PELLETIER Huguette, Marie-Louise

Par Madeleine Singer

Née le 7 mai 1923 à Saint-Bonnot (Nièvre), morte le 25 décembre 2007 à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) ; professeure certifiée de lettres ; membre du bureau national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1957 à 1962.

Huguette Pelletier était l’aînée des trois enfants de Joseph Pelletier, sous-inspecteur SNCF, qui travaillait au service du matériel. Celui-ci avait fait partie du Sillon et de la Jeune République jusqu’en 1936 et milita dans la section CFTC du PLM (Paris-Lyon- Méditerranée, une des divisions de la SNCF à cette époque). H. Pelletier fit ses études d’abord dans un établissement libre de Montferrond (Puy-de-Dôme), puis dans l’EPS Hippolytte Fontaine de Dijon où elle passa le brevet supérieur en 1942. Elle devint alors institutrice et fréquenta la faculté des lettres de Dijon dès que l’accès en fut autorisé aux titulaires du brevet supérieur. Maîtresse d’internat (MI) de 1947 à 1952, elle fut alors nommée adjointe d’enseignement à l’École nationale professionnelle de Vizille, dans l’Isère, car elle avait obtenu la licence et le diplôme d’études supérieures de philosophie. Détachée au SGEN en 1957, elle fut l’année suivante intégrée au lycée technique d’Amiens en qualité de professeur certifiée, puis mutée en 1960 au lycée de Saint-Germain-en-Laye et enfin en 1964 au lycée Diderot à Paris, où elle prit sa retraite en 1984.

Elle avait fait partie des Guides aînées, puis de la JEC quand elle entra en faculté. En qualité d’institutrice, elle fréquenta la Paroisse universitaire : c’est là qu’elle découvrit à la Libération l’existence du SGEN. A cette époque elle lisait Esprit, Temps présent. L’exemple de son père l’incitait également à adhérer au SGEN où elle milita très vite. Sollicitée par le secrétaire académique, Guy Grand*, elle devint en 1950 responsable académique des MI : elle évoquait alors dans École et Éducation l’activité de leur équipe qui avait envoyé à tous les surveillants, anciens ou nouveaux, des tracts, des numéros du bulletin syndical, des circulaires où ils offraient leurs services ; ils avaient en effet constitué un comité d’entraide aux MI éloignés de la faculté ainsi qu’aux MI débutant en propédeutique. Ils voulaient éveiller les indifférents à la nécessité du syndicalisme, tout en leur donnant le moyen de choisir en connaissance de cause entre les divers syndicats.

H. Pelletier devint en 1951, avec Jean-Pierre Rousselot* et Paul Corget, responsable nationale de la catégorie, et entra en même temps au comité national où elle allait siéger de longues années. Ce fut leur triumvirat qui, dès 1952, mit sur pied la première session nationale de formation à Bierville, réservée cette année-là aux surveillants. Devenue adjointe d’enseignement dans l’Isère, elle fut aussitôt responsable académique du technique et élue, au congrès de 1953, membre du bureau national- Enseignement technique : elle y représentait les adjoints d’enseignement et assurait la liaison entre les académies, notamment par un bulletin ronéotypé, destiné aux militants de l’Enseignement technique. Aussi fut-elle candidate dès 1954, lors des élections à la commission administrative paritaire nationale (CAPN) des chargés d’enseignement et adjoints d’enseignement du technique. Le syndicat absorbait alors tous ses loisirs : elle se souvient de n’avoir pu faire que deux fois du ski pendant les cinq ans où elle exerça dans la région de Grenoble.

Elle devint permanente dès que le SGEN obtint en 1957 un quatrième détachement qu’il attribua à l’ Enseignement technique. Elle entra en même temps au bureau national où elle siégea jusqu’en 1962. Elle mit sur pied le secrétariat de la section, s’occupant des démarches à la direction de l’Enseignement technique, du courrier, de l’information des adhérents par Syndicalisme universitaire et par des circulaires. Au congrès de Metz, en avril 1958, elle fit le rapport sur la carte scolaire car durant le mois de mars, elle avait participé, à raison d’une séance par académie et de quatre séances par semaine, aux réunions de la commission de la carte scolaire de l’Enseignement technique ; on cherchait notamment à créer des sections nouvelles ayant des débouchés (employés de collectivités, etc.). Au cours de la réunion, elle souligna le rôle que chacun pouvait jouer au niveau de son établissement par un travail étroit avec les Unions locales et départementales CFTC, par des contacts avec le rectorat et l’inspection principale de l’Enseignement technique.

Devant rejoindre un poste à la rentrée suivante, elle céda sa place de permanent, mais remplaça le secrétaire national de la catégorie, Antoine Brunet qui, professeur technique, avait pu intégrer l’ENSET en quatrième année. Malgré la charge de son enseignement à Amiens, elle se dépensa sans compter, en bénéficiant simplement de quatre heures de décharge. Elle était aidée par Janine Huicq* qui lui avait succédé en qualité de permanent. Elle se chargea des audiences à la direction de l’Enseignement technique, prit position dans ses éditoriaux sur tous les problèmes de l’Enseignement technique : elle s’indignait à la rentrée de 1959 de la diminution des crédits de fonctionnement des établissements, soulignait peu après que le nouvel horaire des sections industrielles des collèges techniques et des Écoles nationales professionnelles était entré en vigueur à la même rentrée avant d’avoir été examiné par la section permanente du conseil de l’Enseignement technique, notait que deux mois après la rentrée un professeur chargé de classe d’examens ignorait le programme de l’examen auquel il devait préparer les élèves, etc. Elle suivait en même temps l’action destinée à mettre en oeuvre les motions votées au congrès de 1958 et présenta pour le congrès suivant (avril 1960) un vaste rapport qui passait en revue la situation des établissements (effort d’adaptation des sections, créations de postes, etc.), les modalités de l’enseignement (horaires, programmes, etc.), les problèmes de recrutement ainsi que les problèmes corporatifs (notation, etc.).

Ayant déclaré à ce congrès que la marche de la section reposait sur deux personnes qui étaient accablées de travail, elle fut heureuse à la rentrée de trouver en François Royoux un remplaçant. Celui-ci qui était certifié lettres-histoire au lycée technique d’Angoulême, fut élu secrétaire national lors du bureau- Enseignement technique du 12 septembre 1960 ; toutefois il n’avait accepté cette charge qu’à titre provisoire car il voulait rester en province et ne pas venir régulièrement à Paris. H. Pelletier devint secrétaire adjointe. Elle continua donc à siéger au bureau national de l’Enseignement technique, puis au bureau des lycées issu en 1964 de la fusion des bureaux du deuxième degré et de l’Enseignement technique, vu qu’à cette époque les statuts des deux catégories de personnel se rapprochaient de plus en plus. Leurs CAPN devinrent communes en 1965. H. Pelletier avait auparavant été candidate en 1960, lors de la dernière élection à la CAPN des certifiées de l’Enseignement technique, car elle venait d’être titularisée dans cette catégorie.

Aussi lorsqu’à la rentrée de 1962, la situation devint difficile, c’est H. Pelletier qui proposa une nouvelle organisation de travail : en effet Janine Huicq qui avait suppléé François Royoux parti en octobre 1961, allait être nommée en Algérie. Christian Montagnier* ne pouvant prendre en charge qu’une partie du travail, la section devra attendre la rentrée de 1963 pour retrouver un secrétaire national. H. Pelletier continua à participer activement tant au comité national qu’au bureau des lycées jusqu’en 1972, apportant par exemple en novembre 1968 des informations sur l’atmosphère des grands lycées parisiens où, disait-elle, des groupes extrémistes sabotaient littéralement les cours.

En outre depuis son arrivée à Saint-Germain-en- Laye, elle avait remplacé au bureau académique de Paris Janine Huicq qui y représentait les lycées techniques. Elle y siégea jusqu’en 1974 : après avoir donné le 6 avril au bulletin académique un article consacré à une militante exceptionnelle qui venait de mourir, Lucie Huck*, elle quitta le SGEN dont elle désapprouvait la nouvelle orientation, suivant, disait-elle, l’exemple de Paul Vignaux qui venait d’annoncer sa démission dans Le Monde du 6 mars 1974.

Elle adhéra alors au Parti socialiste et devint très vite trésorière de sa section dans le XV ème arrondissement. Comme les autres membres du SGEN passés au PS à cette époque, elle voulait, disait-elle, participer au rééquilibrage de la gauche, sous l’égide de F. Mitterrand, en réduisant l’importance du Parti communiste. Elle cumula, avec la trésorerie, les réunions hebdomadaires de la commission administrative, la distribution de tracts, la vente de l’hebdomadaire L’Unité à la sortie des métros et sur les marchés, elle participa aux campagnes électorales. Après avoir ainsi milité jusqu’en 1990, elle se consacra à sa famille et à ses amis. Elle était chevalier des Palmes académiques.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87594, notice PELLETIER Huguette, Marie-Louise par Madeleine Singer, version mise en ligne le 21 avril 2010, dernière modification le 19 novembre 2021.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Histoire du SGEN, 1987, PUL. — École et Éducation (1951- 1955). — Syndicalisme universitaire (1955-1974). — Bulletin de Liaison des SAET et des militants, 1955-1960, Arch. dép. Nord, J 1471. — Lettres de H. Pelletier à M. Singer, 1er avril 1995, 26 mars 1996, 9 avril 1996, 28 mai 1997, 19 juin 1997 (archives privées).

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément