ROCQUES Guy, André, Georges

Par Julien Cahon, Hervé le Fiblec

Né le 11 juillet 1935 à Lisieux (Calvados), mort le 3 septembre 2009 à Amiens (Somme) ; professeur ; militant syndicaliste du SNES, secrétaire de la section académique d’Amiens (1983-1993), secrétaire de la section retraités de la Somme (1995-2009), membre de la CA nationale (1971-2009), membre du bureau national, secrétaire départemental de la Somme de la FSU (1993-1994) ; militant communiste dans le Calvados puis la Somme, secrétaire de la section de Saint-Pierre-sur-Dives (Calvados), de la section d’Abbeville (Somme) de 1965 à 1971, de la cellule de la cité scolaire d’Amiens, membre du comité fédéral (1965-1987) et du comité régional.

Guy Rocques
Guy Rocques
Congrès national SNES 1981,coll. IRHSES

Son père, Henri Rocques, d’abord garagiste, travailla ensuite, après avoir été prisonnier de guerre, comme comptable au ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, puis au Crédit lyonnais et enfin à la ville de Lisieux ; sa mère était employée des PTT, syndiquée à la CGT-FO après 1948. Elève à l’école primaire Jules Ferry, puis au collège Marcel Gambier de Lisieux, Guy Rocques poursuivit ses études à l’École normale d’instituteurs du Calvados à Trouville, mais effectua sa dernière année à Caen. D’abord nommé instituteur à Benerville-sur-Mer, il exerça ensuite au cours complémentaire à Saint-Pierre-sur-Dives où, sur les conseils de son inspecteur, il demanda un congé pour poursuivre des études supérieures ; il obtint une licence de lettres modernes et un diplôme d’études supérieures dont le mémoire principal portait sur Alphonse Daudet.

Guy Rocques adhéra au Parti communiste français en 1957. Passé par l’école centrale du parti, il fut secrétaire de la section de Saint-Pierre-sur-Dives, mais c’est à Caen, au sortir de l’ENI, qu’il mena son premier combat, en faveur de la libération de Djamila Boupacha, militante du FLN algérien emprisonnée à Caen.

Reçu au concours du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement public de second degré, il effectua son année de stage au centre pédagogique régional de Caen et fut nommé professeur certifié de lettres modernes au lycée d’Abbeville (Somme) à la rentrée scolaire 1963.

Secrétaire de la section communiste d’Abbeville en 1965, il entra la même année au comité fédéral. Il fut candidat aux élections municipales, en sixième position sur la liste « d’union démocratique et laïque soutenue par le PCF » conduite par le conseiller sortant Jean Dubus. Il représenta également le Parti communiste aux élections cantonales de 1967 et aux élections législatives de 1968 dans la quatrième circonscription de la Somme (Abbeville). Il recueillit 17,2 % des voix, tandis que Max Lejeune, candidat de la FGDS, était réélu. À la même époque, il dirigea le comité local du Mouvement de la paix.

Il quitta Abbeville en 1971 après le décès dans un accident de la route de sa femme, Francine Savary (voir Francine Rocques), épousée en décembre 1966, militante active du PCF et du Mouvement de la paix, dont elle était secrétaire locale et membre du conseil ou du bureau national (1970). Il fut muté à la rentrée 1972 au lycée technique industriel de garçons de la cité scolaire d’Amiens (futur lycée Edouard-Branly).

D’abord syndiqué au Syndicat national des instituteurs, il milita à partir de 1963 au Syndicat national de l’enseignement secondaire et participa à l’activité de la nouvelle section académique (S3) d’Amiens créée par la fusion des sections SNES et SNET en 1966. Militant communiste, il choisit naturellement d’être candidat sur la liste réunissant les militants « Unité et Action » et « Indépendance et Démocratie », menée par Michel Renault lors des premières élections de la commission administrative académique sur listes de tendances, en 1971. Il y figurait en 37e position (sur 70). Il siégea alors au sein de cette instance syndicale jusqu’à son décès, constamment réélu sur les listes présentées par « Unité et Action ».

Lors du congrès académique de décembre 1971, il fut désigné comme rapporteur de la motion pédagogique, mais, affecté par le décès de son épouse, se fit remplacer par Yvan Sarrazin. Entré au bureau académique en 1972, il fut d’abord en charge des « affaires personnelles » sous la houlette de Maurice Pérot, responsable des commissions administratives paritaires. Mais ce n’est qu’en 1979 qu’il fut élu pour la première fois à la CAPA des professeurs certifiés.

En 1973, il entra au secrétariat académique mis en place par Michel Renault, et fut chargé de la commission pédagogique. Il mena alors la campagne opposant violemment le SNES au Syndicat général de l’Éducation nationale au sujet de l’expérimentation pédagogique menée au CES Amiens-Nord II, dont il estimait qu’elle visait à imposer la fin de l’enseignement disciplinaire, l’abandon des programmes et reposait sur une prétendue opposition entre « le contenu scientifique de l’enseignement et la pratique pédagogique ». Dans la lutte contre la réforme Haby, il défendit la ligne U-A, considérant, au contraire de l’École émancipée notamment, que l’école était un lieu de contradictions : à la fois moyen de diffusion de l’idéologie de la bourgeoisie et lieu de formation et de transmission du savoir, pouvant justement remettre en cause l’idéologie dominante.

À partir de 1975, il siégea à la CA nationale du SNES au titre de la liste U-A, tandis que Jean Tonnelier succédait à Michel Renault comme secrétaire académique. Il fut alors un des deux secrétaires adjoints du S3 avec Jacques Estienne, leader national « Unité, Indépendance, Démocratie et Rénovation » du SNES.

Veillant à « tenir tous les bouts » de l’action syndicale, il ne se désintéressait pas des questions corporatives et assura notamment jusqu’en 1979 la défense des maîtres auxiliaires alors très nombreux dans l’académie. Il s’occupa aussi beaucoup des professeurs techniques adjoints qu’il incita à passer les concours spéciaux mis en place en 1977 pour leur intégration dans le corps des certifiés, en combattant la campagne de boycott menée par le SGEN et soutenue par l’EE et le FUO. Il dénonça à cette occasion le « flirt » du syndicat cédétiste avec les minorités du SNES. Il mit alors le pied à l’étrier à Serge Compagnon qui assura, comme membre du secrétariat, le suivi des enseignements techniques à partir de 1979.

En charge de l’action, il dut faire face à l’accroissement des tensions au sein du S3 après la fin de la « cogestion » et l’éviction de Jacques Estienne du secrétariat académique en 1978. Les considérations d’ordre politique, notamment les divergences sur l’actualisation du Programme commun de la gauche, furent largement à l’origine de cette décision, que Guy Rocques soutint fortement et qui ne fut prise qu’après un long débat au sein d’U-A. En 1980, il s’opposa à nouveau à Jacques Estienne qui, en tant que secrétaire de la FEN Somme, avait condamné publiquement l’appel à la grève du SNES pour la rentrée. Il conclut cependant par un refus de toute sanction « administrative et bureaucratique » à son encontre, afin de laisser les syndiqués juger par eux-mêmes.

Après mai 1981, il joua un rôle de plus en plus important dans la définition de l’orientation du S3, alors que Jean Tonnelier était très déçu par l’action de la gauche au pouvoir. Le secrétaire académique laissa de plus en plus la parole à ses adjoints, Rocques, Compagnon, Lescureux, Régine Gillard, jusqu’à annoncer, à la fin de l’année scolaire 1982-1983, qu’il souhaitait quitter ses responsabilités. Guy Rocques fut alors élu secrétaire académique et dut faire face aux désillusions de nombre de militants et d’enseignants face au « tournant de la rigueur », ainsi qu’aux effets des réformes mises en œuvres, notamment la décentralisation et les déconcentrations qui donnaient aux sections académiques un rôle de plus en plus important dans le SNES et une charge de travail d’autant plus lourde.

La période fut marquée à la fois par des avancées majeures, comme la fin du palier d’orientation en classe de 5e, la transformation des brevets de techniciens en baccalauréats technologiques, puis le cap des 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat, mais aussi par des luttes difficiles, certaines victorieuses comme celle menée contre le projet Legrand pour le collège, d’autres décevantes, comme sur la question laïque en 1984. Ce fut aussi le début d’une période de nouveaux troubles internes : la scission du courant ISL, issu de l’EE-FUO, qui créait des syndicats FO, affaiblit le SNES dans l’académie d’Amiens, où cette tendance était bien implantée, notamment dans l’Aisne.

Le passage de Guy Rocques à la direction du S3 le fit évoluer. D’abord militant communiste « pur et dur », sans état d’âme, il sut se montrer ouvert au renouvellement militant, rompant avec la hiérarchisation excessive des responsabilités militantes au sein du S3, achevant la démarche qui avait conduit en 1979 le secrétariat à augmenter le nombre des secrétaires adjoints. Sa légendaire étourderie, paradoxale, compte tenu de la finesse de ses analyses, de sa grande culture littéraire et de sa connaissance de l’histoire du mouvement ouvrier, rendait aussi nécessaire la présence à ses côtés de militants dotés de responsabilités assez larges, comme Jean Lescureux, Jean Capron, ou Serge Compagnon. Il eut aussi la préoccupation constante de féminiser les équipes militantes du SNES. Tout comme il travailla à augmenter la capacité d’intervention propre du SNES, sans le soutien d’une FEN en proie aux luttes internes, dans l’académie.

La situation locale était en effet complexe : Jacques Estienne, secrétaire départemental de la FEN, était tête de liste nationale du courant UIDR du SNES et membre du bureau fédéral, tandis que dans l’Oise, l’École émancipée dirigeait la fédération à partir de ses positions dans le SNI. Malgré les divergences fortes d’orientation, Guy Rocques apprit à garder une grande modération dans le ton qui lui permit de garder de bonnes relations personnelles, même avec ses adversaires, d’autant qu’il était d’une profonde gentillesse qu’il s’autorisait de plus en plus à faire apparaître derrière le masque du responsable syndical intransigeant.

Après la scission de la FEN, il consacra ses deux dernières années comme actif, à la construction de la Fédération syndicale unitaire dans la Somme, dont il fut le premier secrétaire départemental. En 1993, il quitta donc sa responsabilité de secrétaire académique du SNES à laquelle Serge Compagnon lui succéda, pour mettre toute son énergie au service de la FSU qui partait dans le département avec des forces très faibles en dehors du SNES, mais qui s’affirma dans les luttes de l’automne 1995.

Après sa retraite, en 1995, Guy Rocques n’abandonna pas l’action syndicale, assurant le secrétariat de la section des retraités du SNES de la Somme, et milita à la Fédération générale des retraités de la Fonction publique, dont le secrétariat était assuré par son « vieil ennemi », Jacques Estienne.

Il orienta cependant plus nettement son activité dans le domaine politique. Secrétaire d’une cellule du PCF, il avait toujours figuré au comité fédéral dans les années 1970 et 1980 (jusqu’en 1987 au moins). Il fut membre du comité régional (Aisne, Oise, Somme) du PCF, créé en mars 1980, et placé sous la responsabilité du Comité central. Lors de la campagne électorale pour les municipales de 1977, il figura parmi les 150 personnalités politiques locales signataires de l’ « appel en faveur de la liste d’union pour un Amiens social, moderne et démocratique » conduite par René Lamps. En mars 1983, son nom apparut aussi dans une liste d’une centaine de personnalités « pour l’union de la gauche avec René Lamps » aux élections municipales d’Amiens. Dans les années 1980, il était aussi membre du bureau départemental du Mouvement de la paix.

Adhérent du Secours populaire, vétéran du PCF, secrétaire de cellule à la cité scolaire d’Amiens (encore en 2009), animateur des Amis de l’Humanité, il était de toutes les luttes, de toutes les mobilisations. Il continua aussi de s’investir dans l’IRHSES, dont il fut un des membres fondateurs et dont il ne quitta le conseil d’administration qu’en mars 2009. Il milita également pour les sans-papiers avec « Réseau éducation sans frontières », et parraina une jeune femme africaine sans-papier en mairie d’Amiens au cours de l’été 2009, ce qui fut son dernier acte militant public.

Décédé à 75 ans, il fut inhumé au cimetière de la chapelle à Abbeville, à côté de son épouse. Lors de ses obsèques, en présence de Frédérique Rolet, secrétaire générale, le SNES lui rendit hommage. Ses faire-part de décès portent les mentions « professeur honoraire, chevalier des palmes académiques, militant PCF, au SNES, au Mouvement de la paix et dans les œuvres humanitaires » (famille), « ancien secrétaire académique du SNES, ancien membre du conseil et du bureau national du SNES » (SNES), « infatigable et dévoué militant » (PCF).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88463, notice ROCQUES Guy, André, Georges par Julien Cahon, Hervé le Fiblec, version mise en ligne le 22 juillet 2010, dernière modification le 29 mars 2021.

Par Julien Cahon, Hervé le Fiblec

Guy Rocques
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Congrès national SNES 1981,coll. IRHSES
Guy Rocques en 2009
Guy Rocques en 2009
source : amienssebouge.canalblog

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, 261J21/77 (SMC). — Arch. Dép. Somme, 1471W16. — Le travailleur de la Somme, 1963-1987. — Arch. IRHSES (L’Université syndicaliste, cr. des CA, BN, congrès, courriers des S3…). — Arch. S3 Amiens du SNES. — Entretien de Julien Cahon avec Guy Rocques, mai 2009. — Le Courrier picard, 9 septembre 2009. — L’Humanité, 7 décembre 2009 — Points de Repères Info, bulletin de l’IRHSES, article d’Hervé Le Fiblec, 10 octobre 2009.

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