JÉGOU François

Par Alain Prigent

Né le 21 octobre 1920 à Maël-Carhaix (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor), mort le 25 avril 2011 à Saint-Brieuc (Côtes d’Armor) ; ouvrier agricole ; militant du PC clandestin des Côtes-du-Nord ; déporté à Buchenwald ; secrétaire adjoint de l’UD-CGT des Côtes-du-Nord (1946-1947), membre du bureau de la fédération des Côtes-du-Nord du PCF (1946-1952) ; maire adjoint (1977-1989) de Plérin.

Ses parents étaient de modestes agriculteurs au lieu-dit Lameurette à Maël-Carhaix. Après avoir fréquenté l’école publique de garçons de la commune, il obtint son certificat d’études primaires le 6 juin 1934, quelques semaines après le décès de son père âgé de 61 ans. Dès l’été 1934, il resta à la ferme afin d’aider sa mère aux travaux agricoles, jusqu’à la fin de l’exploitation de la ferme en septembre 1938. Il devint alors ouvrier agricole dans les exploitations agricoles du canton. Il fut très influencé par son cousin Louis Le Bozec*, de trois ans son aîné, élevé par sa mère, qui adhéra au PCF en 1937. Dès l’automne 1940, il fut en contact avec le premier noyau du parti communiste clandestin dans le canton organisé autour de Yves Grégoire* et Hélène Le Chevalier*. Le triangle fut mis en place au mois de janvier 1941 avec Yves Grégoire, François Cloarec* et François Jegou. Ce groupe de militants fut en contact avec les responsables départementaux du PC clandestin.
Il fut en contact avec la direction régionale, Antoine* et Léon Renard, et Louis Pichouron*. Après la traîtrise de Renard, il fut arrêté le 20 août 1943 à Kergrist-Moëlou par la SPAC (section de protection anticommuniste) dans le cadre d’une très vaste opération de démantèlement de l’organisation clandestine du PC. Incarcéré à Saint-Brieuc du 21 août 1943 au 12 septembre 1943, il fut interné à la prison Jacques Cartier à Rennes du 12 septembre 1943 aux 31 mars 1944. Interné au camp de Royalieu à Compiègne du 1er avril 1944 27 avril 1944, il fit partie le 27 avril 1944 du convoi dit « des tatoués ». Arrivé à Auschwitz le 30 avril 1944, matricule 185 781, il fut ensuite avec ses camarades déporté à Buchenwald jusqu’à la libération du camp le 11 avril 1945, matricule 53-158. À son retour de déportation, il témoigna à charge contre Léon Renard lors de son procès en 1946.
Fondateur du syndicat CGT des ouvriers agricoles en 1945, il fut élu secrétaire adjoint de l’union départementale CGT des Côtes-du-Nord en 1946 dirigé par Jean Le Bars*. Il consacra l’essentiel de son mandat syndical à l’écriture du statut des ouvriers agricoles. Il préfaça la brochure éditée, fin 1947, par la section fédérale des ouvriers agricoles, jardiniers, bûcherons et similaires des Côtes-du-Nord. Ce document définissant le règlement de travail et les salaires des salariés agricoles fut paraphé le 13 octobre 1947 par le préfet Henri Avril*. Il siégea à nouveau à la commission administrative de l’union départementale CGT des Côtes-du-Nord en 1957. Candidat CGT lors de l’élection du conseil d’administration de la caisse primaire de sécurité sociale des Côtes-du-Nord le 17 novembre 1955, il fut élu en 1962. Administrateur MSA, il fut élu vice-président de la mutualité agricole en 1958.
Il siégea au bureau de la fédération du PCF de 1946 à 1952. Il intégra ensuite la commission de contrôle financier de la fédération du PCF des Côtes-du-Nord de 1957 à 1959. Paradoxalement au moment où se mettent en place les mécanismes politiques consécutifs à la guerre froide en 1947, Saint-Brieuc se dote d’une municipalité de large union MRP-SFIO-PCF dirigée par Jean Nicolas*, un socialiste indépendant. René Huguen* puis Edouard Prigent* occupent le poste de deuxième adjoint au maire, le poste de premier adjoint ayant été attribué à Victor Rault* dirigeant historique de la CFTC et du MRP. Les deux autres postes d’adjoint revenant à Paul Héger* (MRP) et à François Jégou* (PCF), officier de la marine marchande en retraite. En 1953 l’union municipale ne fut pas reconduite ouvrant la voie à une municipalité MRP-SFIO. François Jégou fut candidat sur la liste d’union ouvrière et démocratique présentée par le PCF et conduite par Edouard Prigent aux élections municipales de Saint-Brieuc le 26 avril 1953, liste qui obtint 7 sièges. François Jégou fut l’un des premiers non élus.
Installé depuis le début des années 60 dans la commune voisine de Plérin, il en devint une des personnalités marquantes. Pendant plus de quinze années, il travailla à l’union de la gauche à Plérin. En 1977 lorsque la liste d’union de la gauche conduite par le communiste Roger Ollivier* l’emporta, il devint adjoint au maire. Pendant de très longues années il se consacra à la FNDIRP, établissant un premier fichier des déportés du département des Côtes-du-Nord. Il occupa également des responsabilités importantes au sein de l’ANACR.
Le 3 mars 1948, il épousa Anna Moulin, ouvrière d’usine chez Chaffoteaux puis aide-soignante à l’hôpital de Saint-Brieuc où elle milita avec Jeannette Alory*. Elle fut une militante de la CGT et du PCF jusqu’à son décès en 2005.
François Jégou est resté fidèle au PCF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88302, notice JÉGOU François par Alain Prigent, version mise en ligne le 19 juin 2010, dernière modification le 18 septembre 2021.

Par Alain Prigent

SOURCES : Arch. Dép. Côtes d’Armor, 1043W32, activité du PCF (1940-1944) ; Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 213W68, dossier de la Cour de Justice de Rennes, Procès Léon Renard, juin 1946. -Composition des comités fédéraux de la fédération des Côtes-du-Nord et fichier des élus de la Fédération des Côtes-du-Nord du PCF établis par Gilles Rivière. -Arch. de l’UD CGT des Côtes d’Armor. -L’Aube Nouvelle, Ouest-Matin, Une semaine dans les Côtes-du-Nord, supplément de l’Humanité Dimanche, Bretagne Nouvelle, hebdomadaire des fédérations du PCF de Bretagne (1968-1981). -Christian Bougeard, Le choc de la deuxième guerre mondiale dans les Côtes-du-Nord, thèse de doctorat d’Etat, Rennes II, 1986 ; Marie Pierre et Pierre Klein, Les déportés des Côtes-du-Nord, livre mémorial, 2007 ; Jean Le Jeune, Itinéraire d’un ouvrier breton, chez l’auteur, 2002 ; Louis Pichouron, Mémoire d’un partisan Breton, Presses universitaires de Bretagne, 1969 ; Alain Prigent, Histoire des communistes des Côtes-du-Nord (1920-1945), Saint-Brieuc, 2000 ; Alain Prigent, La SPAC contre le PCF clandestin, Les Cahiers de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord, N°6/7, 1998.
- Témoignage dans les N°1 et N°6/7 des Cahiers de la Résistance Populaire dans les Côtes-du-Nord, (1994 et 1998). Multiples entretiens.

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