DREYER André, Robert [Pseudonyme dans la clandestinité : Cobi]

Par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery

Né le 24 juin 1912 à Paris (XVIIIe arr.), fusillé par condamnation le 11 avril 1944 au Mont-Valérien, commune de Suresnes (Seine, Hauts-de-Seine) ; employé d’assurances ; responsable aux cadres du PCF clandestin.

André Dreyer
André Dreyer
Photographie anthropométrique de la Préfecture de police
(fourni par l’auteur à partir des Arch. PPo.)

André Dreyer était le fils naturel de Marie Charles, ménagère, âgée de trente-cinq ans. Il fut reconnu par son père Robert Dreyer et sa mère le 5 février 1917 et légitimé par leur mariage le 6 février 1917. Il fut adopté par la Nation en avril 1919. À l’issue de l’école primaire il obtint le CEP.
Il épousa Elisabeth Raduo le 13 juillet 1935 en mairie de Clichy-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine). Il adhéra au Parti communiste en 1936 et milita dans une cellule de Clichy-la-Garenne (Seine, Hauts-de-Seine). Employé de la Compagnie d’assurances maritimes, aériennes et terrestres (CAMAT), il était devenu délégué syndical. À l’époque, il était domicilié 18 rue Wurtz à Paris (XIIIe arr.).
De la classe 1932, il fut mobilisé en 1940 au 34ème groupe d’aviation de bombardement, 2ème escadrille. Il fut démobilisé par le centre démobilisateur de Confolens (Charentes).
Fin 1940, il poursuivait son action syndicale comme responsable d’une section comprenant le Crédit Lyonnais, la Compagnie d’Assurances Générales, le Crédit Foncier, la BNCI, la Séquanaise et la CAMAT, tout en militant pour le Parti communiste clandestin. Il fut successivement responsable aux masses puis à l’organisation pour la région Paris-Nord du parti.
En août 1941, il travailla comme tourneur à la Société SATAM à La Courneuve (Seine, Seine-Saint-Denis). Sur son lieu de travail il aurait été contacté par un militant pour entrer dans le Front national de lutte pour l’indépendance de la France. Il fut chargé de la propagande, à la diffusion de tracts et de brochures.
Début 1942, il devint permanent du Parti communiste clandestin, il logea chez sa mère 177 rue de la Roquette à Paris (XIème arr.). En réalité il vivait sous le nom de Lescot au 6 rue de Liège à Paris (IXe arr.). Il a été responsable aux cadres de la région Nord. Il était chargé du contrôle des biographies des nouveaux militants et de la ratification des changements de fonctions.
En juin ou juillet 1942, il a été nommé responsable aux cadres de la région P5, était chargé du contrôle des biographies. Quelques mois plus tard il occupa le poste de l’inter cadres, il était sous la responsabilité de "Segal". Il le rencontrait chaque semaine en banlieue ou au domicile de la femme Vermeil qui vivait au 3 rue de l’Étang à Saint-Gratien (Seine-et-Oise, Val-d’Oise).
Activement recherché par les polices française et allemande, Dreyer devint illégal en janvier 1943 sous le nom d’emprunt de "Cobi" et s’installa 25 rue Paul-Bert à Nogent-sur-Marne (Seine, Val-de-Marne). Il avait quitté son travail et était désormais appointé par le parti clandestin. En juillet, il était adjoint à Gaston Michallet en tant que responsable interrégional aux cadres. À ce titre, il contrôlait quatre des huit régions de l’interrégion parisienne, son homologue pour les quatre autres étant Jean Alezard->9847]. Les trois militants se réunissaient toutes les trois semaines au domicile d’une militante de Saint-Gratien (Seine-et-Oise), Lucienne Vermeil.
En août, il eut la responsabilité de la Seine-et-Oise et de la Seine-et-Marne. Il participait tous les trois vendredis à une réunion des cadres à laquelle assistait "Charneau", ex. "Segal", "Gil" (responsable inter-régional chargé des régions 75 et 93. Il était aussi en relation avec "Édouard" et "Garlone" chargés des régions 36 et 14. Enfin, il était périodiquement en contact avec "Emery" ex. "Gaudot" responsable politique inter-régional, les réunions se tenaient à Saint-Gratien (Seine-et-Oise, Val-d’Oise).
Le 26 novembre 1943 à 18 heures 15 alors qu’il se présentait au domicile de Vermeil 7 rue de l’Étang à Saint-Gratien (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) deux inspecteurs de Brigade spéciale n° 2 des Renseignements généraux l’interpellèrent. Fouillé, il portait sur lui : un ticket de métro annoté ; un indicateur des Chemins de fer, région Est ; un certificat de travail ; un certificat de recensement ; un talon de mandat adressé à Louis Guérault rue de Fougères à Louvigné-du-Désert (Ille-et-Vilaine) ; deux quittances de loyer ; un talon de mandat ; un récépissé pour expédition de colis ; différents papiers annotés et une clef.
Les policiers allèrent au 25 rue Paul-Bert à Nogent pour perquisitionner son domicile. L’appartement était occupé par sa femme née Cobi, la visite eut lieu en présence du propriétaire de l’immeuble. Ils saisirent une valise qui contenait des documents qui concernait l’activité clandestine du Parti communiste. La visite domiciliaire du logement loué par Dreyer au 18 rue Wurtz s’avéra infructueuse. Dans les archives de la police, il n’y avait qu’une seule trace d’André Dreyer, son adhésion le 23 août 1938 à l’association touristique populaire.
André Dreyer fut frappé lors de son interrogatoire le 26 novembre 1943, dans les locaux des Brigades spéciales. Le lendemain, alors qu’il était sous la surveillance de deux gardiens de la paix, vers 12 heures 30, il se leva brusquement, se jeta sur l’un des gardiens et tenta de lui « arracher [son] pistolet ». Les deux gardiens le maîtrisèrent. Interrogé sur son action, il déclara : « Si j’ai tenté de vous arracher votre pistolet, ce n’était pas pour vous en servir contre vous, mais pour me suicider ».
L’inspecteur de service, lui enchaîna les pieds et demanda aux gardiens de lui retirer sa cravate et les lacets de ses chaussures.
Livré aux Allemands, André Dreyer fut condamné à mort par un tribunal de guerre le 23 mars 1944 avec une vingtaine d’autres FTP de la région parisienne, parmi lesquels (Joseph Epstein, Gaston Michallet et Jean Alezard. Le 11 avril, ils étaient exécutés au Mont-Valérien.
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Son frère Jean, fourreur, domicilié au Perreux (Seine, Val-de-Marne), témoigna le 28 février 1945 devant la commission rogatoire qui examinait l’activité d’un des inspecteurs de la BS2 des Renseignements généraux. Il déclara que son frère avait été : « arrêté sur la voie publique, dans des circonstances qui me sont inconnues ».
« Je sais cependant qu’il a été conduit à la Préfecture de police. Cette précision m’a été fournie par une parente qui a pu voir la liste des détenus des Brigades spéciales grâce à l’obligeance d’un gardien de la paix. De plus, certains camarades de mon frère, entre autres monsieur de Schryder l’ont vu au cours de sa détention dans les locaux des Brigades spéciales et m’ont affirmé qu’il [avait] fait l’objet de sévices de la part des inspecteurs de ces brigades ».
« Nous avons d’ailleurs trouvé deux dents provenant du bridge que portait mon frère, dans les vêtements qui nous ont été rendus ».
« J’ai également appris qu’il avait essayé de se suicider à deux reprises au cours de sa détention ».
« Après une semaine aux Brigades spéciales mon frère a été livré aux allemands, incarcéré à Fresnes et jugé par un tribunal militaire allemand le 24 mars 1944 ».
« Condamné à mort, il a été fusillé le 11 avril suivant au fort du Mont-Valérien ».
André Dreyer fut homologué adjudant FFI à titre posthume. En 1945, un square proche de son ancien domicile de la rue Wurtz dans le XIIIe arrondissement de Paris fut baptisé de son nom, ainsi qu’une avenue à Champigny-sur-Marne. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Nogent-sur-Marne.

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Dernière lettre
 
Paris, le 11 avril 1944
Ma petite maman et tante Louise,
Rosine, Jean, Henriette
et tous ceux que j’aime,
Je sais que vous avez fait beaucoup pour moi depuis que je suis emprisonné et je sais aussi que votre courage fut grand pendant ces derniers mois. Une autre épreuve vous attend qu’il faut supporter sans broncher. Après votre visite d’aujourd’hui à la prison de Fresnes, j’ai appris avec mes camarades que la sentence de mort était confirmée et que le recours en grâce était rejeté.
Je vais mourir avec courage en espérant que vous supporterez vaillamment cette mauvaise nouvelle. Nous espérons donc que vous supporterez le choc et que vous me ferez honneur. Pas de larmes dans vos yeux comme dans les nôtres.
Ma petite mère que j’aime tant, n’oublie pas que je suis mort en pensant à toi ; n’oublie pas que tu as droit à une pension puisque je suis tombé en soldat, en plein combat.
Tante Rosine et toi, ma tante Louise dont je connais la volonté extraordinaire, soyez fermes et montrez l’exemple à maman, ce qui ne doit pas être nécessaire, je l’espère.
Quant à toi, mon petit frère, je les laisse entre tes mains pour que tu veilles sur elles Elles ne seront pas seules puisque tu es encore la pour leur, parler de moi et rappeler ma mémoire dans ce qu’elle a de meilleur.
Quant à toi, chère Henriette, aide-les dans ce tâche que je vous donne Le coup sera dur pour ma Bichette chérie déjà frappée lourdement elle-même. Il faudra absolument qu’elle surmonte le mauvais sort ; je sais qu’elle est solide et qu’elle peut le fa avec le temps
Je vous envoie la lettre que je lui destine. Choisissez le moment pour lui apprendre mon sacrifice. Nous nous aimons tellement tous les deux, qu’il faudra être prudent. Soignez-la bien et reportez sur elle toute tendresse que vous aviez pour moi Vous me retrouverez en elle.
Elle aussi adroit à une pension de combant tombé au champ d’honneur et tout ce que j’ai (si peu) lui appartient.
Je compte sur ses parents, son petit frère, atténuer la douleur de ma chère petite biche et sur votre affection à tous autour d’elle
J’ai passé des mois de prison, avec le coeur plein de, votre tendresse, à tous et j’étais auprès de’ vous avec mes pensées près des vôtres Je vais mourir avec le coeur plein d’amour, et l’esprit plein d’espérance dans un avenir qui sera joyeux
Adieu ma mère chérie, adieu tante Louise aimée, Rosinez si gentille, adieu mon frère que j’aime et Henriette
Adieu mère, André, Jeannot, Claudine et tous.
Adieu à mes amis et collègues, adieu à tous, bientôt votre cauchemar sera fini, et la paix reviendra
Vive la France !
 
A. Dreyer

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88608, notice DREYER André, Robert [Pseudonyme dans la clandestinité : Cobi] par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 20 décembre 2021, dernière modification le 3 janvier 2022.

Par Daniel Grason, Jean-Pierre Ravery

André Dreyer
André Dreyer
Photographie anthropométrique de la Préfecture de police
(fourni par l’auteur à partir des Arch. PPo.)

SOURCES : Arch. PPo. GB 137 (transmis par Gérard Larue), 77 W 3113-293378. – Arch. CCCP du PCF (Notes Jean-Pierre Ravery). – DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Jean-Jacques Lesèque, Vie et histoire du XIIIe arrondissement, Éd. Hervas, 1987. – P. Delon, Les employés, op. cit., p. 135. – Serge Klarsfeld, Léon Tsévéry, Les 1007 fusillés du Mont-Valérien parmi lesquels 174 Juifs, FFDJF, 1995. – Lettres de fusillés, Éditions France d’abord, 1946, p. 69-70. — Notes Jean-Pierre Besse. – État civil.

ICONOGRAPHIE : Arch. préfecture de police de Paris.

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