CHAPELLE René, Joseph

Par Jean-Pierre Besse, Julien Cahon

Né le 4 mars 1907 à Ault (Somme), mort le 17 janvier 1978 à Ponts-et-Marais (Seine-Maritime) ; ouvrier puis chef éclusier ; syndicaliste ; brigadiste ; résistant dans la Somme.

René Pollard, fils de Marie Victorine Pollard, sans profession, fut reconnu par Joseph Chapelle lors de son mariage avec Marie Victorine Pollard le 5 avril 1907 à Ault.

Syndicaliste, jeune ouvrier révolutionnaire, René Chapelle forma en 1935 avec quelques camarades, parmi lesquels René Maquenhen, une section antifasciste, comité qui appartenait à cette nébuleuse associative d’inspiration pacifiste, marquée à gauche et préludant au rassemblement populaire de 1936. En 1937, il s’engagea dans les Brigades internationales. René Chapelle dit « Pépé » fut lieutenant des brigades internationales en Espagne. Son nom de guerre faisait référence aux initiales PP, du parti de partisans qu’il formait avec ses compagnons. Il s’était engagé en 1937 sous les ordres de Jean Catelas. Nommé chef de secteur du Secours rouge international chargé de missions de première classe, il fut homologué au grade de capitaine.

René Chapelle revint d’Espagne avec Maria Antonia Benitez-Lucuez, jeune combattante espagnole. Ils se seraient mariés à leur retour en France, ou le 3 octobre 1938 à Puabla de Almoradies (Espagne) selon nos sources. Le couple, qui avait pris une part active aux combats, s’installa dans la région natale de René Chapelle. En 1939, il travailla quelques temps à Eu (Seine-Maritime) chez Letellier, un marchand de cyclos.

Mobilisé en 1939, René Chapelle fut fait prisonnier en 1940. Il s’évada en décembre 1940 et se cacha chez ses parents à Ponts-et-Marais (Seine-Maritime), commune de la vallée de la Bresle située près du littoral et à la frontière avec le département de la Somme. Au début de l’année 1941, René Chapelle entra dans les rangs de la Résistance dans la région de Mers-les-Bains et du Vimeu (Somme) où il fut responsable d’un groupe de FTP. Egalement en contact avec la région normande, il déploya ses opérations en coopération avec Jean Beaurain, résistant mersois, et de son groupe.

Certains témoins critiquèrent ses méthodes et ses actions. Les témoignages de ses compagnons résistants tracent le portait d’un « chef estimé, respecté et très écouté [...] rien n’était entrepris sans le consulter » (René Maquenhen). Recherché par les Allemands, René Chapelle avait accompli de multiples opérations. A son actif figuraient sept déraillements de trains de matériel de guerre allemand, dont un partant vers la Russie avec à son bord des troupes et des officiers. Il participa également à la préparation d’un éventuel débarquement à Quend et Fort-Mahon sur le littoral nord de la Somme, en déminant plusieurs passages et réutilisant ces mines allemandes pour faire sauter des trains militaires. Son groupe concourut aussi à la récupération de pilotes alliés abattus par la DCA et créa un centre d’évasion de prisonniers de guerre.

René Chapelle travailla également à la collecte de renseignements. Il était membre du réseau « Sosie », créé à la fin de l’année 1942 par les frères Ponchardier. Dominique Ponchardier collectait déjà des renseignements en Picardie et en Normandie en 1941, puis s’occupa de la zone nord à partir de 1942. René Chapelle fut à la tête d’un groupe spécial de douze hommes du réseau « Sosie » (rattaché au réseau « Gilbert »), qui était un des principaux réseaux français spécialisé dans les services de renseignement et action. René Chapelle opéra aussi à Amiens. Son nom semble avoir été mêlé à une tentative d’évasion collective de la prison d’Amiens puis au bombardement de celle-ci par les Alliés en février 1944 (opération Jéricho) alors qu’il avait été nommé capitaine et adjoint de Dominique Ponchardier. Ce raid sur la prison d’Amiens permit de libérer environ 250 prisonniers sur 700, dont Jean Beaurain, le bras droit de René Chapelle, condamné à mort pour quinze déraillements, douze locomotives et quatre-cents wagons détruits par sabotage ayant entraîné la mort de deux-cents-vingt Allemands dont quatre-vingt-dix officiers et un général. René Chapelle fit une apparition à la télévision dans les années 1970 avec Jean Beaurain dans un numéro de l’émission Les dossiers de l’écran consacré à ce haut fait de résistance et à la RAF. Les raisons qui furent à l’origine de cette opération commando, une des plus célèbres de la Seconde Guerre mondiale, restent mystérieuses : le colonel Rémy et certains détenus ont prétendu que des contacts s’étaient établis entre des résistants locaux et le réseau « Sosie » de Dominique Ponchardier, qui aurait ensuite négocié l’organisation du raid avec Londres. La thèse la plus couramment admise est que cette opération aurait été destinée à libérer des résistants influents et des membres de l’intelligence service. Le témoignage de René Maquenhen avançait que René Chapelle reçut la visite de Marthe Lheureux, la mère de Jean Beaurain, et Maurice Holleville, résistant de Mers-les-Bains, qui le supplièrent de faire quelque chose pour tenter de libérer les camarades qui venaient d’être arrêtés et allaient être fusillés.

René Chapelle aurait également participé à l’attaque de la prison d’Abbeville le 22 juin 1944 pour libérer ses camarades de la 3e compagnie FTP du Vimeu incarcérés par les allemands suite au démantèlement du réseau. Chef militaire des FTP de la Somme et responsable interdépartemental des FTP, à la recherche de partisans et de planques, il avait pris contact, en mars 1943, avec André Gaillard qui fut une cheville ouvrière de ce groupe et qui avait été arrêté. Son nom fut en tout cas mêlé à cette opération commando qualifiée de « suicidaire » et déconseillé par le chef de l’état-major FTP, André Loisy, mais réussie sans tirer un coup de feu. Un rapport de police du 28 juin 1944 l’identifiait comme un des quinze auteurs de cette opération, mais ni les témoignages d’André et Lucienne Gaillard, ni celui de Serge Lecul n’évoquent pas son nom.

Un rapport de police du 24 avril 1944 le disait « en fuite » et annonçait « sa maîtresse vient d’être arrêté ». Un autre rapport de police du 28 juin 1944 le décrivait comme « chef de bande » et « sans domicile connu ».
Son épouse, Maria Chapelle, s’était engagée dans la résistance en même temps que son mari mais chacun opérait de son côté. Agent de liaison, puis sous-lieutenant et lieutenant, elle avait été arrêtée par la police allemande avec son fils alors âgé de quelques années. Torturée, elle fut ensuite déportée à Ravensbruck, Sarrebruck, puis Auschwitz et Liepzig. A Sarrebruck, elle avait cotoyé Geneviève de Gaulle et Monique Level, la fille du colonel Livry-Level, pilote enrôlé dans l’opération Jéricho. Maria Chapelle fut libérée le 25 mai 1945 et sortit presque aveugle des camps nazis. Elle fut décorée de la médaille des FFC, de la médaille de la résistance, de la Croix de guerre avec palmes, de la Croix d’honneur du mérite franco-britannique, de la médaille des déportés et résistants, d’un diplôme témoignant de la gratitude du président des Etats-Unis et fut nommée chevalier de la Légion d’honneur

Après la guerre, René Chapelle quitta sa région natale. Les époux Chapelle s’installèrent à Paris pendant plusieurs années puis dans la région de Nevers à partir de 1959. René Chapelle devint chef éclusier au Lar-des-Puis, près de Clémont (Cher), tandis que son épouse travaillait à l’écluse d’Argenton-sur-Sauldre. Après une quinzaine d’années passées dans cette région, ils revinrent prendre leur retraite à Ponts-et-Marais.

Après trois mois de maladie, René Chapelle mourut à son domicile, à l’âge de 71 ans. Il fut inhumé au cimetière de Ponts-et-Marais. La presse locale le décrivait comme « simple et parlant peu ». René Chapelle était titulaire de la médaille de la résistance avec rosette, de la Croix de guerre avec étoile d’argent, de la médaille du prisonnier évadé, de la Croix d’honneur du mérite franco-britannique, de la médaille de la reconnaissance du président des Etats-Unis, et cité à l’ordre de la nation. Il aurait aussi milité dans un parti de gauche d’après la presse locale (1978). Le témoignage de Lucienne Gaillard évoqua aussi les conditions posées par son père lorsqu’il rencontra René Chapelle : « connaissant les opinions politiques » de ce dernier, Lucien Gaillard avait affirmé vouloir combattre pour la France et « ne pas faire de politique ». Une délégation du Parti communiste picard était présente à ses obsèques aux côtés d’élus locaux, de représentants de l’ANACR et de l’ADIRP.

Le neveu de René Chapelle, Schriver, était maire de la commune de Ponts-et-Marais dans les années 1970-1980.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88903, notice CHAPELLE René, Joseph par Jean-Pierre Besse, Julien Cahon, version mise en ligne le 29 septembre 2010, dernière modification le 7 mai 2016.

Par Jean-Pierre Besse, Julien Cahon

SOURCES : Arch. PPo.83. — Arch. Dép. Somme, 26W111, 26W820, 1498W. — Article du Travailleur de la Somme, 28 janvier 1978 — Article de Bresle et Vimeu, 28 janvier 1978. — Témoignage de René Maquenhen dans Bresle et Vimeu, 28 janvier 1978. — Témoignages de René et Maria Chapelle dans Le Berry républicain, 1970 — Hubert Quilliot, Serge Lecul, Résistance Vimeu, 1942-1944, Fressenneville, Imprimerie Carré, 1994, 70 pages — Jacques Béal, Hommes et combats en Picardie, 1939-1945, Amiens, Martelle éditions, 1994, 182 pages. — État civil.

ICONOGRAPHIE : Photographie de René Chapelle dans le numéro du 28 janvier 1978 de Bresle et Vimeu. IMAGES ET SONS : Les dossiers de l’écran — Témoignage de Lucienne Forestier-Gaillard dans La résistance dans le Vimeu, Amiens, SCEREN-CRDP, 2008, dvd.

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