MADELAINE Victor

Par Aurélie Rey

Né le 7 novembre 1927 à Algrange (Moselle), mort le 5 décembre 2014 ; contremaître ; maire de Nilvange (1965-2001) ; conseiller général de Hayange (1967-1992) ; secrétaire fédéral de la JOC de Moselle ; responsable fédéral CFTC puis CFDT en Moselle ; responsable national de la CFDT métallurgie ; militant PSU puis PS (depuis 1972).

Victor Madelaine
Victor Madelaine

Son père Jean Madelaine était ouvrier dans la sidérurgie, à la Société Métallurgique de Knutange (SMK) et sa mère Marie Freitag était sans profession. Victor Madelaine fréquenta l’école primaire d’Algrange, puis de Knutange. Après avoir obtenu son CEP, il entra en septembre 1941 au centre d’apprentissage de l’usine de la Paix (SMK) en qualité d’apprenti-tourneur sur métaux.

Titulaire du CAP en mars 1944, il fut incorporé de force au RAD jusqu’en juillet 1944. Le 12 janvier 1945, il fut mobilisé dans la Wehrmacht jusqu’au 25 mai 1945, date de sa libération par les Alliés. Entré au Génie rural à Metz à la Libération, il y travailla jusqu’en septembre 1946, avant de revenir à la SMK de Knutange (absorbée depuis par Wendel-SIDELOR) en qualité d’ajusteur. Par la suite, il devint contremaître à l’atelier d’entretien de cette usine.

À dix-huit ans, Victor Madelaine entra à la JOC, dont il devint rapidement le secrétaire fédéral. Fondateur du mouvement de jeunes « Loisirs populaires » à Nilvange, il en était le responsable entre 1947 et 1952. Il adhéra ensuite à la CFTC en 1951. Tout d’abord délégué du personnel à Wendel-SIDELOR, il occupa successivement un certain nombre de responsabilités : délégué du personnel, délégué au comité d’établissement, délégué au comité central d’entreprise, représentant de l’usine De Wendel au syndicat départemental puis régional de la CFTC. En 1964, il rallia la CFDT, intégrant le bureau national de la métallurgie comme président de la sidérurgie de l’Est, qui regroupait les sections syndicales CFDT du secteur de la Moselle, de la Meurthe-et-Moselle et de la Meuse.

En mars 1959, il se présenta pour la première fois aux élections municipales de Nilvange (Moselle), avant d’être élu conseiller municipal avec 1 772 voix, puis maire en mars 1965. Constamment réélu à la tête de la municipalité lors des élections entre 1971 et 1995, il ne se représenta pas en 2001.

Au sein de la fédération PSU de Moselle (91 adhérents en 1963), menée par Pierre Belleville*, Marcel Grégoire* et Joseph Linder* notamment, Victor Madelaine était un relais essentiel pour le milieu ouvrier CFDT. En Moselle, le PSU joua dans les années soixante, un rôle important dans la recomposition des gauches. En effet, les gauches non communistes se trouvaient dans une situation de faiblesse historique née de la période de l’Annexion : d’une part la gauche dans son ensemble était faible, et d’autre part le PCF, bien que plus faible que dans d’autres régions, exerçait une hégémonie sur la gauche mosellane. Mais la Moselle était également un département très catholique, où les associations du monde ouvrier et faisant partie du mouvement social, comme la JOC et l’ACO étaient très bien implantées. Avec la guerre d’Algérie, la « deuxième gauche », née de l’évolution des courants chrétiens progressistes et de leur détachement croissant vis-à-vis de l’Église, prirent le pas sur une SFIO fragile et déclinante, et jouèrent un rôle important dans l’implantation du socialisme en Moselle.

Victor Madelaine adhéra au PSU en 1965. En mars 1967, il était candidat PSU dans la troisième circonscription de Moselle (Thionville-ouest), obtenant 10 734 voix sur 54 084 suffrages exprimés, soit 19,8 % des voix. Distancé par le candidat communiste César Depietri* (19 539 voix) et le candidat UNR Jean-Louis Gasparini (18 010 voix), il se désista au second tour en faveur du candidat PCF, député jusqu’en 1978. Son suppléant était Raymond Thony, militant CGT, président de la MJC et conseiller municipal de Moyeuvre-Grande.

En septembre 1967, il se présentait comme candidat unique de la gauche, sous l’étiquette PSU dans le canton de Hayange. Au 1er tour, il arrivait en tête du ballottage avec 4 466 voix sur 12 695 suffrages exprimés (35,17 % des voix), avant de l’emporter au 2ème tour avec 8741 voix sur 13 048 suffrages exprimés (66,99 % des voix).

En juin 1968, il fut à nouveau candidat dans la même circonscription de Thionville ouest, recueillant au 1er tour 10 248 voix. Il se retira au second tour au profit du PCF. En 1969, il fut délégué au Comité départemental de soutien à Michel Rocard* pour les élections présidentielles. En 1971, lors de la campagne pour les élections municipales, il était en désaccord avec le PCF et le PSU qui lui reprochaient de proposer sur sa liste sans étiquette deux candidats UDR. Ce différend entraîna sa démission du PSU le 15 février 1971. Au renouvellement municipal de mars 1971, il fut réélu au premier tour avec toute sa liste, obtenant 2 132 voix sur 2 858 suffrages exprimés pour 3777 inscrits, reconduit dans ses fonctions de maire. Il adhéra au PS le 28 juillet 1972.

En mars 1973, il fut candidat aux élections législatives sous l’étiquette socialiste dans la circonscription de Thionville-ouest. Il recueillit au 1er tour 15 237 voix sur 56 995 suffrages exprimés (26,8 % des voix), se désistant au second tour en faveur du candidat communiste Depietri, qui retrouva son siège perdu en 1968.

En septembre 1973, il conserva son siège de conseiller général, sous l’étiquette PS, en recueillant 5 237 voix sur 11 364 suffrages exprimés (46,1 % des voix) au 1er tour et 7 414 voix sur 11 936 suffrages exprimés au second tour (62,1 % des voix).

En 1974, il conduisait la liste présentée par le PS aux élections sénatoriales. Son suppléant était Pierre Halle, maire d’Apach et conseiller général socialiste de Sierck-les-Bains.

Dans le même temps, il participa aux mouvements sociaux des années 70, notamment les manifestations en faveur des grévistes des Nouvelles Galeries de Thionville en 1972, un épisode marquant localement. Il fit également partie du comité de soutien en faveur de Lip en 1974.

Lors des élections cantonales de mars 1979, bien que devancé par le candidat communiste Raymond Gatti, il se maintint au second tour et fut réélu par 9 321 voix sur 17 163 suffrages exprimés, contre 7 762 au représentant du PCF.

Victor Madelaine s’était marié le 28 juillet 1952 avec Irène Becker (née le 7 octobre 1930), avec qui il eut trois enfants.

Ses obsèues eurent lieu le 9 décembre, en l’église Saint-Jacques-le-Majeur de Nilvange. Son corps fut incinéré.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88196, notice MADELAINE Victor par Aurélie Rey, version mise en ligne le 1er juin 2010, dernière modification le 6 janvier 2020.

Par Aurélie Rey

Victor Madelaine
Victor Madelaine

SOURCES : Entretien avec Victor Madelaine. — Arch. Dép. Moselle, séries W, préfecture de la Moselle et 35 J, fonds Paul Caspard. — Arch. Marc Heurgon, dossiers Moselle. — Arch. Nationales, 581 AP, fonds du PSU. — Aurélie Rey, L’évolution des forces politiques dans le département de la Moselle de 1945 à 1981, thèse de doctorat, Université de Metz, 2008. — Mairie de Nilvange. – Le Républicain lorrain. – Notes de François Prigent.

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