GUERRAPIN James

Par Alain Dalançon, Jacques Girault, Marcel Henriot, René Lemarquis

Né le 10 mai 1886 à Dolancourt (Aube), mort le 12 juillet 1970 à Beauchamp (Val-d’Oise) ; professeur d’allemand ; militant syndicaliste, président du Groupement des retraités de l’enseignement secondaire (1950-1966) ; militant socialiste.

Tribune d’un congrès du Snes du début des années 1950
Tribune d’un congrès du Snes du début des années 1950
Au centre de la photo, James Guerrapin (barbe et cheveux longs), à gauche (Besse et Hombourgre) à droite (Fédensieu) [IRHSES]

Fils de Savinien Guerrapin, cultivateur, et de Clara Charton, sans profession, James Guerrapin fut élève au collège de Bar-sur-Aube et obtint le baccalauréat « Philosophie » en 1903. Étudiant à la Sorbonne, à l’Université de Leipzig (Allemagne), il termina sa licence ès lettres (Allemand) à la faculté des lettres de Dijon (Côte-d’Or) en 1909. Après son service militaire, tour à tour répétiteur délégué aux collèges de Châtillon-sur-Seine (Côte d’Or) en 1910, de Tonnerre (Yonne) en 1911, et de Beaune (Côte-d’Or), il fut titularisé professeur d’allemand aux collèges de Corte (Corse) puis de Sillé-le-Guillaume (Sarthe) en 1912.

Mobilisé dans le Génie au début de la guerre, gazé, James Guerrapin passa dans un régiment de zouaves puis dans l’infanterie d’Afrique. Démobilisé en mars 1919, il fit partie de la Commission de contrôle en Allemagne jusqu’en octobre 1919.

Il retrouva un poste de professeur au collège de Wassy (Haute-Marne) puis fut muté au collège de garçons Carnot de Fontainebleau (Seine-et-Marne) en 1927, avant d’être nommé au collège de Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise, Yvelines) en 1939. Il habitait dans le XIIe arrondissement de Paris depuis 1927.

James Guerrapin fut élu conseiller d’arrondissement socialiste SFIO du canton de Vendeuvre-sur-Barse (Aube) en décembre 1919. Enseignant à Wassy, il devint secrétaire adjoint de la fédération socialiste SFIO de Haute-Marne à la fin de 1920. Il vota lors du congrès de Tours contre le maintien dans la Deuxième Internationale et devint directeur de L’Égalité socialiste après une année de luttes politiques. En 1921, l’inspecteur d’Académie signalait ses activités politiques. Il présidait en décembre 1921 le congrès de la fédération communiste de Haute-Marne, puis faisait partie des cadres départementaux du Parti socialiste-communiste. La droite locale l’accusait dans la presse « d’être payé pour propager des idées subversives ». Aussi adopta-t-il une attitude prudente. Après avoir démissionné de son mandat cantonal en avril 1922 pour protester contre une mesure favorisant les gros producteurs de champagne, il abandonna ses responsabilités politiques en janvier 1923.

Dès 1934, James Guerrapin s’occupa des retraites dans le Syndicat national des professeurs de collège en publiant une brochure sur la question. Il participa à la fondation du Syndicat du personnel de l’enseignement secondaire (SPES), fut membre suppléant de la commission exécutive en 1938-1939, et secrétaire adjoint de la section académique de Paris.

Déclaré démissionnaire d’office comme officier de loges maçonniques (Journal officiel, 8 septembre 1941), Guerrapin protesta car, comme il l’avait indiqué sur sa déclaration, il avait démissionné de la loge du Dijon en 1924 ou 1925 et n’avait jamais été officier de loge. Il indiquait en janvier 1942 gagner « comme un manœuvre ». Il refusa sa réintégration au collège de Sézanne, en février 1944, ne voulant pas être « un fonctionnaire diminué » et demandant à retrouver son ancien poste.

À la Libération, James Guerrapin ne fut pas réintégré immédiatement. Le prétexte était qu’il ne pouvait obtenir un poste dans son ancien établissement à Saint-Germain-en-Laye transformé en lycée. Or selon lui, il n’en était rien puisque tous ses anciens collègues avaient été versés dans le corps de professeurs de collèges modernes du cadre parisien alors qu’on s’apprêtait à le désigner pour le corps provincial. Il émit plusieurs objections par lettres au Ministère, indiquant que ce procédé ressemblait « étrangement à celui que l’on respirait au temps de M. Bonnard » et considérant que sa réintégration comme professeur de collège dans le cadre provincial était « une punition » et « une injustice ». Selon lui, les inspecteurs généraux, restés en place, qui jugeaient depuis longtemps que son enseignement était « livresque » puis « désuet », entendaient lui faire payer son refus de sa réintégration en février 1944 car, s’il l’avait acceptée, il aurait reconnu le loyalisme du régime de Vichy. Il demandait une enquête ; le directeur des enseignements secondaires émit un avis favorable pour sa réintégration dans le corps de professeurs de collèges modernes de la Seine.

James Guerrapin fut réintégré, le 28 décembre 1944, avec effet rétroactif en octobre 1944, dans le cadre des professeurs de collèges classiques et nommé au collège moderne Paul Lapie de Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine) où il milita dans le Syndicat national des collèges modernes puis dans le Syndicat national de l’enseignement secondaire (SNES).

Ayant pris sa retraite en 1946, la commission du SNES des retraités dirigée par Albert Perceval, lui demanda de rédiger une circulaire afin d’inviter les retraités à adhérer aux S1 des localités où ils s’étaient retirés, de sorte qu’ils puissent faire partie de la Fédération générale des retraités de la Fonction publique(FGR). Ainsi fut créé au congrès de 1950 le Groupement des retraités de l’enseignement secondaire (GRES) dont Guerrapin assuma la présidence jusqu’en 1966. Cette structure, ouverte à tous les anciens personnels du secondaire, y compris de direction, visait à faire entendre leurs intérêts dans la FGR. Au congrès de 1955 fut votée une modification des statuts du SNES faisant du GRES une section syndicale, disposant de mandats dans les congrès nationaux comme une section académique. Les retraités disposèrent alors d’un secrétaire de catégorie, membre de la commission administrative nationale, élu comme les autres secrétaires de catégorie. Guerrapin cumula les deux responsabilités.

Très populaire, compétent et dévoué, reconnaissable à ses longs cheveux et sa grande barbe blanche, il fut l’organisateur du réseau de responsables académiques et départementaux des retraités et de la constitution des sections départementales (S1) de retraités. Diminué par la maladie, il fut remplacé au secrétariat de catégorie en 1962 par Robert Laforest et en 1966 au GRES par Gaston Langlois mais en demeura président d’honneur jusqu’à sa mort. Il habitait 14 rue du docteur Goujon, Paris (XIIe arr.) de l’après-guerre à son décès.

James Guerrapin devint maire de Dolancourt où il avait conservé un bien. Il l’était toujours en 1970 et fut enterré dans sa commune natale.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87844, notice GUERRAPIN James par Alain Dalançon, Jacques Girault, Marcel Henriot, René Lemarquis, version mise en ligne le 29 juillet 2010, dernière modification le 10 février 2020.

Par Alain Dalançon, Jacques Girault, Marcel Henriot, René Lemarquis

Tribune d’un congrès du Snes du début des années 1950
Tribune d’un congrès du Snes du début des années 1950
Au centre de la photo, James Guerrapin (barbe et cheveux longs), à gauche (Besse et Hombourgre) à droite (Fédensieu) [IRHSES]
Congrès FEN 1960

SOURCES : Arch. Nat., F/17 25183. — Arch. IRHSES, nécrologie dans L’Université syndicaliste d’octobre 1970. — Notice DBMOF par Marcel Henriot et René Lemarquis.

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