HERVIER Pierre

Par Claude Pennetier

Né le 13 septembre 1868 à Bourges (Cher), mort le 13 juin 1950 ; syndicaliste et militant socialiste, puis communiste du Cher ; maire de Bourges.

Pierre Hervier à la Bourse du travail de Bourges
Pierre Hervier à la Bourse du travail de Bourges

Pierre Hervier travailla dès l’âge de douze ans, à Paris, puis, peu après, à Bourges, à « l’habillement » aux Établissements militaires. Mais il ne tarda pas à être renvoyé en raison de son action au sein de l’Amicale du personnel. Il entra alors, toujours à Bourges, dans une usine de toiles cirées comme apprenti, constitua un syndicat et en fut le secrétaire en 1886 — il n’avait donc que dix-sept ans. Quelques années plus tard, il accomplit son service militaire au 2e régiment de zouaves à Oran.

À son retour de l’armée, il reprit son travail à Bourges et poursuivit son action syndicale. C’est en septembre 1896, à Tours (Indre-et-Loire), qu’il participa à son premier congrès national corporatif. L’année suivante, il était un des principaux fondateurs de la Bourse du Travail de Bourges dont il fut aussitôt le secrétaire. En septembre 1901 et septembre 1902, il assista aux IXe et Xe congrès de la Fédération de Bourses du Travail qui tinrent leurs assises respectivement à Nice et à Alger. De 1902 à 1912, il prit part à tous les congrès de la CGT : Montpellier (1902), Bourges (1904), Amiens (1906), Marseille (1908), Toulouse (1910), Le Havre (1912). Secrétaire de l’union départementale des syndicats du Cher en 1912, il mena une action énergique, y compris en ce qui concerne l’antimilitarisme et l’organisation de la caisse du « Sou du Soldat ». Il exerçait encore, en 1914, ses fonctions de secrétaire de l’Union départementale.

Pierre Hervier déploya son activité syndicale non seulement en milieu ouvrier, mais également chez les bûcherons du département, surtout à partir de 1901, où il contribua à la formation de leur Fédération nationale (1902). Il assista, pour la Bourse du Travail de Bourges, à leur IIe congrès, à Nevers, le 30 octobre 1903. Il s’intéressa plus généralement aux problèmes posés par l’organisation du prolétariat rural et des petits exploitants, et assista au congrès constitutif de la Fédération des métayers du Bourbonnais, le 3 décembre 1905, à Moulins. Au congrès unique des fédérations terriennes, tenu à Saint-Fargeau le 2 octobre 1908, il représenta la Fédération des bûcherons avec Bornet et Devessière.

Pierre Hervier milita également sur le plan politique. Propagandiste socialiste, il fut élu au conseil municipal de Bourges. Maire adjoint en 1900, il assuma, l’année suivante, les fonctions de maire après la révocation de Vaillandet.

En fait, à la veille de la guerre, Hervier était considéré comme un élément modérateur au sein de l’Union départementale CGT, aussi son arrestation de juillet 1913 surprit-elle. Les réactions à ce geste arbitraire furent vives, plus d’un millier de personnes participèrent à un meeting de protestation le 10 juillet 1913 ; Proovosty déclara « que ses amis de Melun et lui avaient d’autant plus été étonnés de l’arrestation d’Hervier que tout le monde savait bien que ce dernier était un « légaliste » et plutôt un modéré » ; Chareille de Saint-Florent ajoutait « on se demandait ce qu’il pouvait bien avoir fait, lui si doux, si foncièrement honnête pour qu’on l’ait arraché à l’affection des siens » (Arch. Nat., F7/13338). La Fédération socialiste présenta sa candidature d’amnistie au conseil d’arrondissement en août 1913. Il recueillit 2 337 voix contre 2 916 au maire de Bourges. Pierre Hervier militait dans les rangs socialistes depuis les années 1890, mais se consacrait essentiellement au syndicalisme.

Pendant la Première Guerre mondiale, il se prononça pour l’Union sacrée et soutint la direction de la CGT. Hervier collabora étroitement avec les socialistes majoritaires. L’Émancipateur et le Syndiqué du Cher se regroupèrent sous le titre La Défense, journal syndicaliste et socialiste dont Hervier était codirecteur avec H. Laudier, secrétaire de la Fédération socialiste. En fait, dès janvier 1915, Laudier étant mobilisé, Hervier assuma seul la direction de La Défense sans que les socialistes ne s’en froissent. Ami personnel et politique de Léon Jouhaux, il combattit les courants pacifistes du Cher particulièrement influents chez les ouvriers mobilisés des Établissements militaires de Bourges. Pierre Hervier écrivait à un ami le 3 mars 1918 : « Je ne suis pas assez révolutionnaire disent-ils dans la coulisse, et ma foi oui, je prête à certains le vif désir de me débarquer. Ma foi, ce serait peut-être mon bonheur car je t’assure que je mène une drôle de vie, au milieu de cette babylone qui s’appelle Bourges » (Arch. Nat., F7/13600). Cependant, pour ne pas être débordé par les minoritaires, il enfreignit les consignes du bureau confédéral et ne s’opposa pas à la grève du 1er Mai 1918.

La guerre avait rapproché Pierre Hervier des dirigeants socialistes du Cher, aussi accepta-t-il d’être candidat aux élections législatives de novembre 1919. Le mois suivant, il fut élu conseiller municipal de Bourges. Il prit alors contact avec la Loge maçonnique Travail et Fraternité de Bourges (Grand-Orient) animée par les radicaux et y fut initié en juillet 1920. La situation de Pierre Hervier au sein de l’Union départementale devint très délicate. La plupart des syndicats étaient favorables aux thèses minoritaires mais ils gardaient leur confiance au créateur de l’UD. Or ce dernier avait la fâcheuse habitude de voter majoritaire lors des conseils nationaux, malgré ses mandats minoritaires. À la commission administrative départementale du 17 février 1921, il se contenta de déclarer « qu’il avait trop d’estime pour Jouhaux et Dumoulin pour voter contre eux, et que dans ces conditions il ne pouvait prendre aucun engagement ». Fredonnet prit sa défense : il n’est « pas possible, quelles que soient ses erreurs, de jeter Hervier à la porte, à son âge, et surtout après les services que depuis vingt ans, il rendit à la classe ouvrière ». Pierre Hervier conserva la direction de l’UD et Fredonnet le remplaça au comité confédéral (Arch. Nat., F7/12979). À nouveau délégué en septembre 1921, il s’abstint. Le congrès de l’Union départementale du 22 janvier 1922 lui infligea un blâme. Pierre Hervier avait adhéré au Parti communiste après le congrès de Tours mais ses prises de positions syndicales étaient incompatibles avec son appartenance politique. Hervier aurait été exclu de la section berruyère communiste par 14 voix contre 11, sur proposition de Venise Gosnat, selon un rapport de police : « Le résultat de ce vote aurait été porté aussitôt à la connaissance de Hervier, absent de la réunion, dans l’espoir sans doute qu’il se démettrait de ses doubles fonctions de secrétaire de la Bourse et de l’Union » (Arch. Dép. 25 M 127). Un autre rapport du 14 janvier 1923 signale à nouveau son exclusion au congrès de la Fédération du Cher, pour appartenance à la Franc-maçonnerie (Arch. Dép. 25 M 95). Deux ans plus tard, il adhéra à nouveau au PC : « Camarades, je vous informe que j’ai quitté la Loge maçonnique de Bourges à la date du 31 décembre 1924 et, qu’à dater du 1er janvier 1925, je demande à adhérer au Parti communiste. Les camarades Maurice Boin et Venise Gosnat ont bien voulu être mes accréditeurs en cette circonstance » (L’Émancipateur, 10 janvier 1925). Au congrès de l’Union départementale CGTU du 25 janvier 1925, un délégué (Lelièvre) l’accusa d’avoir quitté la Franc-maçonnerie et rejoint le PC pour ne pas perdre sa place : « Il déclara lui-même à Lelièvre un jour qu’il était harcelé par les communistes. Est-ce vrai ? Hervier est-il allé au Parti de bon gré ? Hervier reconnaît avoir fait la déclaration rapportée » (rapport du commissaire spécial de Bourges, 26 janvier 1925, Arch. Nat., F7/12979).

Le 26 mai 1926, Pierre Hervier devint premier secrétaire de la 27e Union régionale CGTU. Il était membre du Bureau régional communiste et de la commission syndicale. Atteint d’un cancer à la gorge, il dut subir une opération en août 1926 et en sortit très affaibli. Les dirigeants communistes, issus des JC, considéraient Hervier comme un « vieux social-démocrate » (témoignage de Gatignon), aussi en mars 1930, lui demandèrent-ils d’abandonner ses fonctions au profit de A. Keyser. Le pionnier du mouvement syndical resta au Parti communiste mais cette retraite semble avoir été mal acceptée par ses proches, sa fille nous écrivit qu’il avait « été chassé de son secrétariat par les communistes » (lettre du 26 juillet 1976).

Pierre Hervier garda des amis dans toutes les organisations ouvrières de Bourges. Après son décès le 13 juin 1950, la section SFIO salua « le militant infatigable et intègre » et demanda que l’on donne le nom de Pierre Hervier à la place Malus, où il avait fait construire la Bourse du Travail (Le Progrès social du Centre 24 juin 1950). La municipalité accepta de débaptiser une place voisine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87632, notice HERVIER Pierre par Claude Pennetier, version mise en ligne le 21 avril 2010, dernière modification le 20 février 2016.

Par Claude Pennetier

Pierre Hervier à la Bourse du travail de Bourges
Pierre Hervier à la Bourse du travail de Bourges

ŒUVRE : Souvenirs publiés par l’Émancipateur en 1937 et réunis dans une brochure ronéotypée : « Quarante ans d’une vie militante, Pierre Hervier, une vie, un exemple ».

SOURCES : Arch. Nat., F7/12737, F7/12979, F7/13600, F7/13624, F7/13586. — Arch. Dép. Cher, 25 M 46, 25 M 95, 25 M 127. — Comptes rendus des congrès. — Roblin, Les Bûcherons du Cher et de la Nièvre, leurs syndicats, Paris, 1903. — L’Émancipateur. — La Défense. — Le Syndiqué du Cher. — A. Gosnat, Mémoire de Maîtrise, op. cit. — G. Forgeot, La Bourse du Travail de Bourges de 1897 à 1914, Mémoire de Maîtrise, Vincennes, 1973. — Quarante ans de vie militante. Une vie, un exemple (P. Hervier), brochure publiée par l’UD du Cher.

ICONOGRAPHIE : Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, Cher, p. 208. — Claude Pennetier, Le Socialisme dans le Cher 1851-1921, Éditions Delayance. Éditions de la MSH, La Charité, 1982.

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