NICOL Georges

Par Jean-Pierre Ravery

Né le 23 octobre 1913 à Paris (XVIIIe arr.), mort le 13 décembre 1944 à Hambourg (Allemagne) ; infirmier ; militant communiste, résistant FTP.

Arch PPo. Paris, FRAPP-GB185-217

Georges Nicol avait adhéré au Parti communiste en 1935 après un service militaire au cours duquel il avait été caporal infirmier. Il avait suivi les cours d’une école du parti et était secrétaire d’une cellule. Il habitait 203, rue de Crimée à Paris XXe avec sa femme Marguerite née Desplas dite Margot et leur enfant, né en 1940. En 1938, il adhéra à l’association des Amis de l’Union Soviétique (AUS) dont son père, retraité de la compagnie du gaz, était membre également. Mobilisé en septembre 1939, il avait été fait prisonnier mais fut rapatrié sanitaire en juillet 1941. Il retrouva le contact avec le parti clandestin en juillet 1943.

Plusieurs semaines s’écoulèrent avant que sa biographie soit établie et étudiée par le service des cadres, qui le désigna alors comme commissaire aux effectifs (recruteur) dans l’un des secteurs de l’inter-région parisienne des FTP. Il était sur le point de devenir responsable militaire dans un autre secteur lorsqu’il fut arrêté à Combs-la-Ville le 19 novembre 1943 par des inspecteurs de la BS 2 en compagnie de Pierre De Schryder et Léon Clédat*.

Alors qu’il était détenu à la préfecture, il réussit à faire passer en fraude une lettre à son épouse, qui la recopia et la fit suivre au service des cadres : « Ils (les policiers) ont de bons arguments : le nerf de bœuf. Pour l’instant, ils ne font pas de tortures mais frappent consciencieusement. Par nous, ils n’ont rien eu. Jacquemin (pseudonyme de De Schryder) a reçu pendant trois jours : il avait le dos, les fesses et les cuisses lie de vin et ne pouvait tenir debout. Pour moi, ils savent que je viens juste de débuter et ne m’ont pour l’instant pas demandé grand-chose. » Plus loin, il expliquait à sa femme : « Ici (au dépôt), le moral est formidable et ceux qui sont sûrs d’y passer sont ceux qui ont le plus d’entrain. Si on les libérait, ils recommenceraient. » Pour ce qui le concernait, Georges Nicol estimait ne risquer « que vingt ans ou perpète » compte tenu du peu d’ancienneté qu’il avait dans l’organisation.

Livré aux Allemands, il allait pourtant être condamné à mort à l’issue du procès des vingt-sept FTP de « l’affaire Estain » traduits devant un tribunal de guerre le 20 mars 1944. Le procès avait duré quatre jours et s’était conclu par vingt condamnations à mort pour « actes de francs-tireurs ». Le 11 avril 1944 à 11 heures, un officier allemand vint à Fresnes pour annoncer aux condamnés qu’ils seraient exécutés dans l’après-midi, à l’exception des deux infirmiers dont les recours en grâce étaient acceptés : Édouard Ladsous* et Georges Nicol.

Pour l’un comme pour l’autre, il s’agissait d’un simple sursis. Déporté en Allemagne, Georges Nicol décéda à Hambourg en décembre 1944.

(Note de Cadres) La femme du camarade B 615 (Georges Nicol) vient de me faire parvenir la copie d’une lettre que son mari vient de lui faire passer en fraude des bureaux de la Cité où il est détenu.
 
« Ma chère Margot,
 
Je me suis fait arrêter à Combs-la-Ville avec Jacmain (Vincent) et Forest qui s’est fait blesser d’une balle à la poitrine ; nous avons été donnés par un salaud qu’ils ont fait parler. Ils ont de bons arguments : le nerf de bœuf. Pour l’instant, ils ne font pas de tortures mais frappent consciencieusement. Par nous, ils n’ont rien eu. Jacmain (Jacquemin, pseudonyme de De Schryder) a reçu pendant trois jours : il avait le dos, les fesses et les cuisses lie de vin et ne pouvait tenir debout. Pour moi, ils savent que je viens juste de débuter et ne m’ont pour l’instant pas demandé grand-chose. J’ai été pris avec des papiers compromettants dont j’ignore l’origine, je pense que c’est eux qui me les ont mis dans la poche ; aussi je n’ai plus rien risqué à reconnaître le rapport et les tracts trouvés avec les papiers de c et les lettres à Tomasseur ( ?). Je suis arrêté comme recruteur ou commissaire aux effectifs. Je passerai bientôt à Fresnes avec les Allemands, je serai sans doute trois mois sans recevoir de lettres ou colis, peut-être plus, c’est-à-dire jusqu’au jugement. Ne te fais pas trop de bile, j’ai confiance aux évènements : si ça ne va pas assez vite, il faut penser que c’est la guerre et que des milliers de camarades tombent tous les jours. Pour moi, si j’ai 20 ans ou la perpète (ce que j’espère, n’ayant que huit jours d’activité), je ne pense pas en faire beaucoup, la guerre ne durant pas toujours. Ici, le moral est formidable et ceux qui sont sûrs d’y passer sont ceux qui ont le plus d’entrain étant les plus forts et si on les libérait, ils recommenceraient. Bien peu parle sous les coups, ceux qui le font n’ont besoin que de la menace et malheur à qui commence, car quand ils voient qu’ils peuvent obtenir quelque chose, ils veulent en avoir davantage.
C’est Pio (Piot, pseudonyme de Cauchy) qui a reconnu Jacmain. Beaucoup de copains sont tombés sur les rendez-vous de Fouquet dit « Raison », cadre-inter. Ceux qui sont ici ont été filés ou tombés par les papiers, bios, rapports, rendez-vous marqués trop clairs. Les papiers sont une plaie.
 
Bons baisers
 
Georges »
 
Arch. Jean-Pierre Ravery (CCCP)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88968, notice NICOL Georges par Jean-Pierre Ravery, version mise en ligne le 1er septembre 2010, dernière modification le 3 janvier 2021.

Par Jean-Pierre Ravery

Arch PPo. Paris, FRAPP-GB185-217

SOURCES : Archives de la CCCP : notes Ravery ; archives de la préfecture de police. — www.mortsdanslescamps.com. — L’Humanité, 9 février 2007.

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