GRESSER Charles, Jean-Marie

Par Jacques Omnès

Né le 19 août 1900 à Montsûrs (Mayenne), mort le 29 février 1984 à Évron (Mayenne) ; instituteur, secrétaire de mairie ; militant de la section mayennaise du SNI.

Dès l’âge de trois ans, Charles Gresser se retrouva orphelin de père et de mère et fut élevé par sa grand-mère paternelle. Il fréquenta l’école primaire publique de Montsûrs, puis de 1913 à 1916, l’école primaire supérieure d’Ernée (Mayenne). De 1916 à 1919, il fut élève de l’École normale d’instituteurs de Laval dont il sortit major de sa promotion. À la sortie, il n’obtint pas de poste fixe en raison de la proximité de son départ à l’armée, mais assura plusieurs remplacements, notamment à Renazé et à Oisseau, d’où il partit pour le régiment en mars 1920. Il passa ainsi deux ans à Düren avec l’armée d’occupation du Rhin. À son retour de l’armée, en février 1922, il obtint provisoirement un poste à Pommerieux où il fit la connaissance de Deffay*, président de la section mayennaise du Syndicat national, issu des ex-Amicales. Deffay qui était adjoint au directeur de l’école, le fit adhérer au syndicat sur la base de la défense des revendications corporatives. Ses arguments le convainquirent d’autant plus facilement que ce dernier avait pu constater que le salaire touché pour son premier mois d’instituteur était inférieur à sa solde mensuelle de sergent de l’armée du Rhin ! Il occupa rapidement des postes de responsabilité au syndicat. En l’absence de candidats, il fut désigné comme membre de la commission administrative dès l’assemblée générale du 19 octobre 1922.
Le 11 janvier 1923, Gresser fut chargé par la CA de représenter la section dans le canton d’Ahuillé, où il enseigna de 1922 à 1927. Son mandat étant arrivé à expiration, l’assemblée générale du 7 juin 1924 se vit dans l’obligation de le reconduire, comme ceux de presque tous les autres membres du fait de l’absence de candidatures. Le 30 mai 1925, l’assemblée générale de la section mayennaise du Syndicat national vota l’adhésion obligatoire à la CGT. Le 18 février 1926, la CA décida de rallier l’union départementale CGT et le désigna comme délégué à l’UD. A ce titre, le 13 juin 1926, il apporta au congrès le salut du SNI.

Entre temps, le 22 mai 1926, l’assemblée générale avait procédé au renouvellement de la commission administrative du syndicat. Gresser, n’étant pas démissionnaire, se vit confier un nouveau mandat de trois ans. Le 17 juin, il fut désigné comme membre de la commission pédagogique et de la commission des « questions sociales ».

En 1927, Gresser quitta Ahuillé pour Montigné-le-Brillant. Quelques mois plus tôt, en mai 1927, il avait été élu secrétaire de « l’Émancipatrice lavalloise », société coopérative propriétaire des locaux de la Maison du Peuple. Il assuma cette fonction jusqu’en 1972. Il continua à militer au SNI dont il devint le secrétaire départemental en mars-avril 1933. Il n’envisageait d’occuper ce poste que pour deux ou trois mois. En fait, il y resta jusqu’à l’assemblée générale de fusion de la section mayennaise du Syndicat national et du Syndicat des membres de l’enseignement laïque de la Mayenne, affilié à la CGTU, tenue le 5 décembre 1935. Après adoption des statuts et désignation des délégués au congrès national de fusion, on procéda à l’élection d’une commission administrative de seize membres comprenant dix ex-SNI - parmi lesquels Gresser - et six ex-unitaires.

Henri Mitard* lui succéda à la tête du syndicat unifié. Le 12 décembre 1935, il fut élu membre de la commission corporative et délégué du syndicat à l’UD-CGT.Le 5 novembre 1936, le tirage au sort le désigna comme non rééligible. Il quitta la CA le 3 décembre, mais continua néanmoins à participer aux travaux de la commission corporative en 1937 et 1938. La section syndicale était alors dirigée par des sympathisants ou des militants du courant "École émancipée", minoritaire au niveau national. Mais au cours de l’assemblée générale du 30 juin 1938, à laquelle participait le secrétaire général du SNI en personne, un renversement de majorité s’opéra en faveur des partisans de la direction nationale. S’estimant désavoués, les responsables minoritaires démissionnèrent à l’assemblée générale du 6 octobre 1938 (Auguste Beuneux*, Henri Micard*, René Sauleau*) et les partisans de la direction nationale prirent les rênes de la section.
Le 15 décembre, Gresser fut élu à la nouvelle CA. Il succéda au minoritaire Brilhault* comme responsable de l’administration du bulletin mensuel La Voix Syndicale. Il approuva le mouvement du 30 novembre 1938, sans toutefois faire grève.

En 1939, Gresser fut mobilisé dès le début du deuxième conflit mondial comme lieutenant au 117e Régiment d’Infanterie et fit partie des rescapés de la 19e division dont la grande majorité des hommes avaient été faits prisonniers par les Allemands. Après sa démobilisation en septembre 1940, il fut nommé à Saint-Jean-sur-Mayenne, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite, et n’eut plus aucune activité syndicale.

Le 24 novembre 1946, Gresser fut élu sur la « liste de la démocratie socialiste » présentée par la SFIO dans le canton de Laval-Ouest pour l’élection des « grands électeurs » au Conseil de la République. À vrai dire, il fut très choqué de se retrouver sur cette liste - et en sixième position, c’est-à-dire éligible - sans qu’on lui eût demandé son avis. En fait, Camille Lhuissier*, secrétaire fédéral du Parti socialiste SFIO, avait pensé que le secrétaire de « l’Émancipatrice » ferait gagner des voix à sa liste. Gresser, selon lui, n’eut jamais d’engagement politique et il estimait encore en 1979 que la CGT d’avant-guerre, à laquelle il avait appartenu à l’époque où le SNI n’était pas autonome, n’avait rien de commun avec la CGT actuelle « à tendance communiste ». Il prit sa retraite en 1955 et fut alors nommé instituteur honoraire.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87404, notice GRESSER Charles, Jean-Marie par Jacques Omnès, version mise en ligne le 9 avril 2010, dernière modification le 25 novembre 2018.

Par Jacques Omnès

SOURCES : Arch. Dép. Mayenne. — Presse syndicale et presse locale. — Souvenirs confiés par Charles Gresser.

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