LE GALL Jules, Louis

Par Jean-Yves Guengant, Georges-Michel Thomas

Né le 13 décembre 1881 à Brest (Finistère), mort en déportation le 13 juin 1944 à Buchenwald ; ouvrier à l’Arsenal de Brest, libraire, puis quincaillier ; militant anarchiste et syndicaliste  ; franc-maçon.

Jules Le Gall
Jules Le Gall
Photographie prise par René Lochu et communiquée par Jean-Yves Guengant

Intervenant au cours du procès qui l’avait mené en cour d’assises (1907), Jules Le Gall déclarait : « Je ne suis ni un saint ni un sanguinaire, je suis tout simplement révolutionnaire et je le revendique. Je suis révolutionnaire parce que j’ai souffert, parce que j’ai vu les gens souffrir, parce que je vois partout souffrir. Lorsqu’à l’âge de dix ans je perdis mon père, j’ai su ce qu’était la souffrance. »

Le dossier constitué pour son passage en cour d’assises confirmait ses dires : « C’est un travailleur et un laborieux. Et c’est aussi un homme de cœur qui fut l’unique soutien de sa grand-mère et de sa mère, sans parler de son frère infirme. »

Fils de Louis Eugène Le Gall et d’Emeline Charpentier, Jules Le Gall travailla d’abord à l’Arsenal, comme chaudronnier dans le même atelier que Victor Pengam. Militant syndicaliste, il devint, en 1905, secrétaire de la Bourse du Travail. Il fut délégué aux XIVe et XVe congrès nationaux corporatifs — 8e et 9e de la CGT — Bourges, septembre 1904 ; Amiens, octobre 1906.

Le 29 août 1907, il était arrêté pour excitation au meurtre et au pillage à la suite d’un discours jugé subversif le 1er mai 1907. Il subit, pendant soixante jours de prévention, la rigueur du droit commun à la prison du Bouguen à Brest, avant d’être jugé par la cour d’assises de Quimper où il fut défendu par Me Lévy-Oulmann. Il fut condamné à trois mois de prison sans sursis (28 octobre 1907).
À son retour à Brest, le 1er décembre 1907, il fut l’objet, à la gare, d’une manifestation de sympathie. Des mesures d’ordre importantes avaient été prises. Quelques légères bousculades eurent lieu à la gare. Congédié de l’Arsenal à la suite de cette condamnation, Jules Le Gall devint le gérant d’une librairie coopérative, fondée, en partie, à l’aide du produit d’une tombola organisée par un comité présidé par Victor Pengam (1908).

Inscrit au Carnet B, il était décrit par la fiche individuelle du 1er février 1909 : "domicile : 1 rue de la Porte [...] célibataire, 1 m 63, front découvert, menton pointu, cheveux chatain, yeux chatain clair [...] Libraire, ex-ouvrier de l’Arsenal, congédié à la suite d’un condamnation à trois mois de prison [..] Propagandiste anarchiste et antimlilitariste des plus militants. Correspondant des journaux anarchistes."

Il abandonna le syndicalisme pour l’action politique libertaire, créant le groupe révolutionnaire « La Guerre sociale », qui vécut deux ans. Il collabora au Prolétaire breton et devint un ardent propagandiste de la grève générale et de l’insurrection. En 1911, il animait le groupe libertaire « Les Temps nouveaux ». > En août 1913, il était toujours membre du Groupe des Temps nouveaux, et fut délégué au congrès anarchiste de Paris. En octobre 1913, il était secrétaire du groupe de Brest de la FCAR et résidait alors au 69, rue Louis-Pasteur. Cette adresse sera à partir de 1933 celle du siège de la loge des Amis de Sully (GODF) dont Jules Le Gall était vénérable. Il résidait en 1921, selon les recensements, au 1, rue de la Porte, où se trouvait sa librairie -quincaillerie, avec son épouse et sa mère.

Un rapport de police de 1920 le caractérisait ainsi : « Éducateur de la jeunesse syndicaliste, anarchiste, orateur violent. »

Au cours de l’entre-deux-guerres il fut président du Comité de défense sociale, écrivit quelques pièces de théâtre interprétées par une troupe locale de militants et ne cessa de s’intéresser aux luttes sociales, collaborant notamment de 1925 à 1935 au Libertaire, organe hebdomadaire de l’Union anarchiste.

En 1925, il légitima son mariage avec Marie Anne Louboutin.

Arrêté par la police allemande à son domicile, à Recouvrance (un quartier de Brest), en juillet 1941, il fut incarcéré à la prison maritime de Pontaniou, transféré ensuite à Nantes puis à Amiens enfin au camp de Royallieu à Compiègne et de là, déporté le 17 janvier 1944 à Buchenwald où il trouva la mort le 13 juin 1944 vraisemblablement d’une gangrène, décès retranscrit sur un registre le 14 juin.

En 2008, le conseil municipal de Brest donna son nom à un jardin, en rappelant dans la délibération son appartenance à la Franc-maçonnerie et son anarchisme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88332, notice LE GALL Jules, Louis par Jean-Yves Guengant, Georges-Michel Thomas, version mise en ligne le 1er juillet 2010, dernière modification le 2 février 2020.

Par Jean-Yves Guengant, Georges-Michel Thomas

Jules Le Gall
Jules Le Gall
Photographie prise par René Lochu et communiquée par Jean-Yves Guengant

ŒUVRE : Manant voici le soleil (revue présentée à la Maison du Peuple à Brest).

SOURCES : Arch. Nat. BB 18/2272, F7/13/567 et 13 602. — Arch. Dép. Finistère série M non classée. — État civil de Brest. — La Guerre sociale, 30 octobre 1907. — Le Réveil du Finistère, novembre 1907. — Messidor, 2 décembre 1907. — L’Égalitaire, 10 novembre 1907. — Le Semeur, 9 janvier 1908. — L’Humanité, 23 et 30 octobre 1907. — G. Baal, La Bourse du Travail de Brest, 1904-1914, Mémoire de maîtrise, 1971 (CHS du XXe siècle). — La personnalité de Jules Le Gall est évoquée avec une photographie dans : René Lochu, Libertaires, mes compagnons de Brest et d’ailleurs, Éd. La Digitale, Quimperlé, 1983, 210 p. — Jean-Yves Guengant, Brest et la franc-maçonnerie, Les Amis de Sully des origines à nos jours, Éditions Armaline, 2008. — Le livre mémorial de la déportation donne, par erreur le 13 février 1881 comme date de naissance. — Mémorial de Buchenwald, GedenKstätte Buchenwald, Weimar-Buchenwald, www.buchenwald.de. — Note de Jean-Pierre Besse, Guillaume Davranche et de Claude Pennetier. — Documents transmis par Jean-Yves Guengant.

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