JEANSOULIN Louis, Ambroise

Par Gérard Leidet

Né le 13 mai 1920 à La Ciotat (Bouches-du-Rhône), mort le 22 février 2010 à Ceyreste (Bouches-du-Rhône) ; instituteur ; militant syndicaliste et mutualiste ; secrétaire départemental aux activités pédagogiques et à l’action laïque du SNI des Bouches-du-Rhône (1951-1957) ; administrateur de la section départementale de la MGEN (1958-1991).

Louis Jeansoulin naquit dans une famille ouvrière. Son père, Antoine Jeansoulin né en 1884, était chaudronnier sur cuivre aux ateliers de la Société provençale de constructions navales, filiale des Messageries maritimes depuis 1916 ; socialiste convaincu, il était un lecteur quotidien du Populaire. Sa mère (née Marie Pécout), née en 1885, était mère au foyer.

En 1926, Jeansoulin fréquenta l’école communale Jean Jaurès -devenue ensuite un collège jusqu’en 2008 - et eut comme instituteur M. Colombi dont il apprécia la « pédagogie souriante » ; un militant-enseignant qu’il retrouva plus tard dans les rangs du SNI. Dès 1934, il commença à s’intéresser à la politique et aux questions sociales, devint à son tour un lecteur régulier du Populaire, dans un contexte de menaces sur la république (affaire Stavitsky) et de progression du Rassemblement populaire. Dans ces années de formation militante, Louis Jeansoulin fréquenta régulièrement les Auberges de jeunesse de la région-celle d’Allauch notamment créée par le poète occitan Jorgi Reboul*, et lut assidument l’œuvre de Jean Giono. En 1937, il fut reçu au concours d’entrée à l’Ecole normale d’instituteurs d’Aix (10e sur 33) et rejoignit la promotion 1937-1940. Il obtint le brevet supérieur et pendant ses trois années d’études il eut comme professeurs d’histoire-géographie et de diction, les époux Tichadou*. A l’unisson de ses camarades de l’Ecole normale (90% de grévistes selon lui) il participa à la grève du 30 novembre 1938 pour la défense des acquis du Front populaire. Les assemblées de grévistes avaient lieu dans une salle du café Leydet, situé en haut du Cours Mirabeau. Nommé, pour son premier poste dans le Bassin minier de Gardanne, à l’école de Gréasque, le 1er octobre 1940, il devint par la suite directeur et prit sa retraite en 1976.

Pendant l’Occupation, Jeansoulin refusa de partir en Allemagne pour le Service du travail obligatoire. Recherché par la police, il prit le maquis, avec le groupe du Puits d’Auzon dans le secteur de Vauvenargues (massif de la Sainte-Victoire) qui dépendait de l’Armée secrète.

Après la Libération, Louis Jeansoulin mena de front de multiples activités militantes à Marseille. Membre du bureau fédéral des AIL en 1947, il assista au congrès fédéral des Vaillants et Vaillantes, le 23 mars, rue des Vertus. Participaient également à ce congrès placé sous le signe du rapprochement des mouvements laïques : Andrée Guizard, adjointe au maire, Marcel Bens, directeur des centres scolaires et sanitaires de Provence, Jacquie Faïta*, commissaire nationale des Vaillants et Vaillantes, et Paul Carpita, du SNI. En février 1950, il participa à la création du comité des combattants de la paix au quartier Baille. En compagnie de Michel Barak, il représenta le SNI lors du meeting de soutien aux Rosenberg, le 6 janvier 1953 au cercle des Capucins à La Plaine. Il assista encore le 29 mars 1953, en compagnie de Martelli et de Légier (FEN), au meeting organisé au Château des Fleurs contre le complot et pour les libérations d’Alain Le Léap* et de Lucien Molino*. Dans le prolongement de cette réunion, il fit partie quelques jours plus tard, en compagnie de syndicalistes et de représentants de l’UFF et de l’UJRF, de la délégation qui se rendit à Aix-en-Provence pour rencontrer Léon Martinaud-Déplat (ministre de la Justice dans le gouvernement de René Mayer).

Louis Jeansoulin participa au 18e congrès départemental du SNI qui se tint à Aix en juin 1953 en présence d’Henri Aigueperse. Eugène Costa présenta le rapport moral départemental et le rapport moral national fut repoussé (517 voix contre, 6 pour et 20 abstentions). A côté d’un ordre du jour classique figuraient des questions plus inhabituelles telles que le système scolaire en Alsace-Lorraine, l’enseignement scolaire et postscolaire agricole et ménager, la scolarisation dans les Territoires d’outre-mer).C’est autour de ce dernier point que Jeansoulin présenta une motion constatant l’extrême faiblesse des taux de scolarisation dans ces territoires et s’élevant vivement contre cet état de fait.

Parallèlement à son parcours de syndicaliste enseignant, Louis Jeansoulin devint un militant mutualiste.Au terme d’une lente évolution, syndicalistes et mutualistes se rapprochèrent dès 1934 dans les Bouches–du-Rhône. L’engagement conjoint dans la gestion des assurances sociales par des syndicalistes et des mutualistes constituait alors une étape, qui sera irréversible, vers la création de la MGEN ; et des militants tels Pascal Léna* et les époux Jeansoulin, incarnèrent ce double engagement. Son épouse, Célina, dès le 13 mars 1947, lors de la création de la section départementale de la MGEN, avait été élue au conseil d’administration ; elle y demeura jusqu’en 1951. En mai 1958, membre du bureau syndical du SNI, il rejoignit la commission administrative de la MGEN en remplacement de Jean Buisson* nommé inspecteur primaire dans la Drôme. Il fut alors élu en même temps que Marius Giraud*, secrétaire général de la section du SNI. En 1965, Louis Jeansoulin remplaça Roger Lombard*, dirigeant du SNI, au poste de vice-président de la section MGEN. Revenant vingt ans plus tard sur son expérience de militant mutualiste, il évoquait les réunions du CA qui se tenaient le dimanche matin et semblait regretter alors « l’ère des pionniers qui était presque terminée » tout en espérant que « demeure celle, indispensable, des militants ». Avec l’effacement progressif de l’esprit mutualiste, au tournant des années 80, commençait l’époque devenue nécessaire, des « administrateurs-militants ».

Érudit local, généalogiste amateur, Louis Jeansoulin se passionna pour l’histoire, notamment la mythologie grecque. Il devint peu à peu écrivain en charge de la mémoire locale. On le retrouva au comité du Vieux-Marseille, puis au musée de La Ciotat, dont il fut conservateur, et aux archives municipales. Selon le témoignage de Thierry Mabily, responsable des archives communales, « Louis Jeansoulin y venait deux fois par semaine, pendant vingt ans, d’abord avec Joseph Cornille, avec lequel, entre autres, il avait coécrit le célèbre La Ciotat, autrefois et naguère. À la mort de ce dernier, il continua tout seul en travaillant notamment sur l’histoire des chantiers, du Moyen-âge au XVIIIe siècle, parce qu’il voulait que les gens se souviennent que la construction navale avait toujours été la spécificité de La Ciotat. ».

Jeansoulin s’était marié à Marseille le 2 avril1942 avec Célina Cadenel ; ils eurent deux fils.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88556, notice JEANSOULIN Louis, Ambroise par Gérard Leidet, version mise en ligne le 31 juillet 2010, dernière modification le 15 août 2010.

Par Gérard Leidet

ŒUVRE : La Ciotat, autrefois et naguère . En collaboration avec Joseph Cornille. Deux brochures : - Création de la section mutualiste des Bouches-du-Rhône -1934-1947 ;
- Si la MGEN 13 m’était contée. MGEN 13,1947-1990.
20 ans en l’an quarante, mémoires et souvenirs. (archives municipales de La Ciotat).

SOURCES : Archives du SNUipp des Bouches-du-Rhône. — Rouge-Midi, 25 mars 1947. — La Marseillaise, 20 février 1950, 7 janvier, 30 mars, 4 avril, 25 juin 1953, 10 janvier 1957. — Archives de la MGEN des Bouches-du-Rhône — Louis Jeansoulin et Gérard Leidet, " Vers la création de la section mutualiste des BDR-MGEN (1934-1947)", Le bulletin de PROMEMO, n°7, décembre 2007, p 3-7. — Michel Dreyfus, Liberté, égalité, mutualité ; mutualité et syndicalisme, 1852-1967, Paris, éditions de l’Atelier, 2001, 350 p. — La Ciotat info, bulletin municipal de la commune. — Notes de Jean Claude Lahaxe. —Témoignage de Thierry Mabily.

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