capitale, il renoua avec certains communistes clandestins comme Léon Mabille ou David Kami (plus tard membre du réseau soviétique dit « Orchestre rouge »).

Juin 1941 : Boris et Manon Guimpel allèrent s’installer à Roquevaire, près d’Aubagne. Architecte à Marseille puis mineur de fond à Gardanne, Guimpel se livra à des activités clandestines non définies (sans doute en compagnie de son ami Taddeuscz Oppmann, à Marseille depuis mars 1942). Mais, c’est à la fin 1942 que les choses se précisèrent : « Bob » rencontra André Jacquot, un ancien des Brigades internationales et ami personnel. Jacquot n’était rien moins que chef du « Comité militaire zone sud » des FTP (CMZ). C’est au plus haut niveau qu’il proposa d’introduire Guimpel dans l’organisation de résistance.

À l’hiver 1942-1943, il fut nommé responsable pour la zone sud du service de renseignement des FTP, le « Service B ». Son bras droit n’était autre qu’Oppmann. Sa femme Manon et sa belle-soeur Sylvie Galanis se relayaient pour assurer ses liaisons avec la direction des FTP. Le correspondant parisien de Guimpel était « Bernard », c’est-à-dire l’ingénieur chimiste Georges Beyer, beau-frère de Charles Tillon* et responsable national du Service B.
Fin octobre 1943, le « CMZ » décida de mettre à profit l’expérience militaire de Guimpel. Outre ses attributions au sein du Service B, le voici, en octobre 1943, « Commissaire aux opérations » — en clair, responsable de la branche armée des FTP en zone sud. Dans l’organisation de résistance, on le connut successivement sous les noms de code de « Berthe », « Gaillard » et « Mailly ».

Le 14 mai 1944, Guimpel n’échappa à Barbie et à la Gestapo de Lyon que grâce à sa « baraka »... et au courage de sa femme Manon qui, prisonnière de la Gestapo, sera internée au fort de Montluc puis transférée au fort de Romainville, sauvée enfin de justesse par l’insurrection de Paris. La majeure partie de l’infrastructure FTP en zone sud était tombée, trahie dans des conditions obscures par un ancien responsable communiste allemand, Lucien Iltis, dit « Boulanger ». Lors de l’enquête sur la chute du Comité" militaire zone sud, la commission centrale de contrôle politique proposa son exclusion temporaire de deux ans.

Blessé au bras, Guimpel parvint à s’enfuir. Sa sœur Maia Kutin et son agent de liaison Henriette Gastaud le soignèrent. Il quitta Lyon et la direction communiste le mit « au vert » — et sous surveillance — dans les Hautes-Alpes, à Embrun. Blanchi, il ne sortit de sa retraite qu’en août-septembre 1944 pour participer aux combats pour la libération d’Oullins et de Lyon.

Officier dans la Première armée française du général de Lattre de Tassigny, Guimpel commanda les unités de reconnaissance du fameux « 151e Régiment d’infanterie » (ou « Colonne Fabien »). En avril 1945, après la traversée du Rhin, il fut grièvement blessé à la tête. On le rapatria dans le même avion que Marcel Dassault de retour de déportation. C’est le célèbre chirurgien Clovis Vincent qui l’opéra d’urgence et le sauva.

Guéri, Guimpel fut muté au ministère de la Guerre. En 1947, il quitta l’armée, avec le grade de lieutenant-colonel. À Sarreguemines puis dans la région parisienne, il reprit son métier d’architecte. Il resta égal à lui-même, communiste convaincu mais non vraiment militant, attaché par-dessus tout à la fraternité d’armes des Brigades internationales (il sera membre de la direction nationale de l’Association des Volontaires en Espagne Républicaine), de la Résistance ou de la Première armée française. Ce personnage contradictoire sort du commun : il pouvait être à la fois l’ami d’un ministre des « Républiques populaires » de l’Est et d’un officier de carrière français, chacun d’entre eux appréciant sa fidélité et son esprit de combattant. Car Guimpel était avant tout un soldat. « Un guerrier, alors que nous n’étions que des civils », dira de lui plus tard son ancien adjoint dans la Résistance, Guy Serbat.

Architecte de la ville de Vitry-sur-Seine, père de deux fils avec son épouse Manon Guimpel et de deux filles avec Henriette Gastaud, il était membre de l’AVER et habitait Épinay-sur-Seine en 1978.
Boris Guimpel mourut en avril 1979. Il fut enterré au cimetière parisien du Père-Lachaise. Son éloge funèbre fut prononcé par Henri Rol-Tanguy*. Il était décoré de la Légion d’honneur, de la Croix de guerre et de la Rosette de la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87195, notice GUIMPEL Boris dit Mailly par Roger Faligot, Rémi Kauffer, version mise en ligne le 1er avril 2010, dernière modification le 7 mai 2020.

Par Roger Faligot, Rémi Kauffer

Boris Guimpel en 1946
Boris Guimpel en 1946
@Faligot-Kauffer
Fausses cartes d’identité de Boris Guimpel dans la clandestinité (Henriette Dubois, Nelly, op. cit.)
Extrait du journal "Le soldat de la république". RGASPI
Boris Guimpel jeune

SOURCES : Arch. AVER. — Roger Faligot et Rémi Kauffer, Service B, Fayard, 1985 et éléments réunis dans le cadre de la préparation de cet ouvrage. — Jacques Delperrie de Bayac, Les Brigades internationales, Fayard, 1968. — Andreu Castells, Las Brigadas Internationales de la guerra de Espana, Barcelone, 1974. — Archives jean-Pierre Ravery, rapport interne de la Commission centrale de contrôle politique, daté du 22 février 1946. — Roger Faligot et Rémi Kauffer, « Sur l’affaire lltis », Le Monde-Dimanche, 27-28 avril 1986. — Papiers de la famille Guimpel. — Témoignages de Henriette Gastaud, Grégoire Guimpel et Guy Serbat. — État civil de Paris VIe arr.
RGASPI, Moscou, Guimpel-Levitzki Boris, 495 270 5815, pas encore consulté.

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