GOUPIL Émile, Eugène, Alexandre

Par Jacques Cousin, Jacques Omnès

Né et mort à Ernée (Mayenne), 16 juin 1899 - 11 septembre 1955 ; instituteur ; secrétaire du Syndicat des membres de l’enseignement laïque de la Mayenne, (1926-1928), puis membre de la commission administrative de la section mayennaise du SNI après la fusion en 1935.

Son père était ouvrier en chaussures et sa mère faisait des ménages. Après des études communales à l’école publique d’Ernée, Émile Goupil entra comme boursier à l’école primaire supérieure d’Ernée, puis à l’École normale d’instituteurs de Laval où il appartint à la promotion 1915-1918.

Libéré du service militaire le 25 mars 1921, il rejoignit quatre jours plus tard, Couesmes-en-Froulay, son premier poste comme stagiaire. Il y effectua la majeure partie de sa carrière, mises à part deux courtes périodes où il fut affecté à l’école de Thorigné-en-Charnie (1921-1922, puis 1925-1930). Il se maria en août 1922 dans cette dernière commune avec une institutrice, Augustine Durand, veuve Vieilpeau. Le couple eut un fils.

Le 30 mai 1925, l’assemblée générale du Syndicat des membres de l’enseignement laïque affilié à la CGTU enregistra l’adhésion d’Émile Goupil. Il accepta le secrétariat du syndicat, le 22 juillet 1926, succédant à Gustave Quêté et fut délégué de la Mayenne aux congrès de Grenoble et de Tours de la Fédération unitaire de l’enseignement. Il assista aussi au congrès d’Angers dont les camarades de la Mayenne assurèrent le secrétariat. Son mandat arrivant à expiration en juillet 1928, son successeur, André Guyard, fut désigné lors de l’assemblée générale du 26 mai. Goupil eut ensuite, pendant deux ans, une participation épisodique aux travaux de l’instance exécutive du syndicat. Il continua à assister aux réunions des conseils syndicaux jusqu’en mars 1929 et bien qu’ayant disparu de la liste des conseillers publiée par le bulletin de juillet 1929, il assistait de nouveau au conseil syndical du 30 janvier 1930, sans que l’on puisse dire s’il avait été réélu ou s’il y était présent en tant que simple auditeur.

Il ne siégea pas en 1931, mais fit de nouveau son entrée au conseil syndical lors de l’assemblée générale du 10 mars 1932, en compagnie de Gaumer, Micard et Péron*.

Dans le numéro d’octobre 1933 du bulletin L’Émancipation, Émile Goupil réfuta la thèse gouvernementale des « fonctionnaires budgétivores ». Partisan acharné de l’unité syndicale, en vue des réunions organisées pour préparer la réunification, il présenta un argumentaire d’une dizaine de pages sur le thème de l’organisation des tendances dans l’unité syndicale. Les quelques lignes suivantes suffisent à résumer sa position en la matière : « Si vous empêchez l’organisation des tendances, vous enlevez du même coup toutes chances aux minoritaires d’augmenter leurs forces, vous leur enlevez tout espoir de faire prévaloir leurs idées. Le groupement devient inhabitable pour eux et ils abandonnent leur syndicat, à moins qu’ils ne forment une nouvelle organisation ».

Émile Goupil fut durant près de vingt ans l’un des plus précieux collaborateurs de la commission pédagogique départementale du syndicat unitaire. Successivement défilèrent sous sa plume les sujets les plus divers : les centres d’idées, les centres d’intérêt, les méthodes et procédés de l’enseignement de la lecture et du calcul, la gémination des écoles, la répartition des programmes de sciences, d’histoire et de géographie en 2 ans, le choix des problèmes, des dictées et questions pour le CEP...].

Lorsque le Front unique fut recréé au cours de l’assemblée générale intersyndicale, réunie le 22 février 1934, Goupil fut désigné avec Quêté, Thuaudet, Morand et Sauleau* pour y représenter le syndicat unitaire. Lors de l’assemblée générale du 11 juillet 1935, il défendit sa position sur le droit à l’organisation des tendances contre Henri Micard qui ne voulait pas que l’on fasse de cette question un motif de rupture. Il fit adopter par 14 voix contre 2 à la motion Micard une résolution mandatant le délégué de la Mayenne au congrès de la Fédération, les 23, 24, 25 et 26 septembre 1935, pour déclarer l’unité réalisable uniquement si les tendances étaient autorisées à s’organiser. Afin de préparer l’assemblée générale de fusion du Syndicat des membres de l’enseignement laïque de la Mayenne et la section mayennaise du Syndicat national, une commission mixte composée de deux délégations de 10 membres chacune se réunit le 24 octobre et le 21 novembre 1935. Il fit partie de la délégation du Syndicat des membres de l’enseignement. On y discuta âprement les statuts du futur syndicat unifié : syndicat défini par la loi de 1884 sur les syndicats ouvriers ou par la loi 1901 sur les associations ? Droit de tendance ou non ? Syndicat d’industrie départemental regroupant toutes les professions liées à l’enseignement ou section syndicale dépendant d’un syndicat national ? Dans L’Émancipation de novembre 1935, il réaffirmait sa position par rapport à l’existence des tendances.

Le 5 décembre 1935, le syndicat unitaire et la section mayennaise du SN tinrent leur assemblée générale commune. Après adoption des statuts et désignation des délégués aux congrès nationaux de fusion, on procéda à l’élection d’une commission administrative de 16 membres : 10 ex-confédérés et 6 ex-unitaires parmi lesquels Goupil. Le 5 novembre 1936, désigné par le tirage au sort, il fit partie des 3 ex-unitaires qui durent interrompre leur mandat pour permettre le renouvellement par moitié de la commission administrative. Cependant, à la suite d’un changement de statuts proposé par Micard à l’AG de décembre 1937, chaque canton eut, au mois de janvier suivant, à élire son propre représentant à la CA.

Émile Goupil fut élu par le canton d’Ambrières-le-Grand. Il participa au congrès de Nantes de la CGT. À propos du chahut organisé à cette occasion par les militants de L’École émancipée à l’arrivée de Léon Jouhaux, Goupil estimait : « Le fond de l’affaire réside dans le fait que, pour un grand nombre d’instituteurs, Jouhaux a trahi la cause de la paix en 1914 ; il a, en dépit des décisions du congrès, travaillé à l’union sacrée, après avoir prêché le défaitisme révolutionnaire ». Il constatait également la marche ascendante de l’opposition au sein du syndicat. Après la crise traversée par la section syndicale du SNI à la suite du renversement de majorité opéré à l’assemblée générale du 30 juin 1938 au profit de la majorité nationale du SNI, minoritaire, il fut réélu à la commission administrative du 15 décembre 1938. Avec sa femme, il figurait parmi les 22 signataires du tract appelant les collègues mayennais à la grève du 30 novembre 1938 et ils furent sanctionnés comme les 45 enseignants grévistes en Mayenne. En application des instructions ministérielles du 6 décembre 1938, l’inspecteur d’académie, Autin, leur retint 8 jours de traitement. Ce rude coup fut compensé par une vaste campagne de solidarité lancée en leur faveur par la section mayennaise du SNI. Quelques jours plus tard, le 12 décembre plus précisément, calomnié dans son village de Couesmes par un tract anonyme pour son activité syndicale, Goupil fut obligé de répondre par une lettre ouverte dans laquelle il déclarait notamment : « Je n’ai rien à gagner (à la grève), j’(ai) accompli cependant mon devoir syndical par discipline et par solidarité ». Toujours à cause de cette grève, le préfet lui envoya, le 13 décembre 1940, le courrier suivant : « Des instructions récentes nous font le devoir de rechercher dans quelle mesure votre activité extra-scolaire a nui au bon renom de l’école publique. Si je ne vous savais de bonne foi, je vous aurais déplacé d’office, dans le cadre du département, comme je le fais pour certains de vos collègues ».

Émile Goupil reçut néanmoins un blâme, comme les autres signataires de l’appel de 1938. Quatre d’entre eux furent déplacés d’office. Goupil continua à être inquiété à plusieurs reprises pendant la guerre. Le 8 août 1941, il fut contraint comme tous ses collègues, sous peine d’être révoqué, de certifier à la mairie sous serment, qu’il n’avait jamais appartenu à aucune des sociétés secrètes visées par la loi du 13 août 1940. Malgré tout, le libre penseur qu’il n’avait jamais cessé d’être lutta à sa manière contre le régime vichyste et ses fidèles. Le 20 décembre 1941, une note de l’inspection académique de la Mayenne lui recommandait de faire écrire par ses élèves une lettre au maréchal Pétain, à l’occasion de Noël, Il répondit le 25 décembre : « Cette note fixait la date d’envoi de lettres et cartes au 19 décembre, or elle ne m’est parvenue que le 20. Je n’ai reçu aucune lettre ou carte. Je n’ai pas cru devoir imposer la rédaction de lettres : la circulaire ne m’en donnait pas le droit ». Le 29 mars 1942, malgré le danger de la démarche, il écrivit à l’Inspecteur d’académie pour lui signaler que l’un des conseillers municipaux de la commune demandait que le Christ soit placé dans les écoles publiques de Couesmes comme il l’était avant la loi de séparation des églises et de l’état et il refusa de céder au chantage.

Réduite au silence pendant cinq ans, la section départementale du SNI ne redémarra véritablement que le 8 novembre 1945 avec la consultation, après le retour des prisonniers, des adhérents pour l’élection de la commission administrative. Émile Goupil fut élu par 316 voix sur 426 suffrages exprimés et intégré à la commission laïque. Son mandat fut confirmé le 16 octobre 1947 par 437 voix sur 442 suffrages exprimés.]

Émile Goupil fut, comme de nombreux autres militants enseignants, confronté aux répercussions de la scission organisée par les militants FO, tant au niveau national que départemental, au sein de la CGT. Lors du conseil syndical du 8 janvier 1948, il estima la CGT trop marquée politiquement et refusa d’y rester affilié. Il se montrait sceptique quant à la possibilité pour les enseignants de garder une position d’autonomie par rapport aux deux confédérations et était partisan d’adopter la position de département de l’Yonne : autonomie avec possibilité pour chacun de prendre sa carte confédérale à telle centrale syndicale de son choix. Il estimait qu’une révision des statuts allant dans le sens d’une indépendance à l’égard des partis aurait permis d’éviter la scission. À un conseiller syndical qui voyait dans la scission « la continuité d’une politique qui depuis 1917 prépare la guerre contre la Russie », il répondit : « La Russie n’est plus dans la ligne de 1917 ».

Finalement, il se rallia à l’avis de la majorité des autres conseillers et opta pour l’autonomie.

Il participa ensuite activement à la campagne de réunions de secteurs organisées pour préparer le référendum portant sur l’avenir du syndicalisme enseignant (affiliation à la CGT, départ à CGT-FO ou autonomie). Il y défendit âprement la position autonome, seule à ses yeux capable de sauvegarder l’unité du personnel enseignant. La Fédération de l’Éducation nationale devait, pour lui, être le trait d’union entre les deux grandes centrales syndicales. La totalité des conseillers syndicaux ayant démissionné le 24 juin 1948, la section départementale présenta une liste commune aux trois tendances pour les élections qui suivirent, le 27 octobre. il retrouva son siège. Aux élections de novembre 1948, organisées pour le renouvellement de la commission administrative paritaire départementale, la liste entière présentée par la section mayennaise du SNI (où il figurait comme suppléant) fut réélue sans concurrence. Il participa de nouveau aux travaux du conseil syndical après les élections du 28 novembre 1950 où il recueillit 562 voix sur 576 suffrages exprimés. Au moment du scrutin de 1952, Émile Goupil renonça, pour des raisons de santé, à demander le renouvellement de son mandat.

Atteint d’une grave maladie, Emile Goupil dut se résoudre à prendre un congé en septembre 1952.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87311, notice GOUPIL Émile, Eugène, Alexandre par Jacques Cousin, Jacques Omnès , version mise en ligne le 5 avril 2010, dernière modification le 25 juillet 2021.

Par Jacques Cousin, Jacques Omnès

SOURCES - Arch. dép. Mayenne, Fonds de la section départementale du SNI-PEGC, - L’Émancipation, La Voix Syndicale. — Archives privées de Guy Goupil, son fils. — Hommage à Émile Goupil élaboré par la section départementale du SNI, 1956. — DBMOF 1914-1939.

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