LHERBIER Pierre, Etienne, André

Par Madeleine Singer

Né le 20 juin 1925 à Ambarès (aujourd’hui Ambarès-et-Lagrave, Gironde), mort le 25 avril 2006 à Reims (Marne) ; professeur agrégé de lettres classiques ; membre du comité national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1961 à 1980 ainsi que du bureau national de 1970 à 1980.

Pierre Lherbier était le second des deux enfants d’André Lherbier ; celui-ci avait épousé Jeanne-Marie Cabanne qu’il avait connue au bureau de poste de Pont- Audemer (Eure) où tous deux étaient employés. André Lherbier fut ensuite sous-chef de bureau au ministère des PTT, puis receveur des postes à Montmartre et à Pantin (Seine, aujourd’hui Seine-Saint-Denis). Il avait fondé à la CFTC le syndicat des receveurs et chefs de centre de la fédération des PTT. Sa femme, surveillante de téléphone aux PTT, était retournée pour les naissances chez ses parents, à Ambarès. Le grand-père paternel de Pierre, qui s’appelait Etienne, était un électricien qui avait des idées socialistes ; mort en 1942, il fut avant 1939 adhérent pendant quelque temps au Parti communiste. Le grand-père maternel de Pierre, Jean dit Joseph Cabanne, était un menuisier- charpentier, membre des « Compagnons menuisiers du devoir de la liberté » ; il avait fondé dans sa commune natale, Ambarès, une société de secours mutuels. Candidat aux élections municipales de mai 1935 à la demande du maire sortant, Faulat, qui était radical- socialiste, il fut alors premier adjoint bien qu’arrivé en tête. Sous l’occupation, Faulat qui était franc-maçon fut destitué et remplacé par un nouveau maire qui céda bientôt sa place à Joseph Cabanne. Celui-ci, écarté en 1944 par un « Comité de Libération », fut largement réélu en 1945 et garda la fonction de maire jusqu’à sa mort en 1949.

Pierre Lherbier fit ses études secondaires au lycée Voltaire à Paris où il passa le baccalauréat latin-grec en 1943 ; il avait toutefois suivi des cours par correspondance pendant l’année de guerre 1939-1940. Il entra alors au lycée Henri IV où il fit l’hypokhâgne et la kâgne, puis fréquenta de 1948 à 1952 la faculté des lettres de Paris. Il y obtint la licence ès lettres classiques en 1950, le DES l’année suivante et en 1952 le CAEC (certificat d’aptitude à l’enseignement dans les collèges) de lettres classiques. Nommé alors au collège de Calais (Pas-de-Calais), il fut muté en 1953 au collège de garçons de Reims (Marne) qui devint ultérieurement le lycée technique Roosevelt ; il y prit sa retraite en 1988 après avoir été nommé agrégé par promotion interne. Depuis 1968, il enseignait dans deux sections parallèles de préparation aux Hautes études commerciales (HEC), sauf pendant les années 1983- 1986 où il fut conseiller au cabinet du recteur de Reims, Michèle Sellier. Il avait épousé en 1953 Jacqueline Dosset qui était alors élève à l’ École normale supérieure de l’enseignement technique (ENSET) ; elle devint ensuite professeur certifiée de lettres-histoire et fit toute sa carrière au lycée Libergier de Reims. Ils eurent deux enfants : un fils avocat, une fille professeur certifiée de lettres modernes.

Pierre Lherbier avait fait partie des Cœurs vaillants pendant ses études primaires, puis de la JEC au lycée. A la Libération, il devint lecteur de la presse parisienne : Combat, Temps présent, etc. Il s’intéressa beaucoup à l’histoire du mouvement ouvrier, grâce dit-il à un professeur du lycée Henri IV, André Alba, qu’il trouvait « passionnant ». Influencé par les choix de son père et de ses deux grands-pères, il adhéra au SGEN dès sa première année d’enseignement à Calais. En arrivant à Reims, il trouva au lycée technique une section SGEN privée de son secrétaire, Emile Salvaire*, nommé directeur en juin 1953. Aucun syndiqué ne voulant succéder à ce dernier, P. Lherbier devint l’année suivante secrétaire de l’établissement ; deux ans plus tard, il remplaça en outre Guy Constantin* qui était secrétaire départemental de la Marne et qui avait désormais des activités politiques. Puis lorsque l’académie de Reims fut créée en 1961, P. Lherbier en devint le premier secrétaire académique, en conservant toutefois le secrétariat du lycée technique.

Déjà présent au congrès national de 1954, P. Lherbier entra au comité national en qualité de secrétaire académique et joua désormais un rôle actif au plan national. Il intervint fréquemment au cours des commissions administratives des lycées qui avaient lieu lors de chaque comité national. Il se souciait aussi bien de la titularisation des maîtres auxiliaires que du statut des bibliothécaires-documentalistes. Il demandait que le Syndicat intervint pour obtenir l’harmonisation du système de notation des lycées classiques et modernes avec celui des lycées techniques. Il se préoccupait des méthodes de travail des élus SGEN dans les commissions administratives paritaires nationales (CAPN), souhaitant qu’ils communiquent tous de la même manière aux responsables académiques les décisions des CAPN. En 1965 il fit voter par la commission administrative une motion présentée par son académie en vertu de laquelle les questions traitées devaient faire l’objet d’un rapport préparatoire qui parviendraient aux membres de la commission trois semaines avant la réunion. Il réclamait aussi des réunions propres aux lycées techniques, destinées à débattre des problèmes spécifiquement techniques et à organiser un effort de développement des lycées techniques « face à un SNET particulièrement virulent ». Mais il ne négligeait pas pour autant les problèmes généraux, disant après Mai 1968 qu’on devait se préoccuper de la cohérence et de la clarté des buts fondamentaux tant du SGEN que de la CFDT car ils étaient obscurcis par un certain langage révolutionnaire.

On comprend que Pierre Lherbier ait fait partie du groupe de travail « Orientation 70 », mis en place en juin 1969 par le bureau national : il s’agissait d’étudier les problèmes d’orientation syndicale avec les « minoritaires » qui avaient demandé en vain au comité national de septembre 1968 la tenue d’un congrès extraordinaire car ils contestaient les positions prises par le bureau national pendant les événements de mai- juin. Quand ce groupe envisagea les 6 et 7 septembre 1969 la succession de Paul Vignaux* qui ne se représentait pas, il chercha à constituer une équipe acceptable par tous car la candidature de Charles Piétri au poste de secrétaire général, prévue au congrès d’avril 1968, suscitait maintenant des réserves. On proposa donc qu’Antoine Prost* prît la tête d’une « troïka », épaulé par Jacques Julliard* pour les rapports avec la CFDT et par Charles Piétri pour le Supérieur. Comme les autres participants, y compris les minoritaires, P. Lherbier approuva cette solution. Aussi lorsqu’il vit que celle-ci était rejetée par C. Piétri, il fut « inquiet pour l’unité du SGEN », comme Piétri le confia dans une lettre à Vignaux, le 5 octobre suivant.

Présent bien entendu au comité national de novembre 1969 où s’affrontèrent les deux candidats au poste de secrétaire général, C. Piétri soutenu par Paul Vignaux et Jacques George qui représentait les minoritaires, P. Lherbier approuva le rapport de Piétri, mais remercia l’opposition « d’avoir « osé » en sorte que ce débat ait lieu ». Aussi insista-t- il pour que le comité national proposât une orientation au prochain congrès en votant sur les deux rapports. Lui-même se prononça en faveur de C. Piétri et vota contre le rapport de Jacques George qui ne définissait pas, pensait-il, une politique suffisamment nette. Sur un total de 88 votants, Jacques George obtint 24 voix avec 35 abstentions ; C. Piétri recueillit 61 suffrages et 6 absentions.

À cette époque P. Lherbier avait en outre des fonctions nationales. En effet après Mai 1968, le SGEN l’avait chargé de participer avec Hélène Angeville, secrétaire nationale de la section Orientation, à la commission ministérielle consacrée à l’orientation car dans les académies de Reims et de Grenoble, on avait expérimenté depuis 1967 une réforme de l’orientation scolaire et professionnelle. La commission ministérielle siégea du 3 octobre 1968 au 18 Mars 1969 et remit un rapport de synthèse qui proposait l’unification de tous les services d’orientation comme le préconisait le SGEN. Quand les textes parurent en 1970-1971, le BUS (bureau universitaire de statistiques) devint l’ONISEP (office national d’information sur les enseignements et les professions), les centres d’orientation scolaire et professionnelle s’appelèrent désormais CIO (centre d’information et d’orientation) et dépendaient comme l’ONISEP d’un même chef de service au niveau académique. Mais l’arbitrage ministériel avait conservé aux psychologues scolaires un statut particulier. Lors de la création de l’ONISEP le 19 mars 1970, Pierre Lherbier représenta le SGEN tant au conseil d’administration qu’à la délégation permanente. Encore réélu le 6 octobre 1976, il y siégea jusqu’en 1980. On retrouva donc fréquemment sa signature dans les publications syndicales. Bien entendu on ne peut citer que quelques- uns des thèmes abordés : ainsi en novembre 1970, il exposait dans le bulletin ronéotypé de la section Orientation, les projets relatifs à la formation des personnels pour les tâches d’orientation. En décembre 1970 quand l’ONISEP lança une opération « informatique » au niveau de la Troisième, il en montra dans Syndicalisme universitaire les inconvénients car cela supposait que l’élève sache quelle question poser à l’ordinateur et qu’il ait pris conscience de ses goûts et de ses aptitudes. En avril 1975 ce fut l’équipement des délégations régionales de l’ONISEP ainsi que ses publications qui préoccupèrent le conseil d’administration. Pierre Lherbier allait également à diverses audiences avec H. Angeville : par exemple chez le ministre le 12 janvier 1973, auprès de son conseiller technique le 16 janvier 1973, puis le 22 février 1973 auprès de la Direction déléguée à l’orientation et à la formation ; il leur fallait en effet exprimer leurs réserves et leurs craintes devant le projet de réforme des mécanismes d’orientation.

Or Pierre Lherbier avait par ailleurs été élu le 6 décembre 1971 au Conseil de l’enseignement général et technique (CEGT) car pour la première fois le suffrage était non plus majoritaire, mais proportionnel. A titre d’élu au CEGT, il siégeait également au Conseil supérieur de l’éducation nationale (CSEN). Réélu en 1975 au CEGT, il y demeura jusqu’en 1978 car pour les élections du 13 décembre 1977, il fut candidat en quatrième position, ce qui lui permettait de ne pas être réélu. Bien qu’il eût depuis 1969 une demi-décharge de service obtenue par le SGEN national, ces mandats impliquaient un travail considérable. Il fallait préparer les séances avant d’y participer, puis en rendre compte aux adhérents par des articles dans Syndicalisme universitaire. Pierre Lherbier indiquait comment il avait voté au CSEN : ainsi lorsqu’on établit le calendrier des vacances pour l’année 1973-1974, il avait présenté un amendement réduisant à un jour la prérentrée des enseignants, lequel fut adopté. C’étaient les séances du CEGT qui donnèrent lieu aux comptes rendus les plus nombreux : il y en eut quatre ou cinq chaque année. Il les signait soit seul, soit avec Pierre Denis, élu SGEN dans le collège agrégé, lequel fut suppléé à partir de 1973 par Juliane Chesne car il était devenu inspecteur pédagogique régional. Aux élections de 1975, Monique Kelche fut élue parmi les agrégés au titre du SGEN et s’associa désormais à P. Lherbier pour ces comptes rendus.

Or pendant cette période, P. Lherbier prit en même temps une part importance au débat national qui opposait majoritaires et minoritaires. Les statuts du SGEN prévoyant que les secrétaires des académies voisines de celle de Paris pouvaient siéger au bureau national, il usa de cette faculté à partir de la crise de Mai 1968. À l’approche du congrès de 1972 où C. Piétri, secrétaire général sortant, allait affronter le candidat des minoritaires, François Garrigue, P. Lherbier donna dans Syndicalisme universitaire, le 10 février 1972, un éditorial qui s’efforçait de « recentrer » et de « clarifier le débat ». Pendant le congrès, C. Piétri d’abord réélu de justesse, démissionna car il jugeait qu’il ne pourrait exercer son mandant avec un bureau national où il n’y aurait plus d’unité politique, le second degré ayant élu deux secrétaires qui soutenaient F. Garrigue. Pierre Lherbier qui devait être l’adjoint de C. Piétri, présenta alors sa candidature ; il s’engageait à réunir dans les six mois un comité national qui mettrait en chantier une réforme des statuts et souhaitait avoir F. Garrigue comme secrétaire général adjoint. Mais ce dernier refusa car, pour faire une synthèse, dit-il, il aurait fallu « quelqu’un qui ne se serait engagé au départ dans aucune des deux orientations ». F. Garrigue fut alors élu et constitua un bureau d’union où siégeaient d’anciens membres du bureau national ; P. Lherbier y figura au titre des conseils où il représentait le SGEN.

Lors du congrès extraordinaire de 1973 où la modification des statuts allait entraîner la démission de Paul Vignaux, de C. Piétri et de quelques anciens, P. Lherbier fut un de ceux qui affirmèrent la nécessité d’un bureau d’union. Les nouveaux statuts ayant instauré une commission permanente qui fut mise en place le 4 avril 1974, il y siégea au titre de membre du CEGT. Cela ne l’empêchait pas d’assister parfois au bureau du second degré lorsque celui-ci l’en priait afin d’être éclairé sur les problèmes de l’orientation ou sur des questions à l’ordre du jour du CSEN. Au congrès de 1977, F. Garrigue se retirant, Roger Lépiney* présenta sa candidature au poste de secrétaire général ; P. Lherbier fit partie de l’équipe qui soutint celui-ci, en face d’un courant gauchiste qui se développait alors au sein du SGEN comme dans la CFDT. C’est seulement en 1980 que P. Lherbier quitta le bureau national après avoir renoncé à ses mandats dans les différents conseils. Pendant toutes ces années, il s’était, dit-il, efforcé souvent en vain d’infléchir le comportement du bureau national pour que celui-ci tînt davantage compte des voeux et des doléances des académies ; il souhaitait des réformes au sommet pour prévenir la crise - et donc des démissions - à la base.

Ses charges nationales n’amenaient pas P. Lherbier à se désintéresser de sa région. Il avait cédé à la rentrée de 1972 la fonction de secrétaire académique à Pierre Tissier, professeur de philosophie au lycée Clémenceau de Reims, qui était jusqu’alors secrétaire pour le second degré. Mais en décembre 1972, c’est encore P. Lherbier qui soulignait dans Syndicalisme universitaire que les élus SGEN en CAP académique (trois chez les agrégés et autant chez les certifiés) avaient soutenu les deux collègues du SNES dont les notes administratives avaient été baissées et que le SGEN avait travaillé à la coordination intersyndicale des actions entreprises en faveur des collègues lésés. Membre de façon presque continue du bureau de l’Union locale CFTC-CFDT de Reims, P. Lherbier fut désigné par celle-ci pour représenter la CFDT au conseil de l’université de Reims de 1971 à 1980. Quand il abandonna en 1980 avec sa décharge ses fonctions syndicales, il garda des responsabilités sur le plan de la culture. Membre de l’assemblée qui avait constitué en 1964 l’Association de la maison de la culture à Reims, il fut de 1980 à 1984 président élu de cette Maison de la culture, puis de 1982 à 1989 président élu de l’Union des maisons de la culture au plan national.

Une fois à la retraite, Pierre Lherbier fut élu membre du conseil syndical et de la commission exécutive du SGEN de la Marne. Réélu en 1995 pour un mandat de trois ans, il ne représenta pas sa candidature en 1998 car depuis quelque temps il avait pour raisons de santé cessé de siéger. Il avait été fait chevalier de la Légion d’honneur en 1983 au titre de l’Éducation nationale et était officier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87520, notice LHERBIER Pierre, Etienne, André par Madeleine Singer, version mise en ligne le 16 avril 2010, dernière modification le 19 novembre 2021.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. dép. Nord, J1471) ; Histoire du SGEN, Presses universitaires de Lille, 1987. ; Le SGEN. Des origines à nos jours, Paris, Le Cerf, 1993, collection Histoire. (Arch. dép. Nord, J1578). — École et Éducation (1954-1955). — Syndicalisme universitaire (1955-1980). — Bulletin ronéotypé de la section Orientation (1968- 1977). — Lettres de P. Lherbier à M. Singer, 29 juin 1995, 10 juillet 1995, 1er décembre 1998, 19 décembre 1998 (archives privées).

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