MALAQUIN Simone, Henriette

Par Madeleine Singer

Née le 6 mars 1919 à Paris (XVe arr.), morte le 6 juillet 2006 à Paris (XVe arr.) ; institutrice, puis PEGC ; membre du bureau national du SGEN de 1963 à 1974.

Simone Malaquin était l’aînée des deux enfants de Prosper Malaquin, serrurier, qui avait épousé Marguerite Delveaux, couturière. Elle fit ses études à l’EPS Paul Bert à Paris et entra en 1935 à l’École normale des Batignolles. A la sortie elle fut nommée à Puteaux où elle exerça jusqu’à sa mutation en 1948 dans un cours complémentaire à Malakoff. Elle devint donc PEGC lors de la création de ce corps en 1969. Elle avait obtenu en 1964 une décharge de service au titre du SGEN et demeura permanente jusqu’à sa retraite en 1974.

À la Libération, ses amis parmi lesquels Roger Poisson* avaient déjà adhéré au SGEN. Elle suivit leur exemple d’autant plus qu’elle jugeait le SNI « tout-puissant et sectaire ». Sa participation à la grève des instituteurs de la Seine en 1947 ainsi qu’à la vie de la section départementale SGEN lui valurent d’être élue de 1951 à 1953 au comité national, en qualité de suppléante. Elle y revint en 1959 car elle était maintenant secrétaire de la commission des cours complémentaires, issue du groupe de travail constitué au congrès de 1958 au sujet de ces établissements, vu l’importance qu’ils prenaient. Selon l’expression d’Antoine Prost*, « de 1957 à 1961 passe la vague démographique » qui s’ajoute à la demande croissante d’instruction de la part des familles : la génération qui se présente en Sixième à la rentrée de 1957, dépasse de 37 % celle de l’année précédente. Or les cours complémentaires implantés dans des écoles primaires obtenaient facilement des locaux et du personnel car ils faisaient appel aux maîtres chevronnés des classes élémentaires auxquels on substituait des instituteurs remplaçants. Le congrès de 1958 décida donc d’étudier le fonctionnement de ces cours, leur rôle dans la scolarité des élèves, la situation de leurs maîtres.

Désormais S. Malaquin participa au Bureau du Premier degré ainsi qu’à sa commission administrative. On la retrouva dans la délégation SGEN aux audiences du directeur de Premier degré chaque fois qu’il était question des cours complémentaires. Elle tint dans Syndicalisme universitaire la rubrique de la catégorie, organisa des journées d’études qui, comme celle du 13 octobre 1960, rassemblèrent à Paris des maîtres de CEG des diverses académies. Le travail s’était en effet intensifié car, avec la réforme Berthoin, les cours complémentaires étaient devenus CEG (collège d’enseignement général) par la circulaire d’août 1960. Il est impossible de passer en revue toutes les questions qui se posèrent alors : situation des directeurs de CEG, épreuves du BEPC, etc. Nous retiendrons seulement celles qui concernaient le traitement des maîtres et leur horaire. Leur enseignement, devenu un enseignement de premier cycle, était d’un niveau incontestablement supérieur à celui des écoles primaires. C’est pourquoi l’administration créa dès octobre 1960 un CAP spécial pour les CEG ainsi que des centres régionaux de formation pour leurs professeurs.

Certes une circulaire de 1957 avait prévu que le service d’enseignement dans ces établissements ne pouvait être inférieur à 24 heures, mais qu’on pouvait y comprendre quelques heures d’études dirigées. Or ces heures s’ajoutaient le plus souvent aux 24 heures de cours. S. Malaquin mena donc avec le SNC, le syndicat national des directeurs et le syndicat FO, la grève administrative de septembre 1962 : les maîtres de CEG réclamaient un horaire de 21 heures ainsi qu’un relèvement indiciaire les plaçant à mi-chemin entre l’instituteur et le certifié. Les finances signèrent un texte fixant à 24 heures le maximum de service alors qu’auparavant l’horaire des CEG étant à leurs yeux celui des instituteurs. L’année suivante, S. Malaquin faisait état dans Syndicalisme universitaire d’une « précision orale » du ministre aux inspecteurs d’académie, prescrivant un service de 21 heures de cours, assorti de trois heures d’activités diverses (bibliothèque, laboratoire, etc.). Mais elle jugeait que c’était insuffisant : donnant un enseignement de premier cycle, ils devraient logiquement ne faire que 18 heures. Il faudra d’ailleurs attendre 1967 pour que les 21 heures fussent enfin inscrites dans un texte et par conséquent appliquées partout.

Le congrès d’avril 1966 créa une section nationale des CEG qui quittaient ainsi la section Premier degré. S. Malaquin avait eu en octobre 1963 une demi- décharge qui devint l’année suivante une décharge complète. Elle avait été élue en novembre 1963 au bureau national, mais y siégea désormais à titre statutaire comme les représentants des autres sections nationales. La commission des CEG devint le bureau national CEG doté d’un budget propre. Cela permit, dit S. Malaquin, de multiplier les réunions, de participer ès qualités aux grandes commissions du SGEN : socio- pédagogie, action revendicative, DOPF (développement, organisation, propagande, formation, finances).

Mais de nouveaux problèmes s’ajoutaient aux anciens. En 1963 la réforme Fouchet qui avait instauré, à côté des CEG, des CES destinés à regrouper toutes les filières du premier cycle, avait supprimé les classes de fin d’études et créé, pour les élèves inaptes à la Sixième classique ou moderne, des classes de transition (6° et 5°) suivies du cycle terminal pratique (4° - 3°). Là enseignaient soit des instituteurs, soit des maîtres formés spécialement. La section nationale des CEG dut alors s’intéresser au recrutement, à la formation, au statut de ces maîtres qui s’adressaient à des élèves « retardés scolaires, mais pas retardés mentaux », selon l’expression de S. Malaquin : elle réclamait une pédagogie « révolutionnaire » pour qu’ils pussent s’épanouir, voire pour certains d’entre eux rejoindre le cours normal des études. Elle demandait qu’on considérât leurs maîtres comme des maîtres de CEG, tout en revendiquant pour ces derniers un statut plus adapté à leur mission. Elle avait d’ailleurs l’appui du SGEN tout entier ; l’éditorial d’Antoine Prost, le 9 mai 1968, contestait une lettre du directeur de la pédagogie car il s’intitulait : « Le DUEL ou le DUES pour les professeurs de CEG ». En mai 1969 fut créé le corps académique des PEGC tandis qu’on portait à trois ans - au lieu de deux - la durée de leur formation.

Mais cela ne réglait pas tous les problèmes : reclassement indiciaire, étapes à prévoir pour atteindre les 18 heures, inspection, stabilité d’emploi (certains PEGC étaient déplacés lors de la création de CES), etc. Nous ne pouvons nous étendre sur les longs rapports que S. Malaquin présenta aux congrès suivants. Retenons seulement qu’en 1971, elle ironisait sur la situation faite aux maîtres enseignant dans les classes pratiques qui devaient toujours 24 heures : « qu’ils aient à se concerter, à préparer enquêtes et visites d’entreprise, à rencontrer parents, médecins scolaires, conseillers d’orientation, psychologues, employeurs éventuels, sans compter la préparation de la classe et des travaux pratiques, tout cela n’est pas comparable au travail de préparation d’un PEGC, à fortiori d’un certifié ! Plus le travail est difficile, (…) plus le service s’allonge ». Soucieuse d’assurer sa succession, elle associa au rapport du congrès de 1972 celui qui allait la remplacer et rédigea avec lui celui de 1974.

S. Malaquin milita ainsi au SGEN jusqu’à la retraite, par-delà le changement de direction du Syndicat intervenu en 1972. Elle avait pourtant apporté son appui à l’ancienne majorité, défendant la position du bureau national au congrès d’avril 1969 à Rouen, siège d’une académie contestataire. Quelques mois plus tard elle accompagnait Charles Piétri, candidat à la succession de Paul Vignaux, qui rencontrait Jacques George pour étudier la constitution d’un bureau de synthèse rassemblant majoritaires et minoritaires. Mais par-delà le SGEN, c’est à la CFTC que S. Malaquin adhérait. Elle avait représenté le SGEN dans un groupe de travail « Economie de solidarité pour le développement du tiers-monde », qui rédigea pour le congrès confédéral de 1970 une des annexes du rapport « Perspectives et stratégie ». Avec ce souci de fraternité, sa retraite fut active : de 1975 à 1990, elle travailla jusqu’en 1990 pour l’Union confédérale des retraités CFDT dont elle fut secrétaire générale de 1975 à 1982, puis présidente de 1982 à 1985.

Elle avait en même temps adhéré à la section du PS dans le XV° à Paris, section très vivante qu’elle put éclairer sur les problèmes des personnes âgées.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87523, notice MALAQUIN Simone, Henriette par Madeleine Singer, version mise en ligne le 16 avril 2010, dernière modification le 30 avril 2021.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Le SGEN, 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. dép. Nord, J 1471) ; Histoire du SGEN, 1987, PUL. École et Éducation (1951-1955). Syndicalisme universitaire (1955-1974). — Antoine Prost, L’école et la famille dans une société en mutation, 1982, imprimerie moderne de l’Est. — Lettres de S. Malaquin à M. Singer, 30 mars 1995, 12 novembre 1996 (archives privées).

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