GOUELLAIN Jean

Par François Ferrette

Né le 12 août 1929 à Saint-Gratien (Seine-et-Oise/Val d’Oise), secrétaire d’administration universitaire ; militant syndicaliste, secrétaire général du SNAU-FEN (1964-1972), membre de la CE et du BN du SNPES-CGT.

Jean Gouellain
Jean Gouellain
Congrès FEN 1969 : J. Gouellain 2e à partir de la droite, à la gauche d’Aulong,

Son père, employé de banque, votait socialiste et se disait pacifiste dans les années 1930. Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier en 1940 et resta en captivité en Allemagne jusqu’en 1945. Entre 1940 et 1944, Jean Gouellain fréquenta le lycée Charlemagne à Paris. Début juin 1944, sa mère l’emmena dans sa famille dans la Sarthe. À Mamers, il assista à la Libération qu’il relata dans un texte daté du 24 septembre 1944. Il fut durablement marqué par cet événement et manifesta très tôt son goût pour l’histoire et l’écriture.
Après le baccalauréat, il s’inscrivit à la Sorbonne, obtint le certificat d’études littéraires générales (propédeutique) puis le certificat de licence d’histoire ancienne. Mais son père, malade, craignait que sa famille ne puisse vivre s’il devait mourir. Aussi fit-il arrêter les études supérieures de son fils pour qu’il travaille et subvienne aux besoins de la famille au cas où il disparaîtrait.
C’est dans ces conditions que Jean Gouellain entra comme vacataire dans l’enseignement en 1952. Puis il intégra l’administration de l’Éducation nationale au service départemental de la Seine, dont le chef de service était Pierre Parrault, un responsable du Syndicat national du personnel des services extérieurs affilié à la FEN. Il réussit au concours de rédacteur de l’administration académique en février 1953 et fut nommé stagiaire à l’inspection académique d’Eure-et-Loir à Chartres, où travaillaient des instituteurs et même deux retraités de l’enseignement. Rapidement, il critiqua la direction syndicale, la trouvant surtout intéressée par la promotion de ses membres aux fonctions de direction des services et trop conciliatrice avec la hiérarchie du ministère. Il décida de lancer une pétition signée par soixante-dix jeunes rédacteurs pour développer l’action syndicale en faveur de la revalorisation des personnels administratifs. Dès lors, Jean Gouellain intervint de plus en plus dans les débats nationaux avec Roger Lettu qui l’avait sensibilisé au sort des « petites catégories » C et D de la fonction publique.
Au congrès de 1955 du SNPAA (Syndicat national des personnels de l’administration académique succédant au syndicat national des personnels des services extérieurs de l’Éducation nationale), il participa à l’opposition à la direction, animée par Verdoux du Lot-et-Garonne. Celle-ci réclamait une action directe du syndicat, remettait en cause les discussions au sommet avec le ministère, et affirmait la nécessité de se battre pour les catégories situées au plus bas de la hiérarchie de l’Éducation nationale. Cette opposition réunit 30% des suffrages dans une organisation comptant environ 1800 membres. Avec Roger Lettu, il devint un des principaux animateurs de la section de la Seine, lança une publication, Paris-Académique, très critique à l’égard de la direction du syndicat, qui parut de 1955 à 1959. Il dirigea le bureau départemental, au sein de la grande académie de Paris, à partir de 1957 (101 voix sur 132 adhérents). Tous deux furent à l’initiative de la demande d’une cantine pour les personnels de la Sorbonne à la fin des années 1950, qui fut ouverte en 1961 et cogérée par le syndicat. L’université de Paris avait assuré les premiers investissements. Le nombre de repas servi chaque midi passa de 300 à plus de 1000 en un an. En 1962, la cantine comptait 1213 inscrits. Cette bataille marqua Jean Gouellain qui en fit dans ses mémoires un des éléments redonnant confiance dans l’activité syndicale.
Il devint en 1961 le gérant du bulletin national jusqu’alors confidentiel, transformé en une publication régulière trimestrielle de plus grand format.
Le tournant majeur eut lieu en 1963. Alors que la CA nationale avait décidé une grève pour le 27 février, le secrétaire général, René Guillemoteau, en désaccord, quitta le syndicat pour créer une amicale de chefs de services dont les statuts furent déposés le même jour que celui de la grève. Pierre Parrault succéda alors à Guillemoteau mais démissionna du secrétariat général en novembre, en raison d’un désaccord au sujet de la participation aux journées d’études administratives. René Dumas le remplaça jusqu’en février 1964 puis Jean Gouellain lui succéda.
Durant sept années, il assuma la direction du syndicat qui se transforma en SNAU (Syndicat national de l’administration universitaire) en 1964. À ce titre il siégeait à la CA fédérale.
Il était devenu chef du service intérieur à la Sorbonne-Lettres et vécut donc aux premières loges les événements de mai-juin 1968. Son syndicat s’engagea dans l’action au lendemain de la manifestation du 13 mai. Le 14, le SNAU appela à la grève des examens dans les universités, puis le 21, à la grève de l’ensemble des personnels administratifs des inspections académiques, rectorats et facultés. Le texte adopté par sa CA précisait : « dans les rectorats et les IA, l’administration et la gestion des bureaux devront être organisés par la section syndicale ; en tout état de cause, aucun service ne sera plus assuré, y compris la préparation des examens et concours ». Pour l’enseignement supérieur, les « personnels administratifs devront, dans toute la mesure du possible, rester dans les secrétariats et participer aux commissions de réforme Etudiants-Professeurs, afin d’y apporter le point de vue des personnels non enseignants ». Le syndicat considérait que le maintien des personnels dans ces secrétariats pouvait être assimilé au « contrôle de l’outil de travail face au débordement d’étudiants dont certains n’hésitent pas à vouloir saccager les bureaux ». Dans les facultés, le SNAU demanda à ses adhérents de rappeler les revendications du syndicat définies lors des commissions avec les étudiants et les enseignants : création de 2500 emplois, consolidation juridique des congés, promotion sociale, droits syndicaux.
Jean Gouellain estima plus tard que les résultats de la mobilisation étaient très importants à la suite des négociations auxquelles il participa dans les délégations de la FEN : « Outre l’augmentation générale des traitements, les personnels de notre administration ont bénéficié d’un transfert massif d’emplois budgétaires qui ont promu plusieurs milliers d’entre eux, des corps les moins élevés de la hiérarchie vers les niveaux supérieurs ; suivaient en cascade de nombreuses titularisations d’auxiliaires (plan Masselin]. »
Dans la FEN, en dépit des résultats de l’action syndicale, la majorité était de plus en plus en difficulté face à des oppositions, notamment du courant de pensée « Unité et Action » qui était devenu majoritaire dans le SNES, le SNEP, le SNESup, le SNPEN. Les frontières entre les tendances étaient moins nettes au SNAU qui organisa une consultation de ses adhérents sur les textes proposés par les tendances avant le congrès de la FEN de novembre-décembre 1971. Deux tiers des adhérents refusèrent de voter, résultats que le SNAU reporta pour l’utilisation de ses 380 mandats et qui ne furent donc pas décomptés dans les votes sur le rapport d’activité, l’orientation et les différentes motions. Dans son intervention sur le rapport d’activité au congrès, Jean Gouellain fut en outre critique à l’égard des directions de la FEN et du SNI, leur reprochant de ne pas avoir appuyé la grève et les manifestations de son syndicat au prétexte qu’elles convergeaient avec celles du SNES et du SNESup et de ne pas soutenir la perspective d’un programme commun de la gauche ni l’unité d’action CGT-CFDT. Il concluait : « N’est-il pas paradoxal que la FEN qui se prévaut de son unité maintenue, soit le secteur où l’unité d’action soit plus difficile à réaliser qu’ailleurs ? [….] Fédération de syndicats nationaux, n’allons-nous pas devenir une fédération de courants de pensée dont la règle du jeu veut que les conflits ne soient résolus que par la victoire totale de l’un ou de l’autre et non pas des accords ponctuels et précis ? » Son intervention fut publiée intégralement dans la revue Unité et Action.
Après le congrès, une opposition animée par des partisans de la majorité fédérale UID (Unité, Indépendance et Démocratie) s’organisa contre lui, si bien que fin janvier 1972, à deux voix près, il perdit sa responsabilité de secrétaire général au profit de Jean-Louis Bianchi qui avait signé la motion d’orientation fédérale UID. Après plusieurs mois de batailles, il démissionna de la CA nationale et adhéra dans le courant de l’automne 1972 au SNPESB-CGT (Syndicat national des personnels de l’enseignement supérieur et des bibliothèques). Il avait en effet apprécié la façon dont la CGT avait conduit les luttes en 1968, avait d’ailleurs participé à sa manifestation du 24 mai. Il voyait dans la confédération l’organisation qui soutenait le programme commun de la gauche, au contraire de la direction de la FEN, ce qui correspondait au débouché politique qui avait manqué selon lui à Mai 68. Politiquement, il était très critique à l’égard de la SFIO : « J’avais 29 ans quand le Parti socialiste se ralliait au coup d’État gaulliste, se proclamant à l’avant-garde de la Vème République et votant "oui" à son référendum constitutionnel ». Il s’estimait proche de François Mitterrand en raison de sa politique unitaire de la gauche.
Jean Gouellain rédigea régulièrement des articles dans le bulletin de son nouveau syndicat et fut élu membre de son bureau national au VIIe congrès de Choisy-le-Roi (9-11 mai 1973). Il conserva une activité nationale en participant par exemple à des délégations auprès de directions ministérielles. Au XIe congrès du SNPES-CGT, il fut élu à la commission exécutive nationale mais ne fut pas renouvelé au bureau national.
Il mena alors une activité syndicale plus concentrée sur la Sorbonne et fut élu au titre de la CGT au CNESER au milieu des années 1970. Il fut réprimandé en séance de cette instance consultative en décembre 1980 par le Directeur des Enseignements supérieurs après une interruption de séance, pour avoir insisté sur un dossier de défense des personnels.
Parisien, toujours intéressé par la vie sociale et politique, il écrivait avant les élections municipales de 2014 : « Mais donner ma voix d’emblée à la liste socialiste, non merci ! Je tiens à ce que le Front de gauche soit présent aux municipales de Paris. » Il fut candidat en 48e position au conseil municipal du XVe arrondissement sur une des listes regroupant les membres du Front de gauche ayant choisi, contrairement aux communistes, de ne pas rejoindre les listes du PS au 1er tour, intitulées « Parti de gauche – Front de gauche – Place au peuple » et conduites par Danielle Simonnet. Il signa en 2016 une pétition pour la relaxe des 8 salariés de Good Year. Il participa aux manifestations contre la loi Travail en 2017, et soutint Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle. Lecteur de l’Humanité, il en était un des souscripteurs occasionnels.
Sollicité par le SNASUB-FSU, il témoigna dans son bulletin, Convergences, en 2017, sur l’histoire du SNAU-FEN notamment en 1968 et les années suivantes.
Féru d’histoire ancienne, il écrivit plusieurs ouvrages où il marquait son admiration pour les humbles devenant héros.
Il s’était marié en juillet 1956 et avait une fille. Il est toujours adhérent de la CGT.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87306, notice GOUELLAIN Jean par François Ferrette, version mise en ligne le 5 avril 2010, dernière modification le 9 octobre 2019.

Par François Ferrette

Jean Gouellain
Jean Gouellain
Congrès FEN 1969 : J. Gouellain 2e à partir de la droite, à la gauche d’Aulong,

ŒUVRE : L’envers de Rome. Les résistances à la mondialisation antique, T. 1, Princes et cités, T. 2, Barbares et esclaves, Éditions des Écrivains, 2003. − Quand la Révolution partit en guerre, La Bruyère, 2007. — Rome et les Barbares, La Bruyère, T. 1, L’empire renaît chrétien, 2010, T. 2, L’Occident aux Barbares, 2011. — L’homme de Spartaké, La Bruyère, 2019. — Le fichier de la BNF comportait en octobre 2019 six références entre 2003 et 2012, date où il publia pour « Les Amis de Robespierre » à Arras, un texte de 24 pages intitulé Maximilien Robespierre et les Gracques.

SOURCES : Arch. Nat. AJ/16/8552.— Bulletins syndicaux dont bulletin du SNAU, l’Administration académique et universitaire ; L’enseignement public 1971 et 1972 ; L’écho du Supérieur n°7, octobre-novembre 1972 ; Unité et Action, n° 3-4, décembre 1971-janvier 1972. — Politis, courrier des lecteurs, 2013. — Témoignages de l’intéressé dans le bulletin du SNASUB-FSU, Convergences, n° 225 (janvier 2017), n° 228 (avril 2017), n° 230 (juillet 2017) et n° spécial, 2018, Le mai 68 des personnels non enseignants de l’Education nationale. — Mémoires personnelles de l’intéressé. — Notes d’Alain Dalançon et Jacques Girault.

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