JEANDIN Jacques, Lucien

Par Jacques Girault

Né le 9 août 1920 à Gray (Haute-Saône), mort le 24 décembre 2010 à Mougins (Alpes-Maritimes) ; instituteur ; militant communiste en Meurthe-et-Moselle.

Ses parents étaient indiqués à l’état civil employés de commerce. Son père, ancien marchand ambulant de tissus, était employé dans un magasin de tissus à Nancy ; sa mère, ouvrière en usine textile dans le Nord, après avoir tenu un café à Malzéville (Meurthe-et-Moselle) avec son mari, devint stoppeuse à domicile. Jacques Jeandin fut élève de l’Ecole normale d’instituteurs de Nancy (Meurthe-et-Moselle) de 1936 à 1939.

Instituteur à Saint-Nicolas-du-Port, il essaya en septembre 1940 de rejoindre la Grande-Bretagne pour répondre à l’appel du général de Gaulle. Espérant entrer en contact avec le consulat britannique à Barcelone, arrêté en Espagne en octobre, après six mois de prison, il fut remis à la police française en mars 1941. Condamné à un mois de prison par le tribunal de Céret (Pyrénées Orientales), il fut libéré en avril 1941. Espérant que la Marine nationale l’aiderait dans son projet de rejoindre Londres, il travailla jusqu’en décembre 1941 au poste météorologique de La Mitre à Toulon (Var). Le 8 décembre 1941, alors qu’il regagnait la Lorraine, arrêté à la ligne de démarcation, il fut interné à Arbois (Jura) puis à Dôle (Jura) jusqu’au 6 janvier 1942, puis refoulé en zone Sud. Revenu à Nancy en mars 1942, il reprit son métier d’instituteur. Il fit partie du réseau Mithridate de la France combattante, dont il devint chef de secteur. En septembre 1944, il fut chargé de la section de contre-espionnage au centre de renseignements de la Direction générale des études et recherches à Nancy jusqu’au début 1945. Il fut démobilisé en décembre 1945 avec le grade d’aspirant.

Jacques Jeandin se maria religieusement en décembre 1945 à Nancy avec une institutrice d’école maternelle qu’il avait connue alors qu’elle était normalienne. Les parents de son épouse exploitaient une scierie qui fut détruite par l’armée allemande. Le couple, éloigné de toute pratique religieuse, eut deux filles. Ils effectuèrent leurs carrières dans des postes doubles (Lebeuville, Heillecourt pendant 22 ans – où elle était directrice d’école -, Nancy).

Jacques Jeandin, instituteur, co-fondateur d’un cercle culturel à Nancy au printemps 1946 spécialisé dans les questions sociales et politiques, devint instituteur rural à Lebeuville en octobre 1949. Membre du Syndicat national des instituteurs, il fit partie du conseil syndical au début des années 1950.

Il adhéra au Parti communiste français en mai 1950 et participa aux luttes pour la paix (appel de Stockholm). Militant pour la défense de l’école laïque, il fut un des fondateurs du périodique L’instituteur lorrain et écrivait des articles dans La Voix de l’Est. Sa candidature présentée par la fédération pour le stage des instituteurs communistes ne fut pas retenue en 1952. Il fut proposé par la section communiste de Nancy pour entrer au comité de la fédération en 1952. Par mesure de “vigilance“, parce qu’il avait effectué une partie de la Résistance dans un réseau de la France combattante devenue DGER, la section de montée des cadres du PCF demanda à surseoir “temporairement“ à son admission au comité fédéral. Il fut seulement affecté à la commission fédérale de contrôle financier pour une année.

Diffuseur de L’École et la Nation, membre du comité de la section communiste de Nancy, actif parmi les militants, Jeandin écrivit en 1956 un article dans l’hebdomadaire communiste départemental qui fut cité dans les Cahiers du Communisme.
Jeandin fut proposé en 1957 pour entrer au comité de la fédération du PCF. Il fut élu en dépit de la nouvelle opposition de la section de montée des cadres. En 1959, il ne fut pas représenté pour « raisons de santé ».

Jacques Jeandin multiplia les interventions dans la presse locale et régionale (La Voix de l’Est ou L’Est républicain) pour défendre les actions des mineurs de fer de la région. A la demande de la fédération du PCF en 1973, il effectua pendant plusieurs années des recherches pour un ouvrage sur les luttes des mineurs de Trieux qui fut publié par les Éditions sociales. Cet ouvrage fut très bien diffusé régionalement mais l’auteur regretta le faible écho de cet ouvrage dans la presse communiste nationale. Cet accueil mitigé lui apparut, dans une lettre envoyée à la direction du Parti en février 1979, comme une « occasion manquée » par le PCF devant l’ampleur de la résistance populaire en Lorraine.

Retraité en 1975, il s’installa avec son épouse, membre du PCF, à Vallauris (Alpes-Maritimes) en 1976. L’année suivante, le PCF perdait la municipalité. Jacques Jeandin exprima des désaccords sur le fonctionnement et les orientations de la politique du PCF. Il partagea les analyses de Jacques Arnault qui, dans la discussion à la veille du congrès dans l’Humanité du 5 janvier 1982, soulignait le manque de démocratie dans le fonctionnement du PCF et souhaitait la non-réélection du secrétaire général sortant, Georges Marchais. Approuvant les analyses des Rénovateurs communistes, il quitta le PCF et publia en 1985 un ouvrage autobiographique Avec ceux qui ne renoncent pas : l’histoire non censurée d’un communiste lorrain, (imprimerie SNIC). En mars 1988, en désaccord avec un appel de communistes contestataires appelant « malgré tout » à voter pour le candidat communiste à l’élection présidentielle, dans « L’identité communiste en question. Une gageure », il exprima la nécessité de renoncer à perpétrer ce que ces militants croient être l’essence communiste, pour redéfinir une nouvelle identité communiste.

Jacques Jeandin et son épouse entrèrent dans une maison de retraite à Mougins en 2010.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88067, notice JEANDIN Jacques, Lucien par Jacques Girault , version mise en ligne le 16 mai 2010, dernière modification le 12 mai 2017.

Par Jacques Girault

SOURCES : Archives du comité national du PCF. — Thèse de Pierre Roche. — Documents fournis par Marie-Hélène Jeandin, fille de l’intéressé.

ŒUVRE : Le ficher de la BNF comprenait deux références en 2016 : son autobiographie et {Trieux. 79 jours au fond pour la Lorraine}, Paris, Editions sociales, 1977.

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