GOSSART André-Marie [GOSSART André, Marie, Hyacinthe, Georges dit ]

Par Alain Dalançon

Né le 14 février 1889 à Caen (Calvados), mort le 26 mars 1961 à Sceaux (Seine, Hauts-de-Seine) ; professeur agrégé de grammaire, proviseur, inspecteur général de l’Instruction publique ; militant syndicaliste, président du Syndicat national des professeurs de lycée (1934-1939), président de la FIPESO (1937-1948), président du Comité d’Entente des fédérations internationales du personnel enseignant (1948-1960).

Signature de la Charte des éducateurs à Moscou en 1954.
Signature de la Charte des éducateurs à Moscou en 1954.
De droite à gauche : Hombourger, Cavalier, Gossart.

Fils d’Emile Gossart, professeur au lycée de Caen, originaire du Nord de la France, et d’une mère lorraine, née Marie-Sophie Cerquand, André-Marie Gossart fit ses études secondaires au lycée de Bordeaux comme boursier. Après avoir obtenu son baccalauréat en 1906, il fut élève en Khâgne au lycée Louis le Grand à Paris mais n’intégra pas l’Ecole normale supérieure. Inscrit à la faculté des lettres de Bordeaux, il obtint la licence de lettres classiques (1910) et le diplôme d’études supérieures (1911). Boursier d’agrégation, il fut reçu à l’agrégation de grammaire en 1912. Il débuta alors sa carrière d’enseignant comme professeur de lettres au lycée de garçons de La Rochelle (Charente-Inférieure, Charente-Maritime).

André-Marie Gossart commença son service militaire en octobre 1913. Sergent dans l’infanterie, maintenu sous les drapeaux à la déclaration de guerre, il fut grièvement blessé à Fontaine-Valmont en Belgique, le 23 août 1914. Il se maria le 1er décembre 1914 à Bordeaux avec Renée Marguerite Edon, fille d’un général. Après sa guérison, envoyé en mai 1915 dans les services de santé à Bordeaux, il assura dix heures d’enseignement au lycée. En octobre 1917, affecté spécial, il reprit son enseignement au lycée de La Rochelle. À la fin de la guerre, il demanda un poste au lycée de Strasbourg mais fut nommé à la rentrée de 1919 au petit lycée puis, à partir de 1922, au grand lycée de Ben Aknoun à Alger, dont était originaire sa belle-famille. Il demanda à revenir dans la métropole et fut nommé au lycée du Havre (1925-1927), à cause de la mauvaise santé de son épouse qui décéda en août 1926. Veuf, il voulut regagner Bordeaux où sa mère demeurait ; sa demande fut appuyée par des députés de Gironde et il obtint le lycée de Bordeaux en 1927. Il se remaria le 17 août 1929 à Paris (XVIe arr.) avec Marie Dochy et fut nommé dans des lycées parisiens, Montaigne (1932-1934) puis Janson-de-Sailly (1934-1939).

André-Marie Gossart fut élu président du Syndicat national des professeurs de lycée de garçons et du personnel de l’enseignement secondaire féminin (souvent appelé S3) en juin 1934, après la démission d’Edmond Lackenbacher, à la suite du nouveau refus du congrès de Pâques d’adhérer à la CGT, adhésion dont le président démissionnaire était partisan. Gossart demeura président du S3 jusqu’à la rentrée scolaire 1939, après sa transformation en Syndicat national autonome des lycées, collèges et cours secondaires féminins en juin 1937 et la scission survenue cette année-là, les cégétistes décidant de fonder le Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire. Il était en effet toujours resté partisan du maintien de l’autonomie du syndicat et fut alors vigoureusement pris à partie par les cégétistes qui l’accusèrent d’avoir des sympathies à droite et d’avoir été le principal responsable du refus du syndicat d’adhérer à la confédération. Il avait pourtant essayé d’éviter que les clivages politiques ne s’introduisent trop dans la vie syndicale et avait déploré en 1934 « qu’on n’entende plus parler que de tendances », opposant les « cégétistes » et « anticégétistes ». Il avait fait en sorte que le syndicat prenne la défense des collègues (Deixonne, Pons…tous militants de la CGT ou de la CGTU) sanctionnés en 1934 pour avoir milité contre le fascisme.

Aux élections au Comité consultatif de l’enseignement secondaire de 1937, André-Marie Gossart l’emporta contre son concurrent cégétiste Edmond Lackenbacher. Il devint président adjoint de la Fédération nationale des corps de l’État et des cadres des administrations publiques à partir de 1938 (fédération à laquelle le syndicat autonome s’était affilié).

Éducateur pétri de culture humaniste, ancien combattant épris des valeurs de paix et de rapprochement des nations qui avaient présidé à la création de la SDN, il s’intéressa très tôt à l’activité des organisations internationales d’enseignants et devint président de la Fédération internationale des professeurs de l’enseignement secondaire officiel en 1937. Cette année-là, le thème d’étude du congrès de Paris fut « L’éducation du sens social dans l’enseignement secondaire ». Gossart prit ses distances par rapport à l’organisation enseignante italienne (Associazone fascista delle Scolua) qui avait adhéré à la FIPESO en 1932 et avait organisé le congrès de Rome en 1934.

André-Marie Gossart devint proviseur du lycée français du Caire dans le cadre de la Mission laïque française à la rentrée 1939. Il demeura à ce poste jusqu’en 1948, ce qui lui valut d’être intégré dans le groupe de proviseurs de province en 1945. Il occupa ensuite les fonctions d’Inspecteur d’académie de Paris (1948-1952) puis fut détaché, en mai 1952, auprès du ministère des relations avec les états associés, comme chef du service de l’enseignement français et de la coopération culturelle en Indochine, avec le rang d’inspecteur général du second degré.

Durant la Seconde Guerre mondiale, l’activité de la FIPESO avait été interrompue. En avril 1945, les représentants du SNALC et du SPES d’avant-guerre écrivirent à Miss Lawson, dernière secrétaire générale écossaise de la FIPESO, pour l’informer que les deux syndicats venaient de fusionner dans le Syndicat national de l’enseignement secondaire (affilié à la FGE-CGT) et que le nouveau syndicat souhaitait participer à la relance des activités de la FIPESO. C’est ainsi que le comité exécutif se réunit pour la première fois depuis 1939, en août 1945, et qu’André-Marie Gossart en reprit la présidence jusqu’en 1948 ; son mandat fut d’ailleurs prolongé d’un an après le congrès d’Edimbourg de 1947. La FIPESO restait une fédération regroupant presque exclusivement des associations des pays européens de l’Ouest. Elle était alors en position d’attente aussi bien à l’égard du Département professionnel international de l’enseignement créé en 1946 sous l’égide de la FSM (et auquel avaient adhéré le SNES et le SNI), que de la World Organisation of the Teaching Profession créée à l’initiative de la National Education Association des Etats-Unis.

Cependant, convaincu que l’esprit d’union des enseignants du monde entier en faveur de la défense des valeurs universelles de la culture transmises par l’éducation scolaire et de la sauvegarde de la paix se plaçait au-dessus des clivages idéologiques de la « guerre froide », André-Marie Gossart collabora étroitement à la fondation du Comité d’Entente des fédérations internationales du personnel enseignant (FIPESO, Fédération internationale des associations d’instituteurs, Fédération internationale syndicale de l’enseignement rattachée à la FSM) ), dont il assura la présidence de sa création en novembre 1948 à sa dissolution en 1960. Il avait en effet acquis une grande autorité morale dans les milieux internationaux dès avant-guerre, notamment au sein du Comité d’entente des organisations internationales non-gouvernementales dont il assura la présidence et qui était associé aux travaux de l’Institut international de coopération intellectuelle. Tout comme la FIPESO, le Comité d’Entente obtint le statut consultatif auprès des Nations-Unies et de l’UNESCO ; il participait aux travaux du Bureau international de l’éducation et aux réunions d’experts du Bureau international du travail. Pendant dix ans, il fut le principal interlocuteur des organismes non-gouvernementaux au nom des enseignants du monde.

Sous sa présidence, le Comité mena une enquête sur l’enseignement aux Droits de l’Homme (1949), une étude des manuels scolaires (1949-1952), rédigea une Charte des Droits de l’Enfant (1952), et fit adopter la Charte des éducateurs signée à Moscou en août 1954, diffusée dans le monde entier en plusieurs langues et amorçant la Recommandation sur la condition du personnel enseignant de l’UNESCO-BIT de 1966.

En décembre 1954, la réinsertion d’André-Marie Gossart en France ne se fit pas facilement. Charles Brunold, directeur du Second degré au ministère, expliquait par lettre au ministre qu’il « avait pris l’engagement écrit, s’il rentrait prématurément dans la métropole, de ne pas demander un poste d’inspecteur général à la direction du second degré ». Selon le directeur, il aurait eu des difficultés pour se faire admettre par les professeurs de première supérieure, puisqu’il n’avait pas occupé cette fonction. Il lui avait donc conseillé de demander sa retraite. Gossart bénéficia alors d’un congé de réintégration puis de convalescence entre février 1955 et sa mise à la retraite en septembre 1955 comme inspecteur général.

Après la scission de la CGT de 1948, il avait manifesté son attachement à son premier syndicat, devenu le SNALC, en acceptant d’en devenir le président d’honneur en 1952 ; il le demeura jusqu’à son décès. Lors du congrès du Syndicat national des instituteurs, le 18 juillet 1950, il fut d’ailleurs présenté comme ancien président du Syndicat national des professeurs de lycées de garçons et de l’enseignement secondaire féminin, en prenant la parole comme président du Comité d’Entente.

Emile Hombourger, dirigeant du SNES-FEN, son successeur à la présidence de la FIPESO (1956-1961), qui avait œuvré à ses côtés durant toute la période de l’existence du Comité d’Entente, dont il avait été lui-même le secrétaire général, lui rendit un hommage chaleureux dans le bulletin de la FIPESO, à la suite de son décès survenu à son domicile, rue du lycée Lakanal à Sceaux. Chevalier de la Légion d’honneur depuis 1938, il avait été élevé au grade d’officier en 1949.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87289, notice GOSSART André-Marie [GOSSART André, Marie, Hyacinthe, Georges dit ] par Alain Dalançon, version mise en ligne le 5 avril 2010, dernière modification le 10 février 2020.

Par Alain Dalançon

Signature de la Charte des éducateurs à Moscou en 1954.
Signature de la Charte des éducateurs à Moscou en 1954.
De droite à gauche : Hombourger, Cavalier, Gossart.
Hombourger signe la Charte de Moscou, derrière Gossart applaudit
Hombourger signe la Charte de Moscou, derrière Gossart applaudit

ŒUVRE : Le Complice, 1 acte, Bordeaux, Taffard, 1934 ; Rodogune, 1 acte, Bordeaux, Delmas, s.d., en collaboration avec Jean Frappier : Le Théâtre religieux au Moyen âge (textes, traductions, analyses, notes et notices, questionnaire, sujets de devoirs), Paris, Larousse, 1935.

SOURCES : Arch. Nat., F17 26501. — La Quinzaine universitaire ; L’Université syndicaliste. — André Drubay, La FIPESO, esquisse historique (1912 à nos jours). — Hommage d’Émile Hombourger dans le Bulletin de la FIPESO. — Renseignements fournis par Jean-Christophe Vayssette. — Etat civil de Caen et Bordeaux. — Notes de Jacques Girault.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément