HUREAU Pierre, Marcel, Noël

Par André Caudron, Jean Limonet

Né le 25 décembre 1931 à Coulommiers (Seine-et-Marne), mort le 4 juin 2019 à Courbevoie (Hauts-de-Seine) ; contrôleur au service postal ; militant de la JOC (1947) ; trésorier du syndicat CFTC-PTT de Seine-et-Oise, permanent (1961) puis trésorier fédéral (1963) de la Fédération nationale des PTT-CFTC puis CFDT, secrétaire confédéral, trésorier national de la CFDT (1973-1985) ; membre du Conseil économique et social (1984-1994).

Fils unique d’un employé de banque, syndiqué à la CGT, militant de la SFIO, et d’une ouvrière d’usine devenue dactylo, Pierre Hureau avait des parents catholiques non pratiquants. Entré à l’école publique en 1937, il obtint le BEPC en 1947 et travailla dans une maison de commerce tout en préparant par correspondance un concours des PTT. Il entra dans les services postaux en 1950 comme agent d’exploitation, au centre de tri de la gare de l’Est à Paris, puis fut contrôleur au bureau de Chatou (Seine-et-Oise, Yvelines) de 1955 à 1961. Il avait fait son service militaire en Allemagne, à Achern (Bade Wurtemberg) et Wetzlar (Hesse), d’avril 1952 à octobre 1953, évitant d’accéder au grade de sous-officier, ce qui le dispensa du rappel en Algérie.

Sa grand-mère maternelle, catholique très pratiquante, semblait avoir influencé ses engagements de jeunesse. Adhérent à la section jociste de Coulommiers de 1947 à 1954, il avait participé avec une quinzaine de jeunes à la défense des droits des apprentis, nombreux dans sa ville. La section organisait des camps de vacances d’été et, le dimanche, des randonnées à vélo, des concours de jeux de cartes et de tennis de table. Pierre Hureau, responsable de l’équipe locale, fut ensuite président de la fédération jociste de Seine-et-Marne (1952).

Entré à la CGT en 1953, il en démissionna en novembre 1956, lors de l’intervention soviétique en Hongrie – la CGT ayant refusé de la condamner – et rejoignit la CFTC en janvier 1957, au syndicat PTT de Seine-et-Oise dont il fut trésorier de 1958 à 1960. Dès janvier 1961, il fut appelé comme permanent à la Fédération nationale des PTT-CFTC. Comme celle-ci s’était mise en marche vers la déconfessionnalisation bien après d’autres fédérations, les minoritaires, Jean Boyer*, Georges Faucard, Max Fraisse*, avaient réussi, en 1957, à faire « monter » ce dernier de son Languedoc natal à Paris comme secrétaire général adjoint de la fédération. Il fut l’artisan de l’entrée de jeunes permanents au secrétariat fédéral : Christian Dubonnet*, Émile Le Beller*, Pierre Hureau et Marcelle Simonnin*, tous acquis à la laïcisation.

Au congrès fédéral de 1963, marqué par un profond renouvellement du bureau, Pierre Hureau fut élu trésorier national et responsable des aspects de structuration et d’organisation internes. Les structures fédérales, constituées de syndicats nationaux catégoriels, furent alors remplacées par des syndicats départementaux inter-catégoriels. La politique revendicative fut centrée sur la réduction de l’éventail hiérarchique des salaires et l’amélioration des conditions de travail dans les secteurs très féminisés. Ces revendications, portées lors du mouvement de mai-juin 1968, connurent des avancées notoires.

La fédération des PTT, au congrès confédéral de 1970, se prononça pour la « stratégie commune » ou stratégie du « contre-plan », supposant l’élaboration d’un contrat de gouvernement avec les partis de gauche. Elle soutint la réforme des statuts confédéraux dont le rapporteur fut Edmond Maire*. Cette même année, Pierre Hureau fut élu secrétaire général adjoint de la fédération, et en 1972 secrétaire confédéral. De 1967 à 1970, il avait été membre du bureau de la Fédération générale des fonctionnaires qui défendit en 1968 une réforme de la grille indiciaire des catégories d’exécution, dites C et D, nombreuses aux PTT. Ces agents bénéficièrent d’une amélioration sensible de leur carrière.

Comme secrétaire confédéral, Pierre Hureau fut surtout chargé en 1972-1973 de s’initier aux vastes responsabilités du secteur financier : gestion du budget, de la trésorerie, du service de perception et de ventilation des cotisations, gestion financière des secteurs « annexes » (presse confédérale, patrimoine immobilier, centre de formation de Bierville, librairie, atelier de reprographie, caisse de grèves).

Au congrès de 1973, il fut élu au bureau national et à la commission exécutive confédérale. En l’absence de Frédo Krumnov*, il présenta le rapport sur l’information et au congrès suivant un rapport sur la politique immobilière. Outre la charge de trésorier confédéral de 1973 à 1985, il fut responsable des secteurs information et jeunes à partir de 1979. Il quitta la commission exécutive au congrès de Bordeaux (1985). Il fut ensuite, jusqu’en 1991, secrétaire confédéral à l’ARES (Analyse, recherches, économique, social).

Appelé à siéger en 1984 au groupe CFDT du Conseil économique et social, il fut questeur de cette assemblée de 1989 à 1994. Au palais d’Iéna, il fit partie de la section des problèmes économiques et présida le comité d’évaluation des politiques publiques, mis en place par le gouvernement Rocard puis ensuite abandonné, qui émit notamment deux rapports sur le logement social et la lutte contre la pauvreté (1991-1994). Il renonça ensuite aux responsabilités syndicales.

Depuis longtemps, il était membre de diverses associations sans y exercer de responsabilités : CCFD, Amnesty International, ATD Quart-monde, Lasaire (laboratoire social). En 1994, il fit partie d’une équipe de « Solidarités nouvelles face au chômage » à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). De 1995 à 2001 il fut trésorier puis président de l’Association intermédiaire Tramplein 92 pour l’aide à l’emploi et à la réinsertion professionnelle, intervenant sur Rueil-Malmaison, Nanterre et Suresnes (Hauts-de-Seine). Il créa et présida une entreprise de travail temporaire d’insertion (ETTI) dans ce département (2000-2002). Depuis 2006, il est membre de l’équipe d’animation des Semaines sociales de Rueil, antenne des Semaines sociales de France.

Pierre Hureau avait appartenu entre 1954 et 1968 à la Jeune République, puis à l’UGS (Union de la Gauche socialiste) et au PSU, prenant part à la lutte contre la guerre d’Algérie et soutenant Pierre Mendès France*. La règle d’indépendance de la CFDT à l’égard du politique le conduisit ensuite à ne plus adhérer à un parti.

Il habita successivement à Coulommiers, Paris, et enfin Rueil-Malmaison depuis son mariage en 1954 avec Geneviève Servais, secrétaire dans une maison de commerce, professeur d’enseignement professionnel à l’école Pigier et au GRETA de Rueil-Malmaison. Le couple eut deux enfants, Jean-Pierre (1956) et Sylvie (1962).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88403, notice HUREAU Pierre, Marcel, Noël par André Caudron, Jean Limonet, version mise en ligne le 9 juillet 2010, dernière modification le 18 juin 2020.

Par André Caudron, Jean Limonet

ŒUVRE : « Réinventer le syndicalisme », Mouvements, janvier-février 2006. – « La CFDT face à sa propre histoire », Cahiers du Forum syndical européen, avril 2007. – Pierre Hureau fut l’un des 26 anciens responsables, signataires de l’article « Question à la CFDT », en désaccord avec l’aval donné à la réforme des retraites Raffarin-Fillon, Le Monde, 17 avril 2004. – Avec Albert Détraz, Pierre Héritier, Joël Le Coq, Christian Marquette, « CFDT, stratégie commune, stratégie autonome », mai 2010, forum « l’histoire en débat ».

SOURCES : Archives confédérales et interfédérales de la CFDT. – Présentation de la biographie des membres de la commission exécutive lors des congrès confédéraux. – Christian Dubonnet, La fédération CFDT dans l’histoire des PTT, 1999. – Interview de février-mars 2010, rencontres des 19 et 25 mars 2010. – Notes de Louisette Battais, Annie Kühnmuch, Jeanne Siwek-Pouydesseau.

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