MARNIÈRES Claude, Basile

Par Madeleine Singer

Né le 15 avril 1929 à Septfonds (Tarn-et-Garonne), mort le 26 octobre 2015 ; principal de collège ; membre du comité national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1964 à 1980.

Claude Marnières
Claude Marnières

Claude Marnières était l’aîné des quatre enfants d’Auguste Marnières, employé à l’emballage en vue de l’exportation dans une usine de chapeaux de paille à Septfonds. Après la guerre de 1914-1918, celui-ci devint représentant de cette usine afin de reconquérir les marchés de Belgique et du Nord de la France. En 1945 il reprit cette activité, mais comme la vente des chapeaux de paille déclinait, il passa dans une autre entreprise qui vendait des produits vinicoles et prospecta pour elle la zone du Gers. Il avait épousé Jeanne Bentajou, couseuse dans une usine de chapeaux de paille. Il fut élu conseiller municipal à Septfonds en 1935 et le demeura jusqu’à la dissolution en 1942 de ce conseil municipal. Auguste Marnières était de sensibilité « Jeune République » ; il collabora avant guerre avec Jacques Augarde qui joua un rôle dans le Mouvement républicain populaire (MRP) après la Libération.

Claude Marnières entra en Sixième à l’École primaire supérieure (EPS) de Caussade (Tarn-et- Garonne) en 1941, puis passa deux ans plus tard au lycée de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) car son père avait trouvé du travail dans cette ville. Il obtint le baccalauréat en 1949 et devint surveillant dans un établissement privé à Valence d’Agen (Tarn-et- Garonne). L’année suivante, il fut instituteur remplaçant au Havre (Seine-Inférieure, aujourd’hui Seine- Maritime). Il partit en 1951 au service militaire, comme élève-officier de réserve (EOR) dans les transmissions à Sète (Hérault) ; il fut ensuite affecté à Grenoble (Isère) en qualité de sous-lieutenant. Comme il s’était marié pendant ce temps avec Marie-Claude Gaubert, institutrice dans la Nièvre, il put, grâce à la loi Roustan, obtenir en octobre 1952 un poste d’instituteur à Montigny-en-Morvan (Nièvre) où il demeura dix ans.

Ayant préparé en Faculté le certificat de propédeutique, il fut admis au CAP des professeurs de CEG (CAP CEG) et affecté au CEG Paul Bert de Cosne-sur-Loire (aujourd’hui Cosne-Cours-sur-Loire, Nièvre), devenu en 1973 Cosne-Cours-sur- Loire. Il y enseigna les lettres et l’histoire, puis à partir de 1968 uniquement l’histoire, la géographie et l’instruction civique, les deux CEG de la ville ayant fusionné avec le premier cycle du lycée et formé le CES Claude Tillier où la tendance était à la spécialisation selon les compétences. Nommé en 1980 principal adjoint du CES Claude Tillier à Cosne-Cours-sur-Loire, il devint en 1983 principal du collège Arsène Fié à Saint-Amand-en-Puisaye (Nièvre) où il prit sa retraite en 1991. Le couple avait eu deux fils, l’un attaché au ministère de la Culture, l’autre attaché universitaire à Paris I.

Claude Marnières avait d’abord adhéré en 1952 au SNI (FEN) qu’il quitta en 1954 car il le trouvait trop corporatiste. A cette époque, il était abonné à Esprit, disant aujourd’hui que la personnalité d’Emmanuel Mounier l’avait profondément marqué. Il lisait aussi épisodiquement Le Monde qu’il fréquenta assidûment à partir de 1960 ; en 1999 il continuait à l’acheter, ainsi que Le Monde diplomatique. Il achetait également de temps à autre Témoignage chrétien. Il s’inscrivit en 1955 au SGEN, très minoritaire dans la Nièvre, mais le fait que ce Syndicat était affilié à une centrale ouvrière — la CFTC — l’enthousiasmait. En outre le combat mené par la « minorité » sous l’égide de Reconstruction pour la laïcisation de cette Centrale amenait des débats vigoureux qui correspondaient à ses opinions. Il devint rapidement membre du bureau SGEN-Premier degré de la Nièvre et fut, sans doute dans les années soixante, délégué par ce bureau au Conseil académique SGEN de Dijon (Côte-d’Or) où il demeura ensuite en qualité de PEGC. Siégeant aussi en cette qualité au bureau-Premier degré de la Nièvre, il travaillait avec André Hordyck, secrétaire de la section. Celui-ci ne désirant pas se rendre à Paris, c’est Claude Marnières qui le remplaça au bureau national élargi du 16 janvier 1964 : il y rappela que la section de la Nièvre avait offert son concours à Henri Tournissou* qui éprouvait des difficultés à relancer une publication SGEN destinée aux débutants, Chantiers-Jeunes. Claude Marnières fut élu membre titulaire du comité national au congrès de 1964 et siégea désormais à la commission administrative du Premier degré qui se tenait lors de chaque session du comité national.

Le 14 octobre 1964, Jacques André*, alors secrétaire académique de Dijon, transmit à Paul Vignaux un projet de nationalisation de l’enseignement privé établi par la section Premier degré de la Nièvre et approuvé par le congrès académique de Dijon. Il demandait que ce projet fût étudié au comité national de novembre, rappelant que le congrès national en mars précédent avait souhaité « la mise à l’étude, par le comité national, du problème d’éventuelles nationalisations, posé par le développement de l’aide publique à des établissements privés ». Comme le projet de la Nièvre ne figura pas à l’ordre du jour du comité national de novembre 1964, Claude Marnières réclama avec plusieurs camarades la mise à l’étude par les instances syndicales du problème scolaire ; il fut alors convenu que la question serait examinée au comité national de février 1965.

Le 13 janvier 1965, C. Marnières écrivit à Paul Vignaux pour lui rappeler cette promesse ; il demandait que son projet fut étudié d’urgence par une commission dûment mandatée à laquelle il acceptait d’apporter son concours. Vignaux l’assura aussitôt que le projet en question avait été distribué aux membres du bureau national et que Claude Pinoteau* s’était chargé de rédiger les premières observations au sujet de ce texte. Lui-même ferait au comité national « une communication sur la manière dont le problème se posait dans la conjoncture syndicale et politique présente ». Or celle-ci n’était guère favorable, car Gaston Defferre, alors candidat à l’élection présidentielle de décembre 1965, cherchait à se concilier les bonnes grâces du MRP. Celui-ci dut même, dans une lettre adressée le 22 décembre 1964 à Pierre Desvalois, secrétaire général du SNI, démentir les propos qu’on lui prêtait sur l’école. Paul Vignaux, dans sa lettre du 14 janvier 1965, confiait à Marnières qu’il avait fallu « pour obtenir cette déclaration la convergence de la pression SNI-FEN, de notre action et de l’autorité personnelle, mais exceptionnelle, de René Billères ». On comprend que le comité national de février se contenta de rappeler la position constante du SGEN, à savoir pas de fonds publics à des établissements privés qui ne seraient pas « intégrés au service public, l’unité de ce service (homogénéité du statut des enseignants, laïcité de l’enseignement) étant maintenue ».

À la rentrée de 1965, Claude Marnières devint l’adjoint de Jacques André qui était également secrétaire départemental de la Nièvre pour toutes les catégories de syndiqués. Il le remplaça dans cette fonction en 1970 car J. André accepta alors la charge de secrétaire général de l’Union départementale (UD) CFDT de la Nièvre. Par ailleurs le congrès national SGEN d’avril 1966 créa la section nationale des CEG qui se sépara donc de la section Premier degré. C. Marnières fit désormais partie de la commission administrative des CEG où on allait le retrouver pendant de longues années. Membre auparavant du bureau national Premier degré, il passa au bureau national des CEG où il fut réélu lors des congrès suivants.

C. Marnières avait en outre depuis son arrivée à Cosne-sur-Loire en 1962 d’autres activités syndicales très prenantes. Cette ville connaissait alors une industrialisation importante ; or on ne trouvait pas de section syndicale dans les usines si l’on excepte Fogaautolube (fabrication d’appareils de levage pour les garages) où la CGT était implantée. Ailleurs il n’y avait pas une forte tradition ouvrière car les entreprises recrutaient des ruraux qui venaient s’entasser dans le quartier HLM en pleine expansion. Avec quelques militants, C. Marnières décida de se lancer dans la création de sections d’entreprise CFTC qui devinrent en 1964 CFDT. Il fut le premier secrétaire de l’Union locale (UL) CFDT, instaurée en 1964 et à ce titre entra aussitôt au bureau de l’UD CFDT de la Nièvre. Pendant cette période d’activité militante, il eut une vie intellectuelle au sein de Reconstruction lors de réunions nationales car dans la Nièvre un groupe départemental ne réussit pas à s’implanter. Il fit à Paris la connaissance de Paul Vignaux qui l’a, dit-il, « profondément marqué au cours de la période syndicale ». Il évoquait en 1999 « ce militant hors pair, d’une intelligence remarquable, dont l’action fut déterminante à la fois lors du débat sur la déconfessionalisation de la Centrale et pour son ancrage à gauche, dans la grande tradition ouvrière ». Aussi le tint-il au courant, par une lettre du 2 mai 1968, d’une conversation qu’il venait d’avoir avec le secrétaire SNI de la Nièvre : celui-ci disait que la CFDT avait le vent en poupe chez les « autonomes » du SNI, vu sa progression dans les élections professionnelles et son rapprochement de la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) ; il ajoutait que la CFDT devrait demander son adhésion au comité national d’action laïque (CNAL), que la FEN et le SNI souhaitaient rencontrer Eugène Descamps* — alors secrétaire général de la CFDT — pour étudier les modalités d’un rapprochement.

Bien entendu les événements de Mai 1968 modifièrent la situation. A Cosne il y eut alors une forte mobilisation : le lycée George-Sand et le collège Claude Tillier furent occupés pendant un mois, les usines en grève et parfois occupées, les entreprises publiques paralysées. Les meetings furent très suivis : l’un d’eux, sur la place de Cosne, rassembla près de 2 000 personnes. De nombreuses sections d’entreprise furent créées, notamment dans une usine textile ; les autres s’étoffèrent. Depuis sa création l’UL CFTC pratiquait avec la CGT une unité d’action laborieuse, ponctuelle, qui s’accentua quand elle devint CFDT. Les élections prud’homales qui eurent lieu en novembre 1969 — les premières après Mai 1968 — montrèrent que la CFDT était la première organisation syndicale représentative dans le secteur géographique de Cosne-Cours-sur-Loire (Nord-Ouest de la Nièvre). La CGT demeurait la plus représentative dans le reste du département, devant une CFDT partout en progression.

Après avoir quitté en 1978 le bureau départemental CFDT de la Nièvre, Claude Marnières ne renouvela sa candidature ni au comité national, ni au bureau national car il allait devenir principal adjoint. Il ne demeura plus adhérent au SGEN qui à l’époque ne se préoccupait guère de cette catégorie. Il se tourna alors vers l’action politique. En 1962, semble-t-il, il avait adhéré au Parti socialiste unifié (PSU), créé en 1960, car la politique de la SFIO (section française de l’Internationale ouvrière) n’exerçait sur lui aucun attrait. Il rejoignit toutefois le Parti socialiste (PS) en 1976, car depuis le congrès d’Epinay (1971), celui-ci s’était peu à peu imposé comme le grand parti de Gauche. Mais tant qu’il eut des responsabilités syndicales, il refusa toute candidature à un mandat politique, fidèle à la ligne de la CFDT qui exigeait l’indépendance du syndicalisme. Après 1980 les premières élections locales furent celles des municipales en 1983. A Cosne-Cours-sur-Loire il figura sur la liste d’union de la gauche, menée par un député socialiste, Jacques Huyghues des Etages et fut premier adjoint jusqu’en 1989. Leur liste perdit alors la majorité, mais il demeura conseiller municipal d’opposition et fut en 1995 réélu dans les mêmes conditions. Par ailleurs candidat PS lors des élections cantonales de 1985, il échoua de peu. Elu en 1986 sur la liste PS au Conseil régional de Bourgogne, il fut réélu en 1992 et ne se représenta pas en 1998.

Vu ses fonctions électives, C. Marnières fut désigné par le Préfet en 1989 pour siéger au conseil d’administration de l’Office public départemental des HLM de la Nièvre et s’y trouvait toujours en 1999, en qualité de vice-président. D’autre part les Offices public d’aménagement et de construction (OPAC) l’élirent comme conseiller à la Fédération des offices et OPAC d’HLM, fédération constitutive du mouvement HLM longtemps présidée par Roger Quillot et aujourd’hui par Michel Delebarre ; son mandat fut renouvelé en octobre 1999, avec 26 voix sur 30 suffrages exprimés en Bourgogne. Par ailleurs élu depuis 1989 au conseil d’administration du Centre départemental de la gestion de la fonction publique territoriale, il y siégeait toujours en 1999 en qualité de vice-président. Après de longues années consacrées au syndicalisme ; il avait ainsi une retraite particulièrement active ; la multiplicité des réunions qui lui incombaient ne facilita pas sa collaboration à la rédaction de cette biographie. Il était officier des Palmes académiques et chevalier de l’Ordre national du mérite ; cette dernière distinction lui fut remise en 1992 par le Président François Mitterrand.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87540, notice MARNIÈRES Claude, Basile par Madeleine Singer, version mise en ligne le 16 avril 2010, dernière modification le 29 mars 2017.

Par Madeleine Singer

Claude Marnières
Claude Marnières

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J1471, spécialement les cartons 4 et 5 pour les lettres et les textes) ; Histoire du SGEN, Presses universitaires de Lille, 1987. ; Le SGEN. Des origines à nos jours, Paris, Le Cerf, 1993, collection Histoire. (Arch. Dép. Nord, J1578). — Syndicalisme universitaire (1962-1980). — Lettres de C. Marnières à M. Singer, 28 août 1995, 14 juin 1999, 11 août 1999, 28 septembre 1999 (archives privées).

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