HAVENNE Georges

Par Yves Le Maner

Né le 28 janvier 1877 à Ronchin (Nord), mort le 24 février 1961 à Marquette (Nord) ; tonnelier à Fives-Lille (Nord) puis ouvrier mineur aux mines de Marles à Burbure (Pas-de-Calais) ; militant syndicaliste et socialiste du Pas-de-Calais ; conseiller général du canton de Norrent-Fontes ; membre de la CAP élargie en 1926-1927.

Ouvrier mineur à Auchel, Georges Havenne fut au début du siècle l’un des lieutenants de B. Broutchoux à la tête de la Fédération syndicale des mineurs du Pas-de-Calais, le « jeune syndicat » qui s’opposait au « vieux syndicat » de Basly et Lamendin. Cette formation anarcho-syndicaliste devait lui donner un tempérament frondeur et indépendant dont il fit constamment preuve jusqu’à la fin de sa carrière militante. Il fut candidat sur une liste socialiste aux élections municipales de Quesnoy-sur-Deule (Nord) en 1904.

Mobilisé en 1914, il fut fait prisonnier dès les premiers jours de combats et emmené en captivité en Allemagne d’où il parvint à s’évader au début de l’année 1918, pour rejoindre le Pas-de-Calais, en compagnie de son ami Cl. Deshorgues. À la fin des hostilités, il entrait à la commission administrative du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais, réunifié dès sa reconstitution en 1917. Élu délégué mineur de son puits de travail, il déclencha, dès décembre 1918, une première grève partielle dans la concession de Ferfay et à la fosse 4 des mines de Marles. En tant que secrétaire à la propagande du syndicat, il fut l’un des organisateurs de la grève des mineurs du Pas-de-Calais de 1919 ; malgré ses aspirations maximalistes il fut l’un des premiers à préconiser l’arrêt du mouvement dès les premiers jours de juin 1919.

Conscient de l’échec subi par la théorie syndicaliste révolutionnaire en 1914, Georges Havenne avait décidé d’adhérer au Parti socialiste SFIO en 1918 ; il n’y fut jamais très à son aise. Cependant, grâce à l’étiquette socialiste, il fut élu conseiller général du canton de Norrent-Fontes en 1919 (mandat qui lui fut par la suite renouvelé à plusieurs reprises jusqu’en 1934) ; il fut également élu conseiller municipal et adjoint au maire de Burbure de 1919 à 1923 date à laquelle il démissionna. Extrêmement méfiant envers la nature de la Révolution russe qu’il qualifiait de dictature dès 1919, il s’opposa violemment aux communistes lors des débats des années 1920 et 1921. Il fit partie de la délégation de la Fédération socialiste du Pas-de-Calais au congrès de Strasbourg (février) puis à celui de Tours (décembre 1920) où il se prononça en faveur de la motion Longuet. Au cours de l’année 1921, il fut l’un des adversaires les plus déterminés des militants des CSR contre lesquels il rédigea de nombreux articles dans la Tribune du Mineur, l’organe de presse du syndicat des mineurs. Après la scission, il continua de siéger à la CA du syndicat confédéré qu’il devait représenter à plusieurs congrès de l’Union départementale CGT.

Lorsque Georges Havenne présenta sa candidature en vue des élections législatives de 1924, cette annonce provoqua de forts remous au sein des instances dirigeantes de la Fédération socialiste et en particulier chez les partisans de Basly pour qui il restait encore un « Broutchoutiste ». Finalement, un compromis fut trouvé, Georges Havenne étant placé en dernière position sur la liste SFIO de la 1re circonscription du Pas-de-Calais, ce qui l’amena à l’échec. Il recueillit 68 938 voix, la moyenne de la liste étant de 69 997 ; six furent élus, deux échouèrent. Dès lors, ses rapports avec les principaux leaders socialistes et confédérés du bassin minier devinrent très tendus et il lança plusieurs campagnes contre « l’embourgeoisement » dans le journal qu’il dirigeait, L’Avenir d’Auchel. En 1929, il se présenta aux élections à la Caisse de secours de la concession de Marles (dont il était président depuis 1919) contre la liste confédérée, ce qui entraîna son exclusion du syndicat. Il adhéra en 1931 au « Comité des 22 » pour l’Unité syndicale, mouvement d’unification composé d’unitaires, de confédérés et d’autonomes. Il est vrai que sa tendance, la Bataille socialiste, avait encouragé l’initiative des 22. Georges Havenne figurait parmi les quatorze principaux collaborateurs du journal La Bataille socialiste dès le numéro 1 paru le 10 juin 1927. Après la disparition du groupement, il réintégra les rangs du syndicat CGT des mineurs en mars 1932. La même année, en mai, il fut candidat du Parti SFIO aux élections législatives dans la 2e circonscription d’Arras, sans aucun succès puisqu’il ne recueillit que 86 voix sur 18 219 inscrits. Ce fut la dernière campagne de Georges Havenne pour le compte du mouvement socialiste. Déjà exclu, puis réintégré en 1931, il décida en 1934 de quitter la SFIO en raison de désaccord avec les dirigeants fédéraux du Parti qu’il accusait de sacrifier les intérêts de la classe ouvrière du bassin minier à l’électoralisme. Il démissionna de son mandat de conseiller général et ne joua dès lors plus aucun rôle politique actif. Il appartint à la CGT-FO après la scission de 1947.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87328, notice HAVENNE Georges par Yves Le Maner, version mise en ligne le 5 avril 2010, dernière modification le 5 avril 2010.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 176, M 179, M 2372, M 2387, M 2500, M 2506 et M 5304. — J.-M. Lemaire, Mémoire de Maîtrise, op. cit. — Renseignements fournis par les mairies d’Auchel et de Burbure. — Notes de Jacques Girault et de J. Raymond.

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