JEANTET Aimée, Berthe

Par Pascale Le Brouster

Née le 4 avril 1935 à Nantua (Ain), morte le 24 octobre 1984 à Villejuif (Val-de-Marne) ; employée de l’industrie chimique ; syndicaliste féministe CFTC puis CFDT de l’Ain, permanente de la Fédération CFTC-CFDT des Industries chimiques (1960-1969), membre de la commission féminine confédérale CFTC-CFDT (1961-1969).

Fille de Louis Jeantet, cultivateur, et de Louise Vincent-Genod, institutrice, Aimée Jeantet, employée d’une entreprise de matières plastiques à Oyonnax (Ain), adhéra en 1952 à la CFTC. En 1960, elle devint membre du bureau de la Fédération des Industries chimiques (FIC) en tant que secrétaire administrative, puis comme trésorière à compter du congrès fédéral d’octobre 1962. Elle occupa cette responsabilité jusqu’en novembre 1968, date à laquelle elle fut élue secrétaire fédérale lors du XVIe congrès de la FIC. Rare femme chargée de responsabilités au sein de la CFDT, elle fut, lors du congrès confédéral de novembre 1967, désignée comme membre suppléante d’Edmond Maire* pour représenter la FIC au conseil confédéral. De 1960 à 1969, elle fut également responsable de la formation à la FIC, formation qu’elle renouvela profondément. S’appuyant sur une méthode dite « d’entraînement mental » et militant parallèlement pour la mise en œuvre d’une approche psychosociologique de la formation, elle avait comme but, pour reprendre les propos de Guy Brucy, de former les militant(e)s à la liberté. Aux côtés de Jean-Marie Kieken* et Marcel Gonin* dans le cadre de la commission de formation confédérale, elle tenta de transposer cette nouvelle démarche au niveau confédéral. Toutefois, la politique de formation qu’elle prônait était loin d’être partagée par l’ensemble des militant(e)s, tant au niveau confédéral que fédéral, ce qui explique pour partie son départ de la CFDT en 1969.

De 1961 à 1969, Aimée Jeantet fut également membre de la commission féminine confédérale (CFC), où elle représentait la FIC. Militante minoritaire, elle y entra pour faire progresser le projet de renouvellement et de déconfessionnalisation de l’organisation, mais surtout parce qu’elle avait conscience de la situation d’infériorité que les femmes vivaient au sein de l’organisation. Avec, notamment deux autres militantes minoritaires, Jeannette Laot*, alors permanente à la Fédération nationale des Tabacs, et Madeleine Délessert*, secrétaire de l’Union départementale du Rhône, elle engagea l’ensemble de la CFC dans une réflexion de fond sur les problèmes féminins et en fit un instrument à même d’élaborer une stratégie syndicale pour les femmes. En septembre 1963, la CFC se dota d’une équipe restreinte pour suivre les questions relatives aux travailleuses, appelée équipe fonctionnelle, dont Aimée Jeantet fit partie aux côtés de Jeannette Laot, Simone Troisgros*, Renée Lambert* et Élisabeth Martinie*. Mais surtout, elle participa avec Jeannette Laot au renouvellement des sessions de formation féminine, ce qui n’était pas sans lien avec son travail de formation au sein de la FIC. Lieux de construction et de transmission d’un savoir, ces sessions jouèrent un rôle moteur dans l’élaboration et la diffusion d’une stratégie syndicale pour les femmes. En 1962, Aimée Jeantet prit part à titre personnel, tout comme Jeannette Laot et Simone Troisgros, au Mouvement démocratique féminin (MDF), sorte de nouvelle gauche des femmes. En 1964, une session « recherche » de la CFC fut d’ailleurs entièrement consacrée au MDF. De même, en juin 1967, le numéro 9 de la revue bimestrielle du MDF, La femme au XXe siècle, ouvrit ses colonnes à Aimée Jeantet afin qu’elle rendît compte, au nom de la CFDT, du colloque « femmes au travail » organisé par la Confédération en mai 1967 et avec lequel les militantes purent imposer la réalité des femmes au travail. Enfin, les textes concernant particulièrement les travailleuses, votés en 1970 lors du XXXVe congrès confédéral de la CFDT, firent de la lutte contre la subordination des femmes un élément stratégique du projet autogestionnaire de la CFDT. Ils apparaissaient comme l’aboutissement de la réflexion collective à laquelle Aimée Jeantet avait participé ardemment pendant neuf ans.

Elle s’était mariée le 9 septembre 1977 à Paris (XIXe arr.) avec Jean-Marie Kieken*, ancien permanent de la JOC, syndicaliste CFTC-CFDT, cheminot, puis chimiste, qui avait occupé de 1947 à 1973 des responsabilités au sein de la FIC et de la confédération.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88270, notice JEANTET Aimée, Berthe par Pascale Le Brouster, version mise en ligne le 17 juin 2010, dernière modification le 23 août 2010.

Par Pascale Le Brouster

ŒUVRE : « Les syndicats et le travail des femmes », La femme au XXe siècle, 9, juin-juillet 1967, p. 12-13.

SOURCES : Arch. CFDT : activité du secteur « femmes » (1958-1961) ; activité de la CFC (1961-1970) ; XXXIVe congrès CFDT (1967) : candidature au CC catégorie A (suppléant) d’Aimée Jeantet. — Guy Brucy, Histoire de la Fédération de la Chimie CFDT de 1938 à nos jours, Syros, 1997, p. 214-221 et 350-364. — Arch. personnelles de Guy Brucy : entretien d’Aimée Jeantet non daté mais vraisemblablement réalisé à la fin des années soixante-dix pour l’écriture d’une histoire de la FIC. — Louise Goergen (dir.), Cheminots engagés. 9500 biographies en mémoire : XIXe-XXe siècles, cédérom, notice de Jean-Marie Kieken. — Entretiens réalisés avec Jeannette Laot, 8 février 2005, 180 min. et Marcel Gonin, 10 janvier 2005, 145 min., par Pascale Le Brouster.

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