GUILLOU Sylvestre

Par Jacques Girault, Alain Prigent

Né le 31 décembre 1913 à Kergrist-Moëlou (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), mort le 31 décembre 1986 à Paimpol (Côtes-d’Armor) ; instituteur ; secrétaire général de la section départementale des Côtes-du-Nord du SNI (1947-1949), militant du PSU.

Natif du canton de Rostrenen, au Sud-Ouest du département, fils dans une famille de cultivateurs exploitant une ferme dans le hameau de Coat-Trenk, Sylvestre Guillou reçut les premiers sacrements catholiques. Élève du cours complémentaire de Rostrenen, il fut reçu au concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Saint-Brieuc en 1930. Refoulé à la visite médicale, il n’y entra qu’en 1931. À partir de 1934, il fut instituteur dans sa commune natale, avant et après son service militaire (1935-1936). En 1937 il retrouva son poste d’instituteur. Il fut élu au conseil syndical de la section des Côtes-du-Nord du SNI en 1938 dont le secrétaire de la section était Georges Meyssonnier*. Il siégea au bureau en tant que responsable de la commission des jeunes. Lecteur de la presse syndicale, abonné à L’École émancipée et à La révolution prolétarienne, il pratiquait des méthodes de l’École moderne, utilisait l’espéranto, correspondait avec des pratiquants de nombreux pays. Responsable du groupe espérantiste départemental, il participa au congrès espérantiste de Bruxelles en 1938 où il se rendit à vélo en utilisant, comme pendant la période, le réseau des auberges de jeunesse et participa à la création de celle de Rostrenen. Électeurs socialistes, devenu hostile à toute religion, partageant les idées pacifistes du SNI, il diffusa dans son secteur rural La Terre libre, le journal antifasciste créé par le SNI. Il participa à la solidarité avec les Républicains espagnols et fut gréviste le 30 novembre 1938.

Mobilisé en août 1939, fait prisonnier, Guillou s’évada en juillet 1942 utilisant le vélo pour rentrer en France. Il resta dans la zone non occupée et enseigna à Sainte-Fauste (Indre) jusqu’à la Libération où il reprit son poste à Kergrist-Moëlou puis fut nommé dans le canton de Lanvollon, à Tréméven, où il fut secrétaire de mairie, Guillou se maria en avril 1939 à Kergrist-Moëlou. Divorcé, il se remaria par la suite en juillet 1946 à Tredez (Côtes d’Armor) avec Madeleine Gouriou, institutrice, née le 19 septembre 1916 à Tréglamus (Côtes d’Armor), fille d’un cultivateur qui décéda le 2 novembre 2003 à Paimpol. Leurs deux enfants ne reçurent pas de sacrements religieux.

Lors du renouvellement de la moitié du conseil syndical de la section départementale du SNI en mai 1947, Guillou fut présenté sur la liste « Indépendance et syndicalisme » de la tendance majoritaire du SNI, emmenée par le responsable d’avant-guerre Raymond Garrivet*. Cette liste de huit candidats qui affirmait son indépendance par rapport aux partis et au gouvernement par refus de tout opportunisme politique obtint tous les sièges sauf un (Marcel Gaillard) au scrutin majoritaire. Guillou fut élu le 8 octobre 1947 secrétaire général d’une section départementale forte de 1 500 adhérents sur 1 850 instituteurs. Il prit ses fonctions dans un contexte social et syndical particulièrement agité marqué à la fois par des grèves très dures menées par la CGT et le développement de mouvements à caractère professionnel dans l’Éducation nationale. Les instituteurs firent à 75 % la grève le 27 novembre 1947 et se mirent à nouveau en mouvement le 6 décembre au moment où la grève s’achevait dans l’industrie et chez les cheminots. Dans le même temps les instituteurs des Côtes-du-Nord accordaient une courte majorité à la direction nationale du SNI lors des élections au bureau national (Henri Aigueperse* : 144 voix ; Paul Delanoue* : 136 voix ; Marcel Valière* : 29 voix). Le conseil syndical réuni le 22 janvier 1948 se partagea sur le choix à faire face à la scission qui touchait la CGT : 10 conseillers syndicaux se prononcèrent pour l’autonomie tandis que les autres s’abstenaient. Dans un long texte publié dans le bulletin départemental de mars 1948, Guillou insistait sur la nécessaire unité de la profession face aux divisions du monde syndical. Cependant lors du référendum de mars 1948, contre toute attente, les instituteurs des Côtes-du-Nord firent dans un premier temps le choix de demeurer au sein de la CGT (oui à la CGT : 693 voix, non : 472). Il fut délégué de la section au congrès extraordinaire de Paris du 22 au 24 mars 1948 avec Yves Glaziou*, Pierre André Quélen* et A. Briand qui fit le choix de l’autonomie. Le conseil syndical réuni le 29 avril se rallia à cette position pour maintenir l’unité de la profession. Dans le même temps 400 instituteurs et institutrices des Côtes-du-Nord maintinrent leur adhésion individuelle à la FEN-CGT.

En 1949, le conseil syndical étant renouvelable par moitié tous les deux ans, la liste « Indépendance du syndicalisme » fut battue (398 voix contre 446) par la liste « pour un syndicalisme agissant et pour le retour à la CGT ». Les 8 sièges furent attribués à la liste CGT qui devint majoritaire au sein du conseil syndical à la suite du ralliement de trois conseillers sortants. Le 13 octobre 1949, à 24 ans, Jean Geffroy* devint secrétaire de la section en 1949 avec pour adjoint Louis Treussart* qui venait de rejoindre le courant cégétiste*. Cependant des militants minoritaires comme Etienne Chevance* siégèrent au sein du bureau départemental.

Élu à la Commission administrative paritaire départementale en 1948 en remplacement de Raymond Garrivet*, Guillou siégea également comme suppléant au comité technique paritaire jusqu’en 1951. Il était également membre de la commission administrative de la section départementale de la Fédération de l’Éducation nationale en décembre 1949 que continuait de diriger André Laithier* pourtant dirigeant important de l’union départementale CGT-FO. En juillet 1949, il fit partie de la délégation départementale au congrès de Nancy avec Louis Treussard*, Marcel Gaillard* et Louis Pétiot*. En avril 1951, il ne figurait pas sur la liste « Indépendance du syndicalisme » dirigé par Arthur Bourgès. Son épouse Madeleine qui figurait en huitième position sur cette liste fut élue. Le courant unitaire ex-CGT obtint 13 sièges (plus deux sièges), les autonomes eurent 8 élus perdant un siège et le courant CGT-FO obtinrent 3 sièges gagnants deux sièges. En décembre 1956, il fut présenté en onzième position par la liste « Indépendance du syndicalisme » menée à nouveau par Arthur Bourgès. Quelques semaines après les événements de Hongrie et de Suez, cette liste qui rassemblait les partisans de la majorité nationale et les militants de L’École Émancipée se rapprocha de la majorité (47 % des suffrages) et talonna la liste dirigée par Georges Hélloco* (« Défense de la laïcité ») : les rapports de force s’étaient resserrés (13 novembre). Guillou siégea donc à nouveau au conseil syndical. En juillet 1957, il fit partie de la délégation départementale au congrès du SNI de Paris avec Émile Thomas* et Antoinette Bocquet*. Quelques semaines plus tard, avec ses camarades de la minorité, il refusa la proposition du secrétaire départemental Émile Thomas de gérer la section avec un bureau hétérogène. L’union réalisée en 1957 ne résista pas aux conséquences de la guerre d’Algérie et la prise du pouvoir par le général de Gaulle. En 1959, deux listes s’opposèrent à la majorité départementale : une liste se réclamant de la majorité nationale du SNI conduite par Sylvain Loguillard obtint 30,4 % des suffrages des syndiqués (sept sièges) et la liste de l’École émancipée conduite par Émile Orain, sur laquelle figurait Sylvestre Guillou en position non éligible, recueillit 15,9 % (quatre sièges). Le conseil syndical du 22 janvier 1959 qui suivit cette élection entérina la mise en place d’un bureau hétérogène intégrant les deux courants minoritaires. Assurant la responsabilité de délégué cantonal en 1959, il termina sa carrière à Kérity-en-Paimpol dans la même école qu’un autre ancien secrétaire de section Ecole Émancipée, Georges Meyssonnier*. Son épouse fut élue en 1961 au conseil syndical sur la liste "Pour l’Indépendance du syndicalisme" initiée par les militants de l’École Émancipée et conduite par Emile Orain de Lannion, liste sur laquelle elle figurait encore en 1962.

Guillou siégea au conseil d’administration de section départementale des Côtes-du-Nord de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale dans les années 1960. E. En 1965 puis dans les années 1970, pratiquant l’Espéranto, il était adhérent de la section du PSU de Paimpol ainsi que son épouse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article87975, notice GUILLOU Sylvestre par Jacques Girault, Alain Prigent, version mise en ligne le 10 mai 2010, dernière modification le 26 mars 2014.

Par Jacques Girault, Alain Prigent

SOURCES : Arch. Nat., 581AP/106, 109. — Arch. Dép. Côte d’Armor, 1W7, 1W12. — Presse syndicale nationale et Bulletin départemental du SNI (1936-1939). — Archives de l’UD CGT des Côtes-d’Armor. — Archives de la FSU 22. — Alain Prigent, Les instituteurs des Côtes-du-Nord sous la IIIe République (Laïcité, amicalisme et syndicalisme), Éditions Astoure, 2005, 272 p. — Renseignements fournis par l’intéressé à J. Girault à la fin des années 1970 et par François Prigent sur les adhérents du PSU.

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