GUILLEMOT Armand, Mathurin, Marie (père)

Par Christian Bougeard, François Prigent

Né le 14 novembre 1902 à Lorient (Morbihan), mort le 22 juin 1953 à Lorient ; ouvrier de l’arsenal de Lorient ; militant du PCF et syndicaliste CGTU puis CGT du Morbihan, membre de la direction de la fédération du Morbihan en 1944, secrétaire de l’UL-CGTU (1929-1935) ; résistant FTP ; conseiller municipal de Lorient (1945-1953), conseiller général de Lorient 2 (1946-1949).

Son père, Mathurin Guillemot, âgé de quarante-sept ans en 1902, était deuxième maître canonnier dans la Marine nationale, titulaire de la médaille militaire. Sa mère, Philomène Coacaud, trente-huit ans, était ménagère. Armand Guillemot se maria une première fois le 10 juillet 1924 à Lorient avec Germaine Le Bayon, puis une seconde fois le 11 décembre 1937 à Bordeaux (Gironde) avec Simone Bergé.

Né dans une famille ouvrière lorientaise, Armand Guillemot, charpentier en fer à l’Arsenal, était un pionnier du Parti communiste du Morbihan. Militant CGTU dès 1924, cet administrateur du journal communiste L’Espoir du Morbihan adhéra au PCF en 1927 dans le cadre des mobilisations contre la guerre du Rif. Il fut un des dirigeants de l’Union locale CGTU du Morbihan, occupant le poste de secrétaire en 1929 et de secrétaire adjoint en janvier 1935.

Il fut candidat aux élections municipales en 1929 à Lorient sur une liste communiste, où figuraient Émile Guyot*, Émile Guerhédec et Joseph Le Gouriérec, qui se maintint au deuxième tour. Il fut également candidat aux élections municipales en 1935. Les relations politiques avec la fédération socialiste étaient très tendues. L’hebdomadaire de la SFIO Le Rappel n’hésita pas à l’attaquer très durement, signalant son implication dans une agression contre un marin originaire de la Guadeloupe, en juin 1929, lors de la grève menée par les dockers lorientais de la CGTU. En 1938, la région du PCF du Morbihan, rattachée au Finistère, regroupait un peu plus de 300 adhérents organisés en trois rayons, dont le plus important se situait dans l’agglomération de Lorient, regroupant les deux tiers des militants.

Aux côtés de Roger Le Hyaric* notamment, Armand Guillemot joua un rôle important dans la résistance communiste à Lorient. À la Libération, en août 1944, il faisait partie du bureau de la fédération du PCF du Morbihan, installée à Vannes jusqu’à la reddition des forces allemandes de la poche de Lorient.

En octobre 1945, Armand Guillemot figurait en 7e position sur la liste communiste aux législatives, conduite par Louis Guiguen*, qui obtint 35 210 voix alors que le PCF avait obtenu de 2 700 voix en 1936. Cette poussée communiste se traduisait par la mise en place d’une fédération, revendiquant plus de 5 000 adhérents en juin 1945. Armand Guillemot fut élu conseiller municipal de Lorient à la fin septembre 1945, les élections municipales ayant été retardées en raison de la persistance des combats dans la poche de Lorient.

En avril 1946, la mort d’Emmanuel Svob*, conseiller général du canton de Lorient 2 depuis 1928 et maire de Lorient dès 1925, provoqua une élection partielle. La SFIO ayant investi Jean Penquer*, maire de Keryado, plutôt que Louis Cren*, le PCF préféra mettre sur le devant de la scène Armand Guillemot plutôt que le député Louis Guiguen, dont la candidature avait été envisagée dans un premier temps. Ancré autour des réseaux d’anciens combattants, Jean Penquer fut distancé au 1er tour par Armand Guillemot, signe de l’inversion des rapports de force SFIO-PCF dans la période 1945-1946. La direction de la SFIO tergiversa au moment du désistement. Au second tour, Armand Guillemot fut élu conseiller général à quarante-quatre ans, devenant le premier et le seul conseiller général communiste au sein de l’assemblée départementale. Entre 1967 et 2008, il y eut cinq autres conseillers généraux PCF dans le Morbihan : Jean Maurice* et Jean-Claude Perron à Lanester, Eugène Crépeau*, Gérard Perron et Christian Perron à Guémené-sur-Scorff.

En 1947, il fut réélu conseiller municipal sur la liste communiste (13 élus), tandis que la SFIO (8 élus) conservait la municipalité en s’alliant avec les radicaux et le MRP. Lors d’une polémique sur le relèvement des indemnités des élus, Armand Guillemot se heurta durement avec l’ancien leader des JS passé au PCF, Robert Boulay*, maire communiste dissident de Lanester. De même, les échanges étaient vifs au conseil municipal avec les dirigeants socialistes Julien Le Pan*, Jean Le Coutaller* et Jean Penquer.

Dirigeant majeur de la CGT du Morbihan, aux côtés de René Bonnaire* et Marcel Piriou*, Armand Guillemot intervint à de multiples reprises, face à Marc Caudan* notamment, dans les débats syndicaux en 1947-1948, lors de la scission Force ouvrière, dont la part était importante dans le secteur lorientais.

Lors du renouvellement de mars 1949, le conseiller général sortant arriva encore en tête avec 33,5 % devant un candidat RPF, le socialiste Julien Le Pan et un MRP. Mais il fut battu au second tour par le RPF Émile Jouannic, adjoint au maire de Lorient, (43,6 %), n’obtenant que 34 % des suffrages exprimés, du fait du maintien du maire de Lorient Julien Le Pan (22,3 % des voix). Le maintien des communistes contre les socialistes sortants avaient abouti en 1949 à la défaite de Charles Montmayeur* à Guémené-sur-Scorff et de Jean Le Coutaller à Lorient, tandis que les socialistes contribuèrent à faire battre le conseiller général communiste sortant à Lorient. Le PCF perdait ainsi son unique conseiller général du Morbihan, tandis que la SFIO passait de 7 à 4 élus seulement.

En 1951, Armand Guillemot figurait parmi les treize élus communistes de la municipalité de Charles Le Samedy*, les communistes ayant profité des divisions socialistes entre Julien Le Pan et Jean Le Coutaller pour gagner la mairie.

Suite à l’agitation sociale à l’Arsenal de Lorient en 1951-1952, Armand Guillemot fut révoqué tout comme René Bonnaire, Jean Maurice et Charles Le Samedy.

En 1953, il se retira de la vie politique locale, contribuant au lancement de son fils Armand Guillemot, dont l’élection se fit sur le renom de son père. Armand Guillemot père décéda peu après les élections, qui virent la victoire de Jean Le Coutaller, député SFIO entre 1945 et 1956.

Son fils Armand Guillemot fut un dirigeant majeur du PCF et de la CGT à Lorient à partir des années 1950.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88167, notice GUILLEMOT Armand, Mathurin, Marie (père) par Christian Bougeard, François Prigent, version mise en ligne le 26 mai 2010, dernière modification le 3 septembre 2010.

Par Christian Bougeard, François Prigent

SOURCES : Arch. Nat., F1cII/278. — Arch. Dép. Morbihan, 1M1753-1755 et 1M5255. — Listes des comités fédéraux du PC, transmises par Claude Pennetier. — Arch. fédérales du PS du Morbihan. — Arch. de l’UD-FO du Morbihan. — Arch. privées Jean Le Coutaller. — Bretagne Nouvelle. — Le Rappel du Morbihan (1922-1953). — Entretiens avec Armand Guillemot* (son fils), Jean Maurice et Eugène Crépeau. — Cahiers d’Histoire de l’IRM, n° 23, 1985. Intervention d’Armand Guillemot, référence au compte rendu imprimé préparatoire à la 2e conférence fédérale des 10 et 11 août 1946. — Christophe Rivière, Notables municipaux et élus départementaux en Morbihan 1932-1959, mémoire de maîtrise, UBO, 1998. — Marcel Piriou, Quai des humbles, VO éditions, 2001. — François Prigent (dir.), « Trajectoires militantes et réseaux socialistes dans le Morbihan au XXe siècle », dossier spécial, Recherche Socialiste, n° 42, mars 2008, p. 5-112. — Notes de Christophe Rivière, Alain Prigent et Claude Pennetier.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément