ISAÏA André, Marius dit Peuck [pseudonyme dans la Résistance : Jacques Blanc]

Par Jean-Claude Lahaxe

Né le 13 septembre 1912, mort le 1er janvier 1972 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; instituteur ; militant syndicaliste ; militant communiste ; résistant.

André Isaïa naquit dans une famille ouvrière d’origine italienne du quartier de Chutes-Lavie à Marseille. Sa grand-mère était présidente du syndicat des raffineries de sucre. Son père, illettré, exerçait le métier de chaudronnier à bord, sa mère celui de couturière. Il déclara qu’elle était ménagère dans la biographie qu’il remplit en 1937.

André Isaïa, dit « Peuck », fit partie des Éclaireurs de France jusqu’en 1932 dont il fut chef de troupe les dernières années. Élève de l’école primaire supérieure Victor Hugo, son père étant chômeur, titulaire du brevet élémentaire, il ne présenta pas le concours de l’École normale d’instituteurs et occupa divers emplois à partir de 1929 (entreprise de nettoyage, Comptoir national d’escompte de Paris, bureau de tri de la poste de la gare Saint-Charles) avant de devenir instituteur intérimaire en 1932 à Mas-Thibert dans la commune d’Arles (Bouches-du-Rhône). Sa carrière se déroula ensuite dans les quartiers de Marseille. Titularisé dans un poste à Saint-Joseph, il enseigna par la suite dans des écoles de garçons de la Belle-de-Mai et de Vauban. Il se maria le 19 décembre 1935 à Marseille avec Paule Milhaud, fille d’un employé des contributions décédé, dessinatrice industrielle, communiste, trésorière de sa cellule et bibliothécaire de la Maison du Peuple d’Endoume, quartier de Marseille, où ils résidèrent durant quatre ans.
Pour être titularisé, il avait préparé par correspondance et obtenu le brevet supérieur et le certificat d’aptitude pédagogique en 1933-1934. André Isaïa milita à la Fédération CGTU de l’enseignement à partir de 1932, puis au Syndicat national des instituteurs (CGT) après la réunification. Il fut membre du groupe des jeunes en 1934-1935. Il devint membre du conseil syndical de la section départementale du SNI en 1938 et fut délégué dans des congrès nationaux de ce syndicat.

André Isaïa adhéra au parti communiste à la fin de 1934 en réaction aux événements du 6 février. Il participa l’année suivante au congrès national de ce parti et fut délégué à la conférence nationale de Montreuil à la fin de 1936. Secrétaire de la 2e section d’Endoume-Vauban, de 1936 à 1938, il fit partie du comité de la région communiste à partir de 1937 et fut le secrétaire de la section régionale de l’éducation. En octobre 1937, il fut candidat aux élections cantonales dans le XIe arrondissement de Marseille et se désista en faveur d’Henri Tasso. Il fut désigné comme président du cercle de la « Maison du Peuple » de Vauban lors de sa fondation, le 13 février 1938. Il dira à la police avoir cessé toute activité depuis novembre 1938 date de son départ au service militaire. Mais il avait été proposé pour le carnet B le 14 septembre précédent. Il était sous les drapeaux lors mobilisation, mais fut réformé temporaire le 15 novembre 1939 à la suite d’un accident. Déplacé disciplinairement à Noves (Bouches-du-Rhône) en décembre 1939, il hébergea des responsables communistes repliés clandestinement dans son appartement de Marseille, rue Marignan. Participant à la reconstitution du parti, il arrêté le 19 octobre 1940 à Arles (Bouches-du-Rhône), ville dans laquelle il avait été aussi déplacé d’office. La police trouva chez lui deux documents tapés à machine qui étaient un réquisitoire contre le gouvernement. Déféré devant la justice militaire dans le cadre de l’affaire Barbé-Laffaurie, il fut écroué au Bas-fort Saint-Nicolas jusqu’en mai 1941. Il fut acquitté le 2 mai par le tribunal militaire de la XVe région comme son épouse et vingt-deux autres inculpés (sur cinquante). Il dira avoir été le seul acquitté à l’unanimité. Comme les autres acquittés, il fut immédiatement l’objet d’un arrêté d’internement administratif pour le camp de Saint-Paul d’Eyjaux (Haute-Vienne). Il écrivit le 16 juin à l’inspecteur d’académie pour solliciter sa réintégration, se disant prêt à être déplacé dans le village le plus reculé des Alpes ou de Savoie. La Police spéciale réclama sa révocation. Elle eut lieu a début février 1942 après que le secrétaire général à l’Éducation nationale ait rejeté sa requête pour un maintien dans l’enseignement. Il avait demandé au préfet le 15 janvier d’être libéré et assigné à résidence à Lambesc (Bouches-du-Rhône) où se trouvait assignée sa femme. Il invoquait son état de santé, souffrant d’une maladie grave. Le préfet donna un avis favorable à une libération pour un mois renouvelable. Interrogé au camp le 20 avril 1942 en vue de cette libération, André Isaïa signa l’engagement sur l’honneur exigé de se rallier au nouvel ordre social, de respecter l’œuvre et la personne du Maréchal et de ne se livrer à aucune activité antinationale sous peine de poursuites judiciaires et de nouvelles mesures administratives. Son arrêté de libération fut signé le 17 avril 1942 avec assignation en résidence surveillée à Lambesc. Le très suspicieux maire de Lambesc surveillait le couple comme il avait surveillée auparavant Paulette Isaïa en s’inquiétant de ses fréquentations de communistes. Le couple n’en prit pas moins contact en peu plus tard avec la Résistance locale, rattachée à l’Armée secrète (AS). André Isaïa reçut la responsabilité des formations paramilitaires. Il participa à la mobilisation résistante qui suivit immédiatement le débarquement en Normandie et prit le maquis avec les FTP (Francs-tireurs et partisans) sur le plateau de Cèze près de Lambesc. Le maquis dit « de concentration » de la Chaîne des Côtes fut attaqué par les Allemands et plus de quatre-vingt résistants furent abattus ou exécutés les 12 et 13 juin. Cette répression terrible força les rescapés dont il était à rejoindre le maquis du Puy-Sainte-Réparade (Bouches-du-Rhône). Le 25 août 1944, il prit la tête de la demi-brigade FFI « Rhône et Durance » avec le grade de lieutenant-colonel.

André Isaïa, grièvement blessé le 15 novembre 1944 lors d’une mission, mutilé de guerre à 95 %, passa une partie des deux années suivantes dans divers hôpitaux. Malgré les séquelles de ses blessures, il reprit à Marseille son métier d’instituteur à la Belle-de-Mai, et ses activités militantes. André Isaïa se distingua par la création de plusieurs maisons du peuple, dont celles de la Belle-de-Mai, de Vauban et de la rue Pautrier à Saint-Just. Délégué au premier congrès mondial de la Paix à Paris en 1949, il devint membre de la commission permanente des Combattants de la paix en mai 1949. Il figura parmi les personnalités de Chutes-Lavie favorables au rassemblement du 24 avril 1954 contre les accords de Bonn et de Paris et pour le cessez-le-feu en Indochine. Il milita aussi au sein de la Fédération départementale des officiers et sous-officiers de réserve républicains dont il devint le responsable de la direction départementale en juillet 1961.

André Isaïa décéda en 1972 d’une rupture d’anévrisme. Son nom fut donné à un boulevard des Chutes-Lavie, 4e arrondissement de Marseille, le 1er octobre 1984.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article89042, notice ISAÏA André, Marius dit Peuck [pseudonyme dans la Résistance : Jacques Blanc] par Jean-Claude Lahaxe, version mise en ligne le 1er septembre 2010, dernière modification le 25 février 2021.

Par Jean-Claude Lahaxe

ŒUVRE : Plusieurs articles dans Rouge-Midi.

SOURCES : RGASPI, 495 270 2692, 517 1 1890, 1 1908. — Arch. Dép. Bouches-du-Rhône 5 W 192 (dossier internement) et 76 W 115. — site internet Mémoire des hommes SHD Vincennes GR 16 P 302027 et Caen SHD/ AC 21 P 574737 (nc). — La Marseillaise, 7-8 mai 1949, 8 juillet 1951, 22 avril 1954, 15 juillet, 19 août 1961. — Document édité lors de l’inauguration du boulevard portant son nom. — Brochure consacrée aux résistants du quartier éditée par la section de Saint-Just du PCF. — Adrien Blès, Dictionnaire historique des rues de Marseille, Marseille, Éditions Jeanne Laffitte, 2002, p. 238. – Statuts de la Maison du Peuple de Vauban (13 février 1938). — Déclarations de son épouse Paulette le 4 février 1999. – Notes de Jacques Girault. — DBMOF, notice par Antoine Olivesi.

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