SNOECK Gérard, Claude

Par Madeleine Singer

Né le 8 septembre 1943 à Roubaix (Nord), mort le 21 avril 1999 à Lille (Nord) ; cadre à la SNCF, permanent syndical ; animateur, puis secrétaire régional du Comité régional Transport et Équipement (CRTE) CFDT de 1979 à 1993 ; secrétaire national de la Fédération générale des Transports et Équipement (FGTE) CFDT de 1993 à 1997.

Gérard Snoeck était l’unique enfant de Georges, Joseph Snoeck, cultivateur à Camphin-en-Pévèle (Nord), qui habitait Roubaix. Celui-ci avait épousé Marguerite, Madeleine, Jeanne Beunig, alors sans profession, mais qui fut ultérieurement commerçante. Tous deux étaient catholiques, la mère pratiquant régulièrement sa religion, le père occasionnellement. Gérard Snoeck fréquenta à Roubaix une école primaire privée, fit sa communion solennelle, obtint le certificat d’études primaires et suivit ensuite pendant quatre ans les cours de l’Institut professionnel roubaisien où il passa avec succès le brevet d’électricité industrielle (BEI). En octobre 1961 il entra dans l’entreprise d’électricité générale Lefebvre à Roubaix et la quitta en mars 1963 pour faire son service militaire. À son retour fin 1964, il fut recruté par la SNCF et travailla comme électricien dans les ateliers d’Hellemmes-Lille. En septembre 1969 il intégra l’école de maîtrises et cadres de la SNCF à Louvres (Val-d’Oise).
Au bout d’un an, il revint à Hellemmes-Lille où il fut nommé chef d’équipe. Appartenant à la maîtrise, il passa cadre à l’ancienneté en 1979, conformément à l’avancement prévu dans les grilles de la SNCF. C’est alors qu’il devint permanent syndical et le demeura jusqu’à la retraite qu’il prit en 1997, vu les congés de fin de carrière. Mais il ne put en profiter longtemps car, atteint par une implacable maladie, il mourut deux ans plus tard au Centre Oscar Lambret, à Lille.
Il avait épousé en septembre 1966 Renée, Amélie Pattyn qui était sténodactylo dans un cabinet d’expertise comptable qu’elle quitta en 1969 pour travailler chez un notaire. En 1973 elle devint mère au foyer, mais reprit en 1990 un emploi de secrétaire dans le CRTE CFDT. Elle arrêta ce travail en 1997 quand son mari prit sa retraite. Adhérente CFDT, elle milita de 1972 à 1988 dans les Associations populaires familiales (APF) ; celles-ci en 1976 étaient devenues la Confédération syndicale du cadre de vie (CSCV) qui dans les quartiers organisait des usagers et des consommateurs et non plus seulement des familles. En 2003 Renée Snoeck faisait toujours partie, en tant qu’adhérente, de ce groupement qui depuis trois ans avait pris le nom de CLCV (Consommation, logement, cadre de vie).
Dès leur mariage, Gérard et Renée Snoeck étaient entrés dans une équipe d’Action catholique ouvrière (ACO) où Gérard fut responsable du secteur de Roubaix de 1971 à 1975. Ils furent tous deux fidèles aux réunions jusqu’à ce que la maladie ne permit plus à Gérard Snoeck d’y assister ; sa femme continua ultérieurement à participer aux rencontres élargies.
Après avoir débuté dans un appartement en 1966, puis acquis en 1970 une maison à Roubaix, le couple déménagea à Baisieux (Nord) en 1988. Ils eurent deux fils qui furent l’un inspecteur de la Jeunesse et des Sports, l’autre professeur des écoles.
À l’âge de six ans, Gérard Snoeck fit partie des Cœurs vaillants et fréquenta le patronage ; il y joua ensuite le rôle de moniteur jusqu’en 1960. Dès son entrée au travail, il devint jociste et le resta jusqu’au service militaire. Il aimait particulièrement un chant de la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne), « Souviens-toi (de la lutte ouvrière) », et vibrait en le chantant ou en l’entendant. C’est pourquoi ses camarades le choisirent pour un dernier adieu lors de la célébration des funérailles, le 24 avril 1999. À la SNCF il adhéra aussitôt à la CFTC, mais démissionna au bout de quelques mois, avant de soutenir en novembre 1964 la transformation de la CFTC en CFDT. Il fut dès lors un militant actif au syndicat CFDT des cheminots d’Hellemmes-Lille.
Dans les années 1970, Gérard Snoeck travailla en équipe avec Jean-Claude Patou et Georges Caignaert. Ils étaient comme « les trois doigts de la main ». Ils étaient issus du même service SNCF : la maintenance du matériel. Ils avaient la même volonté de redynamiser les équipes syndicales de base en se souciant de la formation des militants, la même volonté de développer la présence active de la CFDT sur le terrain, une CFDT proche des préoccupations des travailleurs. Enfin ils jugeaient nécessaire de renforcer leur présence dans les instances interprofessionnelles. Les sections syndicales d’établissement (SSE) se développaient.
Gérard Snoeck était secrétaire du syndicat des cheminots d’Hellemmes-Lille où il avait remplacé Georges Caignaert, son « grand frère ». Jean-Claude Patou était secrétaire du syndicat des cheminots de Fives-Lille.
Quant à Georges Caignaert, il organisait l’Union professionnelle régionale (UPR) CFDT de Lille, ces UPR ayant depuis le congrès fédéral de 1970 remplacé les anciens secteurs. G. Snoeck était membre du bureau de cette UPR où il joua, dit Jean-Claude Patou, un rôle important. Il y travailla en liaison avec Jean-Claude Patou devenu en 1975 permanent et animateur fédéral, chargé en particulier du développement tandis que Gérard Snoeck s’occupait de l’organisation. Sous la responsabilité de Georges Caignaert devenu secrétaire régional, tous deux devaient descendre dans les SSE, les syndicats pour structurer les équipes, les aider à s’organiser, former les délégués, rencontrer les adhérents mais aussi les travailleurs sur le terrain. Gérard, dit Jean-Claude Patou, avait le parler franc, direct, sans pour autant blesser les gens et toujours le réflexe de l’adhésion. Permanent fédéral, Jean-Claude Patou fut chargé de préparer sur le plan régional la réforme fédérale, c’est-à-dire la constitution de la FGTE. Ce n’était pas une mince affaire car il fallait surmonter les réflexes catégoriels de tous : cheminots, routiers, marins, Équipement. Il effectua ce travail en liaison avec Georges Caignaert et Gérard Snoeck. Ce dernier succéda à Jean-Claude Patou dans son mandat de permanent en 1980 et mena à son terme cette réforme en créant avec Jean Colin et Michel Beau le CRTE-CFDT qui tint son premier congrès à Arras (Pas-de-Calais) en 1986 ; il y fut élu secrétaire général. C’est cette année-là que Gérard Snoeck fut aussi élu membre du secrétariat national FGTE ; à partir de 1993, il fit partie de l’exécutif où il fut chargé de la formation syndicale, fonction qu’il exerça jusqu’à sa retraite en 1997.
Gérard Snoeck s’était en même temps impliqué dans l’action interprofessionnelle. Pour le congrès de l’Union régionale interprofessionnelle (URI) CFDT Nord-Pas-de-Calais, à Valenciennes (Nord) en juin 1981, il avait fait partie des cinq UPR qui, avec quelques syndicats, déposèrent à l’avance cinq pages de réflexions sur les objectifs de l’organisation : « En menant l’action dans la recherche de l’unité, construisons et renforçons la CFDT, pour mettre fin à la logique du profit, pour préparer les phases de rupture fondamentale avec le système capitaliste, seul moyen d’œuvrer vers le socialisme autogestionnaire. » Aussi lors du congrès, dans son intervention au nom de l’UPR cheminots de Lille, il appuya celle de Maria Casas du syndicat Hacuitex (Habillement, cuir, textile) Lens, Arras, Béthune (Pas-de-Calais). Tout en reconnaissant que les cheminots « respirent mieux depuis le 10 mai » (élection de François Mitterrand à la Présidence), il demanda à l’URI « de s’engager à assurer la formation des militants » afin que ceux-ci soient capables d’expliquer notamment « comment actuellement les transports servent à la restructuration du capitalisme ». Après avoir été membre du Parti socialiste (PS), Gérard Snoeck, au moment de sa mort, n’y appartenait plus depuis plusieurs années ; sans doute jugeait-il que c’était préférable, vu l’importance de ses fonctions syndicales. Mais il continuait à aider les camarades du PS au moment des élections ou quand on avait besoin de lui. Ainsi il fut le directeur de campagne de Jocya Vancoillie depuis octobre 1997 jusqu’à son élection le 22 mars 1998 comme conseillère générale pour le canton de Lannoy (Nord).
En retraçant le parcours syndical de Gérard Snoeck, nous n’avons pas assez parlé des qualités de l’homme. Jean-Claude Patou souligne qu’il était méthodique, avait le sens de l’organisation et l’esprit d’équipe. Il préparait avec minutie chaque réunion. Ceux qui intervinrent lors des funérailles (aumôniers et membres d’ACO, responsable CFDT) rappelèrent qu’avec l’accord de sa femme, il avait accepté « de ne pas faire carrière » en consacrant beaucoup de temps au syndicalisme. Rigoureux et exigeant pour lui-même, il l’était aussi pour les autres, cherchant à réunir ceux qui s’étaient divisés, afin de gagner ensemble « le combat de la vie », d’obtenir pour tous les hommes la justice et le respect de leur dignité. Il avait l’habitude de dire et d’écrire : « L’homme qui veut faire quelque chose trouve un moyen, celui qui ne veut rien faire trouve une excuse. » Cette détermination s’exprimait aussi bien dans un match de volley que dans une manif. Doué d’une grande capacité d’analyse, dit Fernand Deperne, il fixait avec son équipe l’objectif à atteindre et se « donnait » les moyens d’y arriver. Aussi « nombreux furent les militants qu’il a lancés et les équipes qu’il a mises en place et qui aujourd’hui encore continuent le combat ouvrier ». Chrétien convaincu, Gérard Snoeck avait « choisi de croire en l’amour », mais cet amour ne se limitait pas à son environnement immédiat car il ajoutait : « Mon syndicat, mon parti ne sont pas toute la classe ouvrière. »

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article8726, notice SNOECK Gérard, Claude par Madeleine Singer, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 7 avril 2022.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Acte de naissance de G. Snoeck, mairie de Roubaix. — Faire-part de son décès, avec le texte des allocutions prononcées lors des funérailles, 6 p. Imprimées. — Biographie de G. Snoeck rédigée par Michel Gorand. — Liaisons CFDT-URI Nord-Pas-de-Calais, juin 1981, 8 p. imprimées, avec les textes ronéotypés cités. — Lettre de F. Deperne, cheminot retraité, à M. Singer, 12 mars 2003. — Lettre de J.-C. Patou à M.Singer, 7 avril 2003. — Lettres de Renée Snoeck, sa femme, à M. Singer, 14 janvier 2003, 6 mars 2003, 17 avril 2003 (À Gilbert Ryon).

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