ARMAND Louis

Par Antoine Olivesi

Né le 1er mars 1882 à Trets (Bouches-du-Rhône), mort le 3 mai 1963 à Rousset, dans le même département ; mineur ; membre du conseil national des mineurs ; secrétaire général de l’UL-CGT de Marseille en 1932 et secrétaire administratif de l’UD-CGT des Bouches-du-Rhône en 1936-1937 après la réunification syndicale ; secrétaire général de l’Union des syndicats FO après la rupture de l’unité : maire socialiste de Trets (1925-1929).

Fils d’Eugène Armand, propriétaire, et de Philomène Bonfillon, sans profession, Louis Armand naquit à Trets, commune toute proche du bassin de lignite de Fuveau-Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône. Il s’y maria le 22 novembre 1906 avec Gabrielle Cabasson. Il travailla comme mineur et adhéra très jeune au Parti socialiste SFIO dont il resta membre jusqu’à son décès. Il fut, en particulier, maire de Trets, pendant quelques années, élu au premier tour, en 1925 (560 voix) avec onze autres conseillers socialistes. « On le dit actif et travailleur, excellent républicain » écrit à son sujet le sous-préfet d’Aix dans son rapport qui lui attribue, à cette date, la profession de comptable. Louis Armand démissionna, en 1929, pour des raisons familiales, remplacé à l’Hôtel de ville par son ami Marius Joly , mineur comme lui, mais demeura secrétaire cantonal du Parti pendant de nombreuses années, jusqu’en 1955, et secrétaire de la section de Rousset, (Bouches-du-Rhône) où il résidait, jusqu’à sa mort.

Cependant, c’est principalement dans le domaine syndical que son activité a été la plus importante. Le 21 janvier 1919, il fut élu membre de la commission syndicale des ouvriers mineurs de Trets, puis secrétaire du syndicat le 7 janvier 1920. Révoqué à la suite de la grève des mineurs du mois de mai de la même année, il fut désigné par ses camarades comme secrétaire permanent le 23 janvier 1921, puis trésorier en 1925. Il les représenta plusieurs fois aux congrès nationaux où ses interventions furent souvent appréciées, notamment à Mulhouse en août 1934. Avec ses amis Clément Pontier, Marius Joly et Victor Savine , il définit les intérêts des mineurs au sein des commissions mixtes et fut élu de 1930 à 1933, membre du comité régional des mineurs puis, en 1935, bien qu’étant à la retraite, membre du conseil national des mineurs pour la 11e région de la Fédération du Sous-sol. Il y demeura jusqu’en 1940, pour entrer ensuite dans la clandestinité en tant que responsable départemental.

En dehors de sa corporation, il exerça des responsabilités syndicales élevées au niveau de la CGT sur le plan local et départemental. En 1932, il était secrétaire général de l’UL de Marseille où il résidait alors, à la Belle-de-Mai, et secrétaire administratif de l’UD. À la fin de l’année 1935, il représenta la CGT à la commission du coût de la vie, à la Préfecture des Bouches-du-Rhône.

À partir du 6 février 1934, il avait participé aux manifestations et aux négociations en vue de la réunification syndicale, malgré les attaques des communistes à son égard qui le présentèrent comme hostile à l’unité d’action lors du meeting du 1er mai 1934 à Trets. Il contribua pourtant activement à la fusion syndicale, notamment au congrès de réunification de Marseille, les 4 et 5 janvier 1936. Il représentait alors la 2eme région au Conseil national de la Fédération CGT et participa à ces assises en étant désigné (avec Louis Julien comme suppléant) au Conseil national de la Fédération réunifiée pour représenter la 10e Région, constituée des départements suivants : Hautes-Alpes, Basses-Alpes, Vaucluse, Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Corse mais aussi l’Algérie et les colonies.

Membre du bureau de la nouvelle UD, secrétaire général du bureau de l’UL, secrétaire administratif de l’UD-CGT en juillet 1937, membre du comité de surveillance des prix, il prit part à toutes les actions de l’époque du Front populaire. Le 28 février 1937, il présenta, à la Bourse du Travail de Marseille, le rapport moral au congrès de l’UL, où 108 syndicats sur 140 étaient représentés et où il déclara, qu’après l’unité, les effectifs de l’UL étaient passés de 37 000 à 100 000 membres. Mais lorsque les ex-unitaires eurent progressivement au cours de l’année 1937 et en 1938 pris le contrôle de l’UD-CGT, Louis Armand se trouva en position minoritaire. Le 10 avril 1938, il signa, au nom du syndicat des mineurs, un appel qui fut publié dans Le Petit Provençal du 13, en faveur de l’indépendance du syndicalisme approuvant la position exprimée, sur le plan national, par « Syndicats ». Il adopta la même attitude au congrès de l’UD à Marseille, qu’il présida, en juin 1938 ; il vota contre le rapport moral présenté par Nédelec, déclarant que « la démocratie syndicale n’est plus respectée depuis 1935 ». Le désaccord succédait à l’unanimité des deux années précédentes.

Il fut cependant réélu secrétaire de l’UL en mars 1939 et, un temps, secrétaire administratif de l’UD, voulant préserver l’unité et éviter une scission. Après la grève du 30 novembre 1938, il essaya, avec Nédelec, d’enrayer le mouvement de désaffection enregistré au sein de la CGT. Tous deux accueillirent Jouhaux dans un grand meeting à l’Opéra de Marseille le 5 février 1939. Il donna lecture du rapport moral au congrès de l’UL le 5 mars mais fut critiqué pour son adhésion aux Amis de Syndicats. Il ne se représenta pas au secrétariat.

Cependant le fossé continua de s’élargir entre ex-confédérés et ex-unitaires, ces derniers dominant totalement les bureaux de l’UD et de l’UL après le congrès départemental de juin 1939. Mais après le pacte germano-soviétique, la guerre et l’invasion de la Pologne par les troupes soviétiques, Armand et son équipe reprirent la direction de l’UD. Au début novembre, un nouveau bureau fut constitué dont Louis Armand redevint secrétaire général. Il déclara vouloir bannir toute politique à l’intérieur de la CGT et lutter contre la propagande communiste qui « continue sous le manteau » dans certains syndicats tels ceux de la métallurgie, du bâtiment, des produits chimiques, des cheminots. Membre du comité consultatif des mines et du conseil national des mineurs (jusqu’au 1er janvier 1940) il fut nommé surveillant général des centres de reclassement professionnel, à Marseille, le 1er janvier 1940. D’après la police, il quitta de lui même le bureau de la Bourse du Travail de Marseille au lendemain de l’armistice (il y aurait été coopté en tant que secrétaire de l’UD le 31 mai 1940). En tant que secrétaire de l’Union des mineurs des Bouches-du-Rhône, il fut l’objet d’une enquête de police à la demande de Vichy, qui, le 17 octobre 1941, s’inquiétait d’un mouvement d’opposition syndicale à la Charte du Travail de la part de l’ancienne fraction CGT Jouhaux. Le rapport du 10 novembre suivant était favorable à Armand, rappelant son opposition « systématique » aux unitaires et son rôle dans la création des Amis de Syndicats avec Ferri-Pisani*. Il ne notait pas d’hostilité à la Charte chez ses amis, même s’ils faisaient quelques critiques sur ses modalités d’application. Il considérait qu’Armand était « peu influent » et qu’il n’y avait pas lieu de l’assigner à résidence, tout en assurant qu’il continuerait à être surveillé.

Après son activité clandestine pendant la Résistance, il devint par la suite, secrétaire général de l’Union des syndicats Force Ouvrière de Marseille. Il a laissé le souvenir d’un syndicaliste compétent, dévoué et désintéressé. Louis Armand était chevalier de la Légion d’honneur. Il a été inhumé au cimetière du Canet, à Marseille, le 4 mai 1963.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87726, notice ARMAND Louis par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 18 octobre 2010, dernière modification le 12 janvier 2021.

Par Antoine Olivesi

ŒUVRE : Nombreux articles dans Le Midi syndicaliste, notamment janvier, février, mars 1932, août 1934, 1936 et 1937, 17 février 1938. et dans Provence socialiste, 1937-1938.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, V M2/255, rapport du sous-préfet d’Aix cité ; M6/10823 (rapport du 6 novembre 1939) ; M6/10874, rapport du commissaire divisionnaire du 1er mars 1937 ; M6/11379 ; XIV M 24/62 et 76W 111. — Le Midi syndicaliste, mars 1932, août 1932 (photo), août 1934, 1er décembre 1935, 15 janvier 1936, 1er mars 1936, 1er avril 1936, 14 juillet 1936, 10 février et 12 juillet 1937 ; Le Petit Provençal, 13 avril et 26 juin 1938, 6 février et 6 novembre 1939 ; Rouge-Midi, 5 mai 1934, 2 mars 1938, 7 mars 1939. — Indicateur marseillais, 1936. — Le Provençal, 4 et 16 mai 1963 (avis de décès, photo et articles nécrologiques de J.-P. Rolles, d’après les renseignements communiqués par Marius Nègre). — M.A. Stagliano, Le Midi syndicaliste, op. cit. — Témoignage de M. Victor Savine. — Renseignements fournis par la mairie de Trets qui indique le 1er mars 1882 comme date de naissance de Louis Armand, alors que Le Provençal mentionne le 4 mai. — Notes de Gérard Leidet. — Gérard Pio, Mines et mineurs de Provence, Editions Clair Obscur, Aix-en-Provence,1984. — cf. aussi le compte-rendu officiel du Congrès d’Albi. — notes Jean-Marie Guillon.

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