THÉRON Renée [Édith, Mathilde, Renée]

Par Madeleine Singer

Née le 17 juin 1911 à Roquebillière (Alpes-Maritimes), morte le 22 août 1966 à Ravenne (Italie) ; agrégée de physique ; membre du comité national du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) de 1955 à 1966.

Renée Théron était la fille de Pierre [Marie, Louis, Gabriel] Théron, pharmacien à Roquebillière, qui avait épousé Lucie Poutard. Nous ne sommes guère renseignés sur ses études secondaires qu’elle fit sans doute à Nice, chef-lieu de l’arrondissement où résidaient ses parents. Entrée à l’École normale supérieure de Sèvres, elle passa l’agrégation en 1936 et fut aussitôt affectée à une tâche de recherche scientifique à la faculté de Strasbourg. La défaite de 1940 l’amena dans le Midi : elle exerça un an au lycée de Carcassonne, puis fut mutée au lycée Saint-Sernin de Toulouse où elle enseigna jusqu’à sa mort prématurée.

À Toulouse, elle s’était liée pendant la guerre avec un groupe de résistants de la première heure où figuraient des militants du SGEN. Elle adhéra à ce syndicat dès la Libération, tout en donnant une grande part de ses forces à une activité politique. Après avoir mis fin à cette forme d’action, elle accepta en 1952 la charge de secrétaire académique du SGEN. Entrant au comité national dès qu’en 1955 le nouveau règlement fit place aux secrétaires académiques, elle participa pendant de longues années à tous les débats au cours desquels s’élaborait « la ligne » du syndicat, sans pour autant cesser de faire vivre et croître l’organisation régionale.

Elle intervenait sobrement chaque fois qu’il fallait défendre le service public de l’Éducation nationale : ainsi lorsque la loi Debré instaura des comités de conciliation pour assurer l’application de ladite loi, elle réclama, avec le secrétaire académique de Caen, le refus de participer à ces comités, refus qui fut effectivement voté par le comité national du 6 avril 1960. Cela ne l’empêchait pas de défendre la participation à la grève des fonctionnaires du 2 décembre 1959, grève à laquelle la FEN refusa de prendre part car celle-ci voulait réserver ses forces pour la bataille sur la laïcité : R. Théron pensait que « dans la conjoncture actuelle », il appartenait au SGEN de montrer que la défense de la Fonction publique était liée à celle du service public de l’Éducation nationale. Puis au comité national de juin 1960, elle se préoccupa de la constitution du front syndical pour la défense des libertés et la paix en Algérie, front syndical sans exclusive que le SGEN réclamait alors que la CFTC préconisait encore une action sans la CGT car ses dirigeants étaient engagés dans la constitution d’un front commun des organisations non-communistes. R. Théron insista sur l’urgence d’une action à laquelle devraient participer les Unions départementales CFTC. Madame Mathis qui la suppléa au comité national du 3 décembre 1961, souligna qu’à Toulouse, le SGEN était représenté comme tel dans le Front syndical.

R. Théron ne négligeait pas pour autant les problèmes pédagogiques car elle avait une vue élevée de la mission de l’Éducation nationale : comme elle le déclarait au congrès de 1962, l’Éducation nationale doit « non pas « écrémer » les meilleurs élèves à tous les niveaux, mais promouvoir des groupes sociaux. C’est une mission d’élévation du niveau culturel et de formation du sens civique ». Elle se préoccupait donc de tous les aspects de la vie scolaire. Elle demandait que les maîtres passant l’agrégation bénéficient de congés pour affronter dans de bonnes conditions les épreuves du concours et déplorait en 1959 le désordre de la rentrée dans son académie : postes non pourvus, augmentation effrayante des heures supplémentaires, etc. Elle dénonçait le passage de l’inspecteur général chez un professeur enseignant une discipline qui n’était pas la sienne, souhaitait la constitution d’un corps de professeurs spécialisés pour le cycle d’observation. Secrétaire de la commission pédagogique académique lorsque ces commissions se reconstituèrent à partir de 1961 sous l’impulsion de Jacques Natanson*, elle se félicitait de la revendication par le SGEN d’annexes polyvalentes de Premier cycle car cela réglerait, disait-elle, les problèmes de discipline, les règlements disciplinaires pouvant être différents entre l’annexe et le lycée de deuxième cycle. Vu le rôle joué par les surveillants, elle se préoccupait des débouchés qu’on pouvait leur offrir alors que la création des IPES en février 1957 facilitait l’entrée des étudiants dans l’Éducation nationale.

Sa dernière contribution à la doctrine du SGEN, ce fut en mars 1965 un article sur les « trois piliers » d’un enseignement adapté à notre temps, que le rapport d’Antoine Prost* avait exposé au congrès de 1962. Elle ne contestait pas le « pilier personnel » (pédagogie de la langue et de la littérature qui permette à un homme de s’affirmer comme infiniment supérieur à ses situations et à ses oeuvres), pas plus que le « pilier social » (connaissance des conditionnements réels de notre vie sociale, démographique, économique, sociologique tout autant que géographique). Mais le « pilier mathématique », disait-elle, ne peut couvrir la connaissance du monde car une exploration technique très concrète précède cette connaissance mathématique du monde, lequel est en outre un objet de contemplation. Aussi regrettait-elle qu’on ne distinguât pas des enseignements « de langage » (dont les mathématiques font partie) et des enseignements « de connaissance ».

R. Théron avait cédé en 1964 à Madame Mathis sa charge de secrétaire académique mais demeurait au comité national où « ses prises de position réfléchies étaient fermes et claires » selon l’expression de Paul Vignaux. Celui-ci, dans la notice nécrologique qu’il lui consacra en 1966, déplora cet accident de la circulation qui privait le SGEN d’une personnalité d’où émanait « une autorité et une influence morales répondant à la meilleure tradition de l’éthique universitaire ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87617, notice THÉRON Renée [Édith, Mathilde, Renée] par Madeleine Singer, version mise en ligne le 21 avril 2010, dernière modification le 21 avril 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Histoire du SGEN, 1987, PUL. — Acte de naissance, mairie de Roquebillière. — École et Éducation (27 avril 1955). — Syndicalisme universitaire (octobre 1955-1966, notamment l’article nécrologique de Paul Vignaux, 29 septembre 1966).

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