BESSET Pierre, Jean (version DBK)

Par Pascale Quincy-Lefebvre

Né le 17 février 1907 à La Ricamarie (Loire), mort le 10 octobre 1979 ; ouvrier du bâtiment ; de mai 1930 à janvier 1931 séjourne pendant neuf mois en URSS où il suit l’école de l’ICJ (Internationale communiste de jeunes) à Pouchkino, à soixante km de Moscou. Devient secrétaire de l’Union départementale CGT du Puy-de-Dôme, secrétaire de la Fédération communiste et député. Commandant FTPF

Jean Besset
Jean Besset
Assemblée nationale, Notices et portraits

Pierre Besset, grandit dans une famille de trois enfants (deux filles et un garçon). Son père, Pierre Louis Besset, né le 29 octobre 1876 aux Sagnes commune d’Araules, arrondissement d’Yssingeaux en Haute-Loire, travaillait comme mineur de fond, piqueur dans la taille à Saint-Etienne. Dans un acte de mariage antérieur à cette période, il figure avec le métier de maréchal-ferrant. Sa mère, Maria Dubois, née le 5 juillet 1881 à la Ricamarie, était couturière.
Ses parents ne pratiquaient pas de religion. La mémoire familiale conserve le souvenir des origines protestantes du père et catholiques de la mère. Homme de gauche, jusqu’au Front populaire, syndiqué à la CGT, Pierre Louis Besset partageait les idées des socialistes puis, dans le contexte des événements de 1936, il devint un sympathisant communiste.

La scolarité de Pierre Besset fut courte et chaotique en raison des événements militaires et familiaux. Lui-même en témoigna plus tard : “ J’ai peu connu l’école, en 1914, j’avais 7 ans, les maîtres étaient partis pour le front, des dames nous surveillaient dans la cour de l’école et parfois nous donnaient quelques leçons ; mon père est tombé malade, je dus quitter l’école à 11 ans pour travailler à la verrerie des frères Saumon comme teneur de moule, puis je suis retourné à l’école à 12 ans jusqu’à 13 ans et demi ”. Si ses maîtres ne semblent pas avoir eu d’influence sur lui, par contre, il fut profondément marqué par ses compagnons de travail, des verriers anarcho-syndicalistes qui surent lui insuffler le goût de la “révolte”. Dans une auto-biographie faite pour le Parti communiste, il précise que sa scolarité se passa dans une école primaire laïque et qu’il obtint le certificat d’études.

En 1924, âgé de dix-sept ans Pierre Besset adhéra aux J.C. Il travaillait alors chez Jacquemard comme tourneur. Claudius Jacquemard, président de la chambre syndicale du cycle, avait une usine à Saint-Etienne dans le quartier de Bellevue, place de la Veue. L’entreprise faisait alors travailler 200 à 250 ouvriers et ouvrières. Le jeune ouvrier tournait des pièces détachées pour cycles : moyeux, roues libres, cuvettes, manivelles de pédaliers.

En mars 1924, l’événement qui justifia son adhésion durable à la lutte ouvrière fut la grève générale de quatre semaines des métallos de la Loire. Dans la foulée, il adhéra au syndicat unitaire des métaux. Cette époque fut un temps de rencontres déterminantes pour le jeune militant : avec le dirigeant syndical Benoît Frachon à la tête du mouvement social ou avec le secrétaire du rayon Jean Doron. Après cette grève, il ne quitta plus les organisations politiques et syndicales du mouvement ouvrier et s’imposa comme un militant actif. Par exemple, cette même année, il mit sur pied une cellule interentreprises avec des camarades de chez Wagner, Louison, Automoto et d’autres salariés de son usine. Cette même année, il fut arrêté pour un collage d’affiches à Villeurbanne appelant à manifester contre les événements du Maroc.

Libéré du service militaire en 1928, Pierre Besset reprit ses activités aux JC. Il entra au Parti mais ne payait pas régulièrement ses cotisations. Dans son autobiographie, il data de 1933 son adhésion au parti tout en soulignant les liens étroits qui l’unissaient à l’organisation dés 1924 via les JC. Militant aux JC, après avoir été secrétaire de cellule à la Ricamarie, il devint secrétaire de rayon à Saint-Etienne. En 1929 et jusqu’en 1933, il fut membre du comité central des JC. Différentes actions lui valurent d’être plusieurs fois poursuivi par les tribunaux français. En 1930, le 16 février, à vingt-trois ans, il fut arrêté à la Ricamarie et inculpé pour provocation de militaires à la désobéissance. Mis en liberté provisoire à la suite d’un deuil dans sa famille et condamné par défaut de présentation à deux ans de prison et 3 000 francs d’amende, il préféra s’enfuir et trouva refuge de mai 1930 à janvier 1931 à l’école de l’ICJ (Kim) à Pouchkino en URSS, à 60 kms de Moscou. Il y retrouva Victor Michaut*, ainsi que Marie-Louise Vanacker-Beunon*, gérante de l’Avant Garde, organe national des Jeunesses Communistes, deux militants qui, comme lui, avaient fui la France pour échapper à des poursuites judiciaires.

À son retour en France, Pierre Besset se mit à la disposition du bureau de la Fédération des JC et fut envoyé dans différentes villes françaises et belges comme instructeur du comité central des J.C. La police se saisit de sa personne alors qu’il se trouvait au Creusot. Lors du jugement, il bénéficia d’un sursis. Il retrouva sa liberté au début février 1931. Le 25 du même mois, lors d’une manifestation de chômeurs à la Ricamarie, les insurgés prirent la mairie d’assaut, ligotèrent les gendarmes à la rampe et prirent la parole du haut du balcon. Mis en cause, Pierre Besset fut condamné à six jours de prison ferme, condamnation qui entraîna l’application de la peine de deux ans déjà prononcée. Il rentra donc à nouveau dans la clandestinité et poursuivit son action au service du parti, multipliant les déplacements : “J’allais à Oyonnax, puis j’étais désigné comme instructeur à Bruxelles-Charleroi-Liège enfin à Valenciennes- où je passais au travers des mailles de la police grâce au dévouement d’Arthur Musmeaux et de Sevrez qui me firent conduire à Maubeuge J’allais ensuite à Alès et c’est dans cette ville que j’appris l’amnistie (le sabot de Noël de Daladier) qui me permettait de rentrer à Saint-Etienne et par la suite à Lyon pour diriger JC et PC. ” En mai 1932 et pour dix mois, le voilà élu, par le congrès des JC à Lyon, secrétaire régional de ce même mouvement.

Ses activités syndicales et politiques firent qu’il était régulièrement renvoyé par ses employeurs. Ouvrier dans le bâtiment, il était contraint d’accepter les travaux et les métiers les plus divers : vendanges à Nîmes, mineur à Saint-Etienne, terrassier à l’aéroport d’Aulnat en 1935 avec son ami Charles Jouan, plus tard commandant FTP dans le Cantal. Il travailla à Lyon aux carburateurs Zénith, puis à Nîmes sur le ballast des Chemins de Fer du Midi.

Avant la guerre, il fut présenté à plusieurs reprises par le Parti communiste à des élections locales. Membre du bureau régional du parti, il fut candidat dans le 9ème canton de Lyon en octobre 1934, se présenta en novembre 1934 pour siéger dans un des conseils d’arrondissement de la même ville avant d’être candidat aux élections municipales avec Jean Bruhat.

Au plan syndical, en mars 1935, sur proposition de Léon Mauvais, il remplaça Raymond Sémat à l’UR-CGTU de Nantes, ce dernier étant appelé à la Fédération des Métaux. Durant ce bref séjour, il fut amené à diriger une grande grève du Bâtiment et participa à la direction de la grève des ouvriers du chantier de Penhouet à Saint-Nazaire lors de la construction du Normandie.

Peu de temps après, Pierre Besset fut rappelé à Paris, rue de la Grange aux Belles. Il travailla avec Gauthier et Bellugue à la section d’organisation de la CGTU. Puis Frachon et Racamond le mandatèrent pour prendre la relève de Follet secrétaire régional de la CGTU à Clermont-Ferrand. Il arriva dans la capitale auvergnate le 23 juillet 1935 et fut accueilli par Henri Verde (voir ce nom) secrétaire du syndicat unitaire Michelin : “Pierre s’était vu confier de nombreuses tâches par la direction de la CGTU. L’une de celles-ci était de nous aider alors que nous étions dans l’illégalité, nous, travailleurs des produits chimiques, à nous organiser malgré les coupes sombres de la direction Michelin, parmi les militants CGTU qui étaient en majorité à l’entretien et à VDF en particulier. ”. Dans un premier temps, il fut secrétaire de l’UL-CGTU de la ville.

En 1935-1936, Pierre Besset se révéla être un des principaux artisans de l’unité syndicale dans le département. il participa activement aux grandes grèves de 1936 comme secrétaire général du bâtiment. et fut le principal responsable du comité Amsterdam-Pleyel dans le département. En 1937, il fut élu secrétaire permanent de l’UD de la CGT réunifiée. À la même époque, il aida Georges Maranne à organiser le transport d’armes pour l’armée républicaine espagnole.

Secrétaire administratif de l’UD CGT depuis 1937, le militant fut mobilisé au 602e Pionniers au moment de l’entrée en guerre. Il apprit la nouvelle de la défaite dans les Ardennes. Fait prisonnier au cours du repli de son unité au sud de Nantes, il fut transféré dans le front-stalag de Chateaubriand. Après une première tentative le 14 juillet, il réussit à s’évader le 15 août 1940 et rejoignit Clermont-Ferrand où il rencontra Roger Roucaute, le futur colonel Lazare des FFI, qui lui conseilla de quitter la région pour raisons de sécurité. Pierre Besset échappa à la police en octobre et dut rejoindre Lyon où il put rencontrer début novembre Georges Maranne qui lui confia la création de l’organisation spéciale du Parti communiste clandestin dans les départements de la Saône-et-Loire, de l’Ain et du Jura pour les parties situées en zone libre. C’est à Tenay dans l’Ain, le 6 mars 1941, alors qu’il distribuait des tracts, que la police française l’arrêta. Il fut incarcéré à la prison Saint Paul de Lyon puis à la prison militaire du Fort Montluc. Le Tribunal Militaire ( Section Spéciale mise en place par Pétain) le condamna à 8 ans de travaux forcés, 20 ans d’interdiction de séjour et à la confiscation de ses biens. Il fut transféré à la prison de Saint-Etienne en octobre 1941.

Dans la nuit du 25 au 26 septembre 1943, avec l’appui extérieur des FTPF, en compagnie de 30 de ses camarades, Pierre Besset s’évada et gagna le maquis des Francs Tireurs et Partisans de Wodli en Haute-Loire. Il y séjourna de septembre à décembre 1943, à l’époque ou quatre trotskystes dont Pietro Tresso, libérés avec lui, furent exécutés dans ce maquis. De là, Gaston Plissonnier l’envoya comme cadre régional à Châteauroux. Par la suite, il dut se rendre à Limoges comme cadre de l’Interdépartementale Région B, poste clé par les responsabilités qui lui étaient confiées. Il termina la guerre avec le grade de commandant FTPF.

À la Libération, en septembre 1944, Pierre Besset reprit son poste à l’UD CGT du Puy-de-Dôme ainsi qu’à la direction fédérale du PCF. Membre du Comité départemental de libération en tant que militant CGT, il participa à l’installation des comités locaux de libération Il assuma également la direction du journal du parti dans ce même département, La Voix du peuple.

Tête de liste pour les élections du 21 octobre 1945 à la première Assemblée Nationale Constituante, Pierre Besset fut élu député du Puy-de-Dôme sur la liste d’Union républicaine et résistante. Sur 312 501 électeurs inscrits et 226977 suffrages exprimés, les Communistes avec 57 233 voix (26 % des suffrages exprimés, record historique pour le parti dans le département) obtinrent 2 sièges. Elu une première fois en 1945, celui qui fut à son époque une des principales figures communistes du département, fut réélu pendant tout le temps de la 4ème République. Député pendant treize ans, il défendit les positions de son Parti en soutenant certaines propositions auxquelles celui-ci adhérait et, après 1947, en développant son action d’opposant aux différents gouvernements.

Exerçant un mandat politique national, après le retour des camps de Robert Marchadier*, il abandonna ses fonctions à la tête de l ’UD CGT tout en restant jusqu’en 1946 à la commission exécutive. Premier secrétaire de la Fédération communiste du Puy-de-Dôme de 1947 à 49, il fut membre du bureau fédéral jusqu’en 1967. Sa longévité dans les organes dirigeants de la Fédération fit de Pierre Besset un homme incontournable au plan local, un homme d’appareil qui, par sa présence permanente, fut un pont entre différentes générations de militants.

Non réélu à la députation en 1958, Pierre Besset retrouva un poste de permanent dans les organes départementaux du PC, accédant, à nouveau, à plusieurs reprises au secrétariat fédéral comme secrétaire en charge des questions administratives, responsable de la page départementale dans l’Humanité-Dimanche après la disparition en 1956 du Patriote, journal édité à Saint-Etienne, trésorier, ou responsable des élus communistes du département…Très présent au plan local, au plan national, il n’exerça pas de fonctions dans les organes supérieurs de la direction du parti.

Réélu député le 17 juin 1951, il fut élu en 1953, conseiller municipal de Clermont-Ferrand et le demeurera jusqu’en 1959.

Aux élections législatives du 2 janvier 1956, le Parti communiste arriva, à égalité avec la SFIO, en tête des suffrages dans le Puy-de-Dôme avec 21,5 % des voix exprimées (contre 25,7 % au plan national, un % relativement stable depuis 1946). Pierre Besset fut réélu. Il perdit son mandat de député lors des élections de novembre 1958. Reflet d’une conjoncture nationale et d’un affaiblissement local du PC, son échec dans la circonscription de Clermont-Plaine (avec tout de même 20, 44 % des suffrages exprimés au premier tour et 18, 41 % au second tour) ne lui permit pas de rebondir aux élections de 1962.

Ancien député, Pierre Besset continua à siéger au secrétariat de la fédération du PCF du Puy-de-Dome jusqu’en 1967, année de ses soixante ans. Militant communiste jusqu’à sa mort, il fit également partie de l’AN.ACR, fut vice-président du Comité de Clermont-Ferrand et membre du Comité directeur départemental.

Marié en 1951 à Gilberte Landau, née Cahen, elle-même militante communiste et résistante, il fut le père de deux enfants. Décédé le 10 octobre 1979, Pierre Besset fut incinéré le 15 octobre au crématorium du cimetière de la Guillotière, à Lyon. Afin de rendre hommage à cette figure de la résistance et de la vie syndicale et politique locale, une rue Pierre Besset fut inaugurée à Clermont-Ferrand le 15 février 1991.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88383, notice BESSET Pierre, Jean (version DBK) par Pascale Quincy-Lefebvre, version mise en ligne le 5 juillet 2010, dernière modification le 23 octobre 2010.

Par Pascale Quincy-Lefebvre

Jean Besset
Jean Besset
Assemblée nationale, Notices et portraits

SOURCES : RGASPI, 495 270 523. —. J. Girault, Ancienne notice du Maitron consacrée à Pierre Besset (4e période), cdrom 1997. — Autobiographie de 1975 (Extraits communiqués par les descendants de Pierre Besset : Jean-Luc et Martine Besset), texte écrit par Jean-Luc et Martine Besset (printemps 2000). — RGASPI, 495 270 523, Dossier Pierre Besset aux Archives du Komintern, photocopies communiquées par Claude Pennetier. — Résistance d’Auvergne, bulletin trimestriel de l’ANACR, octobre 1979, N°36 – La Montagne, 12 octobre 1979. — Regards, 18 novembre 1994. — Archives de l’Assemblée Nationale (dossier concernant Pierre Besset). — Unité 63 hebdo de la CGT. — J. Marciniak, Le Parti communiste Français dans le Puy-de-Dôme sous la quatrième République 1944-1958, mémoire de maîtrise d’histoire, Clermont-Ferrand II, 1997.

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