POULET Georges, Victor, Marcel

Par Madeleine Singer

Né le 4 janvier 1933 à Lille (Nord) ; agrégé d’anglais ; membre du comité national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1963 à 1982, membre du bureau national de 1974 à 1982, secrétaire académique de Lille de 1971 à 1982, puis en 1983-1984.

Georges Poulet était l’aîné des sept enfants de Marcel Poulet, employé de bureau dans une filature de coton, qui avait épousé Andrée Druart. En 1939 la famille de G. Poulet se réfugia dans la région parisienne ; celui-ci y entama ses études primaires, demeura deux ans dans une école privée, puis un an dans une école publique, et poursuivit sa scolarité dans une école privée à Lambersart (Nord) lors du retour de sa famille dans la région. En 1943 il entra en Sixième à l’Institution Saint-Pierre, sise à Lille, et passa en 1950 le baccalauréat de Philosophie, avec la mention « bien ». Il suivit alors les cours de la faculté des lettres de Lille, mais n’acheva la licence d’anglais qu’en 1956, car issu d’un milieu modeste, il connut la condition d’étudiant salarié assurant des fonctions de surveillance et d’enseignement dans des établissements privés. Il obtint le diplôme d’études supérieures (DES) en 1957 et le CAPES (certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire) en 1958. Après l’année passée au Centre pédagogique régional (CPR) de Lille, il partit au service militaire. A son retour en 1961, il fut nommé au lycée de Lens (Pas-de- Calais) et muté l’année suivante au collège Sévigné à Roubaix (Nord) où il demeura jusqu’en 1974. Voulant se rapprocher de son domicile situé à Cobrieux (Nord), il obtint alors un poste au collège d’Orchies (Nord). En 1978 il souhaita échapper à la routine de l’enseignement en premier cycle et se fit muter au lycée de Villeneuve d’Ascq (Nord) où il enseigna pendant neuf ans avant d’être affecté à l’École nationale supérieure des arts et industries textiles (ENSAIT) de Roubaix. Il y prit sa retraite en 1996. Il avait été nommé agrégé par promotion interne en 1993 et avait soutenu en novembre de la même année une thèse, Etude et traduction de The quiet gentleman, roman de Georgette Heyer.

Georges Poulet avait épousé en avril 1960 Denise Vallois, certifiée de lettres classiques, qui enseignait alors au lycée de Constantine (Algérie). Elle fut nommée à la rentrée au lycée de Lens, puis l’année suivante au collège Sévigné à Roubaix. Reçue agrégée en 1965, elle fit ensuite sa carrière à la faculté des lettres de Lille. Elle soutint en 1984 sa thèse de doctorat d’État en dialectologie, Au contact du Picard et du Flamand. Parlers du Calaisis et de l’Audomarois, thèse qu’elle avait commencée peu après la naissance du quatrième enfant. Elle devint professeur des Universités, siégea au Conseil national des Universités (section langues et cultures régionales) et au conseil d’administration de l’Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de Lille jusqu’à son départ en retraite. Dès 1983 elle avait été élue conseillère municipale de Cobrieux, sur la liste d’intérêt local, puis devint en 1989 adjointe au maire, fonction qu’elle occupa jusqu’en 1995. Le couple eut quatre enfants : une fille médecin qui travaille avec Médecins sans frontières, un fils employé au service comptabilité dans une caisse de retraite, deux autres fils ingénieurs.

Quand Georges Poulet était étudiant, il s’intéressait aux questions économiques et sociales. Il fut abonné à Témoignage chrétien, à Feuilles de route, bulletin ronéotypé édité à Lyon (Rhône) par Gilbert Blardonne, aux Cahiers d’Economie et humanisme ; il participa en 1958 à une session organisée par ce mouvement. Dès 1955 il avait découvert les Cahiers Reconstruction et y fut abonné tant que ces Cahiers parurent. Il adhéra au SGEN en étant au CPR car il avait rencontré des militants de l’académie qui lui donnèrent l’image d’un syndicat efficace et bien structuré. En même temps il approuvait les positions du SGEN sur la guerre d’Algérie, comme lors du coup de force du 13 mai 1958.

Il ne milita pas au début de sa carrière car tant à Lens qu’à Roubaix, il trouva des sections SGEN très vivantes qui n’avaient pas besoin de son concours. C’est en mai 1963 qu’il devint membre du bureau académique, à l’instigation de la secrétaire de section du collège Sévigné. A la rentrée suivante, il se chargea du Second degré de l’académie et remplaça au comité national le secrétaire académique, Jean Sommé* qui, nommé en Faculté, devait réduire ses activités syndicales. Celui-ci souhaitait d’ailleurs avoir un successeur, mais il se heurtait à la résistance de la section Premier degré qui, en la personne de Charles Wiart*, préférait un secrétaire académique appartenant au Supérieur, vu que ce dernier craignait une mainmise du Second degré sur le syndicat. Un partage des tâches s’instaura alors entre J. Sommé et G. Poulet. Représentant l’académie au comité national, G. Poulet devint le porte-parole de la délégation académique et le porteur de ses mandats dans les congrès nationaux auxquels J. Sommé ne participait plus. Ce dernier garda les autres attributions du secrétaire académique : convocation du bureau académique, demandes d’audience au Recteur, etc. Au 1er janvier 1964, G. Poulet bénéficia de quatre heures de décharge pour effectuer toutes les tâches académiques qui comprenaient entre autres la préparation des élections aux commissions administratives paritaires nationales (CAPN) et académiques (CAPA) car J. Sommé ne s’en occupa ni en 1965, ni en 1969.

Nous ne pouvons détailler toutes les interventions de Georges Poulet au comité national qu’il allait fréquenter assidûment pendant près de vingt ans. Elles concernaient l’organisation du syndicat (informations données dans Syndicalisme universitaire, matériel de propagande pour la rentrée), le travail effectué par les membres des CAPN pour le mouvement, les questions pédagogiques (baccalauréat, rôle des inspecteurs pédagogiques régionaux, etc.), la situation des adjoints d’enseignement et des maîtres auxiliaires, et bien entendu l’action revendicative générale, qu’elle concernât la fonction publique dans son ensemble ou telle catégorie en particulier. On n’est donc pas étonné de voir qu’au congrès de 1970, il anima un des six groupes de travail, celui qui était consacré à l’action revendicative.

Dès 1964 il siégea au bureau national Second degré, à la demande de Laure Cartier, secrétaire de la catégorie, qui invoqua la proximité de Lille avec Paris. En 1965 d’ailleurs, tous les responsables académiques Second degré devinrent membres de droit de ce bureau auquel ils n’assistaient que si l’ordre du jour l’exigeait. En Mai 1968, G. Poulet répercuta dans l’académie l’ordre de grève lancé le 20 mai par le SGEN national (Premier degré et Second degré) et participa évidemment à la conférence de presse donnée le 5 juin au soir par le secrétaire académique J. Sommé, entouré des représentants des divers ordres d’enseignement. Elle avait pour objet de commenter les résultats obtenus au cours de négociations qui venaient d’avoir lieu entre les organisations syndicales et le nouveau ministre de l’Éducation nationale, François-Xavier Ortoli. Pour sa part G. Poulet en souligna les insuffisances concernant le Second degré : les 3 500 nouveaux postes créés n’étaient pas mis au concours cette année ; aucun calendrier n’avait été fixé en vue de satisfaire la revendication essentielle des enseignants : 25 élèves par classes ; en matière de maxima de service, les professeurs certifiés du second cycle ne se voyaient pas reconnue l’équivalence avec les agrégés : soit quinze heures de cours au lieu de dix-huit.

En 1967 Georges Poulet avait été chargé des questions corporatives au plan national et eut à cet effet une décharge supplémentaire de neuf heures. Participant donc régulièrement au bureau national Second degré, il y présenta pour la première fois le 8 novembre 1967 les notes à remettre au ministère : indemnités de baccalauréat payées avec plusieurs mois de retard, remboursement des frais de déplacement, etc. Il devait passer à Paris une journée par semaine et effectuer chez lui le reste du travail national. La tension qui régna au SGEN de 1968 à 1972 ne modifia pas cette situation. En effet au comité national de novembre 1969, s’affrontèrent deux candidats au poste de secrétaire général : Charles Piétri, soutenu par Paul Vignaux, et Jacques George, candidat des « minoritaires ». À ce comité national, G. Poulet demanda qu’il n’y eût pas de vote avant le congrès et souhaita qu’on précisât les modalités de procédure afin que le choix pût s’effectuer dans la clarté. Comme un vote eut pourtant lieu au comité national, il opta pour le rapport de C. Piétri et s’abstint sur celui de Jacques George. Au congrès de 1970, C. Piétri fut élu par 61 % des suffrages, Jacques George en eut 35 %, avec 4 % d’abstentions.

Pour Georges Poulet, l’élection de François Garrigue, candidat des minoritaires, devenu secrétaire général au congrès de 1972, ne changea pas la donne. C’est en 1974 que la situation se détériora. En effet Jean-Louis Piednoir, ayant quitté le secrétariat du SGEN Supérieur où il avait été mis en minorité, se consacra en 1973 à la mise en place d’une équipe qui allait soutenir sa candidature au poste de secrétaire général lors du congrès de 1974. Il demanda à Jean Cœurdevey, professeur de psychopédagogie à l’École normale d’instituteurs de Dijon (Côte-d’Or), d’être candidat au poste de secrétaire du Second degré. Celui-ci présenta donc dans Syndicalisme universitaire, le 7 février 1974, des propositions qui eurent le soutien de trois secrétaires académiques parmi lesquels G. Poulet. Au congrès de mars 1974, J.-L. Piednoir obtint 23,59 % des suffrages, Jean Cœurdevey en eut 21,24 %. En septembre 1974, la décharge nationale de G. Poulet fut réduite à six heures par le bureau Second degré et en août 1975, comme on avait réussi à le remplacer, il apprit, par un télégramme du SGEN, qu’elle était supprimée. On peut d’ailleurs noter que, figurant parmi les candidats SGEN lors des élections à la CAPN des certifiés en 1965, en 1969 et en 1972, G. Poulet disparut de la liste que Syndicalisme universitaire publia en novembre 1975 pour les élections suivantes et n’y réapparut qu’en 1982. Toutefois ayant été élu au bureau national Second degré au congrès de 1974, G. Poulet y siégea jusqu’au congrès suivant en 1977.

Georges Poulet put alors se consacrer entièrement à l’académie de Lille dont il était le secrétaire depuis 1971, après l’intérim d’un an assuré par Henri Singre*, J. Sommé n’ayant en 1970 pas renouvelé sa candidature. G. Poulet resta secrétaire académique jusqu’en 1984, date à laquelle Jean-Luc Fiolet, professeur agrégé d’histoire au lycée de garçons de Tourcoing (Nord) lui succéda. Pierre Rose qui avait accepté en 1982 de devenir secrétaire académique ne conserva cette fonction qu’un an car il enseignait et résidait à Lens. Pendant cette longue période, G. Poulet assuma de multiples tâches. Elu à la CAPA des certifiés en 1965, il y défendit cette catégorie jusqu’en 1979. En même temps il avait la charge du mouvement rectoral, d’abord en 1963 pour les maîtres d’internat et surveillants d’externat (MI-SE), puis à partir de l’année suivante pour les maîtres auxiliaires (MA) également. Il s’occupa de ces deux catégories jusqu’en 1974, date de son déménagement à Cobrieux où il lui fallut plus d’un an pour avoir le téléphone, alors que celui qui dirigeait la délégation SGEN pendant les réunions de commission, devait pouvoir être joint tous les soirs au téléphone. En outre sa décharge globale n’était plus que de neuf heures dont trois au titre de l’académie. Cette décharge de trois heures fut la seule dont il bénéficia de 1975 à 1984. Cette académie était particulièrement lourde : une statistique de 1977 donnait pour les lycées, CES et lycées professionnels (ex-LEP, lycée d’enseignement professionnel) un total de 492 établissements. Or le mouvement rectoral supposait outre les réunions au Rectorat pendant les vacances, la réception préalable des fiches envoyées par les MA-MI- SE, de nombreuses visites ou coups de téléphone, l’envoi des avis qui suscitaient de nouveaux contacts avec les intéressés, etc.

Tout cela s’ajoutait à la responsabilité générale de la section qui impliquait évidemment les relations avec le Rectorat, l’Inspection académique du Nord, les autres syndicats. Quant aux liaisons avec le SGEN national, elles supposaient depuis 1974 la participation au bureau national général : le congrès extraordinaire de 1973 avait adopté de nouveaux statuts qui firent l’objet d’un règlement intérieur publié par Syndicalisme universitaire, le 10 janvier 1974, lequel prévoyait la présence au bureau national de tous les secrétaires académiques. Par ailleurs l’information des sections SGEN était une tâche essentielle dans une académie qui comportait tant d’établissements, sans compter les instituteurs répartis dans les deux départements. Bien entendu nous ne pouvons évoquer de façon détaillée les formes successives de cette information qui s’adressait tantôt aux secrétaires de section, tantôt aux adhérents d’une catégorie déterminée, tantôt à tous. Il y eut un Lien des secrétaires de section, accompagné d’un bulletin Liaison CFDT, titre prêté par l’Union départementale (UD) CFDT ; Informations SGEN-CFDT 59-62 leur succéda en 1976, puis l’année suivante ce fut Action syndicale SGEN-CFDT 59-62. Ces titres servaient aussi aux diverses catégories : Second degré, Premier degré, agents, etc. Tout en ayant des collaborateurs, G. Poulet devait assurer une bonne partie du travail et superviser l’ensemble.

Jetant un regard rétrospectif sur cette période 1971-1984, G. Poulet soulignait en l’an 2000 qu’il fallait à la fois défendre les positions du SGEN et défendre les adhérents. Mai 1968 avait permis, disait-il, l’avancée des vues pédagogiques du Syndicat ainsi que l’accroissement de sa représentativité dont le Premier degré fut le premier bénéficiaire, vu qu’en 1970 le SGEN eut pour la première fois un siège à la CAP départementale (CAPD) du Nord. Mais la région ne fournissant pas assez de candidats aux concours de recrutement, les enseignants qui y étaient nommés, avaient hâte de rejoindre leur contrée d’origine. Chaque année il fallait donc dans certains établissements reconstituer la section syndicale avec des éléments nouveaux. Maintenir et développer le tissu syndical était une tâche difficile pour le secrétariat académique. Autre conséquence de ce départ perpétuel des titulaires : l’académie de Lille était alors la première par le nombre de ses auxiliaires. On comprend que le SGEN ait bataillé pour en contrôler l’affectation : dès les années soixante, il avait obtenu du Recteur, Guy Debeyre, la constitution d’une commission qui effectuait les nominations des maîtres auxiliaires, commission où les syndicats siégeaient ès qualités. Ce fut une première en France.

Déchargé du secrétariat académique en 1984, G. Poulet demeura pendant trois ans l’adjoint de J.- L. Fiolet. En 1986 il remplaça le trésorier académique, André Lefebvre, qui avait souhaité passer la main, et effectua ce travail jusqu’à son départ en retraite. Il avait pensé adhérer au Parti socialiste unifié (PSU) lors de sa création en 1960, mais il faisait alors son service militaire. Lorsqu’il fut rendu à la vie civile, il fut absorbé par sa vie familiale : le couple avait un enfant et le second allait naître. Or à partir de 1964, les charges syndicales que G. Poulet assuma sa vie durant, ne rendirent pas souhaitable le port d’une étiquette politique. Une fois à la retraite, il reprit en 1997 la trésorerie des retraités de l’académie, tenue jusqu’alors par René Duquesnoy* qui avait un grave problème oculaire. En l’an 2000 G. Poulet joignait à cette fonction d’autres activités. Depuis 1996 il était secrétaire d’un club de randonnée qui rassemblait à Douai (Nord) plus de 350 adhérents. Il participait également à l’Association de donneurs de voix qui enregistre des textes pour les mal voyants. Ainsi après une vie vouée au syndicalisme, il rendait de multiples services sans négliger pour autant ses enfants et petits- enfants.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87600, notice POULET Georges, Victor, Marcel par Madeleine Singer, version mise en ligne le 21 avril 2010, dernière modification le 21 avril 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J1471) ; Histoire du SGEN, Presses universitaires de Lille, 1987. ; Le SGEN. Des origines à nos jours, Paris, Le Cerf, 1993, collection Histoire. (Arch. Dép. Nord, J1578). — Syndicalisme universitaire (1962-1982). — Divers bulletins de l’académie de Lille. — Voix du Nord, Nord-Eclair, 6 juin 1968. — Lettres de G. Poulet à M. Singer, octobre 1979, 2 novembre 1980, avril 1995, 8 décembre 1999, 15 février 2000, 23 mars 2000, 26 avril 2000, 15 mai 2000, 22 mai 2000 (archives privées).

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