MICHEL Marcel

Par Madeleine Singer

Né le 4 juin 1929 à Morhange (Moselle), mort le 23 août 2016 à Angers (Maine-et-Loire) ; professeur certifié d’anglais ; membre du bureau national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1963 à 1966.

Marcel Michel était l’unique enfant de René Michel, boucher à Morhange, qui avait épousé Lucienne Carpe. Son père reprit ensuite une boucherie à Lille où il fut pendant la guerre membre d’un réseau qui s’occupait, dans le Nord de la France et en Belgique, de faire repasser en Angleterre des aviateurs britanniques. Il fut en 1942 emprisonné et torturé par la Gestapo à la prison de Loos, puis expédié vers un camp de la mort. D’abord porté disparu, il fut ensuite déclaré officiellement « Mort pour la France » : Marcel Michel devint en 1948 pupille de la Nation. Après avoir fait sa sixième au lycée Faidherbe à Lille, il fut en 1940 envoyé par son père avec sa mère en Bretagne. Il poursuivit donc ses études au lycée La Tour d’Auvergne à Quimper et obtint le baccalauréat en 1946.

Après un séjour en hypokhâgne au lycée Châteaubriant à Rennes, Marcel Michel passa un an en Angleterre et obtint en 1949 la licence d’anglais. Etudiant libre pendant deux ans pour préparer le Capes, il devint maître auxiliaire en 1951, occupa divers postes et fut admis en 1956 au Capes. Nommé alors au lycée de garçons d’Angers, puis sur sa demande au CES d’Angers, il devint en 1963 permanent du SGEN. Il reprit un poste trois ans plus tard et fut affecté au CES Montreuil-Belfroid dans le district d’Angers, car à l’époque il se passionnait pour les « écoles moyennes ». L’année suivante il fut muté à l’ENSAM d’Angers où il prit sa retraite en 1995. Sursitaire, il n’avait pas fait de service militaire car, après avoir passé à vingt cinq ans le concours d’officier navigant interprète et du chiffre (ONIC), il apprit que, pupille de la Nation et ayant sa mère à sa charge, il était dispensé de service actif. Il s’était marié en 1952 avec Yvonne Boudigou ; ils eurent trois enfants : une fille médecin, un fils professeur agrégé d’anglais, la plus jeune institutrice.

Le père de Marcel Michel l’avait emmené tout petit dans des manifestations ; celui-ci se rappelle de celle contre Léon Degrelle à Bruxelles, des foules acclamant Léon Blum à Paris, des Cagoulards souillant la boucherie à Lille, sans doute en 1938. Pendant ses études secondaires, Marcel Michel fut scout marin et garda le souvenir de la formation qu’il reçut ainsi. En hypokhâgne il fut, comme la plupart de ses camarades, membre de l’Union internationale des étudiants (UIE), mouvement d’inspiration communiste, et eut pendant six mois la carte du Parti communiste. A cette époque il était gidien et avec des camarades, il se rendait en stop à Paris à la bibliothèque Sainte Geneviève, cherchant à rencontrer des philosophes existentialistes. Il participa aux Camps européens pour promouvoir l’idée de l’Europe ainsi qu’aux manifestations contre la guerre d’Indochine ; il milita pour la sécurité sociale étudiante.

Devenu enseignant en 1949, il adhéra d’abord au SNES car personne ne lui avait parlé du SGEN, même pas son professeur d’hypokhâgne Alési qui était le secrétaire académique de ce syndicat. Il se rendit vite compte qu’il s’était trompé et quitta le SNES. Il demanda le baptême en 1952 à l’église réformée et adhéra au SGEN l’année suivante en arrivant à Angers. Il fut aussitôt secrétaire de son établissement et devint, vers 1960, secrétaire départemental du Maine-et-Loire ; il milita comme colleur d’affiches pour la CFTC. Pendant la guerre d’Algérie, il enseigna chaque été au collège cévenol du Chambon-sur-Lignon et alla en Suisse avec des camarades acheter La question d’Henri Alleg qu’ils diffusaient ensuite en France.

Elu à la commission exécutive CFTC du Maine-et- Loire en 1963, il fut lors d’un congrès à Rennes repéré par Claude Pinoteau* qui cherchait à remplacer un permanent, Christian Montagnier*, partant au service militaire. Grâce au dévouement de sa femme qui resta à Angers pour élever les enfants, Marcel Michel put accepter. Ce furent des années harassantes. Permanent pour les lycées classiques, modernes et techniques, il était spécialement chargé de deux tâches : assurer la coordination entre les sections du second degré, de l’enseignement technique et des écoles normales ; suivre particulièrement à l’intérieur de la commission d’action revendicative les problèmes communs aux trois sections précitées. Dès février 1964, il inaugura dans Syndicalisme universitaire une rubrique créée par décision du bureau national, « Le bloc-note des secrétaires d’établissement » qui devint quelques mois plus tard « Le bloc-note des secrétaires d’établissement et des secrétaires départementaux ». Il s’agissait, comme il le déclara lui-même, de rappeler chaque semaine aux divers responsables « les points où faire porter leur action plus immédiatement » : tableau d’affichage, réunion de rentrée, renseignements relatifs aux conseils d’administration, aux promotions ou aux mutations, indications sur les mouvements revendicatifs en cours, etc. En même temps il rédigeait pour Syndicalisme universitaire des articles tels que celui de 1964 où il évoquait le mécontentement des professeurs correcteurs du baccalauréat et proposait des solutions aux diverses difficultés (déplacements, nombre de copies, etc.), en utilisant les réponses au questionnaire qu’il avait fait paraître.

Membre depuis 1963 aussi bien du bureau national que du comité national, il y faisait le point sur les questions qu’il suivait soit seul, soit avec les secrétaires des lycées, Laure Cartier et Gaston Clergeot* : ainsi, en 1965, on devait préparer les élections aux commissions administratives paritaires nationales et par conséquent susciter les candidatures nécessaires. Sans pouvoir citer toutes les réunions nationales auxquelles il participait, signalons toutefois la commission des problèmes confédéraux constituée au sein du SGEN le 3 décembre 1965 : vu son expérience de provincial, M. Michel y souligna l’importance des relations du SGEN avec les Unions locales et départementales (UL, UD), le bénéfice que les militants en retiraient au plan des techniques syndicales, en même temps qu’ils y apportaient leurs qualités professionnelles. Il allait également exposer à telle réunion régionale du SGEN le point de vue du bureau national, voire aplanir tel différend local : il vint par exemple à Tours le 4 juin 1964. Par ailleurs il lui fallait préparer ses interventions au cours des audiences auxquelles il se rendait avec Laure Cartier et G. Clergeot : celles de Laurent, secrétaire général du ministère, celles des chefs de bureau avec lesquels se traitaient les questions corporatives (modalités d’intégration des maîtres auxiliaires dans la catégorie des certifiés, etc.). En outre tous trois recevaient les adhérents le jeudi matin ; le reste du temps, les réponses au téléphone, voire les rendez-vous exceptionnels leur rendaient, disaient-ils, le travail difficile. Marcel Michel assurait pour sa part tout le courrier du Second degré.

Il avait encore bien d’autres tâches. En février 1964, le ministre Christian Fouchet voulut désamorcer le mouvement des enseignants qui réclamaient diverses mesures propres à enrayer la crise de recrutement : il réunit une commission présidée par M. Laurent. M. Michel y représenta le SGEN aux côtés de Laure Cartier. Or les représentants du ministère n’acceptaient que les vœux ayant une incidence financière très limitée : tous deux durent donc rappeler qu’ils étaient là pour voir poser les problèmes réels de l’Éducation nationale et en particulier le plus aigu, celui du recrutement. Lorsque cessa l’action qui avait repris sous la forme d’une grève administrative, une conférence de presse réunit le 21 mai 1965 les trois syndicats des lycées : M. Michel, porte-parole du SGEN, voulut y voir « l’amorce d’un front uni de toutes les organisations qui s’intéressent à l’avenir des enfants » car la Fédération des parents d’élèves Léotard s’était jointe aux enseignants.

En même temps M. Michel était l’un des adjoints de Paul Vignaux. Or à cette époque l’émotion suscitée en France par les bombardements des États-Unis qui luttaient aux côtés du Vietnam du Sud contre le Vietnam du Nord, provoquait de nombreuses manifestations. Paul Vignaux jugeait donc indispensable de bien connaître le point de vue américain. « Témoin des relations privilégiées du SGEN avec le syndicat américain de l’automobile (UAW), dit M. Michel, c’est mon anglais qui était utile à ce moment-là quand l’économiste J.K. Galbraith ou d’autres venaient rue Montholon ». Sans doute fut-il là aussi lorsqu’en janvier 1966, à un week-end de formation des élèves des ENS à Bierville, le député travailliste Saül Rose vint parler du socialisme ainsi que des problèmes asiatiques. Mais les rapports de M. Michel avec Paul Vignaux ne se limitaient pas à cela ; souvent il l’accompagnait jusqu’à la gare du Nord où Paul Vignaux prenait un train pour rentrer chez lui : ils évoquaient les problèmes en suspens et il arrivait à Vignaux de le rappeler au téléphone chez lui plus tard pour continuer l’argumentation en cours.

Candidat lors des élections du 16 mars 1966 au Conseil de l’enseignement général et technique, M. Michel quitta quelques mois plus tard le bureau national et le comité national car il devait à la fin de l’année scolaire renoncer à une fonction dont pâtissait sa vie familiale, d’autant plus qu’il avait aussi une activité syndicale régionale. Resté secrétaire départemental (SD) du Maine-et-Loire, il bataillait en 1965 dans une CFDT à peine déconfessionnalisée où il fallait éviter que celle-ci ne vit que les enseignants libres qui avaient toujours joué un rôle prépondérant dans l’UD. C’était toutefois ceux-ci, dit-il, qui nous avaient fait de la place quand le SGEN avait obtenu des sièges à l’UL et à l’UD car ils souhaitaient devenir fonctionnaires pour se protéger de leurs employeurs et comptaient donc sur notre appui. En même temps M. Michel devait combattre l’influence de la Catho qui empêchait la mise en place d’une Université d’État, laquelle ne naîtra qu’en novembre 1966 avec l’IUT et la faculté des sciences.

M. Michel participa bien entendu en qualité de SD aux événements de Mai 1968. Il devint vers 1970 secrétaire académique de Nantes, mais pour peu de temps car il rencontra des oppositions. Il garda la fonction de SD jusqu’en 1972, puis demeura encore quelques années à la commission exécutive de la CFDT. Depuis 1972, il se reconnaissait de moins en moins dans les publications du SGEN : il cessa vers 1976 de militer au syndicat et de payer une cotisation qui lui paraissait exorbitante. Il se consacra alors à l’Union française des consommateurs (UFC).

Il eut d’ailleurs bien d’autres activités. Dans les années soixante, il recevait d’Amnesty international des négatifs de photos, parfois en piteux état, dont il ignorait la provenance. Il s’agissait de développer avec discrétion et de tirer des clichés souvent pris à la sauvette qui représentaient des cadavres mutilés reconnaissables, des cours de prisons, etc. A l’époque ces documents servaient à établir les preuves qui permettraient une action. En outre en 1997 il était, depuis plus de trente ans, traducteur assermenté auprès du Tribunal de grande instance et de la Cour d’appel. Ce travail lui permettait d’exciper d’un titre vis-à-vis des « reviseurs » américains lorsqu’il servait de traducteur aux collègues de la faculté de médecine ou des sciences, qui publiaient les résultats de leur recherche dans les revues professionnelles spécialisées.

Une fois à la retraite, M. Michel s’inscrivit dans une organisation non gouvernementale, AGIR, groupe de jeunes retraités qui veulent servir dans les pays étrangers. En 1997 il rentrait d’une mission de deux ans ; il s’agissait, sous l’égide de l’Association franco- hongroise pour la jeunesse, d’enseigner le français à Budapest. Sans nous étendre sur les difficultés de toutes sortes rencontrées au cours de ce séjour, retenons seulement la longue liste d’étudiants hongrois venus passer quelques semaines en France grâce à son carnet d’adresses. On lui avait proposé de faire là-bas une troisième année, mais lui et sa femme durent y renoncer pour des raisons familiales. Aussi n’acceptera-t-il désormais que des missions plus courtes. Il était chevalier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87547, notice MICHEL Marcel par Madeleine Singer, version mise en ligne le 16 avril 2010, dernière modification le 19 août 2021.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. dép. Nord, J 1471) ; Histoire du SGEN, Presses universitaires de Lille, 1987. — Syndicalisme universitaire (1963-1966). — Acte de naissance, mairie de Morhange. — Lettres de M. Michel à M. Singer, 18 mars 1979, 14 novembre 1981, 13 décembre 1981, 30 mai 1995, 25 septembre 1997, 1er octobre 1997. — Lettre de Marcel Capit (SA de Nantes de 1962 à 1967) à M. Singer, 18 novembre 1997. (archives privées).

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