GUICHARD Marie- Thérèse, Jeanne

Par Eve Lobriaut, Albin Faure

Née le 4 février 1928 à L’Horme (Loire) ; secrétaire, infirmière ; syndicaliste (CFTC, CFDT Puy-de-Dôme) ; membre de la JOCF et de l’ ACO dans le Puy-de-Dôme.

Marie Thérèse Guichard est issue d’une famille ouvrière, catholique pratiquante, de quatre enfants. Son père, Joannes Guichard, était ajusteur mécanicien, depuis 1929, chez Michelin (Clermont- Ferrand, Puy-de-Dôme). Il fut à l’origine de la création de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (CFTC) chez Michelin, en collaboration avec le « père » Adam dès le début des années trente, et en devint le trésorier. Il a milité pour l’amélioration des conditions de travail des ouvriers au sein de l’entreprise, sa position de délégué du personnel semble avoir eu des répercussions négatives sur l’évolution de sa carrière.

Pendant la Seconde guerre mondiale, au côté de son épouse, Claudia Nantas, mère au foyer, Joannes Guichard est entré dans l’action catholique ouvrière en intégrant la Ligue ouvrière chrétienne (LOC), un mouvement apostolique et missionnaire. Dans le cadre de la LOC, le couple participait à une réflexion sur l’action sociale et chrétienne à développer dans le milieu ouvrier. En 1945, ils ont participé à la création du Mouvement des Travailleuses Familiales, chargé de venir en aide aux ouvrières dans leurs tâches domestiques.

Marie- Thérèse Guichard a été marquée très jeune par le militantisme de ses parents et par son éducation religieuse, des facteurs qui l’influenceront dans sa démarche militante. L’éducation religieuse et scolaire de Marie-Thérèse Guichard a été prise en charge par l’école Michelin (réservée aux enfants du personnel) jusqu’à ce qu’elle atteigne onze ans. Elle a poursuivi sa scolarité dans l’école privée de Sainte Thérèse à Montferrand. En 1943, afin qu’elle échappe aux restrictions alimentaires et à la misère nées de la guerre, sa mère l’envoya en pension à Saint Beauzire. Elle y a obtenu son brevet élémentaire en 1945. Au cours de ces deux années, elle a été marquée par une grande solitude et a souffert de mauvais traitements infligés par les religieuses. Ces conditions particulières ont développé sa révolte et nourri une certaine réflexion sur la religion. Après la guerre, sa mère va l’encourager à faire une année d’étude de secrétariat pour lui éviter de travailler dans les ateliers.

En 1946, âgée de dix-huit ans, Marie-Thérèse Guichard était embauchée chez un commerçant de gros (rue des Jacobins) comme secrétaire. Rapidement elle entra en conflit avec son patron, jugeant ses conditions de travail insatisfaisantes. Ainsi, dés la première année, elle adhéra à la CFTC. Parallèlement, ses convictions religieuses l’amenèrent à intégrer la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOCF), un « mouvement chrétien et social ». Les jeunes s’y retrouvaient pour réfléchir sur leur milieu chrétien ouvrier et sur leurs conditions de travail. En 1948, ils ont mené, par exemple, une campagne de revendications pour obtenir trois semaines de congés payés pour les moins de vingt et un ans. De 1949 à 1952, date à laquelle elle quitta la JOC, Marie- Thérèse Guichard a été responsable fédérale des jeunes en apprentissage, son but était d’obtenir une véritable reconnaissance de ce statut auprès des patrons.

En 1950, elle quitta son emploi pour un poste d’employée de bureau aux économats du centre (rue Côte Blatin). Estimant le personnel sous payé, elle se présenta au poste de déléguée syndicale de la CFTC. Son activité militante et sa liberté de parole lui ont valu un changement de service en 1952 et un bureau dans un atelier très isolé par rapport à ses collègues. Son action au sein du syndicat a permis l’obtention de primes d’assiduité et de vacances.

En 1960, elle décida de quitter définitivement le secrétariat pour se tourner vers l’action sociale. Pour ce faire, elle intégra l’école d’infirmière de l’hôpital psychiatrique de Sainte Marie encadrée des religieuses. En 1962, elle obtenait son diplôme et introduisit la CFTC à l’hôpital. Marie-Thérèse Guichard fut élue déléguée du personnel. Elle souhaitait améliorer la condition de vie des infirmières auxquelles on demandait d’effectuer des travaux qu’elle jugeait hors de leurs compétences. Elle voulut également faire évoluer les soins dispensés aux malades. Influencée par des revues comme La Psychologie, elle désira appliquer des méthodes plus humaines à l’égard des malades. Parallèlement, elle participait depuis 1960, aux réunions mensuelles de l’Action catholique ouvrière (ACO) où sont débattues les questions de justice et de solidarité.

En 1964, elle rejoignit la nouvelle CFDT. À la même époque, elle était transférée au service des enfants mais elle refusa de faire le catéchisme à ses jeunes patients, estimant qu’il y avait d’autres priorités. Elle tenta, tout au long de son militantisme à l’hôpital, de s’opposer à la politique des sœurs. Elle se battit pour l’obtention d’augmentations de salaires et l’embauche d’agents de service. Son activité militante lui valurent sept blâmes pour indocilité. Dans le contexte des événements de 1968, une grève générale éclata à l’hôpital. Furent demandées : une nouvelle organisation du travail, une augmentation de salaire, la semaine des quarante heures et la possibilité pour les laïcs de prendre des responsabilités au sein de l’administration hospitalière. Après des négociations à Chamalières, les grévistes obtinrent satisfaction. Les biens confisqués par les sœurs furent rendus, en partie, aux malades.

Jusqu’à sa retraite, prise en 1988, Marie-Thérèse Guichard a tenté de développer de nouvelles méthodes de soins en direction des malades mentaux. Aidée par les médecins-chefs du service, elle les a sensibilisés au monde extérieur et a essayé d’instaurer la mixité et des loisirs dans son établissement.

Cette croyante n’a cessé, au cours de sa vie, de batailler contre certains conservatismes dans l’Église catholique notamment lors des réunions de l’ACO. En équipe, elle a voulu moderniser l’action catholique et s’est sentie en adéquation avec les propos de Monseigneur Gaillot, Elle s’est souvent rebellée contre la hiérarchie et cela lui a valu les critiques de certains. Aujourd’hui encore, la solidarité, l’amitié, le partage, restent les points déterminants de son engagement syndical et associatif. Après avoir quitté l’ACO en 1994, Marie-Thérèse Guichard continue de se battre pour ses idées dans le cadre du syndicat des retraités (CFDT), afin d’obtenir des retraites convenables pour les générations présentes et à venir.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88879, notice GUICHARD Marie- Thérèse, Jeanne par Eve Lobriaut, Albin Faure, version mise en ligne le 24 août 2010, dernière modification le 24 août 2010.

Par Eve Lobriaut, Albin Faure

SOURCES : Entretien avec Marie-Thérèse Guichard du 30 mars 1999. — État civil.

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