COZETTE André, Lucien, Fernand

Par Julien Cahon

Né le 16 avril 1921 à Amiens, mort le 21 février 2007 à Salouel (Somme) ; menuisier, employé ; militant communiste et syndicaliste CGT dans la Somme ; résistant ; secrétaire de cellule, membre du bureau fédéral (1950-1952) puis du comité fédéral (1952-1953) ; secrétaire du syndicat des ouvriers du BTP d’Amiens (1950-1957), membre du bureau national de la fédération du Bâtiment ; président du conseil des prud’hommes d’Amiens ; président départemental de la FNDIRP (1989-2007).

Fils naturel de Fernande Marc, ouvrière d’usine, âgée de dix huit ans, Fernand Cozette fut reconnu par ses parents et légitimés par leur mariage à Amiens en mai 1922. Son père était alors ajusteur et sa mère coupeuse en velours.
André Cozette passa son enfance à Amiens, dans le quartier populaire Saint-Leu. Il suivit sa scolarité à l’école primaire du faubourg Saint-Pierre (Amiens) et obtint son certificat d’études primaires. Il devint apprenti menuisier et suivit les cours du soir de la société industrielle d’Amiens. Jeune homme, il pratiqua différents sports sous les couleurs du Stade amiénois : basket, cross, athlétisme et natation. Son stage en menuiserie terminé, il alla travailler à la SCAN de Méaulte (Somme), mais après le bombardement de l’usine en 1940, il fut envoyé aux ateliers d’ajustage de l’usine Dewatine à Toulouse.

Après l’armistice de juin 1940, il rentra à Amiens reprendre son métier de menuisier. En septembre 1940, il entra en contact avec de jeunes camarades : Gisèle Dujardin*, Jean Catel*, André Lalou* et Pierre Mast*. Il expliquait son engagement par « le rôle important de [son] instituteur dans la formation de [ses] idées, en [lui] apprenant, dans ses explications lors de la leçon d’instruction civique, l’attachement à la république » (témoignage d’André Cozette à Gérald Maisse, page 110). Proche de Jean Catel et Lucien Delporte, il fut aussi en contact avec André Lalou, Gisèle Dujardin, Charles Lavallard, Paul Petit* et Emile Baheu*. Alors célibataire, résidant rue Pointin à Amiens, il installa à son domicile une imprimerie clandestine et y cachait donc le matériel d’impression. Il avait également à son actif de nombreux sabotages et coups de mains. Repéré par la police et risquant d’être arrêté, il quitta Amiens pour Paris où il travailla comme ébéniste durant un mois dans le faubourg Saint-Antoine. N’ayant pas de papiers justifiant sa situation, il quitta la capitale pour se rapprocher de la ligne de démarcation et passer en zone sud. Alors qu’il cherchait à rejoindre la France combattante via l’Espagne, il fut arrêté par la gestapo en 1943 chez un passeur dans le Massif central. Conduit à Paris, à la caserne de la Potinière, il fut envoyé en Allemagne, à Ruckmarksdorf, près de Leipzig, pour effectuer le STO. Refusant de travailler pour les Allemands, il fut renvoyé en France le 5 août 1943, au fort de Hâ, près de Bordeaux, puis transféré à Fresnes où il subit un interrogatoire, car au fort de Hâ, il avait côtoyé un membre de l’Intelligence service. Il subit également des interrogatoires sous la torture avenue Foch et rue de Saussaies à Paris.

Après un an de détention, il fut déporté à Buchenwald, le 15 août 1944, sans passer par Compiègne. Après avoir subi le bombardement allié du 25 août 1944, qui visait l’usine voisine du camp, il fut transféré à Weisleben pour travailler dans une mine de sel, où il resta plus de huit mois. Evacué le 12 avril 1945, il fut, avec les autres détenus, jeté sur les routes, entama « la marche de la mort » et rencontra Francis Viaud*. Avec une quinzaine d’autres français, il trouva refuge dans une église. Après l’arrivée des troupes canadiennes, il fut évacué vers Dora – malade, il avait perdu connaissance et il n’a appris qu’en 1998 qu’il y était passé suite aux recherches d’André Sellier (fils de Louis Sellier*), Histoire du camp de Dora, La Découverte, 1999. Transporté à Nordhausen, puis à Paris, par avion, il passa un temps à l’hôtel Lutétia avant son retour à Amiens.

Demeurant Amiens, il était membre du comité de la section et secrétaire de la cellule Gaillard (Amiens nord-est) en 1950-1951. Il fit son entrée au bureau fédéral du PCF en mars 1950, puis passa au comité fédéral en janvier 1952 mais n’y figurait plus suite à la conférence fédérale du parti en février 1953. Il fut candidat aux élections municipales à Amiens en 1950, 1953 et 1959 sur la liste du parti, mais ne fut pas élu.

Grand invalide de guerre, il avait repris son premier métier de menuisier à la libération, qu’il exerça jusqu’en 1960. Syndicaliste, il fut secrétaire du syndicat amiénois des ouvriers du bâtiment et des travaux publics de 1950 à 1957, et membre du bureau national de la fédération du Bâtiment. Employé au service « rotative » du Courrier picard de 1960 à 1980, il s’investit également dans la coopérative du journal dont il fut administrateur pendant plusieurs années, et poursuivit son militantisme syndical dans cette nouvelle branche. Il suivit une formation de droit et devint conseiller juridique du syndicat amiénois des ouvriers du Livre à partir de 1962. Dans les années soixante, il fut aussi membre du comité régional d’expansion économique et de progrès social de la région Picardie, membre titulaire de la commission régionale consultative et départementale de la main d’œuvre. A partir de 1968, il devint membre suppléant de la commission départementale de contrôle de l’emploi obligatoire des mutilés de guerre. En 1973, il était membre de la commission départementale de la conciliation de l’industrie du livre et des arts graphiques. Elu au conseil des prud’hommes d’Amiens en novembre 1951, il fut président de section en 1962, 1964, 1966, 1968, 1970 puis 1972, vice-président de section en 1963, 1965, 1967, 1969, 1971, 1973, et président général en 1962 et 1966. Il fut décoré de la médaille d’honneur de la prud’homie.

Officier de la légion d’honneur, titulaire de la médaille de la déportation et de l’internement, de la médaille du CVR, de la croix du combattant 1939-1945 et de la médaille militaire, André Cozette était président départemental de l’Association des déportés internés résistants patriotes en 1989-1990 et jusqu’à sa mort. Il avait sillonné les établissements scolaires de la région pour témoigner auprès des jeunes.

André Cozette se maria à Amiens en septembre 1946 avec Sonia Quint dont il divorça en janvier 1968. Il se remaria à Amiens en août 1968.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88906, notice COZETTE André, Lucien, Fernand par Julien Cahon, version mise en ligne le 29 août 2010, dernière modification le 16 octobre 2019.

Par Julien Cahon

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Saint-Denis, 261J21/77 (Arch. SMC PCF). — Arch. Dép. Somme, 1471W16. — Le travailleur de la Somme, 1944-1980. — Arch. privées Max Arniaud. — Le courrier picard, 23 février 2007 — Bibliothèque Mun. Amiens, dossier PIC Guerre 1939-1945 n°5. — Le courrier picard, 21 novembre 1973.— Etat civil.

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