QUENU Daniel, Henri

Par Yves Le Maner, Madeleine Singer

Né le 11 juillet 1906 à Abbeville (Somme), mort le 6 décembre 1981 à Armentières (Nord) ; répétiteur, professeur adjoint puis adjoint d’enseignement ; militant du Syndicat national des professeurs-adjoint, répétiteurs et répétitrices de la FGE-CGT, puis un des fondateurs du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN).

Unique enfant d’Henri Quénu, marchand de charbon à Abbeville, Daniel Quénu fit ses études au collège de cette ville où il obtint le brevet élémentaire à 16 ans. Il prit un emploi de bureau, puis fut surveillant à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais), à Amiens (Somme), cumulant heures de cours et service de surveillance. Malgré ces conditions difficiles, il parvint à obtenir le baccalauréat en 1926, peu avant son départ au service militaire. À son retour, il fut nommé répétiteur au collège d’Armentières, où il adhéra au Syndicat national des répétiteurs des collèges affilié à la FGE-CGT, créant peu après, une section locale, dont il partagea la direction avec Henri Lefrançois.

En 1932, Guy Mollet, ancien secrétaire général du syndicat, le soutint pour devenir secrétaire adjoint du syndicat national , fonction qu’il dut céder à Henri Lefrancois dès l’année suivante. Il le redevint après la fusion avec le syndicat des lycées en octobre 1934, Marcel Délery étant secrétaire général, et continua de siéger au bureau national du Syndicat national des professeurs-adjoints, répétiteurs et répétitrices des lycées et collèges, jusqu’en 1937, en tant qu’assistant de Lefrançois à la rédaction du Professeur adjoint, organe du syndicat, dont il fut le gérant de 1935 à 1937

Mais en 1936, il fut, dit-il, écœuré de l’attitude des mineurs CGT qui « interdisaient l’entrée de la mine aux mineurs CFTC ». Il adhéra alors à « l’Association syndicale professionnelle » des fonctionnaires, affiliée à la CFTC. Il ne quitta pas pour autant le Syndicat des répétiteurs CGT, seul capable à cette époque d’assurer la défense des intérêts professionnels, mais il informa les uns et les autres de sa double adhésion. Ses camarades de la CGT répondirent : « Cela te regarde, pas nous ». Il ne quitta la CGT qu’en 1945 quand celle-ci interdit, dit-il, la double adhésion. Quant à la CFTC, après un premier refus, elle finit par accepter cette double affiliation. À cette époque, Daniel Quénu lisait l’Aube et était membre de la Jeune République : il figurait parmi les responsables départementaux qui vinrent à Valenciennes en 1938 quand Fernand Labigne y organisa une réunion pour relancer la Jeune République dans le Valenciennois.

Daniel Quénu se trouva ainsi, seul provincial à cette réunion du troisième jeudi d’octobre 1937, au cours de laquelle une dizaine de personnes dont Paul Vignaux, adoptèrent la déclaration de principes du SGEN dont les statuts furent déposés à la Préfecture de Paris le 9 novembre 1937. Daniel Quénu avait dû en effet se rendre à Paris ce jour-là pour une réunion du bureau national du Syndicat des professeurs adjoints et répétiteurs, qui devait entrer par fusion dans le nouveau Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire (FGE-CGT).

À son retour, il organisa avec Fernand Labigne le SGEN dans l’académie de Lille, qui fut ainsi la première en province à se doter d’une structure : elle fut citée en exemple par Guy Raynaud de Lage dans la circulaire nationale du 13 octobre 1938.

Il avait épousé l’année précédente, le 17 juillet 1937, Yvonne, une répétitrice du collège de Saverne (Bas- Rhin) qu’il avait connue par le syndicat. Ils firent ensuite toute leur carrière au collège d’Armentières.

En même temps Daniel Quenu travaillait au plan national, car il fit partie du premier conseil syndical réuni le 1er novembre 1937. Il collabora au bulletin syndical École et Éducation, en y exposant notamment en janvier 1938 le rôle du SGEN « Nous sommes un syndicat, pas une union, ni une amicale ». Cela « implique que nous nous considérions comme des travailleurs assimilables aux autres - et non comme des mandarins - ayant des intérêts matériels et moraux à défendre ». Notre affiliation à la CFTC « implique l’adhésion non à une foi religieuse, mais à une doctrine sociale ». Puis il rédigea, pour le premier congrès national d’avril 1938, le rapport sur le programme revendicatif.

Pendant la guerre, après une année passée dans une « unité combattante », il revint à Armentières, alors dans la « zone interdite ». Dès la Libération, avec Fernand Labigne, il réorganisa le Syndicat dans l’Académie et en devint le Secrétaire académique en 1945 quand Fernand Labigne fut nommé à Saint-Cloud. Mais il ne garda ce poste qu’un an, vu ses charges nationales. Elu au comité national dès le congrès de juillet 1945, il y siégea jusqu’en 1951. Il était en même temps membre du bureau national, d’abord de 1945 à 1947, comme responsable des professeurs-adjoints (nouvelle dénomination des répétiteurs), puis de 1947 à 1949 en qualité de trésorier national. En outre il fut de 1946 à 1947 le premier permanent du Syndicat qui lui versa son traitement car le SGEN ne bénéficiera d’un détachement qu’à partir de 1947. Daniel Quénu était tout à fait apte à remplir ce rôle si l’on en juge d’après l’article « Technique syndicale et propagande » qu’il publiait en avril 1946. Il y passait en revue toutes les obligations de l’adhérent : bulletin d’adhésion, cotisation, participation à des réunions regroupant des membres du premier et du second degré (afin que les intérêts divergents puissent être confrontés), participation à la vie de la Section académique, des Unions locales et départementales de la CFTC, etc. Comme permanent, il vécut donc à Paris pendant un an dans une petite chambre sans confort ; cette année ne compta même pas dans son ancienneté car l’administration ne lui avait octroyé qu’un congé d’études.

Il fut élu dès 1948 à la commission administrative paritaire nationale des professeurs-adjoints, mais laissa en 1952 son siège à une candidate qui, exerçant à Paris, pouvait intervenir plus facilement au ministère. Le nombre des professeurs-adjoints diminuant, cette commission fusionna en 1955 avec celle des adjoints d’enseignement ; il fut encore candidat à différentes reprises, mais à un rang qui permettait l’élection du responsable national de la catégorie.

L’activité de Daniel Quénu s’étendait aussi aux organismes interprofessionnels. En 1947, il fut élu avec Henri Rouxeville* au Conseil fédéral des fonctionnaires où ils représentèrent tous deux le SGEN pendant quatre ans. A la même époque, il siégeait au Bureau de l’Union locale d’Armentières, ainsi qu’à la commission administrative de l’Union départementale du Nord. Cela lui donnait l’autorité voulue pour présenter au bureau national du SGEN, le 22 avril 1948, une motion déplorant que, pendant trois années consécutives, le candidat SGEN au Bureau confédéral ait été « régulièrement classé par le comité national confédéral à un rang qui rend difficile son succès définitif, et toujours après le candidat de l’Enseignement libre » ; ceci ne tenait compte, dit-il, ni de l’importance numérique du SGEN, ni du concours qu’il a apporté depuis 1937 à la formation au sein de la CFTC Ce texte, envoyé aux secrétaires académiques, leur permit d’agir auprès des responsables locaux avant le comité national confédéral suivant.

Toutefois en 1951, Daniel Quénu eut un différend avec le bureau national du SGEN car il n’approuvait pas la condamnation de la loi Barangé. Il présenta donc au congrès académique de Lille, le 13 décembre 1951, une motion qui fut rejetée : tout en regrettant la suppression de la commission Paul Boncour qui devait trouver une solution acceptable par tous, il estimait que la question des subventions appartenait non au domaine syndical, mais au domaine politique. Pourtant cette divergence ne doit pas masquer l’apport capital que représenta pour le SGEN son expérience et son dévouement. Lorsqu’il quitta le comité national au congrès de mars 1951, le bureau national du 26 avril rendit hommage à ce « militant exemplaire » et lui exprima sa gratitude « pour le témoignage exceptionnel d’attachement qu’il donna au SGEN pendant l’année scolaire 1946-1947 en qualité de Secrétaire administratif national ».

Daniel Quénu prit sa retraite en 1971 après avoir été intégré dans le cadre des adjoints d’enseignement.

Son épouse et lui ont obtenu la Médaille des Justes parmi les Nations décernée par Yad Vashem, le 28 février 2010, pour avoir hébergé et caché deux enfants juifs. Le cérémonie française eut lieu lieu le mardi 5 avril 2011 à la Salle des Fêtes de Mornas (Vaucluse)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87602, notice QUENU Daniel, Henri par Yves Le Maner, Madeleine Singer, version mise en ligne le 21 avril 2010, dernière modification le 2 avril 2021.

Par Yves Le Maner, Madeleine Singer

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. dép. Nord, J 1471) ; Histoire du SGEN, 1987, PUL École et Éducation (1937-1955). Syndicalisme universitaire (1955-1961). Entretien avec Madame Quénu à Armentières, 23 mars 1995 (archives privées). — Renseignements communiqués par Georges Grinblatas. — Le Professeur-adjoint. — Fusion de deux notices par Alain Dalançon.

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