SALVAIRE Émile, Félix, Joseph

Par Madeleine Singer

Né le 1er octobre 1916 à Castres (Tarn), mort le 1er novembre 2007 à Lyon (Ve arr.) ; professeur de lettres, puis directeur de lycée technique ; secrétaire national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) pour l’Enseignement technique, et à ce titre membre du bureau national de 1945 à 1953.

Cinquième et dernier enfant d’Émile Salvaire (neveu du Père George Salvaire, en mission en Argentine à Luján. Le Père Salvaire était le cousin germain d’Adélaïde Barbaza, mère de Jean Jaurès). (1847-1899) qui, après avoir été colon en Argentine, était revenu en France en 1912, Émile Salvaire - il avait le même prénom que son père - ne connut guère ce père, mort en décembre 1916 des suites de ses blessures de guerre. Comme dans le Tarn il n’y avait pas d’École normale pour les garçons, Émile Salvaire entra en 1935 à l’École normale de Toulouse et fut admis trois ans plus tard à l’École normale supérieure de l’Enseignement technique (ENSET) où il obtint en 1941 le CAPET. (section lettres-langue). Dans l’intervalle, incorporé comme élève-officier le 16 septembre 1939, il avait été nommé aspirant le 21 janvier 1940, puis démobilisé le 12 juin 1940.

Il se maria à la sortie de l’ENSET avec Odette Rasset, issue de la même promotion, qui avait milité à la JEC. Ils furent tous deux nommés à Reims en octobre 1941 dans les Écoles pratiques de commerce et d’industrie qui allaient s’appeler ultérieurement collèges techniques, puis lycées techniques. Leur cinquième et dernier enfant venait de naître à Reims en 1953 lorsque E. Salvaire devint directeur du lycée technique de La Ferté-Macé. Des promotions successives l’amenèrent à diriger ensuite les lycées techniques de Maubeuge, de Nancy, et enfin en 1968 le lycée La Martinière à Lyon où il acheva sa carrière en 1979.

Scout de France depuis 1929, il fréquenta la Paroisse universitaire quand il était élève-maître à Toulouse : il y rencontra Raynaud de Lage* et adhéra au SGEN dès 1938. Il était déjà à cette époque, dit-il, « choqué par l’espèce de totalitarisme qui existait au SNI, lequel paraissait très influent sur la carrière des instituteurs, grâce à une sorte de collusion avec les autorités administratives, tout au moins dans certains départements ». Aussi à l’ENSET, il refusa pour les mêmes raisons d’adhérer au Syndicat national de l’Enseignement technique (SNET) qui exerçait, dit- il, une forte propagande à l’intérieur de l’École.

En 1938-1939 il fréquenta à Paris quelques réunions animées par Paul Vignaux et garda pendant l’occupation des liens amicaux avec le SGEN A la Libération il devint lecteur de l’Aube, de Témoignage chrétien, du Monde. Il fonda une section SGEN dans son établissement et fut alors en liaison avec Madame Fritsch qui représentait l’Enseignement technique dans le bureau national du SGEN Etant devenue Inspectrice de l’Enseignement technique pour l’académie de Paris, celle-ci ne pouvait plus avoir ce rôle de responsable syndical ; elle convainquit donc E. Salvaire d’accepter la charge de secrétaire national de la section Enseignement technique. Il exerça cette fonction à la rentrée d’octobre 1945, après avoir été élu au comité national lors du congrès de juillet 1945.

La section des Lycées techniques sera marquée par l’action de E. Salvaire car il s’efforça d’imposer un SGEN, plus minoritaire ici que dans le Second degré, vis-à-vis d’une administration d’abord hostile, ainsi que vis-à-vis d’un SNET qui refusa en 1948 de faire liste commune lors des premières élections aux commissions administratives paritaires nationales (CAPN.). Le SGEN eut toutefois un siège sur sept pour le personnel administratif bien qu’il ne présentât que sept noms au lieu des quatorze requis ; chez les certifiés, il obtint deux sièges sur dix-sept, en n’ayant pu réunir que 25 noms au lieu de 34 : E. Salvaire siégea avec Georges Lenormand dont il était par ailleurs le suppléant dans le Comité technique paritaire de l’Enseignement technique où le SGEN eut un siège en avril 1948. En 1952, le nombre des sièges passant de dix-sept à dix dans la CAPN. des certifiés, le SGEN n’obtint qu’un siège : E. Salvaire le laissa à Georges Lenormand, professeur de dessin au collège Dorian à Paris. Devenu chef d’établissement, E. Salvaire fut à partir de 1957, candidat en qualité de directeur certifié dans une commission où le SGEN ne pouvait obtenir d’élu car il n’y avait que deux titulaires. Puis en 1965 les CAPN. du Second degré et de l’Enseignement technique ayant fusionné, E. Salvaire se retrouva sur la liste SGEN en tête des chefs d’établissements certifiés sans toutefois siéger car depuis 1961 le SGEN était représenté dans cette commission par Raymond Jacquenod, chef d’établissement agrégé. E. Salvaire fut à nouveau candidat en 1969, puis en 1970 lors des élections à la commission consultative spéciale qui, avec le nouveau statut des administrateurs, avait succédé à leur CAPN.

Pendant toute sa carrière, E. Salvaire se dépensa sans compter. La charge de secrétaire national de l’Enseignement technique était lourde. Dans chaque numéro d’École et Éducation il y avait une chronique de l’Enseignement technique pour laquelle E. Salvaire écrivit maints articles tout en veillant par ailleurs à ce que toutes les informations relatives aux nouveaux textes officiels fussent portées à la connaissance des adhérents. Sur les points litigieux, il fallait intervenir auprès de la Direction de l’Enseignement technique, soit par des lettres, soit au cours d’audiences. Or les années d’après-guerre furent riches en problèmes. D’abord la formation professionnelle fit l’objet de nouvelles dispositions. Aussi E. Salvaire accompagna-t-il Paul Vignaux à la commission de Formation professionnelle réunie pendant le congrès CFTC de mai 1948 car il fallait faire adopter les positions du SGEN en matière de financement des établissements de formation professionnelle. C’est aussi à ce moment que les enseignants du Second degré et de l’Enseignement technique réclamèrent l’obtention d’un cadre unique afin que tous pussent atteindre l’indice terminal : ce n’était pas le cas tant qu’il y avait, à coté du cadre normal, un cadre supérieur auquel on n’accédait que par choix. Les syndicats déclenchèrent donc en juin 1948 une grève des examens, le SGEN-Enseignement technique s’y associant par une grève des brevets. Ce cadre unique une fois obtenu, il fallut à E. Salvaire de nombreuses démarches pour obtenir des modalités d’applications aussi correctes que possible. Il dut encore en février 1950 réclamer la parution des nouvelles échelles de traitement dont il n’était toujours pas question pour l’Enseignement technique.

À ce moment-là, autre problème : le ministre de l’Éducation nationale décida d’appliquer aux établissements d’Enseignement technique de l’Académie de Strasbourg le système d’aumônerie en vigueur dans le reste de la France. Le SGEN, à la différence du SNET, ne protesta pas contre cette décision. C’est E. Salvaire qui, dans École et Éducation du 15 décembre 1950, se chargea d’exposer la position du Syndicat qui s’appuyait sur la constitution. La liberté de culte prévue par celle-ci ne serait pas effective si l’on refusait à un père de famille le droit de demander pour son enfant interne la possibilité de poursuivre son instruction religieuse.

Peu après on retrouva E. Salvaire parmi les animateurs des Sessions jeunes que le SGEN organisa à Bierville à partir de juillet 1952. Quelques élèves de l’ENSET suivirent celle de 1954 ; cette année-là, à la demande d’un élève, E. Salvaire prit la parole lors de l’assemblée générale des élèves, à la suite des leaders du SNET Ainsi un des élèves pourra en novembre 1954, annoncer la création d’une section SGEN à l’ENSET.

En 1953 ses nouvelles fonctions amenèrent E. Salvaire à quitter le bureau national ainsi que le comité national. Il demeura toutefois au Bureau de l’Enseignement technique jusqu’à ce qu’il rejoignit en 1964 le Bureau des administrateurs qui venait de se constituer. C’est d’ailleurs lui qui prit la charge de rédacteur en chef du Bulletin national des administrateurs que le Bureau décida de relancer. Mais l’année précédente il avait encore pris le temps de donner à Syndicalisme universitaire une longue étude sur les circulaires ministérielles de 1963 qui modifiaient profondément la structure des lycées techniques ; il réclamait notamment « une réduction du temps consacré aux cours au-dessous de 36 heures pour laisser à nos élèves quelques heures pour le travail personnel, la réflexion personnelle… et aussi le sommeil et la détente ».

En 1965 on le retrouva dans la commission que le ministre Fouchet avait créée pour étudier le rôle et l’organisation des futurs IUT, car le ministre avait décidé d’adjoindre quelques enseignants aux directeurs d’écoles d’ingénieurs et aux industriels ; or E. Salvaire dirigeait alors à Nancy un lycée ayant plusieurs sections de techniciens supérieurs. Avec l’accord de Paul Vignaux, il accepta cette nomination. Mais les avis qu’il donna, furent mal accueillis. Aussi, au bout de trois réunions, voyant que les jeux étaient faits, il démissionna, ne voulant pas couvrir par sa présence le projet de suppression des sections de techniciens supérieurs, projet qui d’ailleurs sera par la suite abandonné.

Après Mai 1968 des difficultés surgirent à Lyon entre les chefs d’établissement et certains responsables des enseignants pour lesquels « nous étions, déclara Salvaire, les représentants du pouvoir ». Il avait cessé de militer au plan national, se consacrait à son nouvel établissement et à son académie dans laquelle il organisa et présida un Bureau SGEN du personnel de direction et d’éducation. Mais il s’inquiéta des grèves qui, sous le ministre Olivier Guichard (1969-1972), ponctuèrent chaque année scolaire. Il fit connaître au plan national sa réprobation lorsque le SGEN lança seul, en septembre 1971, un ordre de grève pour le jour de la rentrée afin d’obtenir un allégement des effectifs des classes ainsi qu’une rénovation pédagogique réelle. Il quitta peu après le Syndicat malgré une lettre du Secrétaire général Charles Piétri qui tenait, lui disait-il, à ce qu’une section d’administrateurs continuât à fonctionner au sein du SGEN Mais la section de l’Enseignement technique au lancement de laquelle E. Salvaire avait puissamment contribué, allait poursuivre son essor.

Après cette démission E. Salvaire ne se cantonna pas pour autant dans son établissement. Comme il le faisait depuis qu’il était devenu chef d’établissement, il continua à s’intéresser vivement au domaine de la Promotion sociale et de la Formation continue. Il avait créé à Maubeuge en 1958 un Centre associé au Conservatoire national des arts et métiers. Il fut président, puis président d’honneur de l’Association pour la formation dans les industries chimiques et les industries de procédés (AFICIP).

Dès qu’il fut à la retraite, il adhéra à une association « Echanges et consultations techniques internationaux » (ECTI), laquelle étudiait des projets de développement dans des pays du tiers-monde. Il fit à ce titre une mission au Burkina-Fasso en octobre 1982. Il s’occupa également de l’Université tous âges de Lyon ; il en fut le vice-président de 1986 à 1992, mais dut alors abandonner cette activité à cause de son état de santé. Il était chevalier de la Légion d’honneur, officier des Palmes académiques et avait reçu l’ordre national du Mérite.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87612, notice SALVAIRE Émile, Félix, Joseph par Madeleine Singer, version mise en ligne le 21 avril 2010, dernière modification le 26 mars 2021.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. dép. Nord, J 1471) ; Histoire du SGEN, 1987, PUL École et Éducation (1945-1955). Syndicalisme universitaire (1955-1971). Lettre de E. Salvaire à M. Singer, 2 mars 1995, 4 mars 1996, 19 mars 1996. Entretien du 9 mars 1996 (archives privées). — Renseignements recueillis dans la cadre du procès en vue de la béatification du Père Salvaire.

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