GUITTON Henri, Jean

Par André Caudron

Né le 5 juillet 1904 à Saint-Étienne (Loire), mort le 28 décembre 1992 à Paris (XIIIe arr.) ; professeur agrégé, économiste ; professeur aux Semaines sociales de France (1937-1961) ; directeur de la Revue d’économie politique (1955) ; membre de section du Conseil économique et social (1959-1961), membre de l’Institut (1971).

Petit-fils d’ingénieur, fils d’un industriel, issu de la bourgeoisie catholique, Henri Guitton fit ses études au lycée de sa ville natale puis aux facultés de droit et de sciences de Paris. « Esprit très ouvert et curieux de tout », passionné de minéralogie selon l’économiste Daniel Vitry, il obtint à la fois la licence en droit et la licence ès sciences en 1925. Il fut alors le collaborateur de son père, pendant une dizaine d’années, dans l’entreprise familiale de fabrication des rubans de soie. Celle-ci lui avait donné le sujet de sa thèse soutenue à Paris en 1928.

Sept ans plus tard, le jeune docteur en droit bifurqua vers l’enseignement. Professeur à l’Institut catholique de Paris en 1935, chargé de cours près la faculté de droit de l’université de Nancy (Meurthe-et-Moselle) en 1936, agrégé en sciences économiques en 1938, il devint ensuite professeur à la faculté de Dijon (Côte-d’Or, 1939-1952). Titulaire de la chaire Franqui de l’université de Liège (Belgique) en 1952, il fut élu professeur de statistique à la faculté de droit et des sciences économiques de Paris l’année suivante, et d’économie politique en 1964. Il demeura jusqu’à l’éméritat, acquis en 1974, à l’université de Paris I-Panthéon-Sorbonne. Il avait enseigné aussi à l’École nationale supérieure du pétrole et des moteurs, à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine, 1968-1978), à l’École des Hautes Études Commerciales, à l’Institut d’études politiques et à l’Institut de statistique de l’université de Paris.

Henri Guitton, grand artisan du développement de la science économique, œuvra pour combler le retard français sur les Anglo-saxons grâce à l’intégration des mathématiques et des statistiques dans cette discipline. Préoccupé par les problèmes de théorie économique, il fut le fondateur du Centre d’économétrie à la faculté de droit de Paris. Il mit aussi en place à l’université de Paris 1, en 1970, le doctorat de spécialité « économie de la santé » où allaient se rencontrer médecins, économistes et administrateurs hospitaliers. Directeur de l’ERA n° 346 (conjoncture analytique) et président de la commission des études économiques et financières du CNRS de 1963 à 1967, il était devenu rédacteur en chef de la Revue d’économie politique en 1955, succédant pour plus de trente ans à Gaëtan Pirou qui avait lui-même remplacé Charles Gide*. Il collabora également à la Revue économique.

Très attaché à la doctrine sociale de l’Église, Henri Guitton donna des leçons à plusieurs Semaines sociales de 1937 à 1961 et écrivit dans des publications d’inspiration catholique : Chronique sociale de France, La Vie intellectuelle. Il était devenu parmi les chrétiens comme dans les sphères de l’économie, l’un des représentants les plus en vue et les plus appréciés du catholicisme social dont ces Semaines sociales étaient « l’université itinérante ».

Membre de la section de la conjoncture du Conseil économique et social (1959-1961), il fut élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 1971, au fauteuil d’Émile Mireaux, et présida cette académie ainsi que l’Institut de France pour 1981. Il dirigea en outre les travaux de différents organismes : l’Association française de science économique, la Société statistique de Paris, l’Association Cournot, le Groupe d’études et de recherches sur l’économie de la santé, la section économique de l’Institut français de presse.

Chevalier de la Légion d’honneur, docteur honoris causa des universités de Liège et Vérone (Italie), membre de l’Accademia nazionale dei Lincei à Rome, il était le frère du philosophe Jean Guitton, de l’Académie française, et l’un des neveux du jésuite Georges Guitton, de l’Action populaire. Il eut six enfants – cinq garçons et une fille – de son mariage avec Yvonne Loriot de Rouvray, célébré le 5 février 1929 à Riom (Puy-de-Dôme).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88400, notice GUITTON Henri, Jean par André Caudron, version mise en ligne le 8 juillet 2010, dernière modification le 21 novembre 2021.

Par André Caudron

ŒUVRE : L’industrie des rubans de soie en France, thèse, Sirey, 1928. – Économie rationnelle, économie positive, économie synthétique, Sirey, 1938. – Essai sur la loi de King, Sirey, 1938. – Le Catholicisme social, Les Publications techniques, 1945. – Encycliques et messages sociaux, textes choisis et présentés, Dalloz, 1948. – Les fluctuations économiques, Dalloz, 1951. – L’objet de l’économie politique, Rivière, 1951. – Économie politique, 2 vol., Dalloz, 1957. – Statistique et économétrie, Dalloz, 1959. – Maîtriser l’économie, Fayard, 1967. – À la recherche du temps économique, Fayard, 1970. – La monnaie, Dalloz, 1970. – Les mouvements conjoncturels, Dalloz, 1971. – Entropie et gaspillage, Cujas, 1975. – De l’imperfection en économie, Calmann-Lévy, 1979. – Le sens de la durée, Calmann-Lévy, 1985. – De la causalité à la finalité, à propos de la turbulence, en collaboration, Maloine, 1988, etc.

SOURCES : Who’s who in France, éditions 1959 à 1989. – Catholicisme, notice par Maurice Carité, V, Letouzey et Ané, 1962. – Mélanges offerts à Henri Guitton, Dalloz, 1976. – Daniel Vitry, « Henri Guitton », Universalia, 1993. – Michel Albert, Notice sur la vie et les travaux d’Henri Guitton, Publications de l’Institut de France, 1995. – Institut de France - Le second siècle 1895-1995, tome 1, 1999.

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