JAUBERT Louis, Thomas, François

Par André Balent

Né le 21 décembre 1889 à Llupia (Pyrénées-Orientales), mort le 3 mars 1945 à Dora (Thuringe, Allemagne) ; propriétaire viticulteur ; militant socialiste SFIO des Pyrénées-Orientales) ; maire de Llupia (1949-1942) ; résistant des Mouvements unis de Résistance (MUR, AS), de l’ORA.

Fils de François Jaubert, propriétaire agricole, et de Joséphine Jaubert âgés respectivement de vingt-cinq et vingt-huit ans en 1889, Louis Jaubert était un important propriétaire viticulteur de Llupia commune des Basses Aspres proche d’un gros bourg, Thuir. Il était marié avec Rose, Marie Deprade. Le couple eut trois enfants ; Simone (née le 4 novembre 1915), Pierre (né le 2 janvier 1920) et Maurice (né le 12 janvier 1921).
En 1937, d’après l’Annuaire-Guide des Pyrénées-Orientales, c’était, avec une production de 1 400 hl, le plus grand récoltant de Llupia.

Il domina la vie politique de Llupia, village proche de l’important bourg de Thuir. Élu maire de Llupia le 10 décembre 1919, il fut réélu à ces fonctions en mai 1925 (le conseil municipal élu à cette date comprenait deux socialistes et huit radicaux), mai 1929 et mai 1935. Il fut révoqué par Vichy en 1942.
À partir de 1922, au moins, il adhéra au Parti socialiste SFIO. En 1926, il était membre de la commission administrative fédérale de la SFIO des Pyrénées-Orientales. Le 19 janvier, il envoya au secrétaire fédéral une lettre de démission de la SFIO. Dans cette même lettre, il faisait cependant savoir qu’il désirait conserver son abonnement au Cri socialiste, l’hebdomadaire fédéral de la SFIO.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Louis Jaubert participa à la Résistance dans le cadre des MUR. Au moment de son arrestation, il venait d’être nommé (septembre 1943) responsable de l’AS pour le sous-secteur de Thuir rattaché au secteur "Perpignan rural". Dans le cadre de ces organisations et peut-être du réseau Brutus avec qui elles étaient liées, il distribua clandestinement des tracts, falsifia des pièces d’identité, hébergea des évadés de France et des aviateurs britanniques et assura gratuitement leur passage en Espagne. Le 4 janvier 1944, il avait intégré l’ORA dirigée, dans les Pyrénées-Orientales, par François Puig. Sous l’autorité du chef de secteur de Thuir de l’ORA, Henri Marty, Il dirigea la mise en place d’un terrain de parachutage dans la commune de Caixas, dans les Hautes Aspres.. Une "indiscrétion" fut la cause de son arrestation le 11 avril 1944. Celle-ci s’effectua à son domicile à 8 heures du matin. Il fut incarcéré à la citadelle de Perpignan où, interrogé par la Sipo-SD, il fut torturé. Son arrestation faisait partie d’un vaste coup de file. de la police allemande qui frappa entre le 11 et le 13 mars de nombreux résistants dans la région de Thuir et d’autres lieux du département. Henri Marty, Dominique Sidou et Antoine Estella arrêtés dans le même cadre que Jaubert furent déportés à Buchenwald. Jaubert fut, comme eux incarcéré à la citadelle de Perpignan. Pendant longtemps on crut qu’il avait disparu et qu’il avait succombé à Perpignan à la suite des tortures subies à la citadelle. Certains émirent l’hypothèse que ses tortionnaires auraient fait pu disparaître son cadavre. La dernière date dont on disposait à son sujet était celle du 13 août 1944, peu avant, la Libération de Perpignan où il aurait été vu vivant à la citadelle de Perpignan. Mais les faits, établis plus tard, montrèrent que ce n’était qu’une rumeur.

Disparu, mais non officiellement décédé, il fut réélu maire de Llupia en mai 1945. Mais l’enquête révéla bientôt qu’il avait quitté Perpignan pour Compiègne (Oise) le 1er mai 1944 et que, du camp de Royallieu, il avait été déporté en Allemagne par le convoi parti le12 mai 1944. Aussi, le 20 novembre 1947, le tribunal de première instance de Perpignan déclara que Louis Jaubert était décédé en Allemagne (sans indication de lieu) le 13 août 1944. Ce jugement fut transcrit sur l’état civil de la commune de Llupia.
Toutefois, le cousin de Jaubert, Taurinya, garagiste automobile à Perpignan qui avait appris qu’il avait été transféré de Buchenwald en Tchécoslovaquie le 9 avril 1945, écrivit le 11 mai 1945 à Eugène Thomas, député socialiste SFIO du Nord, afin d’obtenir des précisions. La demande fut transmise au ministère des Anciens combattants et victimes de guerre. On avait donc eu connaissance, à cette date, qu’il avait été déporté à Buchenwald, mais on igorait les circonstances de sa mort, ni même s’il était décédé. En 1952, il fut porté à la connaissance de sa veuve que Louis Jaubert, interné à Compiègne fut transféré le 14 mai 1944 à Buchenwald puis à Wieda (construction d’une ligne de chemin de fer) le 6 juin 1944 et à Mittelbau Dora (ateliers souterrains de construction des V2) le 28 octobre 1944. Il mourut à Dora le 2 mars 1945 ainsi que l’indiqua une liste nominative allemande issue des archives du camp. Ces faits furent portés à la connaissance de sa veuve en 1952. Le registre des morts de Dora-Mittelbau (cf. les "sources") donne "Loupia" et non Llupia comme lieu de naissance.
Le 11 août 1994, la direction de la mémoire historique du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre ordonna au procureur de la République de Perpignan de réviser le jugement de 1947 du tribunal de première instance de Perpignan et de faire modifier sur l’état civil de Llupia la mention de décès erronée qui y avait été transcrite le 4 décembre 1947 et d’y transcrire celle du 3 mars 1945, à Dora. Le 19 août 1994, le procureur ordonna la modification du lieu et de la date de décès de Louis Jaubert qui fut portée en marge de son acte de décès établi en 1947.

La thèse de sa disparition et celle de sa mort sous la torture à Perpignan ont très longtemps été diffusées dans diverses publications, ouvrages ou articles et colportées oralement. La présente notice, après révision et utilisation de nouvelles sources, a permis de faire le point.

Son nom figure sur le monument aux morts de la commune de Llupia. L’espace communal de sports et de loisirs de Llupia porte le nom de Louis-Jaubert.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88976, notice JAUBERT Louis, Thomas, François par André Balent, version mise en ligne le 31 août 2010, dernière modification le 29 novembre 2018.

Par André Balent

SOURCES : SHD, DAVCC, dossier 24 P 465 474. — Arch. Dép. Pyrénées-Orientales, 2 M5/268 II ; 2 M5/301/302/303 (cotes anciennes) ; 13 J 33, fonds Fourquet dossier communiqué par François Puig ancien chef départemental de l’ORA à Camille Fourquet ancien chef départemental des MUR, correspondant départemental du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, concernant l’activité de l’ORA dans les Pyrénées-Orientales ; 2 E 1709, état civil de Llupia. — Le Cri Catalan, 3 juin 1922, 9 mai 1925, 8 mai 1926. — Le Cri socialiste, 24 janvier 1931. — André Balent, notice in DBMOF, tome 32, 1988, pp. 169-170. — Chastanier et Alméras, Annuaire-Guide des Pyrénées-Orientales, Nîmes, 1937. — Jean Larrieu, Vichy, l’occupation nazie et la Résistance catalane, I, Chronologie des années noires, Prades, Terra Nostra, 1994, 400 p. [p. 212 et p. 266]. — Georges Sentis, Dictionnaire biographique des résistants et des civils tués par les Allemands et les collaborateurs, Perpignan, Éditions M/R, 2012, 28 p. [p. 20]. — Raoul Vignettes, Les rues qui nous interpellent, Saint-Estève, Imprimerie de la gare, 1999, 45 p. [p. 18]. — Les morts du camp de concentration de Mittelbau-Dora 1943-1945, Fondation des mémoriaux de Buchenwald et Millelbau-Dora, site http://totenbuch.dora.de/names/list/letter/a/lang/fr consulté le 24 janvier 2017. — Livre mémorial de la déportation en ligne, site de la FMD consulté le 24 janvier 2017. — Interview d’Émile Lassalle, de Thuir (1974). — Lettre de Mme la secrétaire de mairie de Llupia (7 janvier 1983).

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