HAUSSER Guy

Par Claude Pennetier, Jean-Paul Richez, Nadia Ténine-Michel

Né le 8 septembre 1912 à Rouen (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort en déportation le 22 juin 1942 à Auschwitz ; médecin ; militant socialiste SFIO et syndicaliste CGT ; promoteur des questions de santé au travail.

Fils de Georges Hausser (né en 1879 à Paris) et de Rosine Frey (née en 1887 à Asnières), - petit-fils de Français - qui avaient un commerce de fourrure à Rouen, Guy Hausser passa son enfance dans cette ville avec sa sœur Huguette (1918) et y fit ses études secondaires. Il obtint son certificat préparatoire aux études de sciences à Caen et et suivit l’enseignement de médecine dans cette ville puis à Rennes et Paris. À l’issue de ses études, il obtint le diplôme de médecine légale et de psychiatrie criminelle, un diplôme de chimie générale et deux certificats de licence de droit. En avril 1936, il soutint sa thèse intitulée : Le Médecin-Expert et la révision en matière d’accident du travail. Il s’intéressa à la mesure du taux d’alcool dans le sang des conducteurs, étudia les accidents du travail et les maladies professionnelles.

Dans cette période de Front populaire, la CGT réunifiée disposait de moyens financiers accrus. Elle déplorait l’absence de lieu permettant de dépister les maladies professionnelles et confia la mission de créer un tel Centre à ce jeune médecin en contact avec les militants syndicaux et déjà familiarisé avec les questions d’accident et de santé au travail. L’initiative émanait de l’Union des syndicats de la région parisienne, en accord avec le bureau confédéral de la CGT et Léon Jouhaux. Guy Hausser comptait parmi les membres de l’association Médecine et Travail fortement mobilisée en mai et juin 1936 et mise à contribution pour réaliser de multiples enquêtes sanitaires au sein des entreprises. Ce travail avait notamment permis de mettre en évidence l’importance des intoxications pour saturnisme et benzolisme en région parisienne. Une partie des adhérents de l’association, principalement des médecins socialistes comme lui, ou bien communistes, se réclamant de la démocratie et du Front populaire mirent à profit cette mobilisation pour créer un « Syndicat des techniciens médicaux » affilié à la CGT. Guy Hausser intégra la commission d’hygiène industrielle (CHI). À la fin de l’année 1936, Jean Lebas, ministre du travail du gouvernement Blum, qui venait de déposer un projet de loi sur la création de médecins-conseils de l’Inspection du travail, fit appel à lui pour une mission d’étude sur l’organisation de la Médecine du travail en URSS. La loi fut adopté six mois plus tard, alors que la demande déjà exprimée par la CGT datait de 1928. Cette mission fut suivie d’une autre, en 1938, auprès du Bureau international du Travail, puis en Angleterre en 1939.
De retour d’URSS, Guy Hausser après avoir visité, à Vorontzovs Pole, l’Institut soviétique Obuhr des maladies professionnelles, s’en inspira pour créer à Paris, en décembre 1937 et avec le soutien financier de la CGT, l’Institut d’étude et de prévention des maladies professionnelles, implantée à Paris : 6 rue de la Douane, devenue rue Léon-Jouhaux. Sa commission plénière présidée par Georges Buisson, secrétaire de la CGT comprenait : Robert Lefèvre (secrétaire), mécanicien dentiste ; Félix Dupont (trésorier), trésorier de la CGT ainsi que Firmin Panissal de la fédération du sous-sol, Emile Delarue, de la fédération des préparateurs en pharmacie et Lucien Cancouët, de la fédération des chemins de fer. L’Institut disposait d’un Conseil scientifique chargé d’assurer le lien avec le corps médical et notamment les universitaires assurant la formation des jeunes médecins du travail. Outre son rôle de consultant médical de la CGT ainsi que d’aide et de conseil aux victimes de maladies professionnelles, l’Institut contribuait à la formation et l’information des militants de la confédération. Dans cette perspective, Guy Hausser et l’Institut lancèrent, en avril 1938, l’édition d’une revue scientifique et médicale intitulée Archives des maladies professionnelles ; son nom figurait en bonne place parmi les fondateurs de la revue, mais il disparut en 1941 dans le cadre des lois anti-juives de Vichy. Les débuts de l’Institut d’étude et de prévention des maladies professionnelles furent prometteurs : sur près de 500 salariés entrés en consultation, un tiers étaient affectés de maladies professionnelles reconnues et indemnisées. En outre, une demi-dizaine de futurs médecins du travail engagèrent leur travaux de thèse à l’Institut qui disposait, outre son dispensaire, de ressources documentaires ouvertes au corps médical mais aussi aux militants. Cependant, l’échec du gouvernement du Front populaire, puis l’entrée en guerre avec l’Allemagne contrarièrent les projets confédéraux en matière de protection de la santé des travailleurs. L’institut entra en sommeil en aout 1939. Dans cette période Guy Hausser exerça également comme médecin légiste à l’Institut médico-légal de Paris.

Militant socialiste, il fut, en 1937, membre du conseil d’administration du Populaire au titre de la motion Marceau Pivert, ainsi que du conseil juridique de l’Union des syndicats CGT de la région parisienne. Affilié à la franc-maçonnerie (Grande Loge), il en aurait été dignitaire (membre de la Loge Diderot). Il tint une chronique dans le journal socialiste Le Populaire en 1936, sur la santé au travail. Dans Syndicats du 7 octobre 1937, il souligna le rôle nocif de « la consommation d’alcool et de tabac ».

En 1940, il fut mobilisé comme médecin auxiliaire puis nommé médecin-chef des groupements de travailleurs étrangers du front de Flandres. Il participa aux combats de Dunkerque et obtint la Croix de guerre. En congés le 19 octobre 1940, il reprit son activité comme chef de laboratoire et poursuivit son travail éditorial et scientifique : en décembre 1941, l’Académie de médecine lui décerna le prix Fournier pour une étude sur « La pathologie du travail et les professions agricoles ». De même, il maintint sa consultation pour « maladies professionnelles ». Arrêté le 23 mars 1942, il fut interné à Compiègne, puis déporté le 27 mars avec le premier convoi de 1112 personnes juives pour Auschwitz où il mourut le 22 juin 1942 (matricule 28.380). Son père et sa sœur périrent en déportation.

Guy Hausser avait épousé Colette Bernheim, avocate ; le couple était divorcé pendant la Seconde Guerre mondiale.
Guy Hausser était le père d’une fille, Michèle Hausser, née le 1er janvier 1941 à Paris (Ve arr.), fille qui devint historienne (Michèle Hausser Gans) et réalisa notamment des recherches mettant en lumière le terrible fonctionnement du camp d’extermination des juifs à Tréblinka (Pologne).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87323, notice HAUSSER Guy par Claude Pennetier, Jean-Paul Richez, Nadia Ténine-Michel, version mise en ligne le 5 avril 2010, dernière modification le 30 novembre 2022.

Par Claude Pennetier, Jean-Paul Richez, Nadia Ténine-Michel

ŒUVRE : Le Médecin-Expert et la révision en matière d’accident du travail (Loi du 9 avril 1919), Th. Rouen, 1936, n° 240. — La protection du travail en URSS, Le travail Humain, T. 5e, n°2, 1937, p. 236-238. — La lutte contre les maladies professionnelles. Résultats d’un trimestre à l’Institut d’étude et de prévention des maladies professionnelles, AML, 1938, p. 312. — La Loi du 1er juillet 1938 sur les accidents du travail, AML, 1939, p. 185, 325, 403, 473. — Note relative aux intoxications causées par l’emploi des solvants industriels. Résultats de 482 examens médicaux, AMP, n° 6, déc.1938. — La pathologie du travail et les professions agricoles, Bibliothèque de l’Académie Nationale de Médecine, 1941, dact., 104 p.

SOURCES : Archives CDJC Paris. — Le Travailleur parisien, juillet-septembre 1937. — J.O. août 1941. — Compte rendu des congrès nationaux de la SFIO. — Le Populaire, 1936 et 1937, en particulier numéros des 6 novembre et 10 décembre 1937 (ce dernier étant de Daniel Mayer). — Le Travailleur parisien, juillet-septembre 1937. — Joseph Bieder, Un militant de la lutte contre les maladies professionnelles : Guy Hausser (1912-1942), Histoire des sciences médicales, tome XXXVIII, n°1, 2004, p. 57-64 (article fondamental pour son œuvre professionnelle). — Jean-Claude Devinck, La création de la médecine du travail en France, Prix Maitron 2001, Les Cahiers du Centre fédéral, UNSA. — Stéphane Buzzi, Jean-Claude Devinck, Paul-André Rosental, La Santé au travail 1880-2006, Repère, La Découverte, p. 34-39. — Devinck Jean-Claude et Rosental Paul-André, « Une maladie sociale avec des aspects médicaux » : la difficile reconnaissance de la silicose comme maladie professionnelle dans la France du premier XXe siècle, Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2009/1 n° 56-1, p. 99-126. — Notes de Michèle Hausser Gans.

ICONOGRAPHIE : Devinck Jean-Claude et Rosental Paul-André, « Une maladie sociale avec des aspects médicaux » : la difficile reconnaissance de la silicose comme maladie professionnelle dans la France du premier XXe siècle, Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2009/1 n° 56-1, p. 99-126.

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