HIVERNAUD Albert, Jean, Baptiste

Par Albert Ayache, Jacques Girault

Né le 4 août 1907 au hameau de La Fabrique à Saint-Brice-sur-Vienne (Haute-Vienne), mort le 9 octobre 1990 à Nice (Alpes-Maritimes) ; instituteur au Maroc ; militant syndicaliste du SNI ; militant socialiste.

Albert Hivernaud était l’aîné d’une fratrie de quatre enfants, fils d’un boulanger rural, tué à Verdun en 1916. Il eut une rude enfance de petit paysan pauvre dans la campagne limousine. Après l’école primaire du village, pupille de la Nation, il fréquenta l’école primaire supérieure de Saint-Junien, puis l’École normale d’instituteurs de Limoges (1923-1926). Il se maria en décembre 1927 à Limoges (Haute-Vienne) et vint enseigner au Maroc à Bouskoura (1928-1931), puis à Casablanca. Le spectacle de la misère des Marocains à la campagne et à la ville l’indigna. Déjà socialiste, il s’inscrivit à la Fédération SFIO du Maroc, mais son activité fut essentiellement syndicale.

Albert Hivernaud fut le secrétaire adjoint de la section marocaine du Syndicat national des instituteurs à partir de novembre 1931 et le resta dans le SNI unifié jusqu’en 1939. Il fut en même temps secrétaire général adjoint de l’Union des syndicats du Maroc (CGT) de 1932 à 1934, puis secrétaire général de 1935 à 1939, succédant à François Mattei dont il était l’ami.

À la suite des grèves de 1936, et grâce à une tolérance sous l’effet du Front populaire, la syndicalisation progressa soudainement au Maroc, entraînant de nombreux salariés marocains. Mais le droit syndical, reconnu aux Européens, ne fut pas accordé aux Marocains. Des grèves affirmant la combativité des travailleurs marocains éclatèrent à Casablanca et dans les centres phosphatiers de Louis Gentil et de Khouribga en juin 1938 ; elles servirent de prétexte à la parution d’un texte législatif punissant d’emprisonnement ou d’amende la syndicalisation des Marocains pour lesquels la Résidence nourrissait un projet de corporation.

Albert Hivernaud eut à subir de rudes critiques — elles venaient surtout de militants pivertistes ou trotskistes — à la suite de ce coup d’arrêt. On lui reprochait des concessions et des reculs qui auraient favorisé la manœuvre de la Résidence. Il s’en défendit avec vigueur, et le congrès de Fès (mars 1939) approuva le rapport moral qu’il présenta. Son activité à la direction de l’Union des syndicats du Maroc fut grande et efficace, tant pour l’organisation syndicale que pour ses interventions dans les conflits revendicatifs : grèves de juin 1936, de janvier, février, août 1937 et juin 1938, ou en matière de législation sociale.

Depuis 1935, il représentait le Maroc dans la plupart des comités confédéraux ou des congrès de la CGT française, où il attirait l’attention sur la condition des travailleurs marocains et la nécessité d’une législation sociale, conventions collectives et droit syndical, qui leur permettrait de s’organiser. Ses articles dans le journal Travail, organe de l’Union des syndicats, et la netteté de ses souvenirs ont constitué une source précieuse pour la connaissance du mouvement syndical en cette période (1935-1940).

Officier de réserve, il fut mobilisé en août 1939, démobilisé en 1940, puis révoqué en décembre suivant comme syndicaliste et franc-maçon. Malgré cela, il estima que Belin, l’ancien secrétaire général adjoint de la CGT, devenu ministre du Travail du maréchal Pétain, pourrait sauvegarder le syndicalisme ouvrier et il encouragea des militants dont [Carreau-> à maintenir quelque vie syndicale à Casablanca.

En 1943, Hivernaud fut donc réintégré dans l’enseignement et participa à la vie syndicale au Maroc. Instituteur à l’école du centre à Casablanca, il resta après la guerre, pendant toute son activité, secrétaire de la section marocaine du SNI, participant régulièrement aux réunions statutaires du syndicat. Au congrès national de 1948, il intervint le 23 mars sur les questions corporatives et désapprouva le rapport d’activité qui, selon lui, négligeait la situation de l’Outre-mer. Au conseil national du 27 décembre 1952 il intervint sur la situation au Maroc et la répression qui frappait les instituteurs militants. Au congrès national de 1953, il prit la parole, le 18 juillet, dans la séance consacrée à l’Outre-mer. À celui de Bordeaux, le 21 juillet 1955, il approuva le rapport moral, condamna le terrorisme, mais stigmatisa « avec plus de vigueur encore le contre-terrorisme ». Au congrès de 1957, il illustra la situation de l’Outre-mer avec l’exemple marocain. Il fut à nouveau assesseur à la séance du congrès de Brest en juillet 1958 consacrée à l’examen du rapport moral. Après l’indépendance, dès 1957, il fut le secrétaire général de la Société nouvelle des instituteurs français du Maroc, considérée comme une section du SNI.
Divorcé, il s’était remaria en décembre 1948 à Casablanca.

Hivernaud publia, au début des années 1950, plusieurs manuels scolaires sur l’organisation administrative, politique, judiciaire du Maroc, en vue de la préparation du certificat d’études primaires et pour l’enseignement de l’instruction civique dans les cours complémentaires, les collèges et lycées, et sur la législation sociale au Maroc pour le certificat d’aptitude professionnelle, imprimés à Casablanca.

Retraité, Albert Hivernaud vint habiter Nice au début des années 1960 dans un ensemble immobilier construit par des enseignants. Il gardait des contacts avec son Limousin natal et écrivait des ouvrages historiques et des monographies locales. Il édita ses mémoires en 1984.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88136, notice HIVERNAUD Albert, Jean, Baptiste par Albert Ayache, Jacques Girault, version mise en ligne le 23 mai 2010, dernière modification le 6 juillet 2021.

Par Albert Ayache, Jacques Girault

ŒUVRE :
- La législation sociale au Maroc, Casablanca, A. Moynier, 1949,
- L’organisation administrative et politique du Maroc, Casablanca, A. Moynier, 1952 et 1954,
- Initiation à l’organisation administrative, politique et judiciaire du Maroc, Casablanca, A. Moynier, 1953
- Petite histoire de Javardat : de l’âge de pierre à la fin du XIXe, Nice [chez l’auteur], 1973.
- Petite histoire de Saint-Junien : du VIe siècle à nos jours, Nice [chez l’auteur], 1974,
-  Petite histoire de Cieux : de l’âge de pierre à la fin du XIXe, 1976, de l’âge de pierre à la fin du XIXe, Nice [chez l’auteur], 1973,
- Petite histoire d’Oradour-sur-Glane : De la préhistoire à nos jours. La tragédie de 1944. Le procès de Bordeaux, sl, imprimerie Bontemps, 1968, 1977, 1983.
- Le feu d’artifice. Du Limousin au Maroc. Les mémoires d’un enseignant pas comme les autres, Limoges, Dessagne, 1984

SOURCES : Arch. com. Saint-Junien (Hamid Bernoussi). — DBMOF Albert Ayache. — René Gallissot, Le patronat européen au Maroc. Action politique, action sociale (1919-1942), éditions techniques nord-africaines, Rabat, 1964. — Albert Ayache, Histoire du mouvement syndical au Maroc, tome I, 1919-1942. — Hivernaud, « Un demi-siècle de souvenirs, 1907-1963 », note biographique à Alb. Ayache, reçue le 8 septembre 1974. — L’Ecole libératrice.

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