HARDY Noël [QUENNESSON Noël, dit]

Par Jacques Girault, Justinien Raymond

Né le 25 décembre 1885 à Ligny-en-Cambrésis (Nord), mort le 2 mars 1958 à Thénac (Dordogne) ; employé de commerce, puis industriel ; membre suppléant de la Commission administrative permanente de la SFIO (février 1920).

Fils d’un voyageur de commerce et d’une découpeuse en tulle, domiciliés à Caudry (Nord), Noël Hardy passa sa jeunesse dans le Nord dans une famille catholique peu pratiquante. Il reçut les premiers sacrements catholiques. Son père abandonna très tôt sa famille.

Titulaire du Certificat d’études primaires, Hardy devint ouvrier tisseur. Suivant des cours du soir organisés par une Chambre de Commerce, il obtint un diplôme d’ouvrier d’art (textile) et devint chef d’atelier, puis directeur en 1903 de son entreprise qui employait environ 200 ouvriers. Après avoir fait une année de service militaire, il vint en région parisienne et se maria à Paris (IXe arr.) en octobre 1907. Il habitait rue Lécuyer dans le XVIIIe arrondissement avant 1914 et occupait un emploi commercial dans le milieu textile. Selon les rapports de police, il était alors technicien des industries textiles ou représentant de commerce.

Militant dans les milieux socialistes, il dut, après une transaction avec le patronat, comme il l’expliquait lui-même plus tard, choisir un pseudonyme : Hardy, sans doute en raison d’Henri Hardy, ouvrier tisseur, son proche parent qui témoignait lors de la déclaration de sa naissance.

Délégué de la Fédération de Seine-et-Oise au congrès national d’Amiens (25-28 janvier 1914), il réclama une tactique électorale uniforme sans « attitude intransigeante qui serait profondément préjudiciable au crédit de notre Parti ». Cette intervention fut soulignée par Jean Jaurès, dans l’Humanité, en termes élogieux ; il en fit le symbole des « valeurs nouvelles » qui affluaient dans le Parti socialiste. Travaillant en relation avec Compère-Morel, il fut candidat aux élections législatives de 1914 dans la circonscription de Corbeil. Plus tard, il reconnaissait avoir contribué à la victoire du candidat radical Franklin-Bouillon.

Mobilisé pendant la guerre (qu’il termina comme officier), Hardy laissait en dépôt, en 1917, à la librairie de l’Humanité, une brochure Comment tuer la guerre, de 22 pages. Après avoir analysé les « erreurs d’hier » et évoqué les « essais d’organisation de la paix », il préconisait « le Congrès de la Paix » qui devait organiser une « paix juste » selon « l’intérêt unanime ». Cette réaction socialiste aux propositions de Wilson entrait dans le cadre des réflexions sur l’après-guerre qui se développaient en France. Il précisait dans un article du Petit Troyen (sa famille était originaire de l’Aube), le 25 mars 1918 ce que devait être « La Paix par la Société des Nations ».

Hardy, dès lors, appartenant sans doute à la minorité longuettiste de la SFIO, occupait ainsi une place particulière dans le Parti où cette ligne l’emportait. Candidat aux élections législatives en Seine-et-Oise, le 16 novembre 1919 sur la liste socialiste SFIO, en quatrième position, il obtint personnellement 37 856 voix (deuxième de la liste) sur 237 755 inscrits et 175 817 votants. Au congrès du Parti socialiste de Strasbourg (25-29 février 1920), délégué de la Seine, il devint membre suppléant de la Commission administrative permanente, sans doute pour le courant favorable à la IIIe Internationale. À la veille du congrès de Tours, il signa la motion d’adhésion à la IIIe Internationale en tant que membre du Comité de la IIIe Internationale. Délégué de la Seine au congrès (mais le compte rendu officiel ne mentionnait pas son nom), il fit partie des premiers militants communistes de Paris. Selon les rapports de police, il habitait rue de Pondichéry à Paris (XVe).

Quelque temps après, Hardy quitta le Parti communiste. Nous ne connaissons pas ses raisons. Franc-maçon (Grand-Orient de France), il devait devenir dignitaire. Il dut rejoindre le Parti socialiste SFIO et y rester peu de temps. La Vie socialiste, le 19 avril 1930, indiquait qu’il avait quitté le Parti, « il y a sept ou huit ans ».

Se présentant alors comme adversaire de toute scission dans la SFIO, il estimait que sa position « ne constituait à aucun degré une adhésion aux méthodes communistes que j’ai toujours combattues ».

Propriétaire d’une usine textile dans le Nord, Noël Quennesson appartenait à plusieurs conseils d’administration d’entreprises.

En 1927, il avait acquis en outre un domaine en Dordogne, à Sigoulès. Il reconstitua le vignoble et, selon sa famille, la production atteignait après la guerre, 300 000 bouteilles de vin par an. Il habitait alternativement Paris et la Dordogne.

Membre du Parti radical-socialiste, Noël Quennesson siégeait en 1930 au comité national exécutif du Parti.

Maire de Sigoulès en mai 1929, à nouveau candidat malheureux aux élections législatives de 1932, réélu maire en 1935, conseiller général de Sigoules (1933-1934) il conserva son mandat municipal jusqu’à sa révocation en février 1942, en raison de son appartenance à la Franc-maçonnerie.

Pendant la guerre, Noël Quennesson encouragea son beau-fils à s’engager dans la Résistance. Après la guerre, toujours franc-maçon, il présida de nombreuses sociétés locales et fut à l’origine des coopératives vinicoles du Bergeracois. Il n’avait pas rompu définitivement avec ses origines. Écrivant à Paul Ramadier, alors ministre des Finances et de l’Économie nationale, en février 1956, il faisait suivre son nom de son pseudonyme « Hardy ».

Noël Quennesson était marié et père d’une fille.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87290, notice HARDY Noël [QUENNESSON Noël, dit] par Jacques Girault, Justinien Raymond, version mise en ligne le 5 avril 2010, dernière modification le 8 octobre 2018.

Par Jacques Girault, Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Nat., F7/13090. — Arch. Dép. Seine-et-Oise, II M 11115. — Arch. Dép. Dordogne, renseignements fournis par Monsieur le Directeur. — Presse nationale. — Renseignements et documentation fournis par la famille de l’intéressé. — S. Berstein, Histoire du Parti radical, t. 2, Crise du radicalisme, Paris, Presses de la Fondation nationale des Sciences politiques, 1982. — Compte rendu du congrès d’Amiens.

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