MOUSEL Jean, Nicolas

Par Madeleine Singer

Né le 3 juillet 1913 à Paris (XVIIIe arr.) ; agrégé de lettres classiques ; secrétaire général adjoint du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1954 à 1972.

Jean Mousel était le benjamin des quatre enfants d’Henri Mousel, comptable, et de Marie-Anne Grall. Il fit ses études au lycée Condorcet à Paris, eut le baccalauréat en 1932, fit une licence de lettres en Khâgne et fut reçu à l’agrégation en 1938. Partant alors au service militaire, il passa sept ans sous l’uniforme car il fut fait prisonnier. En 1939, il avait épousé Marie-Laure Bordes, également agrégée de lettres classiques ; ils eurent quatre enfants. À son retour de captivité, il fut nommé au lycée Jacques Decour à Paris où il prit sa retraite en 1974.

Le père de Jean Mousel, né en 1874 en Lorraine annexée, passé en France avant incorporation et reconnu Français en 1907, avait des opinions politiques de droite patriotique, sans activité politique précise. Il mourut en 1939, malheureux des choix de son fils qui fréquenta la JEC et sympathisa avec la Jeune république après le choc provoqué par la manifestation du 6 février 1934. J. Mousel fut alors attiré par le Front populaire et éclairé par la guerre d’Espagne sur le danger des totalitarismes, sans toutefois avoir d’activité militante car il pensait que le premier devoir, c’était de réussir au concours.
À l’Oflag VIII G Weidenau (Silésie), il avait rencontré Albert Agnès* qui y fit une petite causerie sur le SGEN, puis à l’Oflag XVII A, à Edelbach, Guy Giry*. Quand il rentra, il était plus porté, dit-il, vers la Paroisse universitaire que vers le syndicalisme. Mais sa femme était déjà inscrite au SGEN où elle militait, tout en collaborant aux travaux de l’Union féminine civique et sociale, en attendant de devenir, une fois à la retraite, trésorière SGEN de l’académie de Paris. Sous son influence, Jean Mousel s’inscrivit au SGEN, souhaitant réagir contre le monopole que le SNES voulait imposer au lycée Jacques Decour, précédemment lycée Rollin, où les communistes, dit-il, faisaient alors la loi. Par cette adhésion, J. Mousel avait également le sentiment de défendre les instituteurs chrétiens qu’il avait connus en captivité et dont tous lui avaient raconté les brimades qu’ils avaient subies tant à l’École normale que dans leurs départements.

Très vite le secrétaire général Raynaud de Lage* lui demanda de faire des démarches au Ministère pour aider F. Labigne*, alors secrétaire du Second degré. Jean Mousel succéda à ce dernier en 1950 lorsque F. Labigne devint rédacteur d’École et Éducation. Il entra en même temps tant au comité national qu’au Bureau national et siégea dans ces deux organismes pendant 22 ans. Pendant onze ans, J. Mousel allait assumer la lourde charge du Second degré, avec seulement une décharge de six heures à partir de 1956 ; il n’en souhaitait d’ailleurs pas davantage car il voulait rester un enseignant. L’action revendicative était évidemment au premier plan de ses préoccupations. D’abord la défense des maîtres auxiliaires, si nombreux dans le Second degré, exigea des efforts constants car le SNES demeurait très attaché aux concours comme seul mode de recrutement : les lettres que J. Mousel lui adressa en 1957 restèrent sans réponse et il fallut la crise de recrutement, jointe à la pression du SGEN, pour obtenir le décret du 7 novembre 1958 qui permit aux maîtres auxiliaires l’accès à la catégorie des certifiés par les seules épreuves pratiques du CAPES. Mais J. Mousel ne négligeait pas pour autant les autres catégories : en 1958, il rappelait dans un article tout ce que le SGEN avait fait pour améliorer la carrière des agrégés et favoriser leur recrutement.

C’était d’ailleurs tout le personnel du Second degré dont il fallait défendre les traitements : regroupés autour de la Société des agrégés dans le Comité d’action universitaire (CAU), les syndicats du Second degré et du Supérieur lancèrent de 1951 à 1954 des grèves successives car ils constataient que le gouvernement qui multipliait les avantages pour les PTT, les Eaux et forêts, etc., refusait toute mesure générale pour la fonction publique. La grève des examens de septembre 1951 fut la plus importante par sa durée et sa mobilisation. Le CAU alla jusqu’à refuser les 5 milliards que M. Pleven, premier ministre, proposait pour les seuls enseignants : c’est la fonction publique entière qu’il fallait défendre. Prétention sans doute excessive, générosité sûrement utopique. Finalement Pierre Mendès France, menacé d’une nouvelle grève d’examens, accepta en septembre 1954 d’accorder aux membres de l’Éducation nationale une prime de rendement ainsi qu’une réforme importante des règles d’avancement.

La réforme de l’enseignement fut aussi pendant cette période un problème capital. Le congrès de mars 1956 adopta un projet de tronc commun de deux ans dans lequel les langues vivantes et le latin seraient des bancs d’essais ouverts à tous les élèves. Or lorsque le projet du ministre Billères fut soumis en juillet 1956 au Conseil supérieur de l’éducation nationale, il fut violemment combattu par la Société des agrégés, la Franco-ancienne et le SNES. J. Mousel lança alors, dans un éditorial de juillet 1957, un appel solennel à ses collègues de la Franco-ancienne : « S’il est normal que les universitaires, conscients des valeurs qu’ils sont chargés par vocation de transmettre, aient une tendance naturelle au conservatisme... ils doivent se rendre compte qu’en période de transformation sociale, économique, technique, les valeurs traditionnelles doivent être, elles aussi ; repensées et adaptées ». Il les mit en garde contre une attitude négative qui ferait d’eux les alliés de La nation française : ce journal avait en effet l’année précédente stigmatisé dans le SGEN « le seul syndicat universitaire qui ait pris position en faveur du tronc commun ». Toutefois, responsable d’une section dont les adhérents restaient massivement attachés au latin, J. Mousel, au comité national de mai 1961, ne se rallia pas à l’opinion du rapporteur et de Paul Vignaux qui préconisaient le report du latin en Cinquième, alors que la réforme Berthoin de 1959 prévoyait seulement un trimestre sans latin au début de la Sixième. À la demande de J. Mousel, le Comité national vota donc la mise à l’étude de ce report du latin en Cinquième, s’il s’avérait impossible d’en faire faire à tous en Sixième. Quelques années plus tard, l’évolution de la mentalité des adhérents permettra de régler la question.

Les années 1950-1960 furent également cruciales pour la laïcité. Le SGEN s’était élevé en 1951 contre les lois Marie et Barangé. Aussi lorsqu’en 1954, le projet de loi Saint-Cyr étendit les subventions à l’enseignement agricole, le comité national demanda "une grève de la section du Premier degré, appuyée par des manifestations de solidarité des autres degrés", grève qui eut lieu le 23 mars ; à cette occasion, Jean Mousel regretta publiquement qu’il n’y ait pas un ordre formel de grève pour le Deuxième degré. Puis en 1959 la loi Debré accrut l’aide à l’enseignement privé et préconisa une extension du régime des aumôneries existant dans les lycées. Jean Mousel, avec l’ensemble du secrétariat, élabora alors une circulaire car le SGEN estimait que c’était dans l’esprit de la loi de séparation des églises et de l’État qu’il fallait poser le problème des garanties de la liberté de pratique et de culture religieuses pour les élèves de l’enseignement public. La circulaire déclara donc que dans les CEG., les conditions de vie des élèves ne justifiaient nullement la présence d’un aumônier ; quant au Deuxième degré, il fallait satisfaire les demandes des parents par un aménagement des horaires permettant l’existence d’un aumônier exerçant extra-muros, sauf dans les établissements comportant un internat.

Autre préoccupation grave : à partir de 1955, le Second degré fut particulièrement touché par la guerre d’Algérie. Le Comité national du 5 décembre 1955 condamna énergiquement les nominations d’office de nouveaux certifiés dans les trois départements algériens. Jean Mousel multiplia les protestations à ce sujet tant au cours des audiences du ministre Billères que dans les quatre lettres qu’il lui adressa en 1956 et en 1957. Il s’éleva en outre contre l’incorporation des enseignants dans les Unités territoriales, pratique qui aboutissait à une confusion entre les enseignants et les forces de l’ordre puisqu’au sortir de leur classe, ils devaient revêtir l’uniforme pour assurer une fonction militaire et étaient amenés par exemple à fouiller un collègue musulman.

C’est d’ailleurs l’ensemble du problème algérien que Jean Mousel prit en charge car depuis 1954, il cumulait sa fonction de secrétaire du Second degré avec celle de secrétaire général adjoint, suppléant par conséquent P. Vignaux pendant les séjours annuels de celui-ci au Canada. Ce dernier, lors des grèves d’août 1953, avait été frappé du concours apporté par J. Mousel : évoquant dans une lettre le bureau national du 25 août qui avait désolidarisé le SGEN d’une « Confédération complice du MRP », P. Vignaux* disait que le SGEN avait été « mis hors du coup grâce à l’énergie de Mousel qui (l)’ a conduit et d’abord entraîné à Paris ». J. Mousel signa donc avec P. Vignaux l’éditorial d’octobre 1955 qui soulignait « le trouble profond de la jeunesse devant l’effort militaire qui lui est demandé » (il y avait eu le 1er avril un premier rappel des disponibles) et dénonçait la « carence » de tant de gouvernements incapables de « concevoir une politique et d’en obtenir l’application ». Présent aux côtés de P. Vignaux dans les colloques pour la solution du problème algérien, J. Mousel prit ensuite la parole au nom du SGEN lorsque le 7 février 1958, plusieurs associations d’étudiants se réunirent pour protester contre les arrestations d’étudiants dans les locaux universitaires ainsi que contre la dissolution de l’Union générale des étudiants musulmans.

En l’absence de Vignaux, J. Mousel avait organisé le 9 décembre 1957 sous l’égide du bureau académique de Paris une conférence de Robert Delavignette, ancien gouverneur général de la France d’outremer ; celui-ci qui venait de démissionner de la Commission de sauvegarde des droits et libertés individuels, dénonça pour la première fois devant la presse les tortures qu’il avait constatées en Algérie. Vignaux étant à nouveau au Canada en octobre 1960, c’est J. Mousel qui, avec Claude Bouret et l’Union régionale parisienne (CFTC), s’efforça le 12 octobre d’obtenir la participation de la Confédération à la journée du 27 octobre, organisée par l’UNEF afin d’obtenir l’ouverture de véritables négociations avec le GPRA : la CFTC donnera finalement sa couverture à cette journée. Peu après, au comité national confédéral des 29 et 30 octobre, l’intervention de J. Mousel amena le vote d’une motion condamnant les récentes déclarations du chef de l’État qui "dénie au syndicalisme le droit de peser sur la conduite des affaires publiques", alors que celui-ci est habilité à prendre position sur les questions de politique générale qui conditionnent la solution des problèmes revendicatifs des travailleurs. On comprend que J. Mousel ait protesté auprès du président de la Ligue des droits de l’Homme qui avait omis d’inviter le SGEN lorsqu’il avait lancé un appel pour faire du 6 février 1962 une journée de défense des Droits de l’homme.
On retrouva Jean Mousel sur la brèche pendant les événements de mai 68. Sans entrer dans les détails, rappelons sa présence à la tête de la délégation du SGEN qui se rendit le 8 mai au meeting de l’UNEF. qui réclamait la libération des étudiants emprisonnés et l’évacuation de la Sorbonne par les forces de l’ordre. Cela ne l’empêchait pas de faire, le cas échéant, les réserves nécessaires : lorsque les fédérations CFDT se divisèrent à propos du meeting du 27 mai au stade Charlety, Jean Mousel réclama du secteur politique de la CFTC « un peu de discipline syndicale », soulignant qu’un des organisateurs de la manifestation, J. Sauvageot, avait à la radio, traité avec mépris les négociations menées par les centrales syndicales.

En 1970, Jean Mousel devint l’adjoint de Charles Piétri*, élu secrétaire général à la place de P. Vignaux qui se retirait. Quand en 1972 C. Piétri fut remplacé par François Garrigue, J. Mousel quitta alors sa fonction ainsi que le bureau national, tout en demeurant au Comité national. Mais au congrès extraordinaire de Dijon, en mai 1973, il démissionna du SGEN à l’issue d’un vote qui avait modifié les statuts car il considérait que par là le SGEN s’était "renié lui-même". Il eut alors le temps de prendre part à la vie politique où il n’était jusque-là intervenu qu’à titre syndical : il avait pris la parole par exemple à l’assemblée de l’Union des forces démocratiques, le 27 septembre 1958 à Château-Chinon, pour rappeler les réserves du SGEN à l’égard du projet de nationalisation de l’enseignement présenté par le Comité national d’action laïque. Ayant adhéré en 1973 au Parti socialiste, il milita dans sa section, rédigeant des motions ou des tracts distribués dans les usines de la localité. Au siège du parti, il assura la revue de presse avant et pendant la campagne des législatives de 1978. Bref il fut un militant modeste tant que ses forces le lui permirent.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87488, notice MOUSEL Jean, Nicolas par Madeleine Singer, version mise en ligne le 13 avril 2010, dernière modification le 19 mars 2019.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Th., Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. dép. Nord, J 1471) ; Histoire du SGEN, 1987, PUL. — École et Éducation (1950-1955). Syndicalisme universitaire (1955-1973). — Cahier Reconstruction, mai 1974. — Lettres de J. Mousel à M. Singer, 15 octobre 1982, 13 février 1995, 9 avril 1996, 7 juin 1996, 23 septembre 1996, 13 octobre 1996 (A.P.).

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