JAMET Claude, Albert

Par Claude Pennetier

Né le 23 juillet 1910 à Paris (Xe arr.), mort le 3 mars 1993 à Paris (Ve arr.) ; professeur et écrivain ; militant antifasciste du Cher puis militant socialiste de la Vienne ; pacifiste ; responsable de la Ligue de la pensée française pendant la guerre.

Fils d’un représentant de commerce devenu graveur et d’une lingère qui cessa de travailler par la suite, Claude Jamet, boursier au lycée Charlemagne, bachelier (série lettres-philosophie) en 1927, puis élève du lycée Henri-IV, entra à l’École normale supérieure en 1928 à la fin de l’hypokhâgne où le professeur de philosophie était Alain. Claude Jamet entra à l’École normale supérieure en 1928. Il obtint la licence ès-lettres à la Sorbonne en 1930. À l’ENS, il s’associa à la pétition contre la préparation militaire obligatoire. Il collaborait à l’Université républicaine, lisait l’Humanité, Le Canard enchaîné et Marianne sans participer activement à la vie politique.. Il publia en 1934 l’édition dans les Classiques français aux éditions Hachette d’Eugénie Grandet de Balzac et, par la suite, prépara une thèse sur « Balzac historien ».

Agrégé de lettres en 1932, Claude Jamet se maria le 9 août 1932 à Paris (VIIIe arr.) avec une jeune fille d’un agent commercial, sans profession sur l’acte de mariage, en fait une licenciée de lettres qui présenta l’agrégation féminine de lettres en 1934. Le couple eut quatre enfants (dont en 1936, Dominique, le futur journaliste et président de la Bibliothèque nationale de France). Claude Jamet effectua son service militaire et le termina comme sous-lieutenant à l’État-major de la 6e Région en 1932-1933. Il fut nommé professeur au lycée de Bourges (Cher) en octobre 1933 où les événements de février 1934 l’amenèrent à s’engager dans le combat antifasciste. Une quinzaine de professeurs de Bourges créèrent, le 16 juin 1934, le Comité de vigilance d’action antifasciste (devenu Comité de vigilance des intellectuels antifascistes), parmi eux Pierre Angrand et le philosophe Jean Hyppolite auxquels se joignit l’instituteur Philippe Pichon. Secrétaire général du comité, Jamet le représenta au comité de coordination des forces antifascistes du Cher fondé le 29 novembre 1934. Il découvrit ainsi le mouvement ouvrier local et se prit d’estime pour des militants comme Albert Keyser, Louis Gatignon et Gaston Cornavin. Il écrivit plus tard : « Je sais bien cependant de quel côté mon cœur penche, en cet hiver 34. Je viens de découvrir, dans le concret, ces communistes — d’une époque encore héroïque — qui ont, à mes yeux, le prestige de la pureté et de l’intransigeance révolutionnaire. Je vais tomber proprement amoureux du PC et de ses militants ! » (Notre Front populaire, journal d’un militant, op. cit., p. 31). Il écrivit même dans son « journal » à la date du 4 mai : « Dès que je serai à Lille (si l’on m’y nomme), j’adhère au Parti communiste » (op. cit., p. 49). En attendant, il écrivait dans l’Émancipateur, rédigeait des tracts pour le Parti communiste et participait à des réunions de propagande dans le Cher. Il envisagea même d’adhérer à Bourges, « mais Gatignon, le « responsable » de la Région, m’en avait dissuadé, en me disant que je leur rendais plus de services de l’extérieur ». (Engagements, p. 191.) Sa mutation à Lille ayant été refusée, il n’eut pas à rendre effectif son projet d’adhésion. Pendant l’été, il fit pour le journal Vigilance une enquête sur les ouvriers du Textile de Basse-Seine, avant de rejoindre son poste à Poitiers (Vienne) de professeur de Première supérieure au lycée Henri IV à partir d’octobre 1935. Il publia, l’année suivante dans les classiques Vaubourdolle, un recueil des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet. À partir d’octobre 1937, il obtint deux heures hebdomadaires d’enseignement de Français à la Faculté des Lettres.

Dans cette ville, il ne découvrit pas des ouvriers communistes aussi influents que ceux de Bourges. Il commença « inconsciemment encore », à se « déprendre » du PC pour se donner corps et âme à une nouvelle « mystique », celle du Front populaire. Jamet fonda Le Front populaire de la Vienne dont le premier numéro parut le 11 janvier 1936. Il assurait la fonction de secrétaire de rédaction et écrivait la plupart des éditoriaux. Le journal connut une brillante réussite et conserva jusqu’en 1939 son caractère unitaire en accueillant des articles radicaux, socialistes et communistes. En août 1936, l’idée du « Front français » acheva de l’éloigner du Parti communiste, dont toute la politique depuis février 1934 ne lui apparut alors que comme une tentative de briser l’isolement diplomatique de l’URSS. Un article de Feuilles libres (n° 25, septembre 1936) analyse l’évolution de ses positions politiques. Le 25 août 1936, il donna son adhésion à la section socialiste de Poitiers. En 1937, Jamet était secrétaire de la section et, l’année suivante, secrétaire fédéral adjoint. Au congrès fédéral du 27 juin 1937, il défendit la motion Léon Blum-Paul Faure qui obtint 75 mandats sur 139 ; il fut délégué au congrès national de Marseille (10-13 juillet 1937) où il intervint longuement, en particulier pour appuyer la politique de non-intervention en Espagne (compte rendu, pp. 398-403). La Fédération socialiste de la Vienne le présenta au conseil général dans le canton de Vouillé en octobre 1937. Sa participation à la grève du 30 novembre 1938 lui valut une suspension de trois jours. Cette sanction n’apparaissait pas dans son dossier. Le recteur, résumant les avis du proviseur et de l’inspecteur d’Académie notait : « On peut regretter que M. Jamet ait obéi à sa conscience syndicaliste, mais c’est par habitude d’obéir à sa conscience. »

Ses prises de position munichoises n’étaient pas partagées par l’ensemble de la Fédération socialiste de la Vienne : avant le congrès de décembre, la motion Paul Faure, qu’il soutenait, obtint 21 voix dans sa section, contre 21 également à la motion Léon Blum-Jean Zyromski. Il écrivit dans son journal à la date du 20 décembre 1938 : « Dimanche soir, après le congrès fédéral du Parti, j’ai atteint — sans trop d’amertume — à la « désillusion » politique parfaite. » Alors qu’il avait représenté sa Fédération au congrès de Royan (4-8 juin 1938), il assista à celui de Montrouge (décembre 1938) de la tribune du public. Le 14 janvier 1939, il donna sa démission du secrétariat de la section socialiste de Poitiers, prétextant des raisons de santé et de convenances personnelles personnelles (finir sa thèse dont le sujet était maintenant sur les idées politiques de Victor Hugo).. Il renonça à parler en public, cessa d’écrire dans Le Front populaire de la Vienne et donna sa démission des fonctions de secrétaire et de gérant. Il restait cependant au bureau du CVIA et au comité directeur de la LICP (Ligue internationale des combattants de la paix). Son intention était de demander un poste à Paris et de s’inscrire à une section socialiste d’arrondissement. Son dernier article publié dans Le Front populaire de la Vienne du 25 mars 1939, appelait à négocier avec Hitler malgré l’entrée des troupes allemandes en Bohême.

La guerre le surprit en vacances sur la Côte d’Azur. Il se rendit alors à Tours pour demander une affectation rapide et fut envoyé à Thionville comme officier. Manifestant, selon sa formule, un « patriotisme de légitime défense », Jamet servit de son mieux l’armée jusqu’à ce que les Allemands le fassent prisonnier le 20 juin à Charmes. Libéré le 6 avril 1941 comme père de quatre enfants, il retrouva sa femme gravement malade : elle mourut le 10 septembre 1941 à Paris (VIe), peu de temps après la nomination de son mari à Paris comme professeur au lycée Marcelin Berthelot à Saint-Maur-des-Fossès (Seine, Val-de-Marne) en mai 1941, puis au lycée Buffon, sur la chaire de troisième puis de première, à partir d’octobre 1941. René Château lui proposa de participer au lancement d’un nouveau quotidien dans lequel il tiendrait la rubrique littéraire : La France socialiste publia ses chroniques, du 30 novembre 1941 à juillet 1943, date du départ de René Château. Ensemble, ils avaient fondé fin 1942 la Ligue de la pensée française dont Jamet assura le secrétariat général. Auteur de Carnet de déroute en novembre 1942, ouvrage considéré plus tard comme « pro-allemand », il reprit ses fonctions de critique dans Notre combat, la Chronique du mois et dans Germinal (mai à août 1944) où il était chargé de superviser le journal en tant que rédacteur en chef. Jamet était nommé professeur de lettres supérieures, « à titre provisoire », à partir d’octobre 1943 au lycée Louis-le-Grand. Il remplaçait M. Ternois, déplacé d’office. Deux plus tard, il fut présenté, par la commission d’enquête, comme « l’un des bénéficiaires et peut-être l’un des complices par laquelle le Cabinet Bonnard, à l’insu de l’Inspection générale, à déplacé d’office les meilleurs professeurs de Première supérieure et de Lettres supérieures des lycées de Paris », le nom de Jean Guéhenno n’étant pas évoqué.

La Résistance arrêta Jamet le 25 août 1944 à Ivry-sur-Seine. Après une centaine de jours de prison à Fresnes, il fut révoqué sans pension, le 19 novembre 1945 avec interdiction d’enseigner dans le public ou le privé pendant dix ans. Il travailla comme correcteur au Figaro et adhéra au Parti socialiste démocratique. À la suite d’un recours gracieux formé par lui, une Commission d’enquête prononça sa réintégration, le 8 février 1949, considérée comme un « acquittement » et une « mesure gracieuse particulièrement généreuse », selon le Recteur de Paris. Il fut réintégré dans l’enseignement comme professeur aux lycées Claude Bernard (depuis février 1949) puis Marcelin Berthelot en juin 1949 jusqu’à sa retraite en 1969. Il demanda sa mutation sur un poste d’Afrique du Nord à partir de juin 1951. Il refusa une mutation pour le lycée de Bône déclarant vouloir obtenir un poste au lycée d’Alger. Détaché au Sénégal au lycée Van Vollenhoven de Dakar en septembre 1961, il enseigna aussi à la Faculté de Dakar. Il réintégra en surnombre le lycée Berthelot à partir d’octobre 1962, il déclarait depuis 1950 être divorcé et avoir six enfants à charge dont un enfant né en 1943 qu’il avait reconnu. Il n’obtint jamais un poste dans Paris alors qu’il habitait dans le VIe arrondissement et n’obtint pas le poste d’expert à l’UNESCO qu’il demandait en juin 1963.

On lui doit une dizaine d’ouvrages dont plusieurs décrivent son action militante et son évolution politique.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article88991, notice JAMET Claude, Albert par Claude Pennetier, version mise en ligne le 31 août 2010, dernière modification le 6 avril 2019.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : Le fichier de la BNF comportait en 2018 31 références. Parmi ses ouvrages citons : Carnets de déroute, Nouvelles éditions latines, 1942. — Journal très intime, Jean Froissart, 1948. — Fifi roi (sur la Libération de Paris), L’Élan, 1948. — Engagements, Nouveau Parthénon, 1949. — L’Homme égaré, Plon, 1953. — Les enfantillages, Flammarion, 1958. — Le rendez-vous manqué de 1944, France-Empire, 1964. — Notre Front populaire, journal d’un militant, 1934-1939, La Table ronde, 1977.
Collaboration aux journaux suivants : avant 1939 : L’Université républicaine, Feuilles libres de la Quinzaine, Le Barrage, Le Front populaire de la Vienne. — après 1941 : La France socialiste, Foyer-Travail, Notre combat, Germinal, Paroles Françaises.

SOURCES : Arch. Nat, F17/ 30110/B. — Bulletin SNI du Cher, décembre 1936. — Le Front populaire de la Vienne, 1936-1939. — Claude Jamet, Notre Front populaire, op. cit. — Dominique Jamet, Un petit parisien 1941-1945, Flaùmmarion, 2000 ; Notre après-guerre. Comment notre père nous a tués, Flammarion, 2003. — Notes de Jacques Girault.

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