HENRY Victorin, Séverin

Par Jacques Girault

Né et mort à Rougiers (Var), 27 novembre 1890-24 mars 1981 ; cultivateur ; militant socialiste ; maire de Rougiers (1921-1971), conseiller général du canton de Saint-Maximin (1945-1955) ; dirigeant d’organisations viticoles varoises et nationales ; résistant.

Victorin Henry à droite
Victorin Henry à droite

Fils d’un charretier d’opinions républicaines, Victorin Henry reçut les premiers sacrements catholiques. Marié religieusement dans la commune en avril 1914, il ne fit pas donner de sacrements religieux à son fils.

Victorin Henry effectua son service militaire en Corse en 1911 et combattit pendant toute la durée de la guerre.

Élu conseiller municipal, le 30 novembre 1919, avec 102 voix sur 206 inscrits, Victorin Henry devint adjoint. Après la démission du maire pour raison de santé, le 10 mars 1921, il fut désigné pour lui succéder. Il devait sans cesse être réélu par la suite :

— comme socialiste SFIO, le 3 mai 1925, avec 104 voix sur 194 inscrits,

— comme socialiste SFIO, le 5 mai 1929, avec 124 voix sur 207 inscrits,

— comme socialiste du Parti socialiste de France, le 5 mai 1935, avec 144 voix (première position) sur 196 inscrits. Resté maire pendant la guerre, il fut maintenu à la Libération et sans cesse réélu jusqu’en 1971, où il ne sollicita pas le renouvellement de son mandat.

Après le décès du conseiller d’arrondissement du canton de Saint-Maximin, le 30 septembre 1923, Victorin Henry lui succéda avec 778 voix sur 2 269 inscrits. Cette élection avait été préparée par une réunion des « cercles rouges » à Saint-Zacharie. Victorin Henry y représentait le cercle républicain et socialiste, « La Jeune France » qu’il présidait à Rougiers. Il fut réélu, à nouveau sans adversaire, le 19 juillet 1925, avec 778 voix sur 2 219 inscrits et, le 18 octobre 1931, dans les mêmes conditions, avec 764 voix sur 2 244 inscrits. En 1937, au premier tour, il arriva en tête avec 502 voix sur 1 979 inscrits ; ses deux adversaires de gauche se retirèrent ; un nouveau candidat du Parti social français se présenta et Henry conserva le siège avec 899 voix, le 17 octobre 1937.

Victorin Henry était donc un des « hommes forts » du canton sur le plan politique. Le sous-préfet indiquait dans son rapport en 1928 :

« Esprit droit qui a déjà acquis de l’autorité et qui est appelé à en conquérir davantage. »

Il était avant tout le dirigeant d’un cercle rouge. Le 13 mai 1923, il participa au rassemblement de Saint-Raphaël où furent jetés les fondements de la future Fédération des cercles rouges. Pour l’élection législative de 1924, il fit partie de la commission exécutive du Comité général varois pour l’élection rouge. Parallèlement, il militait au sein du Parti socialiste SFIO et fut délégué au congrès fédéral de Toulon, les 9 et 10 février 1924.

Comme certains militants des cercles rouges, de l’Ouest varois, Victorin Henry entretenait de bons rapports avec le Parti communiste. On le vit lors de la campagne contre la guerre du Maroc en 1925. Il présida une réunion communiste, en août 1925 et fit voter un ordre du jour contre la guerre.

Lors de la création de la Fédération des municipalités socialistes, le 22 mai 1927, Victorin Henry fut désigné au conseil d’administration.

Son action dans les milieux viticoles se développait. Membre fondateur de la Caisse locale de Crédit agricole et de la mutualité en 1921, administrateur de la coopérative vinicole « La Fraternelle » à Rougiers, il participa à la fondation de la distillerie coopérative de Saint-Maximin en 1931.

Lors de la scission dans la SFIO en 1933, Victorin Henry, comme la plupart des élus socialistes varois, les suivit au Parti socialiste de France. Il signa l’appel paru dans Le Petit Var, le 17 novembre 1933, demandant de suivre les élus. Lors du premier congrès de la Fédération du PS de F., le 26 novembre, il fut désigné pour le comité fédéral. Toutefois, il ne rompit pas totalement avec la SFIO. Aussi, appela-t-il à voter pour le candidat socialiste SFIO Tœsca lors de l’élection législative de juin 1935 pour la succession de Pierre Renaudel, alors qu’un candidat du PS de F. était en lice. Dans le même temps, il participait au rassemblement du Comité des petits vignerons, à Brignoles, d’initiative communiste (CGPT), le 17 novembre 1935. Six jours plus tard, Le Populaire du Var, hebdomadaire socialiste SFIO, annonça son adhésion à la SFIO. Il fut désigné dès le congrès suivant pour le comité fédéral. Lors de l’élection législative, bien que réticent devant la candidature de Lamarque pour la SFIO, il entraîna l’électorat rouge de son village à voter massivement pour ce candidat dès le premier tour. Ce dernier obtint 111 voix alors que le total des voix « rouges » atteignait 121. Au deuxième tour, les électeurs se reportèrent massivement sur le communiste Gaou, candidat du Front populaire, qui réunit 110 voix.

Sous le Front populaire, Victorin Henry vit son rôle dans les organisations corporatives départementales augmenter. Dès 1931, il fut un des membres fondateurs de la Caisse régionale de la mutualité sociale agricole. En 1936, élu à la Chambre d’agriculture, il en devint le vice-président. L’année suivante, il siégea au conseil d’administration de la Fédération des coopératives vinicoles du Var et, en 1936, présida le Comité départemental des céréales, responsabilité qu’il occupa jusqu’en 1965. Comme responsable de la section agraire, selon le rapport au congrès de la Fédération socialiste SFIO en 1937, il intervint comme orateur « paysan » dans de nombreux rassemblements en 1938. Son autorité le fit désigner par le préfet, le 14 février 1938, comme membre de la commission de constatation des salaires normaux. Finalement, au congrès de la Fédération socialiste SFIO, le 22 mai 1938 à La Seyne, il fut délégué au congrès national pour la motion majoritaire.

Pendant la guerre, Victorin Henry fut maintenu dans ses fonctions de maire et dans ses responsabilités agricoles. Selon un rapport au comité fédéral de la SFIO, le 4 décembre 1944, il appartint un temps à la Légion dont il démissionna en 1941 et à la Corporation paysanne. Comme chaque année, avec les élus municipaux, il déposa une gerbe au monument aux Morts de Rougiers, le 14 juillet 1943. Il fut interpellé, le lendemain, avec son premier adjoint, par les Italiens et gardé à vue à Tourves, une nuit. Selon le comité fédéral du 4 décembre 1944, il resta en contact avec la section clandestine du Parti socialiste. Résistant comme responsable du groupe local de l’Armée secrète (AS), passé ensuite sous la direction de l’Organisation de résistance de l’armée (ORA). Il forma une équipe de réception de parachutages (intégrée à la SAP-Section Atterrissages et parachutages). En mars 1944, il reçut chez lui Arnal et Sarie. Responsable du groupe local FFI-Libération il hébergea un des adjoints du colonel Gouzy, responsable de l’ORA-FFI du Nord-Ouest du Var, et participa aux combats de la libération avec son épouse, son fils et sa belle-fille.

Aussi, le comité fédéral de la SFIO, le 4 décembre 1944, maintint-il Henry dans les rangs du Parti « avec regrets » par 10 voix contre 2. Le Comité départemental de Libération le confirma dans son poste de maire. Toutefois, aux élections municipales du printemps 1945, il arriva en dernière position de sa liste (185 voix). Il semble que le Parti communiste ait argué du fait qu’il était resté maire pendant la guerre pour ne pas le nommer conseiller général à la place du conseiller décédé pendant le conflit. Finalement, les électeurs tranchèrent et, aux élections du 21 septembre 1945, Victorin Henry, comme candidat SFIO, l’emporta sur son seul adversaire communiste, avec 1 665 voix.

Lors de la première session d’octobre 1945, Victorin Henry fut désigné comme membre des commissions des travaux publics, des affaires économiques et du ravitaillement, de l’agriculture, de l’instruction publique (il était le vice-président de cette troisième commission), de l’hydraulique, des bâtiments départementaux, de la chasse, de répartition des subventions aux associations agricoles, d’électrification des campagnes.

À nouveau candidat socialiste SFIO en 1949, Victorin Henry fut réélu, après avoir obtenu, au premier tour, 1 254 voix sur 4 355 inscrits. Lors du renouvellement de 1955, il arriva en deuxième position, le 17 avril, avec 1 126 voix sur 4 609 inscrits. Avec 1 644 voix le dimanche suivant, il fut battu par le candidat de droite Barles. Quelques modifications intervinrent dans ses responsabilités au conseil général ; vice-président en octobre 1951, il fit partie de la Commission départementale la même année. L’année suivante, il fut secrétaire de la troisième commission (Agriculture, Instruction publique, Vœux divers), membre des commissions de l’Hydraulique, de visite des bâtiments départementaux. Il représenta le conseil général au conseil d’administration de l’Office départemental des anciens combattants et victimes de la guerre, à l’École saisonnière d’agriculture, à la commission de répartition des subventions départementales à l’agriculture, au conseil de perfectionnement de l’École d’enseignement ménager agricole, à la commission de constatation des salaires normaux et courants et fut suppléant pour la commission d’appel des lois d’assistance. En outre, il représenta le Var à la commission interdépartementale de l’Hydraulique.

Victorin Henry, enfin, fut candidat du Parti socialiste SFIO lors de trois élections législatives ;

— le 10 novembre 1946, en cinquième position, sur la liste « d’Union socialiste et républicaine de la Résistance » qui obtint 43 210 voix sur 216 683 inscrits,

— le 17 juin 1951, en troisième position sur la liste « d’Union socialiste et de défense républicaine présentée par la SFIO » où il obtint personnellement 40 670 voix sur 218 459 inscrits,

— et le 2 janvier 1956, en cinquième position sur la liste de la SFIO, où il réunit 44 953 voix sur 251 749 inscrits.

Lors de congrès de la Fédération socialiste SFIO, Victorin Henry présentait des rapports sur la question paysanne au nom de la commission paysanne, comme le 26 mai 1955 ou le 24 mars 1957, dont il faisait partie tout en étant secrétaire de la section socialiste SFIO de Rougiers.

Henry multiplia les responsabilités dans les organismes agricoles après la guerre. Toujours président du comité départemental des céréales jusqu’en 1965, il exerça les fonctions de président de la Distillerie coopérative de Saint-Maximin de 1958 à 1980. En 1951, il présida la Mutuelle agricole, la Caisse du Crédit agricole, l’Union varoise des coopératives agricoles (depuis le 16 janvier 1945). Il présida aussi la Fédération des caves coopératives du Var (1953-1964), le Syndicat des vignerons (1954-1962), la Confédération générale agricole du Var (1956-1961). En 1955, vice-président de la Confédération nationale des caves coopératives, il devint président de la Fédération nationale des associations viticoles de France (1956-1957). En 1955, il était le secrétaire de la commission nationale des statuts et conflits des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Vice-président de la Chambre d’agriculture, il présidait alors la commission départementale de l’aide et de l’encouragement à l’agriculture, était membre de l’Institut régional des vins de consommation courante, vice-président de la caisse régionale de Crédit mutuel agricole du Var et membre du conseil d’administration de la Sécurité sociale agricole et des caisses mutuelles agricoles du Var. Enfin, il était le président d’honneur de la coopérative vinicole de Rougiers « La Fraternelle » dont il n’avait jamais été le président effectif.

En 1959, Henry signa l’appel du Comité départemental d’action laïque contre l’enseignement confessionnel catholique au nom de la Fédération varoise des œuvres laïques. Il avait refusé de prendre position dans le conflit interne à la SFIO en 1958 sur le soutien au Général de Gaulle. Il ne reprit pas sa carte du Parti, mais lui resta très attaché. Ses obsèques furent civiles.

Son épouse, Marie née Garnier en 1894 à Rougiers, le soutint dans sa vie militante. Elle participa à la Résistance, elle aussi, dans le cadre de l’ORA, en particulier en hébergeant les officiers de passage au village.

Son fils Henry Gilbert, Marius, Léonard, né à Rougiers, le 5 septembre 1920, se maria dans la commune en juillet 1940 et eut deux enfants. Membre des Jeunesses socialistes SFIO en 1935, il participa à la Résistance dans le groupe de son père (ORA et SAP) et du lieutenant Tap à partir de janvier 1944. Il prit part aux diverses missions liées aux parachutages d’armes de mai à août 1944 (réception et transports) et aux combats de la Libération. Il adhéra au Parti socialiste SFIO de 1950 à 1958. Il le quitta, comme Jean Charlot pour le Parti socialiste autonome, puis le Parti socialiste unifié en 1960. Élu conseiller municipal et maire de Rougiers en 1971, il fut constamment réélu à cette responsabilité. Il avait été candidat PSU au conseil général dans le canton de Saint-Maximin en 1961. Toujours membre du PSU, en 1985, il exerçait des responsabilités dans le monde agricole : présidence de la Fédération régionale de coopération agricole, vice-présidence du Bureau méridional de production et de la Caisse régionale du crédit agricole.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87452, notice HENRY Victorin, Séverin par Jacques Girault, version mise en ligne le 11 avril 2010, dernière modification le 19 juillet 2021.

Par Jacques Girault

Victorin Henry à droite
Victorin Henry à droite

SOURCES : Arch. Nat., F7/13.021, 13.083. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, M 6 10.803. — Arch. Dép. Var, 2 M 6.21, 2 M 6.25, 2 M 7.24.3, 2 M 7.28.3, 2 M 7.30.3, 2 M 7.31.1., 4 M 50, 13 M 13.2, 14 M 7.2, 14 M 7.6, 18 M 96, 1 Z 2.2, 3 Z 2.4, 3 Z 2.12, 3 Z 2.5, 3 Z 4.19, 3 Z 16.7. — Arch. J. Charlot (CRHMSS). — Presse locale. — Renseignements fournis pas les intéressés et par J.-M. Guillon.

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