GRUWIER Micheline [née GALLOT Marceline, Mathilde, épouse GRUWIER puis CHARPENTIER]. Pseudonyme dans la clandestinité : « Simone », « Line »

Par Jocelyne George, Daniel Grason

Née le 13 janvier 1902 à La Chapelle-aux-Pots (Oise), morte le 22 novembre 1966 à Montaure (Eure) ; ouvrière en confection pour homme ; résistante communiste ; agent de liaison FTP ; déportée ; syndicaliste CGT ; membre du bureau de la Fédération CGT de l’Habillement de 1940 à 1950.

Fille de Victor, potier et d’Angèle Brispot, sans profession, Marceline obtint à l’issue de l’école primaire le CEP. Elle se maria le 25 février 1922 avec Maurice Gruwier. Venus travailler à Paris le couple vivait 23 rue Mademoiselle à Paris (XVe arr.). Elle adhéra au Parti communiste en 1936, à la section du XVe arrondissement, membre la même année du Syndicat CGT de la confection pour hommes, élue à la fin 1937 à la Commission exécutive du syndicat.
À la fin de l’année 1940 elle reprenait contact avec des militants, diffusa des tracts. Peu de temps après l’exode, son mari partit travailler dans le Finistère à Guipavas arrondissement de Brest. Au cours de l’année 1941 elle milita à la Section féminine du Parti communiste du XVe arrondissement, diffusa des tracts. En décembre de la même année elle devint responsable de la diffusion de la propagande dans les vingt arrondissements de Paris.
« En réalité » précisa-t-elle à la police après son arrestation : « mon activité s’étendait sur le XVe, IVe, XIIIe et XIVe arrondissements. Sur les autres arrondissements, il n’existait pas de Section féminine, tout au moins je n’en ai pas connu. ». Malgré son activité clandestine, Marceline Gruwier travaillait en tant que mécanicienne à la maison « Le-par-Tout » 190 rue Lecourbe (XVe arr.).
Son mari se suicida par pendaison le 11 février 1942 dans l’allée de la cave de leur immeuble au 23 rue Mademoiselle à Paris (XVe arr). Dans une lettre découverte sur lui, il expliquait à son épouse Marceline qu’étant accusé d’un vol qu’il n’avait pas commis, il ne l’avait pas supporté.
Sur instructions reçues le 15 février 1942, elle cessa de militer jusqu’en août 1942 où elle a été contactée. Elle devint agent de liaison, eut pour mission de transporter du matériel et des armes pour les « T.P. » qu’elle nommait « Troupes Patriotes », en fait les Francs-tireurs et partisans (FTP). En septembre, elle fit connaissance avec d’autres membres du groupe « Le frère », « Le grand » (Siméon Lernovici), « Le boiteux » (Jules Miline), « Laurent » (André Saltel), « Marie » ou « Andrée ». Elle reçut indistinctement des tracts et des armes de « Paul », hébergea « Lefevre » plusieurs semaines, fit connaissance avec le responsable « Lucas ».
Elle fournit des indications pour des sabotages en septembre 1942, elle fut admise à participer aux opérations armées. Elle organisa l’attaque à la grenade d’un hôtel occupé par l’ennemi près du pont de l’Europe ; en octobre, elle exécuta un officier allemand rue Violet à Paris ; en novembre, elle attaqua à la grenade un hôtel situé rue des Écoles faisant trois morts ennemis. Le 8 novembre 1942 contre l’hôtel du Laos, rue de la Croix-Nivert (XVe arr.). En novembre encore elle participa à l’incendie de scieries surveillées par les Allemands dans le XIIIe arrondissement et à Savigny-sur-Orge.
Lors de filatures menées par plusieurs inspecteurs de la BS2 du 14 septembre 1942 au 19 novembre 1942, elle avait été vue en compagnie de Jules Miline, Siméon Lernovici, Henri Fongarnand, André Saltel. Ces derniers ont été également suivis, trente-neuf militants dont des FTP furent ainsi interpellés. Le repérage d’Henri Fongarnand mis les policiers sur la piste d’autres FTP qui furent interpellés.
Le 28 novembre 1942 des inspecteurs de la BS2 étaient chargés de l’interpeller. Vers 8 heures elle sortait de son domicile en compagnie de Siméon Lernovici, le couple prit le métro jusqu’à la porte de la Chapelle. Ils se séparèrent, l’homme a été interpellé emmené au poste de rue de Grenelle dans le (VIIe arr.). Siméon Lernovici avait une arme dissimulée dans la manche de sa veste aurait tenté de l’utiliser. Les policiers tirèrent, il fut grièvement blessé. Emmené à l’hôpital Laennec (VIIe arr.), il y mourut. Il portait des papiers au nom de Robert Martino.
Vers 8 heures 15 dans le hall de la gare des Invalides six inspecteurs de la BS2 interpellèrent Marceline Gruwier. Emmenée dans les locaux des Brigades spéciales, une femme policière, par palpation remarqua que son soutien- gorge dissimulait un objet. Il s’agissait d’un pistolet automatique calibre 6,35 mm marque Union muni d’un chargeur contenant six cartouches, plus une cartouche dans le canon.
La visite de son domicile effectuée en présence de la propriétaire de l’immeuble amenait la découverte : d’un pistolet automatique 7,65 mm, ayant une cartouche dans le canon, un chargeur avec sept cartouches, trois cartouches de calibre 6,35 mm, trois ovules incendiaires, une boîte de mitraille, une boite en fer contenant 20 fusibles, un fascicule de mobilisation au nom de André Boeulé, trois brochures « La Pensée libre  », « Le manuel Légionnaire » et « Gabriel Péri vous parle », et trente-sept tracts qualifiés par la police « d’inspiration communiste. »
Interrogée elle fut battue à plusieurs reprises, reconnaissait avoir milité au sein des FTP. Elle a été livrée aux allemands. Incarcérée à l’infirmerie de Fresnes le 4 décembre 1942. Son frère Marcel écrivit le 23 juin 1943 pour obtenir un permis de visite, en vain.
Le 26 juillet 1943 elle était dans l’un des wagons cellulaires aux fenêtres grillagées à destination de Ravensbrück (Allemagne). Dans les wagons cinquante-huit femmes résistantes étiquetées « NN », Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard), ce qui signifiait condamnées à disparaître. De Ravensbrück Marceline Gruwier a été transférée à Mauthausen (Autriche), Le 22 avril 1945 quarante-deux déportées de ce convoi dont Marceline Gruwier matricule 21672 furent rapatriées par la Croix-Rouge. Sur cinquante-huit femme femmes, cinquante-et-une rentrèrent de déportation.
Le 4 mai 1945 Marceline Gruwier témoigna devant la commission d’épuration de la police. Elle reconnut sur photographies les inspecteurs qui l’arrêtèrent. Elle déclara : « Pendant mon séjour aux brigades spéciales, j’ai été interrogée à plusieurs reprises. Au cours de ces interrogatoires j’ai été frappée de gifles et de coups de nerfs de bœuf », dont quatre « qui m’ont frappée avec le plus de sauvagerie. »
« Une perquisition effectuée à mon domicile en dehors de ma présence, a amené la découverte de documents et d’armes. Je ne suis pas encore entrés à mon domicile, j’ignore si des vols ont été commis, je me réserve de porter plainte le cas échéant. »
« Je porte plainte contre les inspecteurs qui ont procédé à mon arrestation et notamment contre ceux qui se sont livrés à des sévices sur ma personne. »
Quand elle rentra à son domicile, elle constata des vols, établissait la liste : « Huit draps de lit, deux nappes de table, douze serviettes, vingt-quatre mouchoirs, cinq mètres de tissu de laine, trois mètres cinquante de soie naturelle, huit mètres de tissu pour taies d’oreiller, trois couvertures dont une de laine et deux de coton, un poste de TSF, une glace de studio, un cadre photo, un fer à repasser électrique, un radiateur électrique, un portefeuille en cuir, un briquet et un étui à cigarette en argent, une bague et une broche en or, une chaînette en argent, une carpette de laine, une paire de lunettes en écaille, et une quantité d’autres objets appartenant à mon mari. » Elle déposa plainte le 20 octobre 1945.
Lorsque le comité exécutif de la Fédération de l’Habillement se réunit pour la première fois après la Libération, le 18 février 1945, il évoqua les camarades encore déportés dont Marceline Gruwier. Elle retrouva sa place à la tête de la fédération jusqu’en 1950. Elle fit partie de la commission féminine confédérale en 1946. En 1959, en tant que sous-lieutenant FFI, elle reçut la Croix de guerre avec étoile de vermeil. Marceline Gruwier a été homologuée Déportée internée résistante (DIR).
Elle se remaria le 17 mars 1962 avec Charles Charpentier. Elle mourut après de longues années de souffrance, des suites de sa déportation à l’âge de soixante-quatre ans.

Six inspecteurs de la Brigade spéciale 2 des Renseignements généraux prirent en filature Marceline Gruwier et les membres de son groupe du 14 septembre 1942 au 19 novembre 1942.
Rapport du 22 novembre 1942

« 14 septembre 1942 : À 7 h 45 Gruwier sort de chez elle et se rend à son lieu de travail 130 rue Lecourbe. À 11 h 30, elle quitte le lieu de son travail et va déjeuner à son domicile, puis rentre à son domicile à 12 h 20. À 18 h, elle quitte le lieu de son travail et se rend à son domicile. Elle en sort à 18 h 20 et prend le métro à Commerce et descend Porte Dauphine. »
« Elle reste environ 10 minutes près du guichet caisse et est rejointe par une jeune personne, âge apparent 18 à 20 ans, 1,55 à 1,60, corpulence moyenne, teint plutôt pâle, yeux bleus, chevelure abondante et rejetée sur la nuque. Vêtue d’une robe plissée, genre écossais, gilet veste en laine tricotée de couleur cotes de mailles. Elles prennent le métro Porte Dauphine et descendent au métro Ternes où elles sont perdues. »
« 17 septembre 1942 : À 7 h 45, Gruwier sort de son domicile et se rend à son lieu de travail, il est 8 h. À 11 h 35 elle sort de son atelier, va déjeuner chez elle, et retourne à son travail à 12 h 25. À 18 h 05, elle quitte l’atelier et rejoint son domicile à 18 h 10. A 18 h 15 elle prend le métro à Commerce, descend à la Porte d’Auteuil, elle rencontre « Dauphine ».
« Elles font une promenade d’environ une heure, puis reprennent le métro à la Porte d’Auteuil à 20 h 10. Gruwier descend à la Motte-Picquet Grenelle. « Dauphine » descend à Duroc et devant sa méfiance elle est abandonnée. »
«  18 septembre 1942 : Gruwier sort de chez elle et rentre à son lieu de travail à 8 h. À 11 h 30, elle en sort, va déjeuner chez elle et retourne à son travail à 11 h 30. »
« 25 septembre 1942 : Elle n’est pas aperçue à la sortie de son domicile, d’où elle n’est pas rentrée depuis le 22 ou 23 septembre. À 11 h 30, elle sort de son lieu de travail, 190 rue Lecourbe, va déjeuner et entre à 12 h 30 à son travail. À 18 h, la nommée Gruwier sort seule de son travail et prend le métro à la station Commerce à 18 h 10 et descend à Sablons, il est 18 h 30. »
« Elle flâne jusqu’à 19 h dans l’avenue de Neuilly, où elle rencontre, face au 46 bis de la dite avenue, un homme que nous appellerons « Marché », taille 1 m 65 à 1 m 36, 40 ans, vêtu d’un complet marron portant une serviette en cuir de teinte foncée. »
« Ils font le tour de la place du marché prenant la rue du Marché, tournant à droite dans l’avenue du Roule et devant les premiers numéros de l’avenue de la Porte des Ternes, à 19 h 05, ils rencontrent un autre individu 4 que nous appellerons « Ternes ».
« Ternes » mesure environ 1 m 68, âgé de 35 à 40 ans, vêtu d’un costume foncé, coiffé d’un chapeau mou foncé, et portait une musette de l’armée, couleur marron foncée. »
« Tous trois stationnent environ 10 minutes, tout en discutant, et à 19 h 25 « Ternes » les quitte et part en direction de l’avenue du Roule. Gruwier et « Marché » vont jusqu’à Luna Park. »
« À 19 h 30, « Marché » quitte Gruwier et se dirige vers l’avenue de la Grande Armée. À ce moment Gruwier prend le métro à la station Porte Maillot et descend à la Porte d’Italie. À 20 h 30, elle entre 89 rue Roger Salengro au Kremlin-Bicêtre. N’étant pas ressortie à 21 h 30, la surveillance est levée. »
« 26 septembre 1942 : À 11 h 20, Gruwier sort du café « Reynaud » 94 rue Croix-Nivert et entre à son domicile. À 14 h 55, elle sort de son domicile, prend le métro à Commerce et descend à la station République à 15 h 25. »
« Elle se rend au 3, rue du Château d’Eau, à la Bourse du Travail et à 17 h 40, prend le métro à la station République. À 17 h 50, devant sa méfiance nous l’abandonnons à la station Orléans-Austerlitz. »
« 28 septembre 1942 : Gruwier entre à son lieu de travail à 7 h 55, en sort à 11 h 35 pour aller déjeuner et y rentre à nouveau à 12 h 25. À 18 h, elle sort seule de son travail et prend le métro à Commerce, elle descend à République à 18 h 40 et se rend à la Bourse du Travail. »
« À 19 h 50, elle en sort en compagnie de quatre hommes et deux femmes. Devant la Bourse du Travail, deux des hommes s’en vont. Le groupe prend la rue du Château d’Eau et à l’angle de cette rue et du Bd Magenta, les deux autres hommes quittent les trois femmes. Gruwier et ses deux amis traversent le boulevard Magenta et stationnent en bout de marches du métro République, face à la Vigie. »
« Le signalement des deux femmes est le suivant : »
« 1° l’un d’eux, taille, 1 m 65, corpulence moyenne, vêtu d’un manteau noir et d’une écharpe en imitation [illisible] de couleur bleu, portant des souliers à talons hauts : nous l’appellerons « La Pomme ».
« 2° l’autre blonde, cheveux relevés sur le milieu du crâne, taille 1 m 65, corpulence mince, 25 ans environ, vêtu d’un manteau noir et d’une écharpe verte, bas couleur chair, souliers noirs, talons « Louis XV ». »
« Les trois femmes discutent environ 20 minutes, puis « La brune » les quitte et Gruwier et « la blonde » (madame Voisin) prennent le métro à 20 h 10. Elles descendent à la Place d’Italie, discutent quelques minutes sur le quai et se quittent. »
« Gruwier prend la direction Ivry descend à place d’Italie et se rend 39 rue Roger Salengro, au Kremlin-Bicêtre il est environ 20 h 45. N’étant pas ressortie à 21 h 30, la surveillance est levée. Madame Voisin descend à Pasteur vers 20 h 45 et pénètre cinq minutes plus tard au n° 6 bis rue Belloni (XVe arr.), elle n’est pas revue de la soirée. »
« 29 septembre 1942 : Gruwier entre à son lieu de travail à 7 h 55 et à 11 h 25, elle en sort et va déjeuner au restaurant « Entr’aide du Maréchal » 11 rue Lecourbe. À 12 h 05, elle sort du restaurant et se rend à son travail où elle entre à 12 h 20. À 18 h, elle sort de son lieu de travail, où une femme que nous appellerons « Dareau » l’attendait depuis environ 10 minutes. »
« Signalement de « Dareau » 1 m 62, 25 ans, corpulence moyenne, cheveux fauve foncé rejetés en arrière et bouclés, vêtue d’un tailleur sport gris clair et d’un chemisier bleu, bas couleur chair, souliers bas en daim, léger déhanchement. »
« Gruwier et « Dareau » prennent le métro à Vaugirard à 18 h 10. Gruwier descend à Orléans Austerlitz à 19 h, où dans la cohue elle est perdue. Une surveillance a été effectuée à son domicile jusqu’à 21 h 30, sans résultat. « Dareau » descend à « la Râpée » à 19 h et à 19 h 10 rencontre une femme que nous appellerons « Râpée ».
« Signalement de « Râpée », 1 m 65, 30 à 35 ans, maquillée, cheveux décolorés très blonds, corpulence moyenne. Vêtue d’un manteau noir, coiffée d’un chapeau noir posé sur le côté droit de la tête, bas couleur chair, souliers noirs à hauts talons. »
« Dareau » et « Râpée » descendent le Bd de la Bastille vers la Bastille, sur le trottoir gauche, en flânant. Face au n° 18, boulevard de la Bastille à 19 h 15, un homme qui les suivait les rattrape, nous l’appellerons « Corvisart ».
« Signalement de « Corvisart », 1 m 70, corpulence moyenne, 25 ans, châtain foncé, visage ovale rasé, costume noir à veston croisé, souliers noirs, béret basque, il était porteur d’un sac en toile imperméable grise, à fermeture éclair, bourré, mais ne paraissant pas lourd. »
« Dareau », « Râpée » et « Corvisart » descendent jusqu’à la Bastille où ils prennent le métro à 19 h 30. « Râpée » prend la direction porte de Charenton ou Place Balard. « Dareau » et « Corvisart » prennent la direction Étoile. »
« À 19 h 45, « Corvisart » descend à la station « Corvisart ». « Dareau » descend à la station suivante Glacière, sur les marches, elle rencontre une fillette de 3 à 4 ans à qui elle remet le sac que « Corvisart » lui avait remis. Accompagnée de l’enfant « Dareau » se rend rue Dareau. »
« À 19 h 55 au 9 de la rue Dareau devant la porte en fer forgé d’une maison commerciale intitulée « Travaux publics, maçonnerie et béton armé », elle rencontre un homme que nous appellerons « Dupleix », et entre dans l’établissement. »
« Signalement de « Dupleix » 1 m 70, corpulence assez forte, 30 à 35 ans, visage rond rosé, coiffé d’un béret basque, vêtu d’une gabardine gris foncé et d’un pantalon sombre. Il portait une petite serviette à casse-croûte en [tissu] noir. »
« À 20 h 05 « Dupleix » sort du 9 rue Dareau, prend le métro à Denfert-Rochereau direction Etoile, à 20 h 10, descend à Dupleix à 20 h 30 et entre au 69 Bd de Grenelle. Immédiatement la lumière s’allume au rez-de-chaussée dans une boutique, une boulangerie, puis bientôt elle s’éteint et la minuterie de l’immeuble s’allume. « Dupleix » n’est pas revu de la soirée. »
« 30 septembre 1942 : Gruwier entre à son travail à 7 h 55, à 11 h 35 elle sort et va déjeuner au restaurant 121 rue Lecourbe. À 12 h 10, elle sort du restaurant et entre à son travail à 12 h 25. »
« À 18 h, Gruwier sort de son travail et se rend 96 rue Croix-Nivert, au café « Reynaud ». Elle en sort quelques minutes plus tard 10 avec un sac [illisible] paraissant assez lourd et se rend rue Lakanal au n° 14, il est 18 h 10. Peu de temps après, elle est aperçue à une fenêtre du 1er étage (la plus près du 16 rue Lakanal). »
« À 18 h 40, Gruwier sort du 14 rue Lakanal portant une serviette en cuir et se rend rue Violet où elle entre à 18 h 45 au 35 bis, à l’école de jeunes filles, d’où elle n’est pas ressortie. »
« 1er octobre 1942 : À 7 h 55, Gruwier entre à son travail, à 11 h 35 elle en sort et se rend à son restaurant habituel ; à 12 h 05 elle sort du restaurant et entre à son travail à 12 h 20. À 18 h Gruwier sort de son travail ; elle rencontre « Dareau » qui stationnait depuis environ dix minutes et se rendent au métro Vaugirard, qu’elles prennent à 15 h 30. Gruwier descend à la station Pasteur. »
« Dareau » descend à La Madeleine à 18 h 45 et se rend à pied à la station Sèvres-Babylone où elle arrive à 18 h 10, elle rencontre un homme que nous appellerons « Dombasle ».
« Signalement de « Dombasle » : 1 m 70, corpulence assez forte, 20 à 25 ans, cheveux châtains foncés coupés courts, front 11 dégagé, petites moustaches, pantalon rayé foncé, veston foncé. »
« Dareau » et « Dombasle » discutent 10 minutes, ce dernier prenait des notes au crayon. À 19 h 20, un 3e homme que nous appellerons « Petit » vient se joindre au groupe (1 m 65, brun, ciré moitié). « Dombasle » semble lui donner des ordres. À 19 h 35, le groupe se sépare et s’engouffre dans le métro. »
« Dareau » et « Dombasle » rencontrent « Râpée » et prennent tous trois la direction gare d’Orléans. À 19 h 40, ils descendent à Odéon ; cinq minutes plus tard, à l’angle du boulevard Saint-Germain, et du boulevard Saint-Michel, ils rencontrent une femme et un homme dont le signalement ne peut être donné en raison de l’obscurité. Ils discutent pendant quelques minutes et tous les cinq se rendent rue Saint-Jacques ; ils entrent à 20 h 10 au restaurant Perraudin 157 rue Saint-Jacques.
« Ils sortent tous les cinq à 22 h 25 du restaurant et se rendent au métro Odéon. « Dareau », « Dombasle », « Râpée » et une femme dont on ne peut fournir le signalement prennent la direction Porte d’Orléans. « Dombasle et « Râpée » changent à Montparnasse, et descendent à Convention à 22 h 45. »
« À la sortie du métro « Dombasle » et « Râpée » se séparent. Toutefois, ils empruntent tous les deux la rue de la Convention et se retrouvent au coin de la rue Dombasle. L’obscurité n’a pas permis de voir s’ils sont rentrés au n° 66 ou 67. Soit n’ont pas été aperçus aux alentours de la soirée. »
« Gruwier descend à 18 h 25 à la Motte Picquet Grenelle et se rend rue Auguste Bartholdi où elle entre au n° 5 à 18 h 50, elle ne ressort pas de la soirée (sa sœur est concierge de l’immeuble). »
« 2 octobre 1942 : Gruwier entre à son travail à 7 h 55. À 11 h 35 elle sort de son lieu de travail et se rend à son restaurant habituel. À 12 h 10, elle en sort et se rend à son travail à 12 h 20. À 18 h 05 Gruwier sort de son et se rend au métro Commerce qu’elle prend à 18 h 30 et descend à la station République à 18 h 55. À 19 h elle entre à la Bourse du Travail 3 rue du Château-d’Eau.
À 19 h 55, elle en sort avec une amie que nous appellerons « Montreuil », 1 m 70, 40 ans, cheveux châtain foncé, visage ovale, teint mat, nez busqué, manteau noir, chaussures basses. Après être restée 35 minutes sur le quai de la station République 13 à discuter, Gruwier et « Montreuil » prennent le métro à 20 h 30. »
À 20 h 50, Gruwier descend à Pasteur et se rend 6 bis rue Bellini, probablement au domicile de madame Voisin, d’où elle n’est pas vue ressortissante de la soirée. « Montreuil » change à la Bastille et à la Nation et descend à la Porte de Montreuil à 20 h 55, où à la faveur de l’obscurité elle est perdue. »
«  6 octobre 1942 : Gruwier entre à son travail à 7 h 55. Elle en sort à 11 h 35 et se rend à son restaurant habituel. Elle sort du restaurant à 12 h 05 et se rend à son domicile où elle y pénètre à 12 h 15. Elle rejoint son lieu de travail à 12 h 25. Elle quitte son travail à 18 h 05 et rencontre face au « Café du Square » un homme nommé Lambert Raymond (Théâtre). »
« Signalement de Lambert 1 m 70, mince, 22 ans, visage pâle, cheveux châtain clair, vêtu d’un pantalon bleu et d’un ciré noir, coiffé d’un chapeau gris clair avec raie sur le côté. Gruwier et Lambert se rendent 28 rue Mademoiselle où ils pénètrent à 18 h 05. A 18 h 20 ils en sortent et se rendent 14 rue Lakanal où ils se quittent à la sortie de la rue Mademoiselle, Lambert porte un petit paquet fait avec du papier marron et ficelé. Il emprunte la rue du Théâtre où il pénètre au n° 36, à 18 h 40 et ne ressort pas au cours de la soirée. »
« Gruwier sort du 14 rue Lakanal à 19 h 15 porteur d’un sac à pommes de terre paraissant très lourd. Elle entre à 19 h 20 à son domicile. À 19 h 25 elle en ressort à l’angle de la rue Bellart et de l’avenue Buffon. Elle rencontre un homme que nous appellerons « Bellart ».
Signalement de « Bellart », 1 m 70, 30 à 32 ans, corpulence moyenne, cheveux châtains foncés rejetés en arrière, coiffé d’un béret basque, sourcils épais, costume gris noir, imperméable beige.
« Bellart » et Gruwier effectuant un va et vient R. Bellart et rencontrent vers 19 h 40 un homme que nous appelons « Nabot » (identifié Méline). » Il s’agissait en fait de Miline.
Feuillet non daté : « Vivienne » est [Illisible] Gruwier prend le métro à Palais-Royal à 19 h 30 et descend à Commerce à 19 h 50. Elle entre chez elle 28 rue Mademoiselle à 20 h et n’est pas revu de la soirée.
À la station la Motte Picquet « Dareau » prend la direction Etoile et descend à Passy à 18 h 35. Elle s’engage sur le viaduc de Passy et descend à l’allée des Cygnes, et rencontre un homme que nous appellerons « Passy ».
Signalement de « Passy ». 1 m 65 à m 68, 35 ans, cheveux châtains foncés rejetés en arrière et flous, tempes dégagées, pantalon gris clair, gabardine beige, souliers bleu marine ou noir.
Le « garde malade » de « Passy » se retire.
« Dareau » et « Passy » conversent quelques minutes tout en flânant dans l’allée, puis sont rejoints par une femme que nous appellerons « Saint-Martin ».
Signalement de « Saint-Martin » : 1 m 62 mince, 22 ans, cheveux blond filasse relevés sur le devant et tombant sur la nuque, visage pâle, très maquillé, [Illisible] veste noire et blanc, porte sur le bras un imperméable bleu, sans bas, chaussures noires à talons hauts.
« Dareau », « Passy » et « Saint-Martin » se promènent dans l’allée des Cygnes pendant environ un quart d’heure.
« Passy » les quitte à 19 h se rend rue de Lourmel au n° 81 où il entre à 19 h 15 (fond de la cour à gauche) et n’est pas revu de la soirée.
« Dareau » et « Saint-Martin » longent l’allée des Cygnes jusqu’au viaduc de Passy où elle [Illisible] À 19 h 05 elles se séparent.
« Saint-Martin » prend le métro à Passy à 19 h 30 et descend à Strasbourg Saint-Denis à 19 h 35. Elle entre au 47 Bd Saint-Martin au restaurant Ma… [Illisible]. Elle rencontre « Bellart »
Gruwier et « Nabot » qui mesure un mètre cinquante se rencontre, il est identifié Méline [Miline].
« Signalement de Méline [Miline] : 1,50 m, 28 ans, tête nue raie sur le côté gauche, cheveux châtain foncé flous sur le devant, costume gris, boîte de la jambe droite. »
« Bellart », Méline et Gruwier se séparent au métro Pasteur à 19 heur 55. Gruwier se rend à son domicile 28 rue Mademoiselle où elle entre à 20 h 05. « Bellart » et Méline prennent le métro à Pasteur à 20 h à Nation, ils se rendent tous les deux, dans le couloir de la correspondance… »
« Elle en sort à 20 h 25 accompagnée d’un homme dont on ne peut fournir le signalement en raison de l’obscurité ; ils se promènent jusqu’à 21 h où ils se séparent à la hauteur du 47 boulevard Sébastopol. »
« Dareau » traverse le viaduc de Passy prend le boulevard de Grenelle et se rend aux sentiers Michel où elle entre au n° 1. Elle en sort immédiatement traverse la rue Sentier Michel et rencontre à 19 h 10 un homme dont le signalement ne peut être donné en raison de l’éloignement, ils prennent là un [illisible] où ils stationnent 10 minutes vers le n° 50. Ils se séparent, l’homme descend la rue Émile-Chauvière où rue du docteur Toulay. « Dareau » se rend rue de Lourmel où elle entre au n° 81 et ne ressort pas de la soirée. »
« Gruwier prend le métro à Commerce à 18 h et descend au Pont de Levallois à 19 h. À 19 h 10 rue Marius-Aufan, Gruwier est rejointe par un homme que nous appellerons « Asnières » (identifié Fongarnand Henri). »
« Signalement de Fongarnand : 1 m 68 à 1 m 70, 30 à 36 ans, corpulence moyenne, nu tête, cheveux châtains moyen, raie à droite, figure ovale, teint pâle, vêtu d’un pantalon gris rayé noir, veston noir, allure dégagée, très soignée. »
Celui-ci continu son chemin et pénètre dans un restaurant rue Raspail à 19 h 40.
« Rue Anatole-France Gruwier quitte Fongarnand. Celui-ci continu son chemin et pénètre dans un restaurant rue Raspail à 19 h 40. À 19 h 50, Fongarnand sort de son hôtel en compagnie d’une femme paraissant âgée de 30 à 35 ans, nue tête, chevelure noire, paraissant bouclée, corpulence plutôt mince, vêtue manteau noir. Il est porteur d’une mallette marron, paraissant assez lourde. Ensemble, ils pénètrent à 20 h 30, au n° 32 Grande-Rue à Asnières. Le couple n’a pas été vu ressortant de la soirée. »
« 7 octobre 1942 : Gruwier entre à son travail à 7 h 55. À 11 h 35 elle en sort et se rend à son restaurant habituel. Elle en ressort et entre à son lieu de travail à 12 h 25. À 18 h Gruwier sort de son travail, attend quelques instants et est rejointe par « Dareau ».
« Toutes deux prennent le métro à Vaugirard à 18 h 15. Elles changent à la Motte-Picquet et stationnent sur la direction Charenton. Gruwier monte seule dans la rame de métro et descend à La Bourse à 18 h 45. Elle se rend rue des Petits-Pères où elle a un rendez-vous avec un homme que nous appellerons « Vivienne ».
« Signalement de « Vivienne » 1 m 75, forte corpulence, cheveux châtains foncé légèrement [illisible], souliers jaune. Ensemble ils s’engagent dans les allées du Palais-Royal (côté galerie de Valois). Ils traversent les jardins du Palais Royal (côté galerie de Valois). Ils traversent ensemble le jardin font [illisible] et sortent place du Théâtre Français et ils se séparent.  »
« Gruwier prend le métro à Palais-Royal à 19 h 30 et descend à Commerce à 19 h 50. Elle entre chez elle 28 rue Mademoiselle à 20 h et n’est pas revu de la soirée. »
« À la station la Motte Picquet « Dareau » prend la direction Étoile et descend à Passy à 18 h 35. Elle s’engage sur le viaduc de Passy et descend à l’allée des Cygnes, et rencontre un homme que nous appellerons « Passy ».
« Signalement de « Passy ». 1 m 65 à m 68, 35 ans, cheveux châtains foncés rejetés en arrière et flous, tempes dégagées, pantalon gris clair, gabardine beige, souliers bleu marine ou noir.
« Le « garde malade » de « Passy » se retire. « Dareau » et « Passy » conversent quelques minutes tout en flânant dans l’allée, puis sont rejoints par une femme que nous appellerons « Saint-Martin ».
« Signalement de « Saint-Martin » : 1 m 62 mince, 22 ans, cheveux blond filasse relevés sur le devant et tombant sur la nuque, visage pâle, très maquillé, [illisible] noire, veste noire et blanc, porte sur le bras un imperméable bleu, sans bas, chaussures noires à talons hauts. »
« Dareau », « Passy » et « Saint-Martin » se promènent dans l’allée des Cygnes pendant environ un quart d’heure. « Passy » les quitte à 19 h se rend rue de Lourmel au n° 81 où il entre à 19 h 15 (fond de la cour à gauche) et n’est pas revu de la soirée.
« Dareau » et « Saint-Martin » longent l’allée des Cygnes jusqu’au viaduc de Passy où elle [illisible]… À 19 h 05 elles se séparent.
« Saint-Martin » prend le métro à Passy à 19 h 30 et descend à Strasbourg Saint-Denis à 19 h 35. Elle entre au 47 boulevard Saint-Martin au restaurant Ma… Elle rencontre Bellart. Gruwier et « Nabot » qui mesure un mètre cinquante se rencontre, il est identifié Méline [Miline]. »
« Bellart » descend à la Porte de Vincennes, flâne dans les couloirs et devant sa méfiance nous l’abandonnons à 20 h 55. Méline descend à Belleville et pénètre au n° 45 rue de Belleville à 21 h, il n’est pas sorti de la soirée. »
« 9 octobre 1942 : À 7 h 50 Gruwier sort de son domicile et se rend à son lieu de travail. Elle en sort à 11 h 30 et va déjeuner au 121 rue Lecourbe. Elle entre à son travail à 12 h 25. »
« Gruwier sort de son travail à 18 h 05 dans la rue Théophraste Renaudot, elle rencontre deux hommes. Tous les trois se promènent puis se séparent à l’angle du boulevard de Grenelle et de la rue Violet. Gruwier entre chez elle à 19 h 15 et n’en ressort plus. »

« L’un des deux hommes que Gruwier a rencontré rue Théophraste Renaudot, et que nous appellerons « Raynaud » se rend à son restaurant situé 42 rue du Commerce où il entre à 19 h. »
« Signalement de « Raynaud » : 1 m 62, 28 à 30 ans, mince, cheveux châtain foncé, sourcils épais, petite moustache, complet bleu foncé, chapeau gris… »
« Raynaud » sort du restaurant à 19 h 25, prend le métro à la Motte-Picquet et descend à Plaisance. Il se rend cité Raynaud, où il pénètre à 19 h 45 au n° 16 et n’en ressort plus.
Non daté : 14 rue Lakanal où ils se quittent à la sortie de la rue Mademoiselle, Lambert porte un petit paquet fait avec du papier marron et ficelé. Il emprunte la rue du Théâtre où il pénètre au n° 36, à 18 h 40 et ne ressort pas au cours de la soirée. »
« Gruwier sort du 14 rue Lakanal à 19 h 15 porteur d’un sac à pommes de terre paraissant très lourd. Elle entre à 19 h 20 à son domicile. À 19 h 25 elle en ressort à l’angle de la rue Bellart et de l’avenue Buffon. Elle rencontre un homme que nous appellerons « Bellart ».
Signalement de « Bellart », 1 m 70, 30 à 32 ans, corpulence moyenne, cheveux châtains foncés rejetés en arrière, coiffé d’un béret basque, sourcils épais, costume gris noir, imperméable beige.
« Bellart » et Gruwier effectuant un va et vient et rencontrent vers 19 h 40 un homme que nous appelons « Nabot » (identifié Méline). »
« Signalement de Méline [Miline] : 1,50 m, 28 ans, tête nue raie sur le côté gauche, cheveux châtain foncé flous sur le devant, costume gris, boîte de la jambe droite. »
« Bellart », Méline et Gruwier se séparent au métro Pasteur à 19 h 55. Gruwier se rend à son domicile 28 rue Mademoiselle où elle entre à 20 h 05. « Bellart » et Méline prennent le métro à Pasteur à 20 h à Nation, ils se rendent tous les deux, dans le couloir de la correspondance… »
« 10 octobre 1942 : Gruwier sort de chez elle à 8 h et se rend rue Fondary, à 5 h 05 elle rencontre un cycliste portant une musette paraissant pleine. Le vélo était immatriculé 3789RB8. Les recherches au service du cycle ont permis de l’identifier comme suit : Lanane Pierre 7 rue du Lac à Paris (XVe arr.). À 8 h 30 ils se séparent, Gruwier rentre chez elle. »
« À 13 h 40 Gruwier sort de chez elle et se rend au 70 rue Mademoiselle où elle entre à 13 h 45. Elle en sort à 15 h 10 et entre chez elle. À 15 h 25, Gruwier sort de chez elle et prend le métro à Commerce à 15 h 30. Pendant ½ h elle nous promène dans de petites rues désertes, accélérant le pas en faisant des demi-tours. Enfin arrivée au métro Pasteur, elle observe… minutieusement les alentours. Devant tant de méfiance nous l’abandonnons. »
« 12 octobre 1942 : À 12 h 40, « Passy » sort de son domicile 8 rue de Lourmel et se rend au métro Dupleix. Il prend le métro à Dupleix. Il prend le métro à Saint-Mandé Tourelles à 13 h 20. Il remonte l’avenue de Paris à Vincennes, rencontre un homme et rentre 5 minutes au café situé 123 avenue de Paris. »
« Pendant une heure ils se promènent tous deux dans Vincennes et à 14 h 30 ils rencontrent un 3e homme dans la rue de Paris à Vincennes. Ils parlent pendant quelques minutes puis « Passy » les quitte et sert de « chandelle » pendant 5 minutes. »
« Le signalement des deux hommes « Passy » ne peut être donné d’une façon précise car leur méfiance obligeait d’établir la surveillance de très loin. L’un était coiffé d’un chapeau mou et d’un imperméable beige très clair, il mesure environ 1 m 70, nous l’appellerons « Ciré ». L’autre mesure 1 m 72, tête nue, cheveux châtain foncé, il portait une gabardine beige foncé, nous l’appellerons « Gabardine ». Tous deux, par des rues désertes, se rendent au 111 avenue Marigny à Fontenay, où ils pénètrent à 15 h et ne ressortent plus. »
« 13 octobre 1942 : « Passy » sort de son domicile à 8 h 30 et effectue dans son quartier une promenade d’environ une heure. Les individus précédemment connus dans le rapport de filature et surveillance paraissant se méfier d’une façon toute particulière. Les surveillances sont momentanément suspendues.
« 2 novembre 1942 : Gruwier sort de son domicile et se rend à son travail où elle pénètre à 18 h dix et n’en ressort plus. »
« 3 novembre 1942 : Gruwier entre à son travail à 8 h. À 11 h 30 elle quitte son travail va déjeuner chez elle et retourne à son atelier à 12 h 25. À 18 h elle sort de son travail, effectue des emplettes, prend le métro à Commerce à 18 h 35 et descend à la Porte d’Italie à 19 h. »
« Elle se rend au 39 rue Roger Salengro au Kremlin-Bicêtre. À 19 h 26 elle en sort avec un homme et une femme dont on ne peut fournir le signalement en raison de l’obscurité. À l’angle de la rue de l’avenue de Fontainebleau et de la rue R. Salengro, la femme les quitte, elle se rend 5 avenue de Fontainebleau. »
« Gruwier et l’homme traversent l’avenue de Fontainebleau et à l’angle de cette avenue et de la rue du 14 juillet, ils rencontrent un autre individu. Tous trois se rendent au tabac A. Rivoir Place des Peupliers, il est 19 h 55. »
« À 20 h 15, ils ressortent à cinq ayant retrouvé à l’intérieur du café 2 autres individus. Tous les cinq se rendent dans la gare Denfert-Rochereau (ligne de Sceaux), il est 21 h. À l’intérieur de la gare dans le hall, ils discutent avec ardeur, deux des individus prenant des notes, l’un vêtu d’un ciré noir avec martingale, coiffé d’une casquette, l’autre porte des lunettes. »
« À 22 h ils se séparent. L’individu en ciré accompagné d’un plus petit prend la direction de Sceaux. Gruwier et les deux autres hommes stationnent un instant sur la place Denfert-Rochereau. Un des individus les quitte. Gruwier accompagne l’homme aux lunettes, qui n’est autre que Lernovici tout en flânant revient au 23 rue Mademoiselle où ils pénètrent à 23 h et n’en ressortent plus. »
« 4 novembre 1942 : Gruwier rentre à son travail à 8 h. À 11 h 30, elle sort, va déjeuner chez elle et entre à son atelier à 12 h 25. À 18 h elle sort de son travail et se rend au 129 rue du Théâtre, quelques mètres après elle en ressort avec un individu qui n’est autre que Duriez. Ils se promènent pendant ½ heure puis se séparent. »
« Duriez entre à son domicile 129 rue du Théâtre. Gruwier entre chez elle à 20 h 30, elle ressort et se rend au cinéma rue Croix-Nivert (face à la rue du Théâtre) où elle rencontre trois individus parmi lesquels se trouvent l’homme au ciré et Lernovici qu’elle avait rencontré la veille à Denfert-Rochereau. »
« Vers 21 h ils commencent tous les quatre un va-et-vient d’une heure rue Croix-Nivert. À 22 h à la faveur de l’obscurité ils sont perdus de vue. À 22 h 45 Gruwier entre à son domicile et n’en ressort plus. »
« 5 novembre 1942 : Gruwier entre à son travail à 8 h. À 18 h elle sort de son travail et entre chez elle. À 18 h 30 Gruwier sort de chez elle et se promène dans son quartier. Elle prend le métro à Commerce à 19 h 15 et descend à Bienvenüe à 19 h 30. À 20 h 15 à la sortie de la gare Montparnasse (côté arrivée), elle rencontre un individu que nous appellerons Bienvenüe (identifié Saltel). »
« Signalement de Saltel : 1 m 70, 30 ans, cheveux châtains foncés, coiffé d’un béret basque, vêtu d’un pantalon marron et d’un cache col de même couleur, d’un pantalon sombre et de chaussures éculées. »
« Gruwier et Saltel prennent le métro à Bienvenüe à 20 h 15, prennent la direction Clignancourt et descendent à Saint-Placide. Là, prétextant une erreur de parcours, ils passent au quai en face, direction Porte d’Orléans ; au bout de cinq minutes environ, ils sont rejoints par un autre individu : une discussion animée s’engage jusqu’à 21 h 30. Ils prennent le métro et descendent à Montparnasse. Là, l’invraisemblable cohue des voyageurs et la fermeture d’un portillon automatique nous les fait perdre de vue. »
« 6 novembre 1942 : Gruwier entre à son travail à 7 h 55. À 18 h elle en sort, effectue des achats dans le quartier et entre chez elle. Gruwier ressort à 20 h 20, prend le métro à Commerce et descend à Censier-Daubenton à 20 h 30. »
« Sur le quai elle rencontre Saltel et Lernovici dont il a déjà été fait mention dans le rapport du 5 novembre. Tous trois causent ensemble dix minutes et prennent le métro direction Porte d’Ivry. Ils descendent à Porte de Choisy à 20 h 45. Après d’être promené pendant plus d’une heure dans Ivry, à la faveur de l’obscurité nous les perdons de vue. »
« 7 novembre 1942 : Gruwier sort de chez elle à 14 h 30 et se rend rue du Laos où elle rencontre Fongarnand. Tous deux se rendent place Cambronne où ils pénètrent au café tabac, il est 14 h 50. Ils ressortent à 15 h 40 et se séparent. »
« Fongarnand se rend à la station de métro Motte-Picquet Grenelle et descend à Saint-Lazare. Il sort par la rue d’Amsterdam longe cette rue et pénètre dans le hall de la gare Saint-Lazare. Il prend le train à 16 h 20 descend à Bécon-les-Bruyères à 16 h 30, sort de la gare prend à nouveau le train et descend à Levallois à 16 h 50. Il se rend à l’angle des rues des Chasses et de la route d’Asnières située derrière le pont du chemin de fer. »
« Un individu le rejoint à 17 h 20. En raison du lieu désert la surveillance est exercée à distance, aussi le signalement de cet individu ne peut être fourni. Ils se séparent à 17 h 30, Fongarnand se rend à la gare de Levallois et descend à Saint-Lazare. Il prend le métro et descend à La Fourche. Il se rend au 14 rue Legendre à 21 h 30 et n’en ressort pas. »
« Gruwier rentre à son domicile 23 rue Mademoiselle, elle en sort à 16 h 05 et se rend à la boulangerie située au n° 69 Bd de Grenelle il est 16 h 15. Elle en sort à 16 h 30, prend le métro à Dupleix et descend à la Mairie des Lilas. p.24 À la sortie, Gruwier rencontre « Raynaud » ils se rendent rue de Paris où ils font un va-et-vient. Gruwier remet des papiers à « Raynaud ».
« À 18 h Gruwier et « Raynaud » prennent ensemble le métro à Mairie des Lilas descendent à Belleville, restent quinze minutes sur le quai à causer, puis se séparent. Gruwier reprend le métro direction Châtelet. « Raynaud » prend la direction Nation et descend à Ménilmontant et s’en va reprendre le métro à Belleville et descend à Plaisance. Il se rend Cité Raynaud où il pénètre au n° 16 à 20 h et n’en ressort pas. »
« 10 novembre 1942 : Gruwier entre à son travail à 7 h 55. À 11 h 35 elle en sort, va déjeuner et entre à son travail à 12 h 15. À 18 h 05 elle sort de son travail et entre chez elle après avoir effectué divers achats. À 20 h 05 elle sort de chez elle, prend le métro à commerce, descend à Odéon à 20 h 50. »
« Elle se rend rue Princesse où elle rencontre Lernovici et Saltel. Tous trois se rendent au café tabac rue Monge n° 13, il est 21 h 05, ils en sortent à 22 h et se rendent boulevard Saint-Germain puis rue des Écoles. »
« Là Gruwier et Lernovici se détachent pendant que Saltel semble faire le guet et [Illisible]. Ils effectuent un va-et-vient [illisible] 22 h 05, ils se regroupent et se dirigent au métro Maubert-Mutualité, là, ils se séparent. À la faveur de l’obscurité, ils sont perdus de vue. »
« 11 novembre 1942 : À 18 h 05, Gruwier sort de son travail ; à l’angle de la rue Théophraste-Renaudot et de la rue Lecourbe, elle rencontre Lambert portant une petite valise. Gruwier et Lambert prennent ensemble la rue Théophraste-Renaudot et la rue Croix-Nivert. Ils pénètrent au café Raymond rue Croix-Nivert où ils stationnent cinq minutes. Ils sortent ensemble et se séparent angle rue Mademoiselle et rue Croix-Nivert. Gruwier rentre à son domicile. »
« Lambert rencontre une femme qui paraît être sa mère et après avoir fait des emplettes, ils pénètrent tous deux au 36 rue du Théâtre, il est 19 h 20. Lambert Raymond demeurant 36 rue du Théâtre est employé aux Établissements La Précision Moderne 162 rue Saint-Charles. »
« 13 novembre 1942 : Gruwier entre à son travail à 7 h 55. Elle en sort à 11 h 35 pour se rendre à son restaurant habituel. Face au n° 194 rue Lecourbe elle rencontre Lambert, tous deux remontent la rue Lecourbe jusqu’au n° 121 où Gruwier rentre au restaurant. 26 Gruwier le rejoint à 16 h 10. »
« Après avoir quitté Lernovici au métro Commerce, Gruwier est rentrée à son domicile à 13 h 30. Elle en ressort à 15 h 30, se rend au métro Commerce et descend à Goncourt où elle rejoint Lernovici. Tous les deux prennent la rame suivante et descendent à la mairie des Lilas. »
« Ensemble ils se rendent rue de l’Egalité où ils rejoignent Saltel et « Raynaud » qui les attendent, il est 16 h 30. Tous les deux empruntent de nombreuses petites rues et se rendent place de la mairie de Romainville où ils pénètrent au café tabac sur la place à 17 h 10. »
« Deux individus qui n’étaient pas avec eux se placent en surveillance aux abords du café et lors de la sortie du groupe à 18 h 20 ils en assurent la protection. En raison de l’obscurité, des lieux déserts et de la méfiance dont ils font preuves nous jugeons préférables de lâcher le groupe et de prendre les deux individus en filature. Ceux-ci qui paraissent connaître les lieux, empruntent de petites rues désertes, nous les perdons de vue à 18 h 15. »
« 15 novembre 1942 : Gruwier sort de son domicile à 11 h 40 et après avoir effectué quelques achats chez les commerçants du quartier, elle rentre à 12 h 25 à son domicile et n’en ressort plus. »
« 16 novembre 1942 : Gruwier sort de son domicile à 7 h 50 et se rend à son travail où elle rentre à 8 h. Elle sort de son travail à 11 h 35, va déjeuner et entre à son atelier à 12 h 25. Elle sort de chez elle à 19 h 30 se rend au métro Commerce et descend à Duroc. »
« Elle emprunte la rue de Sèvres, à hauteur du n° 81, elle échange quelques paroles avec un individu qui descendait la rue de Sèvres, puis se séparent. Gruwier rentre au café situé à proximité, elle ressort en compagnie de Lernovici et de Saltel dix minutes plus tard. »
« Rue de Sèvres, ils rencontrent un troisième individu aperçu à plusieurs reprises, mais dont le signalement ne peut être fourni en raison de l’obscurité. Tous quatre prennent le métro à Bienvenüe et se rendent à Daumesnil. En raison de l’affluence et de l’obscurité, nous les suivons de vue. »
« 18 novembre 1942 : Gruwier sort de son domicile à 7 h 40 et de rend à son travail. Elle en ressort à 11 h 30, va déjeuner au restaurant 121 rue Lecourbe et rejoint son travail à 12 h 25. Elle sort de son travail à 18 h 20, rejoint Lernovici qui l’attendait à l’angle de la rue Lecourbe et de la rue Théophraste Renaudot, puis tous deux gagnent le domicile de Gruwier. »
« Ils en sortent à 19 h 35, prennent le métro à Cambronne et descendent à la place d’Italie à 20 h 50. Ils se rendent au restaurant situé 26 rue Bobillot où ils pénètrent à 21 h 30. Gruwier et son compagnon sortent du restaurant à 22 h et se séparent au coin de la rue de Tolbiac. Gruwier quitte Lernovici et se dirige vers la station de métro Tolbiac. Lernovici est perdu de vue à la faveur de l’obscurité dans la rue de Rungis. »
« 19 novembre 1942 : Gruwier entre à son travail à 7 h 55. Elle en sort à 11 h 30 et se rend à son restaurant 121 rue Lecourbe. Elle en sort à 12 h 05 et rentre à son travail à 12 h 25. Elle en sort à 18 h 05 et rentre à son domicile. A 18 h 25, elle se rend au restaurant sis au n° 63 rue du Commerce. »
« Elle en sort à 19 h 20 et se rend à la boulangerie située au n° 69 du boulevard de Grenelle et se rend dans l’arrière-boutique. A 20 h 30 elle ressort seule, prend le métro à la Motte Picquet et descend à Duroc. Elle prend la rue de Sèvres et là elle effectue plusieurs demi-tours, changeant de trottoir, et paraissant chercher à dépister toute filature. Devant cette attitude, nous jugeons prudent de lever la surveillance. »
« Le nommé Saltel s’apprêtant à partir travailler en Allemagne à la date du 1er décembre ou plus probablement à vivre dans l’illégalité, nous procédons à l’arrestation des individus que nous avons identifiés. Les nommés Lambert et « Raymond », au moment d’être appréhendés ont quitté leur domicile et sont activement recherchés. »
« Au cours des surveillances et filatures nous avons pu nous rendre compte que les relations de la nommée « Dareau » avec Gruwier n’étaient qu’amicales et non politiques. »
« D’autre part, au cours de son interrogatoire, la nommée Gruwier a confirmé notre jugement : « Dareau » étant une militante communiste qu’elle a connue au temps où elle s’occupait du mouvement « femmes ». Bien que la nommée « Dareau » fasse toujours partie de l’organisation clandestine communiste, Gruwier n’a avec elle aucune liaison politique. »
« En conséquence les nommés « Passy » « Saint-Martin » « Gabardine » « Ciré » « Dupleix » « Corvisart » « Dombasle » « Petit » « Râpée » et « Corvisart » faisaient partie très certainement d’autres groupes au sujet desquels des surveillances et filatures continuent.
Signé par l’inspecteur B...

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87251, notice GRUWIER Micheline [née GALLOT Marceline, Mathilde, épouse GRUWIER puis CHARPENTIER]. Pseudonyme dans la clandestinité : « Simone », « Line » par Jocelyne George, Daniel Grason , version mise en ligne le 31 mars 2018, dernière modification le 25 juin 2020.

Par Jocelyne George, Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 112 BS2, 1W 92. – KB 10, KB 25, 77 W 5351-292132
. – Institut CGT histoire sociale, cartons MOF, notes de Slava Liszek. – Arch. de la Fédération de l’Habillement 200 J 401. – Enquête de Mary Cadras : « Femmes syndicalistes, femmes résistantes », Antoinette, décembre 1975. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Bureau Résistance GR 16 P 240723. – État civil La Chapelle-aux-pots.

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