GUITTON Jean [GUITTON Jean-Baptiste, Élie, Pierre, Marie, dit]

Par Claude Geslin, Gilles Morin

Né le 20 septembre 1906 à Guenrouët (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), mort le 17 octobre 1984 à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) ; commis du trésor ; syndicaliste, militant et élu socialiste de la Loire-Inférieure ; conseiller municipal (1935-1940, 1945-1959), maire (1945-1946) et adjoint au maire (1946-1959) de Saint-Nazaire, conseiller général (1945-1967), député (1945-1958).

Jean Guitton dans les années 1940
Jean Guitton dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Fils de Pierre-Marie Guitton, cheminot, et de son épouse Marie-Louise née Terrien, petit-fils d’agriculteurs, Jean Guitton vécut d’abord à Saint-Nazaire jusqu’à l’âge de sept ans, puis à Auray (Morbihan). Après ses études primaires et l’obtention du brevet élémentaire en 1923, il entra comme auxiliaire à la Trésorerie générale du Morbihan à Vannes. Reçu à l’examen de titularisation, il occupa successivement plusieurs postes : Paris, Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), Vallet (Loire-Inférieure) pour revenir à Saint-Nazaire en 1928 à la Recette des Finances. En 1937, il entra en service détaché comme sous-économe des Hôpitaux de Saint-Nazaire. Il fut exempté de service militaire.

Jean Guitton adhéra à l’organisation syndicale (CGT) en 1923, à l’âge de dix-sept ans, et fut membre du comité central du syndicat des personnels du Trésor de France et des colonies. Il adhéra au Parti socialiste SFIO en 1930. Secrétaire de la section socialiste de Saint-Nazaire de 1933 à 1940, il devint membre de la commission exécutive de la fédération socialiste de Loire-Inférieure en 1934, puis secrétaire fédéral adjoint en 1935. Il était aussi secrétaire de la section locale de la Ligue des droits de l’Homme et vice-président du bureau du comité local du Front populaire de Saint-Nazaire où il représentait le Parti socialiste SFIO.

Jean Guitton fut élu conseiller municipal de Saint-Nazaire en 1935. Il était franc-maçon, et fut répertorié comme tel par le Service des sociétés secrètes durant l’Occupation.

Résistant, Jean Guitton travaillait à la fois pour le PS clandestin, Libération-Nord et pour la CGT. Démissionnaire de son mandat municipal, il fut arrêté une première fois le 21 avril 1942. Recherché et traqué de nouveau, à partir du 14 mars 1944 il demeura dans la poche jusqu’au 9 septembre suivant. Il échappa de peu à une seconde arrestation par la Gestapo, en franchissant les lignes de la « poche » de Saint-Nazaire à Cordemais le 9 septembre. Il fut donné comme fusillé par la BBC et la Voix de l’Amérique. Son attitude courageuse pendant la guerre lui valut de hautes distinctions (chevalier de la Légion d’honneur, médaille de la Résistance, officier de l’Empire britannique, etc.).

Secrétaire adjoint de la fédération SFIO en octobre 1944, Guitton représenta celle-ci avec Joseph Bercegeais à la conférence des secrétaires fédéraux de janvier 1945. Il était secrétaire de la section de Saint-Nazaire en avril 1945 et, après la Libération tardive de la ville, fut président du Comité local de Libération et vice-président de la fédération de Loire-Atlantique au titre de Libération-Nord.

Jean Guitton fit campagne pour la réintégration de l’ancien député maire de la ville, François Blancho, qui avait voté les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940, puis avait été résistant, et la proposa en vain au congrès national d’août 1945. Aussi, le 30 septembre 1945, date des premières élections après la libération de la ville en mai, se présenta-t-il pour succéder à l’ancien député-maire. Il fut élu à la fois conseiller général et conseiller municipal de Saint-Nazaire, puis fut désigné maire le 16 octobre, enfin député à l’Assemblée nationale constituante le 21 octobre suivant, en même temps que Clovis Constant, dont il était deuxième de liste. Après le rejet du premier projet de Constitution, réélu député, conformément aux nouveaux statuts fédéraux, interdisant le cumul des fonctions de maire et de député, il abandonna la fonction de maire en juin 1946 pour celle de premier adjoint de Grenapin Pitre. En fait, il se retirait ainsi devant Blancho qui fut élu maire l’année suivante, favorisant son retour politique ; lui-même resta conseiller municipal et 1er adjoint de son ami jusqu’en 1959. Il était surtout député de la Loire-Inférieure et le demeura jusqu’en 1958. Élu d’un grand port de commerce et d’une ville sinistrée, il siégea à la commission de la Reconstruction et de la Marine marchande. Il présenta un projet de rationalisation en matière de construction navale et un projet de réforme de la législation hospitalière.

Jean Guitton conserva son siège à l’assemblée départementale jusqu’en 1967, avec plus de difficultés. En 1949, son canton fut la cible principale des communistes qui lui opposèrent un conseiller municipal fortement investi dans les associations de sinistrés. Deux ans plus tard, il demeurait le seul représentant socialiste au conseil général. En 1955, Guitton fut pourtant réélu conseiller général, avec l’appui des communistes au second tour, alors que le MRP se retirait, en fait au profit de la droite.

Réélu à toutes les assemblées de la IVe République, Jean Guitton appartint à la commission exécutive du groupe socialiste en juin 1946, suppléant en novembre, titulaire en décembre. Il était membre des commissions de la Reconstruction et des dommages de guerre et des Travaux publics et de la Marine Marchande et de la pêche.

Jean Guitton qui, à l’exception de son intervention en faveur de Blancho, ne s’exprimait jamais dans les congrès et conseils nationaux de la SFIO, était un laïque très strict comme l’étaient alors les socialistes de l’Ouest. Il fut dans l’ensemble un socialiste discipliné, mais il manifesta à deux occasions des opinions particulières. Il fut un opposant à la CED et indiscipliné à deux occasions : les 19 février 1952 et 30 août 1954, puis en juin 1958 refusa de voter pour l’investiture au général de Gaulle, les pleins pouvoirs et la révision constitutionnelle. Non réélu aux élections législatives de novembre 1958, il semble s’être retiré de la vie publique, mis à part son mandat départemental qu’il conserva jusqu’en 1967. Il avait été alité durant plusieurs mois en 1956 pour éviter l’ablation d’un rein présentant des lésions tuberculeuses. En 1962, son ami Blancho réussit à reprendre le siège de député de la circonscription de Saint-Nazaire.

Jean Guitton s’était marié le 6 avril 1931 avec Suzanne Geneton, ils eurent deux enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87213, notice GUITTON Jean [GUITTON Jean-Baptiste, Élie, Pierre, Marie, dit] par Claude Geslin, Gilles Morin, version mise en ligne le 2 avril 2010, dernière modification le 5 octobre 2010.

Par Claude Geslin, Gilles Morin

Jean Guitton dans les années 1940
Jean Guitton dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Jean Guitton dans les années 1950
Jean Guitton dans les années 1950
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1956

SOURCES : Arch. Nat., F/1cII/148, 270, 305, 311, 562, 703 ; F/1cIV/153, 157 ; CAC, 19770359/20 ; Z6/1917, scellé 329. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Arch. Dép. Loire-Atlantique, 1 M 2335. — Arch. de l’OURS, correspondance Loire-Inférieure ; dossier personnel. — Profession de foi, élections législatives 1956. — Le Travailleur de l’Ouest, 1933-1939, 1948-1951. — La Tribune socialiste, 1946. — L’Ouest syndicaliste, 1957. — L’Effort social, 1948. — Who’s who in France, 1966-1967. — DPF, t. 4.

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