CHARUA Christiane, Camille, Ernestine

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

Née le 18 juillet 1915 à Calais (Pas-de-Calais), morte le 2 octobre 2016 à Guingamp (Côtes-d’Armor) ; ouvrière ; résistante communiste ; déportée à Auschwitz (Pologne), puis à Ravensbrück (Allemagne).

En 1917, du fait de la guerre la famille Charua quitta Calais pour Conflans Saint-Honorine (Seine-et-Oise, Yvelines) elle alla à l’école, jusqu’au certificat d’études. Sa mère, couturière, puis coursière, et enfin fourreuse, était veuve d’un navigant de la marine marchande remariée avec un artiste peintre. Elle accoucha de onze enfants plusieurs moururent de méningite ou de convulsions.
Après le certificat d’études, Christiane Charua entra dans la vie active comme couturière puis fourreuse. Elle se maria en 1932 avec Edmond Desbrats dont elle eut une fille en 1934 et dont elle divorça en 1936.
Elle adhéra au Parti communiste en 1937 dans le Ve arrondissement. Pour pouvoir entrer dans la Résistance elle plaça sa fille en nourrice et participa à la publication, à la répartition et à la distribution de la propagande écrite. Elle réussit à échapper à l’arrestation au moment de l’affaire Tintelin en juin 1942. Ayant remarqué qu’elle était filée, elle changea de domicile et devint agent de liaison de Grandcoing, sous le pseudonyme de Cécile. Le 7 août 1942 alors qu’elle sortait de la station de métro Monge, un inspecteur la reconnaissait. Après avoir été interrogée dans les locaux des Brigades spéciales à la Préfecture de police, elle était transférée au Fort de Romainville le 29 août 1942. Elle était alors, selon la Brigade spéciale, sans domicile fixe et appointée par le Parti communiste. Elle avait sur elle les clés de Galiardo Consani. Ancien des Brigades Internationales, né en Italie le 14 juillet 1907, ce dernier avait été arrêté la veille.
Christiane Charua fut envoyée au dépôt puis à Romainville avant d’être déportée le 24 janvier 1943 vers le camp d’Auschwitz. Elle fit partie du kommando de travail de Rajsko, dans des plaines marécageuses, les allemands tentèrent d’y faire pousser du Kok-saghiz, une sorte de pissenlit dont la racine contenait du latex. En janvier 1944, elle était transférée à Ravensbrück, affecté au kommando de travail de Helmstedt-Beendorf, à partir d’août 1944, des femmes travaillèrent à la construction d’usines souterraines dans deux anciens puits de mines. Libérée par la Croix-Rouge, elle fut rapatriée par la Suède.
Elle témoigna auprès de la commission d’épuration de la police : « J’ai été arrêtée le 7 août 1942 rue Monge pour activité politique clandestine par les inspecteurs A. et A., que je reconnais formellement sur les photographies qui me sont présentées. »
« J’ai été conduite à la Préfecture de police, où j’ai été détenue pendant trois jours à la salle 502. Après avoir passé dix jours au dépôt, j’ai été transférée au Fort de Romainville. »
« Le 23 janvier 1943, j’ai été déportée au camp d’Auschwitz, d’où j’ai été libérée par la Croix-Rouge Suédoise le 1er mai 1945. »
« Je n’ai pas été victime de sévices pendant mon séjour aux Brigades spéciales. »
« Aucune perquisition n’a été effectuée à mon domicile. »
« Je porte plainte contre les inspecteurs qui m’ont arrêtée, je les considère comme responsable de ma déportation. »
Charlotte Delbo recueilli son témoignage : « Mon jeune frère et moi avons été élevé seuls. Notre mère travaillait à Paris, rentrait très tard. Nous devions nous débrouiller pour le manger, le feu, la vaisselle souvent la mère nous trouvait endormis sur la table. La lampe à pétrole charbonnait le feu était mort. Nous allions à l’école à deux kilomètres de la maison. À treize ans j’ai travaillé, après la couture, la fourrure. Je me suis mariée à dix-sept ans, j’ai eu une fille à dix-neuf ans, j’ai divorcé à vingt et un ans. En 1941, j’ai mis ma fille en nourrice pour entrer dans la résistance. »
Elle a été homologuée combattante des Forces françaises de l’intérieur (FFI), et Déportée internée résistante (DIR). Elle se remaria, devenue Madame Borras, elle vécut pendant vingt ans à Coulommiers en Seine-et-Marne puis s’installa après la mort de son mari en juin 1997 à Guingamp dans les Côtes-d’Armor, où en 2006, elle témoignait dans les établissements scolaires sur ses activités de résistante et sur sa déportation. Elle mourut le 23 octobre 2016 à l’âge de 101 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88962, notice CHARUA Christiane, Camille, Ernestine par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason, version mise en ligne le 2 octobre 2020, dernière modification le 3 octobre 2020.

Par Jean-Pierre Besse, Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. BS1, GB 36, 77 W 3115-301486. – Bureau Résistance GR 16 P 122512. – Charlotte Delbo, Le convoi du 24 janvier, Éd. de Minuit, 2002. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Site www. memoirevive. net. – Site internet Match ID.

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