JOBARD Marcel, Régis

Par Jean-François Lassagne

Né le 10 mars 1930 à Pontlevoy (Loir-et-Cher) ; sidérurgiste à l’Union des Consommateurs de Produits Métallurgiques et Industriels (UCPMI) à Hagondange (Moselle) ; syndicaliste à la CGT ; membre de la commission exécutive de l’USTM de Moselle ; militant communiste ; secrétaire de section ; membre du comité fédéral de Moselle ; conseiller municipal (1977-1989) ; adjoint au maire de Marange (aujourd’hui Marange-Silvange, Moselle) (1989-2001).

Marcel Jobard
Marcel Jobard
Coll. privée Marcel Jobard

Son père Victor (Eugène, Hubert) Jobard, était né dans le deuxième arrondissement de Paris en 1898 ; puisatier, il était membre de la SFIO, et vécut dans le Loir-et-Cher à Tauxigny puis à Pontlevoy, jusqu’à son décès le 24 mai 1962. Le 10 juillet 1912 à Sambin (Loir-et-Cher), il avait épousé Angèle Philbert, originaire du village, où elle naquit le 25 mai 1892 ; employée de maison avant la naissance de leurs douze enfants, elle mourut le 7 novembre 1957. Marcel, le dixième, naquit le 10 mars 1930 à Pontlevoy.

Après son passage à l’école primaire du village, il préféra s’engager comme apprenti boulanger-pâtissier, mais la détérioration de ses relations avec son patron l’amenèrent à le quitter, d’autant qu’à cette époque le travail se faisait rare dans les boulangeries des petits villages. Il partit donc travailler dans l’agriculture chez un de ses oncles qui était viticulteur. C’est là que durant l’occupation, et tout en fréquentant les bals de campagne en compagnie d’un camarade accordéoniste, il s’attachait à arracher les affiches allemandes ; puis dès l’âge de seize ans, en 1946, il adhéra au Parti Communiste.

Son service militaire l’amena alors jusqu’à Metz en avril 1950, où il y fit rapidement la connaissance de Louise Gabrielle Eyler, qu’il épousa le 14 septembre 1951. Ils eurent cinq enfants dont deux décédèrent. À sa libération en octobre de la même année, il fut embauché à l’UCPMI à Hagondange, et travailla aux haut-fourneaux en 3/8 jusqu’à sa retraite en 1980. En poste au chargement, il s’agissait de remplir les bennes de minerai et de coke, de les accrocher au monte-charge qui les vidait ensuite dans le gueulard. Il se syndiqua à la CGT en 1952, fut élu délégué du personnel la même année, membre du CHS et du Comité d’Entreprise. Il côtoya alors notamment Marcel Buchmann, Ferdinand Lodi*, Charles Hoessler, et Henry Ketter. C’est ce dernier, l’un des vingt-trois licenciés de l’usine De Wendel à Hayange à la fin des années quarante, qui avec Joseph Marcialis, « dressa » Marcel Jobard comme délégué au haut-fourneau. Il participa à la première grève (il n’y en avait pas eu depuis longtemps) en 1955, pour les salaires, les bleus de travail, pour améliorer la sécurité (il n’y avait pas d’extracteur de poussières), pour obtenir des douches (car le lavage se faisait dans un seau à même le sol), ainsi que des armoires dans les vestiaires. Par la suite le rythme des grèves devint régulier.

Ainsi en 1964, une grève tournante pour des revendications de salaire (notamment), fut engagée à la fois aux haut-fourneaux, à l’aciérie Thomas, à l’aciérie Martin, aux blooming (laminoirs), à la cokerie et au « parc à ferraille ». Au bout de six semaines, et alors que Marcel se trouvait au portier « du chemin de fer », il fut accusé d’avoir ce jour là, coincé les doigts d’un chef des gardes au « grand portier ». Peut être aussi l’ampleur de la manifestation de Metz à laquelle l’usine avait participé, et qui rassembla quarante mille travailleurs, ne fut-elle pas étrangère à cette affaire. Il reçut donc, comme un autre camarade Chapiron, sa lettre de licenciement avec interdiction d’entrer dans l’usine. Dès lors, et durant plus de deux semaines, quatre cents sidérurgistes environ vinrent le chercher chaque jour au portier pour le conduire à son poste à l’usine, si bien qu’il fut réintégré au terme de négociations menées avec la direction. Cependant il se retrouva en poste au plancher à coulée, à faire « le plus sale boulot ». Quand à Chapiron, il fut replacé dans une autre usine. Mais Marcel retourna au chargement quelques semaines plus tard, sur l’intervention d’Albert Spitzer, le chef d’équipe, pour qui Marcel était le seul qualifié à ce poste.

Lors de la grande grève de la sidérurgie et des mines d’avril 1967, un piquet avait été mis en place à chaque portier, et c’est au « grand portier » qu’un gendarme lui remit un jour une convocation pour le lendemain à neuf heures. Il était accusé par un non-gréviste (un jaune), d’avoir maculé le mur de sa maison à l’aide d’huile usagée. Le même jour se tenait un meeting syndical au Parc Municipal d’Hagondange, durant lequel la CGT demanda le retour immédiat de Marcel, retenu à la gendarmerie. Il fut rapidement libéré après enquête.

A la fermeture des haut-fourneaux d’Hagondange en 1979, il refusa une mutation à la cokerie d’Homécourt (Meurthe-et-Moselle), et fut transféré en surveillance au service énergie, où il dut former des travailleurs sans être payé en conséquence, car « prêté » par les haut-fourneaux. Il fut membre de la commission exécutive de l’Union des Syndicats des Travailleurs de la Métallurgie (USTM) de Moselle. Il devint membre du conseil d’administration, puis vice-président et président par intérim de l’Union Fraternelle de la Métallurgie (UFM), qui gérait la maison de vacances Ambroise Croizat de la Petite-Pierre en Alsace, acquise par les métallurgistes CGT de la Moselle au moment du Front Populaire. Il resta militant de la section des retraités d’Hagondange.

A son entrée à l’UCPMI, Marcel vivait au foyer ouvrier de la Seilles-Andenne, et durant neuf mois son épouse avait dû rejoindre sa belle famille à Pontlevoy, avant que le couple puisse vivre dans une baraque de chantier. Puis, avec la Société des Castors de la vallée de l’Orne, il entreprit de construire leur maison à Marange en 1953-1954. Les « Castors étaient un mouvement social d’auto-construction de sa maison dans l’immédiat après-guerre…largement méconnu et pourtant symbole d’une époque, d’un contexte social et politique, de valeurs et de pratiques de solidarité ». Auteur des travaux et bénéficiant d’une aide financière de la Caisse d’Allocations Familiales, Marcel devint propriétaire au terme de vingt cinq années de paiement d’un loyer modeste.

Membre du Parti communiste à la cellule Orne-Basse, il participa activement avec les autres communistes, dont Marcel Servin chargé du parti à l’entreprise, à la mise en place des cellules dans les différents secteurs de l’UCPMI, ainsi qu’à la distribution de tracts et des journaux de cellules aux portiers. Il fut élu secrétaire de section durant deux années, et siégea au comité fédéral de Moselle, responsable de la « propagande ». Il organisa durant plusieurs années le repas du nouvel an de la fédération à Hagondange. À la suite de la création de la cellule de Marange, il fut élu sur la liste de gauche conduite par le socialiste Schwanner. Il y effectua quatre mandats, dont deux d’adjoint de 1989 à 2001 et siégea au syndicat intercommunal de la Barge, ainsi qu’au syndicat du nettoiement. L’Association des donneurs de sang put toujours compter sur lui.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88015, notice JOBARD Marcel, Régis par Jean-François Lassagne, version mise en ligne le 14 mai 2010, dernière modification le 22 octobre 2020.

Par Jean-François Lassagne

Marcel Jobard
Marcel Jobard
Coll. privée Marcel Jobard
Usine UCPMI d'Hagondange
Usine UCPMI d’Hagondange
Coll. privée Marcel Jobard

SOURCES : entretiens avec Marcel Jobard en janvier 2009.

ICONOGRAPHIE : photographies collection privée de Marcel Jobard.

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