GLÉMAIN Antoine, Étienne, Yves, Marie

Par Bruno Poucet

Né le 23 mai 1926 à Saint-Paul-du-Bois (Maine-et-Loire), mort le 21 janvier 20202 à Avrillé (Maine-et-Loire) ; professeur certifié de mathématiques dans l’enseignement privé (1945-1983) ; président du syndicat CFTC puis CFDT de l’enseignement privé du Maine-et-Loire, membre du conseil fédéral et vice-président de la FEP-CFDT (1966-1970) ; maire démocrate-chrétien de Segré (Maine-et-Loire) de 1976 à 2000.

Dans une région de forte implantation de l’enseignement privé (40 % des effectifs y étaient scolarisés dans les années 1970), Antoine Glémain suivit une scolarité d’abord dans l’enseignement public jusqu’à l’âge de sept ans, puis à l’école primaire privée de Saint-Paul-du-Bois. Il poursuivit sa scolarité à Notre-Dame d’Orvault pour être instituteur. Néanmoins, il passa et obtint ses deux baccalauréats.

En 1945-1946, il fut immédiatement nommé enseignant à Notre-Dame d’Orvault, en charge d’une classe de première. Un peu après son service militaire, à la rentrée de 1950, il enseigna à Segré dans une école primaire, puis au cours complémentaire qu’avait créé Roger Marais*, au collège Saint-Joseph. À partir de 1952, il fut nommé à Combrée (Maine-et-Loire), directeur du tout nouveau collège d’enseignement général de garçons, créé par Mgr Chappoulie, évêque du diocèse d’Angers. Il s’agissait d’un établissement ouvert aux enfants de paysans et d’ouvriers. Puis, en 1959 il eut à nouveau un poste à Notre-Dame d’Orvault. Ce fut là qu’il put enfin achever sa licence de mathématiques, en travaillant à mi-temps, puis passer le CAPES de mathématiques après 1965. Il resta dans le même établissement jusqu’à sa retraite qu’il prit en 1983, alors qu’il avait été élu, entre-temps, maire de la ville de Segré.

Le parcours syndical d’Antoine Glémain commença sous l’impulsion de Roger Marais. Il adhéra d’abord à un syndicat professionnel qui, en 1955, passa à la CFTC. Il ne prit réellement de responsabilité qu’une fois la licence de mathématiques obtenue, à la fin des années 1950. Il fut l’un de ceux qui allaient faire passer le syndicat professionnel auquel ils appartenaient à la CFTC, puis à la CFDT. La déconfessionnalisation allait se réaliser sans grand drame puisque le choix avait été fait d’entrer à la CFDT pour ne pas rester enfermé dans des revendications trop catégorielles. Le contact avec le monde ouvrier particulièrement présent fut ainsi considéré comme un enrichissement. Antoine Glémain fut, par ailleurs, avec d’autres militants, tel Pierre Branchereau, l’un des artisans de l’acceptation de la loi Debré dans l’enseignement privé et de sa réussite sur le terrain : il s’agissait, à ses yeux, d’être payé comme les collègues du public et de ne pas dépendre de l’Église, tout en reconnaissant l’originalité et la créativité de l’enseignement catholique.

D’abord responsable syndical dans son établissement, puis au niveau du département du Maine-et-Loire, Antoine Glémain participa à l’exécutif du syndicat, rédigea des articles dans le bulletin Présence, et devint finalement président d’un syndicat qui dans les années 1960-1970 regroupait 30 % des enseignants du privé du département – soit un bon millier d’adhérents et plus de 80 % des voix aux élections professionnelles en 1970. Il était également membre de l’Union départementale CFDT où il travailla au côté de Jean Monnier*, du SGEN, secrétaire général, futur maire d’Angers. Il participa au congrès confédéral CFTC de 1964, dit « de l’évolution », où fut votée la transformation de la CFTC en CFDT pour laquelle il prit la parole et émit un vote favorable au nom de son syndicat, par solidarité avec le monde ouvrier, alors même que les membres de l’enseignement privé en Maine-et-Loire n’étaient pas nécessairement favorables à ce passage. Les événements de 1968 lui étaient ensuite apparus comme un moment d’effervescence et de créativité, de liberté d’invention, favorable à la recherche d’idées nouvelles et de renouveau des pratiques pédagogiques.

Progressivement, Antoine Glémain fut conduit à prendre des responsabilités nationales de plus en plus importantes : conseiller fédéral pour le secondaire de 1964 à 1970, il fut élu vice-président fédéral en 1966, jusqu’à sa démission en 1970. En revanche, en 1970, au congrès de Cherbourg, il lui fut proposé de devenir président de la FEP-CFDT pour succéder à Charles Brunold. Il refusa. Plusieurs raisons expliquent cette attitude : le syndicalisme ne l’avait pas totalement comblé, il se sentait un peu en décalage par rapport à une base de syndiqués plus revendicatifs et moins attachés à l’enseignement privé qu’il ne l’était, il ne se sentait pas proche de la tradition socialiste dont se rapprochait, de fait, de plus en plus, la CFDT, mais il était plus proche de la tradition démocrate chrétienne. Bref, il ne souhaitait pas être débordé et estimait que la loi Debré était une avancée considérable et suffisante et qu’il ne fallait pas tout bouleverser en revendiquant la nationalisation. Il estimait aussi que certains militants se conduisaient en minorité agissante, sans tenir compte de l’avis de la grande majorité des syndiqués et du milieu professionnel. Par ailleurs, il envisageait de passer à des réalisations plus concrètes comme son entrée au conseil municipal de sa ville allait en témoigner.

En effet, l’année suivante, en 1971, Antoine Glémain devenait conseiller municipal de Segré et entamait une nouvelle carrière qui le conduisit à être élu maire en 1976, avant même la fin de la mandature, à la suite du décès de son prédécesseur. Il fut réélu ensuite sans discontinuité jusqu’au 21 février 2000 sur une liste CDS. Il contribua ainsi à faire de cette ville, sous-préfecture de 7 000 habitants, un véritable centre administratif, commercial, culturel et sportif, et à y implanter de nouvelles entreprises à la place de l’industrie traditionnelle de l’ardoise et des mines.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88363, notice GLÉMAIN Antoine, Étienne, Yves, Marie par Bruno Poucet, version mise en ligne le 3 juillet 2010, dernière modification le 21 novembre 2021.

Par Bruno Poucet

SOURCES : Témoignage oral recueilli à Segré le 16 mai 1997 par Jacques André, arch. FEP-CFDT, 23Y12, 13Y3. — Bruno Poucet (dir.), avec la collaboration de Jacques André, Histoire et mémoire de la FEP-CFDT, « Antoine Glémain », L’Harmattan, 1999, p. 138-142.

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