JOLY Berthe, Marie, Louise (JOLI Berthe selon l’état civil)

Par Rodolphe Prager

Née le 13 juin 1891 à Saint-Claude (Jura), morte le 13 avril 1955 à Lyon (IVe arr.) ; militante du Parti communiste à Lyon depuis 1922 et l’une des premières oppositionnelles ; membre des organisations trotskistes.

Le père de Berthe Joly, François Joli, dit Joly, fut ouvrier sculpteur sur pipes et elle-même travailla de bonne heure dans cette industrie locale de Saint-Claude. À l’âge de quinze ans, elle prit part activement à une grande grève qui dura plusieurs mois et se termina par une défaite. Chaque ouvrier dut mentionner « lu et approuvé » et apposer sa signature au bas des conditions de la reprise imposées aux travailleurs. Berthe Joly écrivit : « Lu et désapprouvé. » Son père fut convoqué promptement et elle fut renvoyée sans plus d’espoir de trouver un emploi dans cette branche en ville. Il ne lui resta que le choix de « passer dans le diamant ». Elle commença à militer à Saint-Claude, notamment pendant la guerre de 1914-1918, soutenant la minorité révolutionnaire de Zimmerwald-Kienthal et le journal La Vague.

Berthe Joly se fixa à Lyon en 1920 et devint adhérente du syndicat des diamantaires, puis, en 1922, membre du Parti communiste. De santé fragile, tuberculeuse, elle poursuivit son activité militante y compris pendant ses nombreux séjours dans les sanatoriums. Elle fut responsable nationale de la Fédération des blessés du poumon. Elle fut, en 1923, membre du Comité directeur du Rhône du PC en tant que responsable du travail en direction des femmes. Le Parti la présenta aux élections législatives de 1924, afin de poser plus particulièrement la question du vote des femmes. Signataire, en janvier 1926, d’un texte s’élevant contre les méthodes de la bolchevisation du parti, elle appartint au groupe oppositionnel qui publia à Lyon, entre 1927 et 1929, Le Réveil communiste. Exclue du parti en 1928, Berthe Joly rejoignit, dès sa création, en août 1929, le journal La Vérité soutenu par Léon Trotsky et devint membre de la Ligue communiste à sa fondation, en avril 1930. Militante d’une autorité reconnue, elle en fut la principale animatrice à Lyon et dans sa région. Bien que peu favorable par tempérament à l’adhésion au Parti SFIO, elle se résigna en août 1934, au choix fait dans ce sens par l’organisation trotskiste. Elle milita dans la section socialiste du IVe arr. de Lyon et signa, pour le Rhône, la motion du groupe bolchevik-léniniste présentée au congrès national de Mulhouse du 9 au 12 juin 1935.
Elle adhéra parallèlement à la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté (LIFPL) et devint secrétaire de la section lyonnaise qui compta une cinquantaine de membres. Elle ne souhaita pas occuper ce poste, en raison de ses convictions trotskistes bien connues, dont elle ne se cachait nullement, pour ne pas interférer sur l’indépendance du mouvement local. Un sérieux conflit opposa la section de Lyon, qualifiée bientôt de trotskiste, à la direction nationale et, singulièrement, à la secrétaire générale Gabrielle Duchêne*, compagnon de route du PCF, à la suite du changement de cap favorable à la Défense nationale et au Front populaire. Pacifistes et trotskistes du groupe de Lyon s’élevèrent contre « l’union sacrée » et « la défense de l’impérialisme français ». Une faible majorité se prononça à l’assemblée nationale de la LIFPL les 27-28 juin 1936 en faveur de l’exclusion du groupe de Lyon, vote contesté ayant donné lieu à certaines manipulations. Le mouvement fut virtuellement coupé en deux, de nombreuses villes se déclarant solidaires des exclus. Le groupe de Lyon poursuivit ses activités autonomes et édita le journal Rassemblement, Berthe Joly bénéficiant de l’appui constant de Madame Challaye, de Thérèse Émery et de Jeanne Alexandre (voir les articles de Michel Dreyfus dans Cahiers du féminisme, n° 18, décembre 1981-janvier 1982 et dans Cahiers Léon Trotsky, n° 9, janvier 1982).
Après l’exclusion des trotskistes de la SFIO, en octobre 1935, R. Molinier présida le premier congrès du Parti communiste internationaliste dirigé par P. Frank qui se tint du 30 mai au 1er juin 1936. Élue au Comité central en octobre, elle fut réélue à ce poste au congrès suivant de septembre 1937. Elle ne cessa de jouer un rôle important dans cette organisation avant le déclenchement de la guerre, participant à tous les débats, notamment à celui sur l’URSS où elle s’exprima contre le mot d’ordre de la défense de l’Union soviétique. Elle anima encore dans ces années les campagnes contre les procès de Moscou et en faveur de la solidarité avec l’Espagne en lutte.

Au cours de la guerre, Berthe Joly, dans la mesure de ses moyens et en dépit de sa maladie, n’interrompit pas son activité et vint en aide à de nombreux militants en difficulté, immigrés ou clandestins. Trop connue des services de police, elle dut se cacher et ses camarades du Comité communiste internationaliste la firent venir à Paris, en août 1943, munie d’une fausse identité ; elle fut hébergée à Suresnes dans la famille de Roger Foirier. Son état de santé nécessita encore un séjour dans une clinique.

Épouse séparée de Marius Bourgeat, revenue à Lyon, elle fut assaillie de plus en plus par les difficultés matérielles et par ses problèmes de santé. Pour subvenir à ses besoins, elle vendit des articles de mercerie sur les marchés jusqu’au moment où elle fut victime d’un très grave accident, en 1951. Ses convictions et sa détermination ne faiblirent pas. Dans un « testament » elle réaffirma ses idées révolutionnaires et athées et prescrivit que son corps soit remis à la Faculté de médecine aux fins de la recherche.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88124, notice JOLY Berthe, Marie, Louise (JOLI Berthe selon l'état civil) par Rodolphe Prager, version mise en ligne le 24 mai 2010, dernière modification le 23 mai 2010.

Par Rodolphe Prager

SOURCES : Arch. Trotsky Harvard, documents d’exil, n° 177. — Arch. PPo., carton 45. — Le Bulletin communiste, 22 janvier 1926. — La Vérité, 31 mai 1935. — La Commune, 5 juin, 23 octobre, 11 décembre 1936 et 19 février 1937. — La Vérité des travailleurs, n° 30, mai 1955. — R. Hirsch, Le mouvement trotskiste de 1929 à 1933, Mémoire de Maîtrise, Paris I, 1974. — Bulletin intérieur du PCI, janvier 1937. — Témoignage de Jeanne Mollard en 1978. — Renseignements recueillis par J.-M. Brabant et L. Bonnel. — État civil de Saint-Claude.

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